SUR SES GÉNÉRAUX
Quant aux généraux, c'est en quoi la France, aujourd'hui, est d'une condition bien différente de celle où elle se trouvoit jusques ici sous ce règne et dans les guerres passées. Elle y avoit alors, et de l'aveu même de ses ennemis, les premiers capitaines de l'Europe pour la guerre de campagne ou pour celle de siège. Il se trouva même, dans la dernière guerre, qu'outre le prince de Condé et M. de Turenne, à qui la voix publique en donnoit le prix, les maréchaux de Gréquy et de Schônberg eurent occasion de s'y distinguer par des actions de conduite, de valeur et d'éclat, c'està-dire le premier dans les deux dernières campagnes après sa défaite et sa prison à Trêves, et l'autre à la levée du siège de Maestricht; au lieu qu'il se trouve aujourd'hui que ces quatre généraux manquent à la France par la mort des trois premiers, et que le quatrième est même bien avant dans le parti de ses ennemis : en sorte que des gens sensés, en France, et capables d'en bien juger avouoient eux-mêmes, avant mon départ de France, de n'y savoir aujourd'hui aucun général qui ait tout ce qu'il faut pour commander une armée de trente mille hommes. Il paroît même qu'on y est maintenant réduit au choix du duc de Luxem-
bourg et du maréchal de Lorge , dont il a été assez parlé ci-dessus. Il semble, Dieu merci ! que cette considération doit diminuer beaucoup des préjugés qui faisoient pour la France dans les guerres passées, ou qui en donnoient une idée fâcheuse à ses ennemis ; d'autant plus qu'ils ne manquent point de chefs et de généraux capables de soutenir la gloire des armes et l'intérêt des alliés dans la guerre présente, et qui viennent même d'en donner déjà des preuves contre la France dans la campagne passée. Je ne m'arrêterai pas ici à les nommer, ni à en faire l'éloge en détail, non plus que de la juste réputation que leurs grands exploits dans la Hongrie et contre l'ennemi commun de la chrétienté en ont^ si justement acquise^ aux principaux d'entre eux.