Relation de la mission abnaquise de St. François de Sales, l'année 1702 [microforme]
depuis le départ des vaiffeux, et la maladie qui les a prefque tous attaqués, m'a donné tant d'exercice, que je n’ai pas eu le temps de commencer ma relation, depuis deux ou 3 mois; mais je la commence parce que je viens de Voir un jeune homme dont je défefpérois
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quafi de la converfion. Voyant qu'il étoit prefque l’unique, qui me donnoit de la peine pour fes excès dans la boiflon, il m’eft venu trouver et m’a demandé de faire quelque rude pénitence pour fatisfaire à Dieu pour fes débauches : ensuite il a voulu abfolüment f’engager a promettre à Dieu non feulement de ne plus fennivrer, mais même de ne plus boire de boiflon enivrante, quelque chofe que je lui ai repréfenté fur la difficulté de l’éxécution d’une telle promefle. Il eft vrai qu'il ait devant les yeux des exemples de perfonnes qui étoient aufli adonnées à la boiflon que lui, qui ayant fait une telle promeffe à Dieu depuis plufieurs années la gardent inviolablement. Vous ferez furpris de la converfion qu'ont fait depuis peu nos fauvages, qui [e fentoient plus portés à boire.
Ils ont réfolu lors qu’ils feront obligés d’aller à Montreal ou aux trois rivières, où ils ne pouvoient aller auparavant aller fans {y enivrer, de mettre un dépôt dans
qu'il oit de Doiflon, ndé de fatisensuite
romet- S fenoire de e je lui cution qu'il ait perfonboiffon romeffe gardent is de la 10$ fauà boire.
obligés rivières, nt aller Ôt dans
de St. François de Sales. 5 l’Eglife avant que de partir. Ils gardent
depuis aflez longtemps leur convention, et je n’en ai encore vu aucun, qui ait perdu fon dépôt, fe laiflant aller malheureufement à boire; quelque follicitation que leur ayent faite les françois pour les obliger à quitter leur réfolution. Ce changement paroit tout à fait furprenant aux françois, qui difent hautement qu'ils voient bien que ces fauvages veulent prier Dieu tout de bon. Une jeune femme venant de perdre un de fes enfants m'a demandé deux chofes auflitôt après la mort de fon fils, la 1ère de faire fur l'heure même quelque mortification pour obtenir
de Dieu la grace d'accepter avec patience
la mort de fon fils; la feconde la permisfion de communier afin que J. C. la confolat. Quelque temps auparavant il lui 1, . " étoit mort encore un de fes enfants, et il ne lui refte plus qu’un fils, elle a une ferveur admirable pour l’inftruire et lui infpirer la piété
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Le jour de la préfentation de la St.
Vierge, nous perdimes un jeune homme âgé de 25 ans, nommé françois Xavier, je ne puis vous dire avec quel empreffement, ila demandé les derniers facrements, et le defir qu’il avoit de voir au plus tôt dans le ciel notre Seigneur et fa Ste. mère.
