‹ Relation des siéges et défenses d'Olivença, de Badajoz, et de Campo-Mayor, en 1811 et 1812, par les troupes françaises de l'Armée du midi en EspagneChapitre 11 sur 31 · BATAILLE DE LA GÉVORA · texte numérisé non relu

BATAILLE DE LA GÉVORA

Cette journée fut marquée par la bataille mémorable de la Gévora, livnée par l'armée assiégeante sur la rive droite de la Guadiana, dont

nous rendons compte, à cause de ses rapports avec les opérations du siège.

L'histoire n'offre guère de faits militaires d'une conception plus hardie et plus conforme aux grands principes de stratégie. Le général en chef, après avoir étudié le fort et le faible de la position de l'ennemi, épiait toutes les occasions de le prendre en défaut ; il ne tarda pas à en trouver une des plus favorables , et il prouva qu'il n'est point d'obstacle qu'un génie supérieur ne puisstî vaincre avec des troupes telles que celles qu'il commandait;

Un corps de dix mille hommes d'infanterie espagnole et de douze cents chevaux portugais , avec une artillerie nombreuse, sous le conmaandement du général Mendizabal , venu de Portugal dans l'intention de faire lever le siège de Badajoz et de s'opposer à la marche des Français vers l'Alentejo, campait paisiblement, depuis la sortie infructueuse du 7 ^ sur les hauteurs de Santa-Engracia, en avant du fort San-Cristoval, la droite appuyée au fort, et la gauche à des retranchemens encore imparfaits : l'accès de cette position présentait de grandes difficultés; elle offrit même au général espagnol une si grande sécurité, qu'il s'y oublia. En effet, comment expliquer l'état d'inaction où il restait? Nous avons déjà fait remarquer qu'il avait opéré sui -

vant un faux système, en attaquant larmée assiégeante de front dans ses lignes; nous devons dire encore qu'il mit le sceau à cette grande feute, en restant douze jours dans une vaine et confiante tranquillité, sans surveiller les mouvemens des Français ^

Tandis que l'ennemi, suivant la routine ordinaire, s'amusait à retrancher la position deSanta- Ëngracia, le fort Pardaleras lui était enlevé; de nouvelles batteries s'élevaient contre la place, les tranchées étaient poussées avec activité sur les glacis, et des dispositions étaient prises pour Fat-

' Lord Wellington avait concerté à Cartaxo avec les généraux espagnols un plan d*opération , et désigné la position de Santa- Engracîa comme la meilleure à occuper pour entretenir une cornmonication avec Badajoz ( Journaux des. sièges enirepris par les alliés en Espagne, par M. John T. Jones ^ lieutenant'colonel des ingénieurs, page 24). Dans cette hypothèse, Wellington aurait commis une faute des pliis graves. Plein de confiance dans la force apparente de la position qu'il avait indiquée au général espagnol , il omit de lui donner pour instruction première d'éviter une action décisive, ce qui eûr été facile pour ce général qui avait la Gévora devant lui, Badajoz à sa droite et la forteresse d*£Ivas sur ses derrières. Cet exemple prouve qu'une première faute de principe, faite devant un chef hahile qui sait judicieusement en profiter, conduit toujours à une seconde, puis à d'autres encore. Si Mendizabal s'était retiré au lieu d'accepter la bataille, il n'est point douteux que le beau mouvement du duc de Dalmatie eût été en pure perte puisqu'il n'aurait rien décidé si son adversaire n'eut point été atteint, et il restait au général espagnol les moyens de renouveler de fréquentes attaques pour harceler nos flancs et couper notre ligne d'occupation avec l'Andalousie.

taque; mais il fallut attendre que les eaux de la Guadiana , qui s'étaient répandues dans les terres par les débordemens, fussent écoulées et nos moyens de passage assurés. Les ouvriers de la marine^ les pontonniers et les sapeurs , sous les ordres des capitaines Royou, Gillet, Andouaud , et Martin, travaillèrent avec une telle activité au passage du fleuve , que , le 1 8 au soir , on put commencer à porter de l'artillerie et de l'infanterie sur l'autre rive par la tête de pont ( cotée P ). Le duc de Trévise, qui dirigeait les mouvemens, fit passer successivement toutes les troupes; et la cavalerie de réserve , qui était cantonnée à Montijo, reçut l'ordre de venir se mettre en ligne. Cette partie de l'armée assiégeante fut ainsi toute la nuit sur pied ; et ce ne fut pas sans de grandes difficultés qu'elle parvînt à effectuer le passage , n'ayant que de petits canots et deux faibles bacs pour faire le service ^

