TOTAL
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Les forces considérables que les alliés avaient Pi. m. rassemblées au commencement de 1812 dans le midi, notamment à Cadix, avaient empêcbé je dnc de Dalmatie , de suivre le projet qu*il avait formé contre le Portugal, et cet état des choses devint favorable à Lord Wellington , dont le duc de Raguse restait éloigné , sans doute en maison de la difficulté de faire sabsister son armée, dans un pays qui n'avait cessé d'être la base de toutes les opérations militaires. Instruit de notre position , le général anglais résolut d'assiéger Une troisième fois Badajoz ; l'espoir de réussir dans cette nouvelle entreprise était fondé sur l'isolement de cette place, qui était abandonnée à ellemême, et éloignée dcf plus de 4o lieues du èentre des opérations des armpés françaises.
Ainsi I au mois de février, les renseigneraens donnés par les espions , annonçaient que les alliés réunissaient une grande quantité de vivres et de munitions à Elvas , et que plus dé itiille ouvriers étaient emfployés à confectionner dès gabions, des fascines, et autres objets destinés an si^c. Ces renseignements furent recueillie avec
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soin par le gouverneur et transmis au maréchal duc de .Dalmatie.
Le lo de mars, on apprit que l'ennemi avait réuni 78 gros canons pour le siège, et d'autres avis firent en même temps connaître que plus de 5o mille hommes se concentraient entre Port- Alègre«, Estremos et Villaviciosa. Le gouverneur manda «de nouveau au maréchal, qu'il n'était plus possible de douter que Badajoz ne dut bientôt êtr^ assiégé , et que l'ennemi se flattait ouvertement de.se rendre maître de la place, avant qu'elle pût être secourue.
Le directeur d'artillerie, dans ses rapports au. général B uty , demandait avec instance des poudres et des projectiles creux, dont on manquait Deu^ fois ces objets. partirent de Séville, et deux fois ils furent arrêtés. en route, de sorte que Bada^^ joz ne fut .point suffisamment approvisionné*
Le directeur des fortifications s'empressa, aussi de donner avis au général Léry , des préparatifs de l'ennemi et des dispositions qu'il avait pj^ines^ pour la défense; il lui fit connaître son opinion sur le temps pendant lequel la place pourrait résister à l'^tttaque la plus vigoureuse et la i;nieux dirigée ; ses calculs l'autorisèrent à fixer le maxi-^ * rnumde la défense de 20 à a5 jours de trai^çh^e, ouverte. La suite a prouvé que cette approximation éta^ assez juste ^ on devait d'ailleur; s'at-
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tendre à des efforts extraordinaires de la part des anglais; on se ressouvenait qu'ils avaient été humiliés aux deux sièges précédens, et que là présence de lord Wellington était une raison suffisante pour qu'ils ne négligeassent rien de ce qui devait assurer le succès d'une troisième entre- / prise. Mais avant d'entrer dans les détails du siège, nous donnerons une-connaissance succincte des ouvrages qu'oii avait exécutés depuis la fin de juin i8it, jusqu'à la nouvelle apparition des anglais en mars iSiit, bÛï} que Ton puisse apprécier quel était l'état et là force de la place.
Comme l'ennemi avait dirigé dan;^ les deu»
premiers sièges, tous ses efforts contre San-Cristoval et le château , le duc de Dalmatie voulut que cette partie de la pllace fût renforcée : il ordonna en conséquence la construction de la lunette (cotée 36), sur l'emplacement que les anglais avaient occupé pour*établir leur batterie de brèche contre ce fort. Les fossés de cette lunette fu- ^ rent creusés à pic dans le roc, à Taide de pétards, à 4 "• 5o *. de profondeur. tJp magasin à poudre et un logement blindés à l'épreuve , pour 5b hommes j furent construits dans une traverse en capitale; et la gorge , fermée par un bon mur crénelé, mettait cet ouvrage à- l'abri d'une attaque de vive force, quoiqu'il fût un peu éloigné du fort San-Cristoval, mais d'ailleurs défilé des haut
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teurs et dominant sur tous ^s enyirons. L'artillerie l'avait armé de pièces et de projectiles nécessaires ; enfin on mit tant d'activité dans la construction de cette lunette, que le général en chef regardait comme très*importante, qu'elle se trouva achevée avant la fin de septembre : ensuite elle reçut ^ d'après son ordre, la dénomination de lunette Yerlé , en mémoire dû général de ce nom, mort glorieusement à la bataille d'Al-> buhera.
