‹ Relation de la cour de France en 1690Chapitre 29 sur 360 · POUR MADEMOISELLE DE LA VALLIÈRE · texte numérisé non relu

POUR MADEMOISELLE DE LA VALLIÈRE

Aussi, coniine ces attachements n'eurent point de suite ou qu'il en fut bientôt débutté, il n'en fut pas de même de sa passion pour Mlle de la Vallière, fille d'honneur de feu Mme la duchesse d'Orléans, et qui, avec une naissance et une beauté médiocre, et un esprit assez borné, put inspirer au Roi la plus forte inclination dont il a été capable. Elle sut l'y engager, et l'y retenir par un air tendre et réfléchi, par une délicatesse particulière d'humeur et de sentiment, par le combat d'une pudeur qui lui étoit naturelle, et d'une véritable et sensible inclination dont elle se trouva fortement prévenue pour la personne du Roi, Cette amour tendre et réciproque, quoique peu légitime, accompagnée de tous les ménagements qu'elle est capable d'inspirer à deux amants passionnés, donna le premier lieu aux retraites de Versailles, et ensuite aux divertissements et aux fêtes galantes qu'on inventa pour flatter la passion d'un Roi amant. Aussi durât-elle environ deux ans dans toute sa chaleur, jusques à ce qu'elle fit place à une nouvelle inclination pour Mme de Montespan, qui, avec plus de naissance et de beauté, avoit joint un esprit plus vif, plus brillant, plus éclairé, mais aussi plus artificieux, et qui arriva enfin au but qu'elle s'étoit proposé, de détacher le Roi de l'amour pour la duchesse de Vaujours, qualité dont la Vallière se trouvoit alors revêtue, et d'en prendre la place. Celle-là, qui aimoit sensiblement le Roi pour lui-même, qui, hors ce foible et le malheureux engagement où il l'a voit jetée, avoit naturellement de

PAR ÉZÉGHIEL SPANHEIM. 13

l'honneur et de la retenue, pénétrée vivement de l'inconstance de son amant, s'en fit un heureux retour, et, malgré tous les obstacles que le Roi même y voulut apporter, et la tendresse pour les deux enfants, une fille et un fils, qu'elle en avoit, et dont il sera parlé en son lieu, abandonna la cour et le monde avec une fermeté d'âme et une résignation qui a peu d'exemples dans une personne de son âge et de son sexe et qui avoit été prévenue d'un aussi grand et tendre engagement, le tout pour embrasser une vie aussi austère que celle dans laquelle elle se jeta , y a vécu jusques ici, et vit encore aujourd'hui en véritable pénitente et en bonne religieuse.

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