^ Dès les premiers jours de l'établissement du camp de Santa- Ëngracia , le général en chef avait résolu d'attaquer cette position ; mais le mauvais temps s'y opposait , et les pluies continuelles avaient tellement élevé les eaux de la Guadiana et de la Gévora , qu'il fut contraint d'attendre une occasion plus favorable. Dans cet état de choses , il s'occupa des moyens d'assurer le succès de son projet : l'idée en était grande, et l'exécution difficile. Le passage d'un fleuve et d'une rivière en hiver était sujet à mille obstacles imprévus; mais le maréchal, exercé à des conceptions vastes et rapides , assura cette opération par des mesures si bien concertées, où le hasard avait si peu de part ^ qu'elles seront toujours

Le 19, à la pointe du jour, Tinfanlerie et la cavalerie se formèrent en colonne ena, b (PI. a), et s'avancèrent avec l'artillerie vers la Gevora. La cavalerie occupait la droite, et s'étendait dans Ja campagne: toutes les troupes observaient Tordre des distances avec autant de précision que si elles eussent manœuvré à la parade. Durant la marche, le général en chef parcourait les rangs des différentes armes , rappelait aux officiers et aux soldats leur ancienne valeur et les succès qui les avaient conduits jusqu'aux extrémités de la Péninsule, les vastes et beaux pays qu'ils avaient traversés, le nombre de villes et de provinces qu'ils avaient laissées derrière eux , après les avoir soumises à leur puissance; il ajouta qu'une nouvelle victoire allait leur assurer la conquête du principal boulevard de l'Estramadure, et que le moindre revers les obligerait à repasser la Sierra-Morena et à retourner en Andalousie.

un sujet d'admiration. L'aile droite du camp avait été placée si près de San-Cristoval que les glacis étaient couverts de ses tentes : dans le dessein d'éloigner l'ennemi et de lui ôter l'appui de ce fort, le général en chef donna l'xNulre à l'artillerie de faire lancer , de la batterie (K) , quelques boulets et obus à toute volée, qui arrivèrent jusque dans les bivouacs. Cette démonstration eut tout le succès qu'on en attendait ; le général espagnol éloigna assez son camp du fort San-Cristoyal pour lui faire perdre toute la protection qu'il devait en recevoir en cas d'attaque , et cette nouvelle faute fut regardée par le général en chef comme un présage de la victoire.

Cependant la cavalerie de réserve avait passé la Gévora à un gué qu'elle avait reconnu antérieurement, et elle se portait sur la route de Badajoz à Campo-Mayor , débordant ainsi l'aile gauche de Tennemî. Le 2."* de hussards, commandé par le colonel Vinot, qui éclairait la marche, tomba inopinément sur les bivouacs, les dispersa, et ramena des prisonniers; tandis que les tirailleurs d'infanterie repoussaient les postes avancés près du pont W, qui avait été détruit; alors le trouble et l'effroi s'emparèrent des Espagnols, qui, se voyant surpris par un ennemi qu'ils croyaient assez occupé du siège de la place, coururent aux armes, jetant des cris qui retentissaient au loin et arrivaient jusqu'à nous. Le jour avait paru; mais la plaine était couverte d'un brouillard épais qui empêchait l'ennemi de distinguer nos mouvemens : tdut semblait se réunir pour nous assurer un succès complet. Le duc de Trévise profita de cette circonstance favorable; il franchit la rivière, avec l'inlanterie et l'artillerie , à deux autres gués à droite et à gauche du pont malgré la rapidité du courant et la hauteur des eaux, qui s'élevaient jusqu'à la ceinture des hommes. A huit heures , après une marche rapide et les mouvemens les mieux dissimulés, toutes nos troupes étaient en bataille en d^ e,f, g, sur la rive droite de la Gévora. Le brouillard s'étant dissipé, les deux ar-