Les deux hrèches de San-Cristoval avaient été rétablies, les fossés de ce fort creusés dans le roc pour les rendre plus profonds, les contrescarpes relevées en maçonneries et les glacis exhaussés de manière à cacher les escarpes qui étaient vues précédemment jusqu'à leur pied. Après ce tra-» Vail , elles se trouvaient si bien dérobées aux vues du dehors, que, pour faire brèche à leur revêtement^ il eût fillu établir des batteries dans les chemins çpuyerts; en outre des approvisionnemens de matériaux avaient été faits dans l'intérieur , pour construire un magasin à poudre, une citerne et une petite caserne voûtée à l'épreuve.
La tête de pont, qui avait été ruinée pendant le dernier siège, fut réparée, ainsi que la communication du fort San-Cristoval ; enfin ces ouvrages, dont on devait l'exécution au duc de Dalraatie^ furent conduits . avec une telle activité.
DE BADAJOZ. liiS
que, lorsque rennemi parut, ils avaient atteint le degré de perfection indispensable à leur but, et cette partie de la place était dans un état de dé-^ fense respectable. Mais il restait encore beaucoup à faire pour obtenir Iç même résultat sur l'autre rive, de manière à établir partout un juste équilibre de forc^.
La couronne de Pardaleras avait été relevée deses. ruines, la gorge fermée par un mur crénelé,, les fossés approfondis, la branche, le demi-baslion et la courtine de gauche rehaussés pour voir 4e r^ers le terrein en avant des fronts 1,2, 3,. entre ce fort et la Guadiaria ; un magasin à poudre et un logement à l'épreuve reconstruits ; le chemin couvert réparé et palissade à neuf^ et la. communication en caponnière refaite siir un nou*veau tracé , avaient donné à cet ouvrage toute la force qu'on pouvait désirer, eu égard au tems qu'on y avait employé et aux dépenses qu'on y avait faites.
La demirlune du front a, 3, ébauchée anciens iiement par les espagnols , avaU été massée à la. £n de i8i 1 : on termina son revêtement en maçonnerie et les remblais de terre en i8ia, et cet ouvrage augmenta beaucoup la force de cette partie de la place. Les deux demi-lunes des fronts latéraux furent entreprises dans le mois de février, lorsque les bruits d'un nouveau siège com-^
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inençaieut à circuler. Les troupes de la garnisoi^ qui étaient , pour ainsi dire les seuls travailleurs sur lesquels on pût compter, étaient remplies d'ardeur; et en peu de temps le revêtement en maçonnerie de la demi-lune du front i , a , iîit élevé à I ". 60 \ au-dessus des fondations; celle du front 3, 4? construite entièrement en terre à défaut d autres matériaux, commençait aussi à prendre du relief au-dessus du glacis, et elle aurait pu, de même que les deux autres, être mise en état de défense dès les premiers jours du siège, si Tennemi eût dirigé ses attaques sur ce point. Enfin, une cunette de 2 "*. de profondeur sur autant de largeur fut commencée dans le fossé du corps de la place, depuis le bastion n"*. i jusqu'au bastion n"*. 3, et malgré ces diverses améliorations et celles des mines défensives entre* prises en 1811, ces deux fronts se trouvaient encore assez faibles pour être choisis de préférence pour point d'attaque ^
Les mines pratiquées dans les terre-pleins des bastions i , 2 , 3 , destinées à faire sauter ces ouvrages, furent perfectionnées, et la résolution qui avait été prise à cet égard, ne manqua, comme on le verra par la suite , que par le' dénuement de poudre qu'on éprouva vers la fin du siège.
