‹ Relation de la cour de France en 1690Chapitre 92 sur 360 · DES COMTES DE SOISSONS DESCENDANTS DU PRINCE THOMAS · texte numérisé non relu

DES COMTES DE SOISSONS DESCENDANTS DU PRINCE THOMAS

Le comte de SoisSONS Eugène-Maurice, second fils du prince Thomas susdit, resta en France et fut revêtu des charges de colonel général des Suisses et Grisons et du gouvernement de Champagne. Il épousa en 1 657 uneMancini, nièce du cardinal Mazar in, et qui se trouve présentement à la cour d'Espagne, après avoir été obligée de sortir de la cour de France au sujet d'une intrigue où elle entra, dès l'an 1668, avec le marquis de Vardes, capitaine alors des Gent-Suisses, dans la vue de brouiller le Roi avec sa maîtresse, qui étoit alors la duchesse de La Vallière, et de mettre une autre à sa place. Au reste, ledit comte en a eu plusieurs enfants, et dont l'aîné se trouve appelé de même comte de Soissons depuis la mort du père, décédé en 1673.

Ge dernier, qui est à présent le chef de la branche des princes de la maison de Savoie en France, et qu'on y appelle assez souvent du seul nom de Monsieur le GOMTE, s'est contenté d'épouser par inclination une simple demoiselle qui étoit fille d'honneur de Madame et s'appelle Mlle de Beauvais, et dont il a déjà des enfants. Ge mariage, qui se fit en cachette et à l'insu de la cour et de la princesse de Garignan, sa grand'mère, fut enfin déclaré, et avec le consentement du

Roi, en 1 684, malgré toute l'opposition de ladite princesse, qui n'a jamais voulu recevoir en grâce ledit comte son petit-fils, ni abandonner en apparence le dessein de le déshériter : ce qui fait que ce même comte est assez mal partagé jusques ici des biens de la fortune, n'a pas de quoi soutenir la dignité de sa naissance et de son rang, ne subsiste que par quelques pensions que le Roi lui donne et dont même il est assez mauvais ménager. Il ne laissa pas, dans la dernière promotion de chevaliers de l'ordre du Saint-Esprit, qui fut faite sur la fin de l'année 1 688, de refuser honnêtement d'en être pour n'être pas obligé de marcher après le duc de Vendôme en suite du règlement qui a été fait sous ce règne en faveur des enfants légitimés de France ou de leurs descendants, d'avoir rang et séance avant les princes étrangers, et suivant qu'il en a été parlé ci-dessus^. Au reste, ce comte de Soissons a encore deux frères : l'un, qui est resté en France, et qu'on appelle le prince Philippe, et l'autre, le prince Eugène de Savoie, qui, s'étant attaché à la disgrâce de la comtesse sa mère, passa en Espagne, où elle étoit, et de là à Vienne, au service de l'Empereur, où il est encore, et où il a su s'y faire distinguer par sa valeur et par son attachement audit service. Il en a donné encore des preuves récentes l'an passé, au dernier siège de Mayence, où il fut dangereusement blessé et en sorte qu'on ne croyoit pas qu'il en réchapperoit comme il a fait.

1, Ci-dessus, p. 100.

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