DE LA PRINCESSE DE CONDÉ MÈRE
Je dirai seulement ici en passant que la princesse DE CONDÉ, mère du prince de Condé susdit et nièce, comme il a été remarqué, du feu cardinal de Richelieu, est encore en vie, mais en retraite, et ainsi sans être visible depuis longues années. Sa disgrâce suivit d'assez près son mariage et la mort du cardinal son oncle, dont la seule considération avoit porté le prince de Condé, grand-père de celui d'aujourd'hui, à consentir à une alliance qui étoit d'ailleurs assez audessous de celle qui pouvoit être requise pour son fils aîné le duc d'Enghien, comme on l'appeloit alors, tout brillant déjà de la gloire acquise à Fribourg et à la bataille de Nordlinguen, et d'ailleurs l'héritier de la qualité de premier prince du sang de France. Aussi ce fils, dans la suite, n'eut pas les mêmes égards pour une femme qu'il n'avoit épousée que par une espèce de sacrifice que son père fît à la faveur de l'oncle, et laquelle ayant cessé par la mort de ce grand et toutpuissant ministre, il ne se crut plus obligé bientôt
après à dissimuler le mépris qu'il avoit pour cette princesse, d'un esprit d'ailleurs et d'un génie fort médiocre, à quoi se joignit encore la jalousie qu'il en conçut au sujet de quelques démêlés qui éclatèrent entre deux pages de cette princesse, et ainsi à perdre entièrement toute considération pour elle : en sorte qu'elle se vit réduite à de longs et fâcheux ennuis, à vivre dans un éloignement continuel de son mari, d'ailleurs à le savoir attaché de fois à autre à des engagements fort opposés à quelque reste d'affection pour elle, et ce qui tout ensemble contribua à lui affoiblir l'esprit, et à se voir même contrainte de vivre en personne renfermée, et ainsi hors de tout commerce du monde. Elle eut même le déplaisir, pour surcroit de toutes ces infortunes, de ne trouver pas moins de dureté du côté de son fils, le prince de Gondé d'aujourd'hui, que du feu prince son mari.
DE LA PRINCESSE DE CONDÉ d'AUJOURD'hUI .
Pour la princesse de Condé femme dudit prince son fils, et née de la maison palatine, comme il a été dit, je n'ai rien d'autre à en remarquer sinon qu'avec les avantages de sa naissance, qui est de maison souveraine de père et de mère, et la qualité de nièce et d'héritière de la reine de Pologne sa tante, elle se trouva douée de toutes les qualités d'une femme douce, commode, vertueuse, charitable, éloignée même des vanités du monde et de la cour, n'en aimant guère le commerce ou les plaisirs que pour y garder son rang et en remplir les obligations, et enfin attachée à son devoir et à l'éducation de sa famille dès
qu'elle eut le bonheur d'avoir des enfants. Elle supporta même en femme sage les divers engagements de galanterie où le prince son époux se trouva sensible, et qui, après tout, ne lui laissoit guère à son égard que le rang et la considération due à sa naissance ou acquise par son mariage. Ce fut d'ailleurs un assez grand sujet de contentement et de consolation pour elle que l'arrivée en France de Madame, sa cousine germaine et de même nom et maison, comme étant filles de deux frères : ce qui depuis a été suivi du retour en France de sa sœur cadette, qui avoit épousé le feu duc de Hanover, et dont il y aura lieu de parler dans un autre endroit. Pour sa sœur aînée, comme elle avoit quelque défaut de taille, elle avoit été destinée au couvent par la princesse sa mère, et, dans cette vue, mise auprès de l'abbesse de Maubuisson\ sa tante et sœur du feu prince Edouard palatin, son père, et de l'électeur Charles-Louis, mais où elle ne put être persuadée de finir ses jours et de renoncer au mariage : en sorte que, contre le gré de la princesse sa mère, qui ne l'aimoit guère, il l'en fallut tirer pour la marier au prince de Salm, qui a été fait depuis gouverneur du jeune archiduc, depuis roi de Hongrie, et à présent roi des Romains.