mées ce trouvèrent en présence, et commencèrent une canonnade des plus vives; mais, pour ne pas donner le temps à l'ennemi d'appuyer la droite aux fortifications, le maréchal duc de Trévise ordonna au général Girard de se porter, avec trois bataillons du 100."''' , sur la hauteur h entre le camp et San-Cristoval , et de profiter de tous les couverts du terrain pour se dérober aux feux de ce fort. Arrivé au point culminant sans essuyer de pertd sensible, le général fait exécuter un changement de direction à droite, déploie la colonne, et charge le flanc de l'ennemi perpendiculairement à sa ligne de bataille; tandis que le maréchal faisant battre la charge s'avance luimême de front en i avec la brigade du général Philippou , composée de six bataillons des 34-"''' et 88."*, et d'une batterie d'artillerie légère, et que le général Latour-Maubourg, avec douze escadrons, manœuvre en A, /, sur le flanc gauche de l'ennemi, dont il tourne la position : ces mouvemens d'audace et d'habileté s'exécutent avec une -rapidité et une précision que l'on ne peut jamais attendre que des troupes les mieux aguerries. Les Espagnols, se voyant enveloppés et pressés de toutes parts, étonnés de nos manœuvres, se hâtent, avec la confusion d'une armée mal exercée, de former deux grands carrés en /w, m, croisent la baïonnette, et soutiennent le choc en

se défendant vaillamment. Alors , sans hésiter , nos troupes les abordent corps à corps : la supériorité numérique de l'ennemi balance un moment le succès; mais la valeur des Français supplée au nombre. Le combat le plus terrible s'engage, et une nuée épaisse de fumée couvre les deux armées. La cavalerie , qui n'avait point encore pris part à l'action , arrive au galop , fond à son tour avec impétuosité sur les carrés, les renverse l'un sur l'autre, taille en pièces tout ce qui résiste, et, après avoir fait un horrible carnage, décide la victoire la plus complète. Enfin à dix heures du matin , ce corps qui , douze jours auparavant , était arrivé de Portugal avec l'intention de délivrer Badajoz, n'existait plus, et la garnison de cette place était réduite au même état qu'au commencement du siège, et ne recueillait conséquemment aucun fruit de cette entreprise : 8 à 900 hommes étaient restés sur le champ de bataille ; et 8,000 prisonniers , 6 drapeaux , 1 7 pièces de canon, 3o caissons, plusieurs bateaux et aquets, demeuraient au pouvoir de l'armée assiégeante. Les Espagnols fiirent tellement maltraités, et la confusion fut si grande, que leurs généraux firent de vains efforts pour rallier les débris de l'armée; ce qui parvint à s'échapper se jeta en désordre dans Badajoz et dans Elvas : 35o officiers, au nombre desquels se trouvaient le gé-

néral Viruez, 4 brigadiers, i5 colonels ou lieutenans-colonels, furent faits prisonniers. Les généraux Mendizabal , Lacarrera et Don Carlos de Espana, abandonnés du petit nombre de soldats qui leur restait^ se virent obligés de les suivre pour éviter d'être pris. La cavalerie portugaise , commandée par un général anglais, et parmi laquelle il y avait plusieurs officiers de cette nation , fut également frappée de terreur; elle abandonna l'infanterie , et se sauva bride abattue jusque dans la place d'Elvas pour y chercher un refuge. On ne put parvenir à joindre qu'un petit nombre de ces fuyards, qui furent sabrés par notre cavalerie, qui aurait pu, sans s'exposer au danger d'être ramenée, les pousser jusqu'aux portes de cette forteresse. On trouva au nombre des morts le brigadier du génie Don Gabriel, et plusieurs autres officiers de marque.

Notre perte fut d'environ 5oo hommes tués et blessés : elle eût été plus considérable, si les troupes avaient hésité; mais leur ardeur était si grande , et le feu qu'elles faisaient si meurtrier , que l'ennemi ne tira presque aucun avantagé de sa supériorité ni de sa position. Les généraux qui dirigeaient les colonnes profitèrent adroitement des dispositions du terrain , pour se soustraire à l'effet des premiers coups de l'ennemi.

C'est ainsi que, par l'habileté et la célérité des

manœuvres , et par l'application des grands principes de guerre, le général en chef, secondé par le duc de Trévise, sut gagner une bataille dont les résultats lui promettaient incessamment d'autres avantages, et qui mettait déjà Mendizabal dans l'impossibilité absolue de recommencer aucune opération offensive contre l'armée assiégeante.