* Les Français ne purent diriger leur attaque surces fronts, parce qu'ils n'occupaient pas la rive droite de la Guadian» au cominen* cernent des opérations du siège.
Le château avait été fermé avec soin^ on y avait établi des vivres et des munitions, et notre seul magasin à poudre s'y trouvait: on avait entièrement réparé la brèche qui y avait été faite par les anglais, lors de la seconde défense; les anciennes batteries étaient rétablies et l'artillerie en avait construit de nouvelles : des mineurs avaient été employés à pétarder le rocher, sur lequel est élevé le mur d'enceinte de la partie extérieure, pçur augmenter l'escarpement; ce mur de 6 à i4 mètres de hauteur, fondé sur un plateau élevé de plus de 20 mètres au-dessus du ruisseau du Rivillas, qui en baigne la, base, offrait une sûreté convenable; enfin ce château, qui devait être notre dernier refuge^ pouvait sans contredit être regardé comme un excellent réduit, et le point le plus sûr de la place , pour recueillir les débris d'ime brave garnison , résolue de^ne se rendre qu'à la dernière extrémité.
Les casernes avaient été réparées et augmentées , ainsi que l'hôpital militaire. Des blindages restaient à faire, mais la ville se trouvait dépourvue de toute espèce d'approvisionnement de matériaux ; la foret qui fournissait les bois nécessai* res aux différens travaux était éloignée de près de trois lieues, et les moyens de transport avaient toujours manqué; nos constructions en maçonneries ne nous offraient pas de moindres diffi-
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cultes: la uécessité de faire extraire la pierre des carrières pour confectionner la chaux , ne nous permettait pas d'en avoir une quantité suffisante pour les besoins: enfin , pour faire du* charbon, on était réduit à déterrer les racines des oliviers qui avaient été brûlés les sièges précédens. D'après ce dénuement total , on peut juger des obstacles qu'on eut à vaincre pour se créer les ressources indispensables , et amener le systèi;ne de défense à l'état le moins défavorable. La plupart de ces travaux furent exécutés sous la surveillance du capitaine du génie Lefaivre, qui y déploya toutes les connaissances de l'art, et apporta dans leur exécution l'activité et le zèle le plus soutenu-
L'artillerie de son coté s'était occupée de rétablir l'armeaient génél-al de la place , et dirigeait tous les travaux relatifs à cet objet, tels que la construction des traverses contre les enfilades , ouvertures d'embrasures nouvelles , etc ; et de concert avec le génie , elle avait préparé dans ses magasins tous les moyens destructifs dont on se servit pendant la durée du siège et au moment des assauts.
Le palissadement des chemins couverts avait été presque totalement détruit par les sièges de 1811, et il était bien important de le rétablir; comme nous Tavons déjà dit, les bois propres au service manquaient ; une demande fut faite à
ce sujet au général Léry^ qui prescrivît des -me*supes dont Fexécution fut confiée au chef de ba-taiUon du génie Truilhier employé alors à Mérida , mais elles furent trop tardites et la place ne put être palissadée : circonstance dont les effets furent bien désastreux, puisqu'ils facilitèrent lescalade.
Le gouverneur avait ^t la répartition des troupes et assigné d'avance à chaque corps les ouvrages à occuper; elle prouvait, qu'en raison du développement de la place et des ouvrages extérieurs à garder, la garnisoç composée de 5ooo hommes ' n'était pas assez forte pour assurer unebonne défense, surtout dans Thypoth^e d'une attaque générale. Mais les difficultés qu'ofïrait l'approvisionnement d'une garnison plus nombreuse avaient été un obstacle à son augmaitation.
L'état des fortifications, et la faiblesse de la garnison, comparativement à la force numérique des assiégeants, étaient telles que si lord Wellingtott avait fait tenter une attaque de vive force dès les premiers jours de l'investissement , il eût pil espérer le même succès qu'il obtint vingt-et-un jours plus tard , après avoir éprouvé des fatigues et des pertes qu'il aurait peut-être épal^gnées à ses troupes.