Il y a longtemps qu’il étoit malade, il a fait paroitre une patience admirable pendant fa maladie, et que tout languiflant qu’il étoit, il faifoit tous fes efforts pour fe traîner a l’Eglife, et il a voulu même f’y transporter pour recevoir le St. Viatique. Un autre nommé Ignace, deux mois après f’etre parfaitement converti, tellement que j'admirois, et fa ferveur dans tous les exercices de piété, et fa conftance à ne vouloir pas même aller dans les lieux où il f’étoit autrefois enivré, eft moït comme fubitement, n'ayant été malade qu’un jour, il me dit quelques jour avant fa mort, qu’il ne fe contentoit pas de la convention qu’avoient fait les autres lorfqu’ils iroient dans
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de St. Fransois de Sales. 7
les lieux où ils avoient coutume de f’enivrer; mais qu'il vouloit abfolument f’interdire les lieux, connoiflant trop fa foiblefle fur la boiflon. Il a été conftant
jufqu’à la mort, dans cette bonne réfolu-
tion, et 1l a eu en mourant des fentiments fi chrétiens que je crois que Dieu a voulu faire connoître la grandeur de fa miféricorde dans ce nouveau converti, qui avoit été un des plus débauchés qu’on voit parmi les fauvages. Quand cette miflion a commencé ici, il eft vênu f’y retirer pour y trouver une aufli heureufe mort que celle dont je viens de parler. Aux fêtes de Noël, je baptifai l’ancien capitaine de ce lieu ici, et fa femme. Je n’enai prefque point vu depuis que je fuis avec les fauvages, qui aient fait paroitre plus de ferveur que cet homme et cette femme pour fe préparer au St. Baptême. Ilya 7 ou 8 mois que je vois de jour en jour croître la ferveur de ces deux bonnes perfonnes, mais furtout j'ai admiré la charité
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qu’ils ont fait parotre à fecourir par leurs aumônes ceux qui n’avoient pas encore pu faire ici de grands champs; l’un et l’autre depuis longtemps mènent une vie très chrétienne et avoient un defr extrême de fe faire inftruire. Auf n’ont-ils pas prefque manqué une inftruétion de toutes celles qu’on a fait ici aux enfants, et quoi qu'ils foient baptifés depuis plus de deux mois, ils continuent toujours d'y aflifter.
Le bruit commun icieft que cet ancien capitaine commença il y a quelques années à fe retirer des débauches par une vifion qu'il eût de l'Enfer qui l’effraya fi fort, que dès lors il protefta qu'il ne boiroit plus, et dit hautement qu’il connoifloit combien les ivrognes étoient tourmentés dans l'Enfer. C’eft un homme qui a l’efprit vif, et probablement cette prétendue vifion, n'a été qu’un effet de la vivacité de fon imagination, quoi qu’il en loit, depuis ce temps, il a été fortement follicité à boire, et 1] le fut encore d’une maniêre plus forte
avant
eurs e pu iutre très rême s pas Jutes quoi deux ifter.
icien nées ifion fort, Diroit ifoit entés {prit ifion,
fon s ce poire, forte avant
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avant fon bapteme. Il a conftamment réfifté à toutes ces follicitations; l’autre ancien capitaine de ce lieu ici, étant tombé dans le feu dans fon ivrefle avoit eu presque tout le corps brûlé et penfa mourir.
Cet accident arriva quelque temps avant que je vinfle ici, ce fauvage fe voyant prefque à l’extrémité, protefta à ce qu’on dit, que fil en réchappoit, il fe mettroit à prier Dieu tout de bon. Il n’a pas encore profité de cet accident, il eft l’unique de tous les fauvages qui font ici qui ne veut point prier Dieu, quelque forte inftruétion que je lui ai faite pour l'y engager, je ne puis vous dire le déplaifir que fon endurciflement donne à tous les chrétiens de cette miflion, ils font fur le point de ne le reconnoître comme chef, à moins qu'il ne prenne au plustôt de meilleures penfées. Nos fervents chrétiens onttellement preflé un vieux jongleur, qui étoit ici avant qu'on y établit la miflion, de quitter fes jongleries et de fe faire chrétien, B
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qu’ils l’ont enfin gagné, et il paroît effectivement converti. Je me fuis défié pendant plufieurs mois de lui, appréhendant que fon exterieur ne fut trompeur, mais de la manière qu’il prie Dieu et qu’il vit maintenant, Je n'ai plus fujet de douter de la fincérité de fa conduite. En vérité fouvent nos bons chrétiens, réuffient plus dans les exhortations qu'ils fe font entr’eux que je ne puis faire par toutes mes inftructions. 11 y a deux ou trois jours qu’un de nos jeunes hommes, qui a prelque entièrement perdue la vue par un accident me diloit, ce me feroit une grande confolation, fi je pouvois aller me faire inftruire dans la cabanne d’un tel, il me donneroit de bonnes penfées, dans mon mal, en l’entendant parler de Dieu comme il en parle. Le fauvage qu’il me nommoit, a perdu auffñi la vue par deux différens accidents, il charme tout le monde par la patience avec la quelle il prend l’état où il eft, et ne pouvant plus travailler, il met
oît ef-
défié éhenpeur, leu et jet de . En
réufils fe toutes u trois qui a par un grande ire in- 1] me s mon omme nmoit, ns aCpar la tat où il met
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toute fa confolation à parler de Dieu, foit à ceux qui demeurent avec lui, foit à ceux qui le viennent voir.