L'investissement de Badajoz sur cette rive fut aussitôt rétabli; la redoute U, commencée par les Espagnols , fut continuée par la i /^ compagnie du a."^ bataillon de sapeurs. Trois bataillons du 88."% 4 pièces de canon et la cavalerie de réserve , s'établirent sur la position qui venait d'être enlevée; les pontonniers et les ouvriers de la marine restèrent sur la Gévora pour y rétablir le pdnt.

Après quelques heures de repos, le général en chef, le duc de Trévise, l'état-major, la brigade Philippou et le reste de l'artillerie, se mirent en mouvement pour repasser la Gévora et la Guadiana , et rentrer dans les lignes devant la place.

Un ordre du jour fit connaître à l'armée du midi la conduite brillante des troupes qui s'étaient trouvées à cette bataille, et donna des éloges aux généraux de division Latour - Maubourg et Girard pour les belles dispositions qu'ils avaient prises. Les généraux Philippon , Bouvier-des-Eclats

et Briche, furent également cités, ainsi que les colonels prince d'Aremberg, Gourré, Lapointe , Bachelet, A vy, Hulot, Després, Raimond, Veiland, Quiot, Charaorin et Vinot; le major Foirest; le chef de bataillon Hudry; les chefs descadron Hardy , Desmarets,MuIler, Brun, Saint-Chamans, Datas , et Tholosé ( ce dernier avait enlevé un drapeau ) ; les capitaines Lassale , Landrieu , Durivau, CKoisy, Baumetz, Ricard , Petiet (blessé), Bory Saint -Vincent, de Ghoiseul, Lafitte, Madaillac , Lacolombière, Andouaud, Royou, Gillet, Martin; les lieutenans Tévenin, Brozowski, Duhamel , Demeuves , Hubwiski et Michel. Le lieutenant Lanchon, du 34-™*, environné de quelques braves , s*était distingué en plantant le drapeau de son régiment au milieu des colonnes ennemies pendant l'action.

Le corps qui se trouvait à cette bataille était composé des troupes suivantes :

Infanterie.

3 Bataillons du 34.™*^ régiment de ligne.

3 idem du 88.°"* idem, 3 idem du loo."**^ idem.

Cavalerie,

2 Escadrons du a i."'^ de chasseurs à cheval, a idem du 4-'"'' idem espagnol.

3 idem du 9.*"* de hussards, a idem du lo."*' idem.

a idem du 14.*°^^ de dragons.

a idem du a6.™® idem, ,

I idem des chasseurs d'élite d* Aremberg (27.™^)

Total: 9 bataillons d'infanterie, i3 escadrons de cavalerie ^ 1 compagnie d'artillerie légère, i détachement d'artillerie à pied, 12 bouches à feu, i compagnie de pontonniers, i compagnie d'ouvriers de la marine et i compagnie de sapeurs.

Reprenons maintenant le cours du journal de siège.

Le 20, le général Maransin commandait la tranchée, il avait près de lui le chef de bataillon Camus et le capitaine Deslaberalh; les gardes sur la rive gauche étaient comme de coutume de deux bataillons.

Vingt ' unième nuit y du 10 au 7.1 février.

ATTAQUE DE GAUCHE

Le capitaine Amillet avec 5 sapeurs et i5o travailleurs reprît les travaux de cette attaque, à quatre heures après midi; les ouvrages ayant été très- dégradés par le feu de la place , il dut se borner à les faire réparer jusqu'à leur jonction avec l'attaque du centre.

ATTAQUE DU CBKÏRE.

Le capitaine Bagnac reprit également les travaux de celte attaque à la même heure, avec 5o sapeurs et I a 3 travailleurs d'infanterie; cet officier se borna à réparer la parallèle jusqu'à la rencontre de l'attaque de gauche, ensuite il consolida avec des fascines bien serrées et des gabions farcis le parapet du retranchement de la gorge de Pardaleras, ainsi que la traverse faite

POSITIOir DE SAWTA- EKGRACIA.

Le capitaine Andouaud , qui avait été chargé de suivre le mouvement sur la rive droite pour diriger les o))érations du siège sur ce point, fit continuer la redoute U, commencée par les Espagnols , pour servir d'appui aux troupes destinées à garder la position de Santa - Engracia ; la compagnie de sapeurs et 55 travailleurs du Q8 furent employés à cette re-

ATTAQUB DU CBMT&S.

en sacs à terre « devant la poterne que les assiégés ne cessaient de battre ayec plusieurs pièces de

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