Les anglais avaient brûlé, en 1811 , les fer-
' U existait 400 hommes k Thôpital.
mes environnantes et Içs moissons sur pied. Les (>aysahs effrayés avaient pris la fuite , et les terres étaient demeurées incultes. Pour remédier à ces accidens fâcheux , le gouvemeui* donna des ordres pour faire labourer et ensemencer les terres par des soldats dans un rayon de Sooo-mètres, et les bœufs destinés à Tapprovisionnemçnt de siège y furent employés; lies jardins abandonnés furent distribués aux corps et aux officiers de l'état-major : ressource précieuse, qu'une sage prévoyance sut ménager contre Tinterruption presque certaine des communications avec le dehors. Enfin aucun des moyens qu'on pouvait employer pour mettre la garnison en état de se suffire à elle-même, ne fut négligé.
Pei\ de jours avant l'investissement, le chef de bataillon du génie, Truilhier , arriva avec le xîapitaine Meynhart, le lieutenant Vallon , 5o sapeurs, <leux compagnies du 64®, formant i3o hommes, 20 chasseurs à cheval du 21®, commandés par le lieutenant Raulet^ et un convoi de 5o à 60 mulets chargés de farine; il existait alors des vivres en magasin pour 3o à 4o jours seulement. Tel était l'état des choses lorsque l'ennemi parut. Passons maintenant aux. opérations du siège.
Le 16 mars, vers neuf heures du matin, le guet de la tour du château signala l'armée anglaise sur la route d'Elvas. Le général Veiland
DE BADAJOZ. aai
commandant eu second, se porta aussitôt en avant, pour la reconnaître, avec 2 5 chevaux et 170 hommes d'infanterie. A' midi , environ trois mille hommes étaient campés à deux lîeues de la ville, près de ta Caya; immédiatement après on vit'défiler sur la rive gauche de la Guadiana, à une grande portée de canon de la place, une colonne d'infanterie d environ 1 a mille hommes avec de Fartillerie de campagne: elle traversa la route d'Olivença, passa derrière Le Cero del Viento, s'étendit jusqu^au-delà de la route d'Al- . buhera, et s'arrêta pour prendre position et commencer Tilivestissement. Dès-lors toute commu-:nicatiou avec les dehors fut interrompue; mais les troupes de l'aile droite de l'armée du midi qui étaient à Santa-Màrta et Almendralejo , durent connaître le mouvement de l'ennemi, par la retraite qu'elles furent obligées de faire. On. apprit dans la journée que les alliés avaient jeté un pontée pontons sur la Guàdiana, à deux lieues au-dessous de Badajoz.
Les trois sièges précédens avaient obligé beaucoup de familles à quitter la place , pour se sous-, traire au danger et à la famine qui les avaient menacés; la nouvelle apparition des anglais obligea, encore un grand nombre d'individus de toutes les classes de se résoudre à s'éloigner. On vit alors, des vieillards, des femmes et des
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enfans, chaînés d'effets, fuir par toutes les routes : tous quittaient leurs habitations en versant des larmes, et jetaient en s'éloignant quelques regards sur leur malheureuse ville, qu'ils voyaient pour la quatrième fois livrée à toutes les calamités inséparables de la guerre. Elle ne resta peu^ plée que de 4 ^ ^ mille âmes , parmi lesquelles se trouvaient une foule d'indigents, qui, malgré le triste aspect que leur offrait l'avenir, ne purent se résoudre à quitter leurs demeures.
Le 17, dès la pointe du jour, la place se trouva entièrement investie. Plusieurs reconnaissances furent faites dans la journée par des officiers anglais. De notre côté les travaux de défense se poussèrent avec une nouvelle activité; l'inondation du Hivillas, qui avait été fc^'mée pour la première fob pendant les défenses de 1 8 1 1 , f ut por-* tée à sa plus grande élévation , et servit à couper les communications en avant de la lunette Pieurina (cotée i3), et à remplir d'eau les fossés du front 7, 8, et de la lunette San-Roque , (cotée i4)-
Le gouverneur nomma des commandans amovibles pour les forts; le colonel Pineau eut le xomman(tementdePardaleras;le colonel Gaspard Thieriy, celui dePîcurina; le colonel des Hessois, cekii du château ; le capitaine dés grenadiers Yir lain fut chargé de San-Cristoval.