Ii m'envoya quérir, il y a quelques jours, et ayant prié les afliftans de fe retirer; voici les paroles confolantes qu’il me dit, je ne fuis plus en état, mon pêre de travailler pour gagner quelque chofe, dont je fouhaiterois faire préfent à J.C. Je n’ai plus rien que mon corps à lui préfenter, il faut maintenant que je le mortifie par les difciplines et le jeune, ne pouvant plus prélenter inaintenant à N. S. que ces mortifications. Comme on ne lui donnoit qu'une difcipline de cordes, parce qu’il étoit déja affaibli par la maladie et par la vieillefle, il demanda inftamment une discipline de fer. Il f’eft réglé de lui même de longues prières qu’il fait feul dans fa cabanne foir et matin outre celles qui fy font. Sa femme et une grande fille qui eft l’unique enfant qui lui refte, font auffi deux de nos ferventes chrétiennes. J'ai
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admiré ce matin la manière tres forte, dont Dieux touche n2s pauvres fauvages, aux moindres inftructions qu'on leur fait. J'avois laiflé une petite inftruétion dans la vifite d’une cabäanne: environ deux heures après allant vifiter les autres, une de nos chrétiennes, qui f’étoit trouvée à cette inftruction, m'est venue dire qu’elle fe fentoit fi vivement touché de ce qu’elle avoit entendu qu’elle ne pouvoit fonger à autre chofe qu’aux peines du purgatoire, et m'a demandé en même temps de faire quelque pénitence pour commenceràappaifer Dieu dès cette vie. On feroit étonné en France d'apprendre la vie mortifiée que menne cette bonne chrétienne, et toute ma peine eft de modérer les defirs qu’elle a de faire toutes les mortifications que font les religieufes les 5lus auftères, elle a un fi grand amour de la pureté qu’elle ne veut pas eatrer que par néceflité dans les cabannes ou il y a des hommes. Il y a 4 ou $ jours que la voyant abattue par le jeune, je lui ordon-
nai a Je ve a qui je ne que.
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ment ne ve elle f anné quelc rame temp voir ( les p étoit velle près
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nai au moins de manger ce qu'elle avoit.
Je voyois nroche d’elle un petit orphelin a qui clle donnoit à manger, elle me dit, je ne puis m’empécher de me priver de ce que j'ai, tant ce pauvre enfant me fait compañlion. Il y a douze ans qu’elle menne une vie des premiers chrétiens, elle ne veut pas entendre parler d’être mariée, elle f'eft éloignée par vertu depuis plufeurs années de tout ce qu’elle a de parents, quelques efforts qu’ils aient fait pour la ramener dans leur pays, elle me dit de temps en temps qu'elle a de la joie de fe voir dénuée pour l’amour de I. C. de toutes les petites commodités qu’elle auroit fi elle étoit avec fes parents. Une Ge nos nouvelles chrétiennes ayant entendu il y a près de 3 femaines la paffion de J. C., m'est venu dire aujourd’hui, qu’elle n’avait pü f’empécher dès lors qu’elle entendit pour la 1ère fois ce que J. C. avait fouffert pour elle de lui demander de fouffiir auffi pour lui, et qu’elle lavoit prié dèsce moment
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qu'il lui envoyât au moins quelque maladie, puis qu’elle n’avoit rien autre chofe à fouffrir pour lui, elle ma a jouté, je crois que notre Seigneur m'a accordé ce que je lui ai demandé, car prefque dans ce temps là je fuis tombée malade et en fuis parfaitement contente. Une autre en eft venue jufqu’à demander à Dieu qu’il la rendit fi difforme, que jamais elle ne plût à aucun homme, elle m’a dit qu’elle n’eût pas fi tôt fait cette prière que l'accident qui l’a rendue boiteufe. et l’oblige de porter un baton lui arriva, elle eft fort bien faite de vifage, elle bénit tous les jours Dieu de lui avoir envoyé ce mal; je ne puis vous dire les défirs qu’elle a de fouffrir quelque chofe pour J. C.; et toute incommodée qu'elle eft, on ne peut fe difpenfer de lui accorder la permiflion de faire quelques pénitences tant elle les demande inftamment. Je n'ai pas vu de jeunes fille plus travailler à fe vaincre elle même que le fait cette vertueufe fille, elle a peur de
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l’alle tinu d’off qu'e fach prie le fa:
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de St, François de Sales. 15
donner trop à l’amour qu’elle reffent pour fa fœur aînée, et elle réprime tous les jours les moindres défirs qu’elle a de l'aller voir, quoi qu’elle la mande continuellement, elle me dit qu’elle eft prete d'offrir tous les jours à N. S. les defirs qu’elle a de voir fa fœur qui eft éloignée, fachant qu’elle ne pourroit pas fi bien prier Dieu, fi elle étoit avec fa foeur, qu’elle le fait ici.—Depuis environ 3 mois que j'ai interrompu cette petite relation, par ce que ça été le temps auquel nos fauvages m'ont donné plus d’exercice, 4 perfonnes fe font converties d’une manière qui m'a donné bien de la confolation, et qui m’en donne bien tous les jours, voyant de jour en jour une grande augmentation de ferveur de ces perfonnes dont j’avois auparavant fi peu d’efpérance de leur converfion.
Quoiqu’elles fuffent baptifées depuis long temps, il y a bien des années qu’elles fétoient éloignées de tous les‘exercices du chrétien. Le plus confidérable de ces
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fauvages eft un capitaine des foquoquiois que j'avois baptifé, il y a environ 15 ans, f’étant remis tout de bon à écouter les inftrutions que je fais ici, il eft depuis deux ou trois mois toujours le premier à tous les exercices de piéte, et je le remarque toujours avec joie, dès le moment que je fonne la cloche de l’Eglife y entrer incontinent, mais ce que J'admire d'avantage en cet homme âgé d'environ $5 ans c’eft que dès le moment qu’il f’eft déclaré, qu’il vouloit tout de bon changer de vie, il f’eft tout entier retiré de la boiflon, ne voulant pas même boire un feul coup, lui qui étoit un ivrogne achevé. Deux jeunes hommes l'ont imité dans cette refolution, et fe font rendu ici depuis quelques mois, après avois demeure plufieurs années, errans de côtés et d’autres pour chercher Îles occafions de Î’enivrer. Un chef de Abnaquis, m'eft venue trouver aufli depuis huit jours, et m’a dit qu’il vouloit abfolûment quitter l’ivrognerie après avoir été vaga-
band
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bond pendant plus de 19 ans avec les Abnaquis le plus adonnés à la boiflon. Il paroit charmé du réglement quil voit parmi le fauvages de cette miflion, et il m’a encore affluré ce matin qu’il vouloit abfolument demeurer i:i. Sa femme qui étoit encore plus attachée que lui à l’ivrognerie paroit auffi fort contente de fe voir ici, éloignée des occafions de boire. Il ya longtemps que je fouhaitois la converfion de ces deux perfonnes là. Je ne defespère pas de voir bientôt ici tout ce qu’il y a d’Abnaquis de Soquoquois et d’Algonquins aux environs de Montreal et des 3 rivières que le libertinage porte à chercher de tous côtés à f’enivrer. j'ai fait quelque excurfons à Montrealet aux 3 riviéres, dont j'ai retire une centaine de vagabonds qui fe font rendus; plufeurs font fur le point de les imiter, et j'espère avec Îla grâce de Dieu que les autres fe convertiront auffi. J’aien deux conférances étant
à Montreal avec le chef des Algonquins
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et lui ayant repréfenté les défordres où il étoit depuis tant d'années qu’il f’étoit éloigné des inftruétions que je lui avois faites. J'ai eu la confolation deux jours après d'apprendre des fauvages à qui le chef venoit de parler qu’il vouloit abfolument fe ranger à fon devoir; qu'il fe fentoit touché de ce que je lui avois dit, quoiqu’il ne m’eût pas repondu un feul mot, En effet le voyant en un fi profond filence à tout ce que je lui remontrois, je me contentai de lui dire: adieu mon ami, faites réflexion à tout ce que je viens de vous dire. La femme de cet homme eft ici, elle prend avec une patience admirable l’exercice que lui donne fon mari qui Pa abandonnée pour prendre d’autres femmes dans la boiflon, elle eft dans une très grande ferveur, et quoi qu’elle ait été obligée fouvent pour fuivre fon mari de fe trouver dans les lieux d’ivrogneries, tout le monde rend témoignage à cette vertueufe femme que jamais on n’a pu la faire boire,
DU il toit VOIS ours 1 le olufenuoImot.