La geoiiiso» fut distribuée autour de la place
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ainsi qu'il suit. Le bataillon du 9^ léger, aux bastions 1,2, celui du a8^, a^yx bastions 3, 4> celui du 58® de ligne, au bastion 5; et celui dUs io3% aux bastions 6, 7, le régiment étratnger de Ilesse-Darnistadt , aux bastions 8, 9^ et au château '; le détachement espagnol au. service du roi Joseph, était placé à la porte de Las Palmas^ avec les corps administratifs armés: le 88* et la cavalerie restèrent en réserve sur la place d'armes^ dite San-Juan. I/artii^lerie, dont le personnel était insuf6sant, eut à sa disposition le détachement du 64* et 5o sapeurs , qu'elle distribua dans les batteries et dans les ateliers.
Le général Yeiland, fit choix des meilleur^ tireurs de la garnison et en forma une compagnie,, à laquelle il donna pour chefs les Ueutenaud Michel, et Leclerc de Ruffey,^ officiers très-' braves et très-intelligènts; c^tte coinpaguie fujt destinée à inquiéter l'ennemi dans ses travaux en entretenant un feu contipuel sur la tête des sapes. .
Le soir^ à la faveur de quelques ondulations que formait le terrein, et de beaucoup de vent et de pluie, environ 1800 travailleurs ouvrirent, une parallèle, avec des boyaux de comxnunica-
' On remarc[uera que le régiment Dannstadt était placé wvaal son rang de bataille „ et dans les parties de la. place qu'on regardait généralement comme les moins exposées aux attaquasse TÎTsIiirocu'
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lions en ( AA) à 3oo mètres de la lunette Picurina ' ; dette parallèle fut continuée pendant lav. journée du ï8 avec une extrême activité, malgré le feu de notre artillerie.
Comme cette attaque ne laissait aucun doute sur les projets des assiégeans , le directeur du génie fit aban4onner les travaux de la rive droite et porta toute son attention sur les fronts 7,8,9, et sur la lunette Picurîna ; celle-ci n'était pas achevée, son escarpe n'avait que 3 à 4 mètres de hauteur et la contrescarpe n'était point revêtue; à la vérité un chemin couvert palissade, en assez bon état, régnait autour , mais la gorge n'était fermée que par un rang de palissades. Pour remédier aux imperfections de cette lunette, on creusa ses fossés pour augmenter la hauteur des escarpes, et on renforça la gorge par un second rang de palissades en avant duquel on pratiqua un second fossé; ensuite on profita de la hauteur du terre^plein au saillant pour construire en gabions une espèce de réduit; les fossés n'étant nullement flanqués j on entreprit de petites ca-
'■ Des postes avaient été établis en avant des cfaeioins coareii» des ouvragés de la place, roffîcier qui commandait celui qui était devant Picorina, se retira ai l'approche de Tennemi, sans s'opposer à l'ouverture de la parallèle , et même sans en rendre compte de suite au' gouverneur, ce qui facilita les opémtion» de Tennemi. I^ii cette négitgpnce, qui resta impunie, lés assiégeant gagnèrent une mit de travail. -
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semâtes à feu de revers adossées au saillant da la contrescarpe, suivant les principes des lunettes à la d'Arçon ; et en dernier lieu , trofe fou-' gasses furent placées aux trois angles du glacis*, pour les faire sauter au moment de l'assaut. -
Le i8, malgré la pluie qui tomba une partie de la journée et malgré le feu de la place, Ten* nemi perfectionna la parallèle et la prolongea du côté de la route de Talavera avec une grande rapi* dito; il travailla en même tems à ouvrir des boyaux de communication en arrière.
Dans la nuit du i8 au ig, l'ennemi commença deux batteries ( cotées BB ); la première -fut année de trois pièces de 1 8 et de trois obusiers, la seconde de quatre pièces de 24: elles étaient destinées à ruiner Picurina et à enfiler la communication de cette lunette avec la place; en outre il avait coupé la route de Talavera, et poussé sa parallèle à aSo mètres du saillant delà lunette San-Roque.
Le 1 9 , le gouverneur voulant retarder la marche rapide des assiégeans et augmenter les pertes que des attaques poussées avec témérité leur faisaient éprouver, ordonna une sortie. Deux bataillons , chacun de 5oo hommes, commandés par les chefs de bataillon Barbot etPerrez, ayant en tête 100 hommes des troupes du génie, dirigés par le capitaine de mineurs C.-J. Lenoir, /\o chevaux et
ire sortie.
vffl c^mon ,$orttr6toitd6 la placeàmîdi , par la poite de la Tjrûa^dad. Ces troupiss, réunies sous les ordres du géil^iil Yelland, débouchèrent p»r la gauche de la l^uoette SasE^Roque^ firent un cfaangecimit de direction à droite , se formerait ensuite en ligne, et se portèrem; rapidement sur la parallèle et sur le terrein en arriére. A peine furentelles déployées^ que reniMSDÂ abai^onna ses ouvrages avec précipitation et s'enfuit jusque sur les hauteurs de San-Miguel. La cavalerie , à la tête de laquelle se trouvait ie lieutenant de dragons Lavigne, tourna la parallèle au galop et pénétra jusque dans les bivouacs, tandis qu'un détachement de cent hommes sortait de Picurina et attaquait également la gauche. Sur ces entrrfaites , les sapeuis» détruisirent une grande partie de la parallèle, et y enlevèrent 545 outils. Ce réswkat était tout ce qu'on pouvait attendre d'une poignée de combattans , hasardée à une grande distance de la place. Au bout d'une heure les ai^glats se rallièrept, reprirent l'offensive, et bientôt ce faible détachement de la garnison eut toute iarmée assiégeatile à combattre; il eut été prudent^alors de se retiricr; mais, comme le lo mai i8y r , on résista trcrp Icmg-tems , ce qui fit acheter chèrement l'avantage qu'on avait retiré de la sortie. Toutefois, le général ¥ei}and opéra la retraite en bon ordre. Notre perte dans cette sortie fut de
DE BADAJOZ- aay
20 hommes tués, j6o blessés, doat i3 offîôeis. ImC ckeide bataillon Ferrez, du a8% officier trèsàÔBtmgoé^ mourut des suites d'une blessure qu'il reçut au pied. L'aîde*dei-camp Sain1>yincent eut u» cbevaî tué. La cavalerie fit quelques prisonniers. L'ennemi perdit plus de 3oo hommes.
Le iio:au matin , l'ennemi était parvenu à irépartn* tout le mal qu'on lui avait fait par la sortie de ia veille > et il avait même prolongé sa papalk^e vers la Guadiana jusqu'en face du ehâteau. Ces travaux présentaient un grand front; plus de quinze cents travsûUeurs paraissaient y être employés journellement. Dans la place les travaux de ^fenée se continuèrent sansinterruption. L'artillc^e avait augmenté le nombre desboudies k feu sur les fronts attaqués , et l'ennemi eut beaucoup à souffrir de leur effet.
Le 2 1 , le feu commença dès la pointe du jour , et dut faire éprouver de grandes pertes aux assiégeans^néançaoins trois nouvelles batteries cotées (C D £) se trouvaient massées en face des fronts 7, 8, 9, et la gauche de la parallèle avait été avancée jusque près du ruisseau du Rivillas '. Ces batteries paraissaient indiquer que l'ennemi
* Ia batterie (G ) fut armée de 6 canons de 214 ^ et enfilait le prolongement de la face droite du bastion 7 , celle (D ) , le fut de 4 canons de 18 contre le bastion 8, et ceUe (£;, de 5 autres canons de 1 4 contre la lunette San-Roque. .