ence onaites vous ICI, rable 1 l’a mes ande ligée uver t le seufe oire,
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et que dans tous ces lieux elle étoit aufi réglée et exacte à fes prières, comme fi elle eût été dans les lieux de la mifion, depuis 22 ou 23 ans que je la connois, je l'ai toujours vue dans égale conftance pour tous les devoirs de chrétien. J'ai fait faire depuis un mois la 1ère communion à fon fils aîné, et à fa plus grande fille, ces deux enfants imitent parfaitement la fer.
veur de leur mère, et ils paroiflent fe por-ter aux chofes de Dieu d’une manière qui n'eft pas commune aux enfants; fon fils aîné m’eft venu trouver fouvent pour me prier de lui permettre de faire quelques pénitences pour fatisfaire à Dieu pour fes péchés. Il a un defir extrème de fe conferver dans l'innocence, et eft âgé d’environ de 16 ans. Une de mes plus grandes occupations ici eft de tàâcher d’infpirer à tous le jeunes gens de cet âge une grande horreur du péché et du libertinage: aufli une de mes plus grandes joies eft de voir avec qu’eile tendrefle de
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confcience ces pauvres enfants viennent me dire les fautes qu’ils ont faites lorsqu’ils fe font un peu oubliés d'eux mêmes, et qu'il leur eft échappé quelque parole ou quelque aétion trop libre. La veille de St. Ignace, je fus extrèmement touché voyant un jeune homme de 24 ans fe jeter à mes pieds, et me dire en pleurant, c'eft tout de bon que j'ai un grand regret d’avoir offenfé Dieu, et je t’affure que je m'en vais mener une vie très réglée. En eftet il la menne depuis deux mois, et me donne bien du contentement, après m’avoir donné un peu d’exercice, une autre perfonne environ de cet âge, f’en étoit enfui d'ici, 1l y a deux mois par un pur défir de mener une vie libre: la manière dont elle f’étoit retirée d’ici me faifoit tout appréhender pour elle, et me faifoit défespérer de la revoir ici. J’ai béni Dieu de la voir revenir avec de très grands fentiments de douleur de f’en être aufi retirée, elle a voulu pour celà faire plufeurs
pénit dans cette tourr aller:
de m plus tout renut fois 4 franc chan com!
du !
An, faites mon et {p com vais pales d’ab.
=. lormst)
de St. François de Sales. 2x
pénitences. En voyant cette conduite dans nos pauvres fauvages, je fais fouvent cette réflexion voit on plufieurs françois retourner ainfi à Dieu, lorfqu’ils fe font laiffés alleräunevieunpeulibre. Ayant été obligé de mener il y a quelques jours trois des plus confidérables fauvages à Montreal, tout le monde me difoit en admirant leur renue : Sont celà ces gens qui etoient autre fois âpres à boire. Celà fait confufion aux français de voir ces nouveaux chrétiens fi changés. Ils y étoient allés pour rendre comte à Mr. de Callière notre governeur du pourparler qu'ils avoient eu avec l'Anglais et des réponfes qu’ils avoient faites à toutes fes demandes. Tout le monde a été ravi ici de la manière forte et {pirituelle dont eux et ceux qui les accompagnoient ont répondu à l'Anglais. Je vais vous dire en deux mots leurs principales réponfes. (Comme on leur propofa d’abord de reconnoitre le roi d'Angleterre
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pour leur père, ils répondirent à celui qui leur portoit cette parole, vous nous prenez pour des orphelins, vous croyez que nous n'avons pas de père, et tout ce que nous pouvons faire maintenant en confidération de celui que vous voulez donner pour père, c’eft que nous le regarderons maintenant comme notre oncle; et à la feconde parole qu'on leur porta de fermer tous les chemins qui les menoient chez les français, afin par là de fe tenir plus unis enfemble, vous ne vous fouvenez pas répondirent ils, de ce que vous avez dit il y a quelques mois, que la paix étant générale, vous veniez pour aplanir tous les chemins pour aller librement de côtés et d’autres, et vous les voulez maintenant fermer, celà
ne fe doit pas faire, fachez que jamais vous ne nous fermerez les chemins qui nous mennent aux français. Au moins nous vous demandons leur répliqua-t-on, que fi dans la fuite nous avons quelque démélée avec
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le français, vous nous laifliez battre enfemble fans prendre le parti. Nous aurons bien de la peine, répondirent ils, de ne pas joindre nos armes à celles des français.