m8 troisième Défense
connaissait les défauts du front 8, 9, que Ton considère avec raison comme Tun des plus hu bles de la place , n'ayant qu'une escarpe en mauvaise maçonnerie , sans fossé ni contrescarpe , et voe<le la campagne à plus de mille mètres, formé d'ailleurs d'une courtine sans parapet , derrière laquelle il était impossible de pratiquai un re* tranchement. Le choix de ce point d'attaque ne pouvait que donner de vives inquiétudes ; niais l'ennemi ne s'aperçut nullement des avantages qu'il pouvait en retirer ; il dirigea tous ses efforts , ainsi qu'on le verra plus loin , sur l'un des fronts qui devait lui offrir le plus de résistance, et qui l'aurait arrêté long- tems , si la garnison eût été plus forte et les magasins mieux approvisionnés en munitions.
Pour obvier aux défauts de la courtine 8, 9, on éleva en avant un petit retranchement en terre ^ afin de couvrir les maçonneries, et l'on rasa en même tems derrière cette courtine plusieurs maisons qui gênaient les communications. Il tomba beaucoup de pluie pendant cette joiu*née, et Tinondation était à son plus haut période, elle' baignait les fossés du front 7, 8.
On entreprit dans ce temps une communication couverte, pour aller de la porte de la Trinidad à la lunette San - Roque qui , par sa posi-
DE BADAJOZ. aag
ÛQii, pouvait prendre de revers l'attaque du front
Les journées des aa et aS furent pluvieuses;
Tennemi continua néanmoins ses ouvrages avec la même activité , et éleva encore une nouvelle ^tterie en (F) contre Picurina , qui servit ensuite coirtre le bastion n^. 7 ^.
. Les travaux de défense se continuèrent avec huit cents travailleurs de la garnison. L'artillerie avait disposé trente^t-une bouches à feu , depuis* le château jusqu'au bastion n^. 5^ ayant vue surles ouvrage&de Tennem^»
Le a4, on vit arriver beaucoup de troupes^ sur les hauteurs en avant de San-Cristoval; on apprit ensuite que c'était le général Leith, avec la cinquième division d'infanterie , qui arrivait de Campo-Mayor , pour former l'investissement de la place sur la rive droite.
Le a 5, à dix heures du matin, l'ennemi com-^ mençason feu avec vingt-trois pièces. Il s'engagea alors une cannouade des plus vives, qui ne cessa qu'à la nwit. Les asstégeans dirigeaient principale-' ment leurs coups sur k courtine et les angles flan
' Cette communication fut achevée en toile. Son extrême étendue aurait exigé un travail très-long pour la faire toute en terre. Pour abréger, on fît tendre sur le bord du chemia de simples toiles en forme de rideaux élevés sur des perches. Nos troupes passaient derrière sans être, vues des assiégeans.
^ Cette batterie fut armée de 4 canons de 1 8.
a3o TROISIEME DEFENSE
qués des deux bastkxDsftyg, sur larlonettePîcQniâ, et sur la face gauche du bastion n*. 7. Le saillait de la lunette, dont le parapet n'avait que quatre mètres d'épaisseur, fut fortement dégradé; on le rétablit le soir avec d^ ballots de laiae et des Ëiscines; on disposa sur les parapets des bombes et des barils foudroyans, pour les lane^^ sur les assaillans au moment d'un assaut, et deux cents fusils étaient rangés contre les crêtes intérieures , pour que chaque homme eut surle-champ plusieurs coups à tirer. Les galeries à feu de revers , et les fougasses dont nous avons parlé précédemment, étaient presque terminées : deux hernies de plus auraient suffi pour mettre cet ouvrage dans un état satisfaisant de défense. L'ennemi, averti par un déserteur espagnol qui travaillait aux galeries , sentit toute l'opportunité de la circonstance, et eii profita avec autant d'habileté que de bonheur pour livrer l'assaut. A dix heures du soir, cinq à six cents hommes, favorisés par une profonde obscurité , assaillirent cette lunette, défendue seulement par deux cents hommes tirés des différens bataillons de la^ garnison ^ Un détachement gagna d'abord la gorge