Vous êtes la caufe de tous les troubles que nous avons ici avec les français. Jamais répondirent ils, nous n’avons été la caufe de la guerre, jamais nous n’avons attaqué les premiers, mais quand on nous attaque vous favez que nous nous fommes parfaite ment défendus. On leur préfenta enfuite 3 miniftres que les Anglais avoient amenés avec eux pour les mettre dans les 3 bourgades des Abnaquis à la place des miffionnaires Jéfuites qu’ils avoient. Les Abnaquis ne vouloient pas feulement regarder ces miniftres et dirent à l'Anglais qui les leur préfentoient. Vous vous y prenez bien tard à nous vouloir inftruire dans la prière Depuis tant d'années que nous vous connoiflons; le français à été bien plus fage que vous, car d’abord que
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nous l’avons connu, il nous a apprit à bien prier Dieu, et nous prions maintenant mieux que vous. L’orateur Abnaquis f’étendit fur la manière différente de prier, des français et de celle des Anglais fachez qu’on nous ôtera plutôt la vie que de nous faire prier autrement que nous ne faifons.
Les Anglais leur dirent qu’on ne vouloit pas leur forcer la deffus, qu’on les laifferoit libres dans leur Religion, et qu’on remméneroit les miniftres ; enfuite comme on leur voulût faire quelques préfents lorfque les Abnaquis eurent vu ce qu’on leur préfentoit, ils dirent à l’Anglais voilà de beaux préfens que vous nous faites, après toutes les obligations que vous nous avez, nous vous avons rendu tous les Anglais que nous avions pris en guerre, nous les avons traités comme nos enfants et comme nous mêmes, au lieu de les maltraiter comme vous nous maltraitiez quand vous aviez pris quelques
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à bien tenant naquis prier, fachez é nous aifons.
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remme on >rfque r prébeaux toutes
avez,
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uns de nos gens, et voilà les beaux préfents que vous nous faites pour nous récompenfer de ces grandes obligations que vous nous avez, gardez vos préfents. Enfuite néanmoins, ils les adoucirent et reçurent, et ne fe rendirent point aux invitations qu’on Jeur fit d’aller manger dans le vaiffeau avec les députés des Anglais, qui les voyant toujours comme les Abnaquis avec Île pavillon français, leur demandèrent fils n’avoient point de pavillon de la couleur de celui des Anglais, ajoutant qu’on leur en donneroit un, fils n’en avoient point ; ils les remercièrent, et fe lièrent toujours avec le pavillon francais. Voilà à peu près, mon R.S$. les principales réponfes qu’ont fait les Abnaquis aux Anglais, qui font voir l’attache que ces fauvages ont pour la Religion Catholique et pour les français.
Comme j'apprends en chemin pour Que-
bec que la plupart des vaiffeaux font partis D
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et que le refte va bientôt partir, je fuis obligé de finir ici cette petite relation pour avoir un peu de temps d'écrire quelque lettres en france.
Je fuis avec refpect, Mon Révérend Père Votre très humble et très obéiflant ferviteur Jacques Bicor, de la Cie de Jéfus.
ant
Jéfus.