' Il eut sans doute mieux valu de former le détachement destiné à la défense de cette lunette , d*officiers et de soldats d*un même bataillon; l'émulation qui aurait existé entr'eux et la confiance qu'ils se seraient inspirée mutuellement aurait contribué aussi bien que l'habitude de la discipline à prévenir les désordres et assurer
DE BADAJOZ a3i
paf la gauche sans être aperçu ; ikiais , au moment pli il commença à couper les palissades, il fut accablé d'un: feu si violent , qu'il dut l'abandon* Bcr; ensuite un autre détachement s avança par ta droite, et fut également reçu par une vive fusillade , si bien qu'après deux ou trois tentatives infructueuses pour renverser les palissades» il tourna le flanc gauche de la lunette où le fossé n'est point flanqué ; aussitôt il fixe des échelles coAlre l'escarpe, atteint le sommet du parapet , et péûètre dans l'ouvrage. Le combat était en* core incertain , lorsqu'un troisième détachement , dirigé par le général Kempt , s'avança en C3pitale , et gravit le parapet au saillant, qui avait été ruiné, au moment où le détachement de droite ^ en escaladait le flanc : ce dernier effort acheva la chute de la lunette; l'attaque dura environ trois quarts d'heure; quatre-vingt-trois hommes de la garnison furent tués ou blessés , quatre-* vingt-six faits prisonniers; un officier et trente hommes du régiment de Hes$e se sauvèrent. L'ennewii perdit un major tué, nommé Wilde, ainsi que quatre officiers et cinquante soldats, quinze officiers et deux cent cinquante-cinq soldats furent blessés.
le succès^ Nous faisons cette remarque pour faire sentir combien il importe , en pareille circonstance y de ne rien négliger pour se maiotenir dans les ouyrages extérieurs.
Le gouverneur et le général Veiland témoîr gnèrent hauteipent leur mécontentement sur la faible défense de cet ouvrage, et l'on vit avec regret qu'on avait négligé de faire usage des bombes et des artifices y qui avaient été disposés sur les parapets, dont l'effet fut décisif aux assauts de San-Cristoval en i8i i , et que le sergent d'artillerie Bt'ette utilisa avec tant d'intelligence. Le capitaine Salomiac qui commandait Tartillerie, avait été blessé pendant la journée et fut remplacé par un officier qui montra moins d'assurance; cet incident ainsi que l'isolement de la lunette, contribuèrent beaucoup au succès des, assaillans.
amrsoriie. Dans le dessein de secourir la lunette, on fil sortir, mais trop tard, le bataillon du io3*, à la tête duquel se trouvait le chef de bataillon Lurat : il essuya un feu très-vif de la colonne qui était dans la communication, perdit une vingtaine' d'hommes et fut obligé de rentrer dans la place sans avoir obtenu aucun avantage.
L'artillerie de la place tira pendant une partie de la nuit sur Picurina, afin de gêner l'ennemi dans rétablissement qu'on supposait qu'il y faisait. Quanta l'objet des batteries (C,D,E,) il fut totalement manqué; elles étaient contrebattues parle canon du demi-bastion 9, par ceux du château, par le fort San-Cristoval, et par deux
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ptèœs de 12 qu'on plaça en (H.) pour enfiler la parallèle. Ce résultat n'avait pu s'obtenir que par un feu très- vif, qui consomma, dans la journée du a 5, beaucoup de projectiles creux et dou^e milliers de poudre, qui, joints à 64 milliers consommés depuis le commencement du siège , faisaient environ la moitié de l'approvisionnement primitif de la place. L'artillerie fut donc obligée de diminuer son feu, pour ménager ses munitions.
Le a6 , les assiégeans abandonnèrent leur première attaque contre les ^onts 8,9: maîtres de la lunette Pîcurina, ils s'y établirent définitivement et firent des communications pour lier tette lunette à leur parallèle. Toutefois leurs batteries entretinrent un feu continuel pendant toute cette journée, mais il fut sans beaucoup d'effet, car il ne réussit pas à ralentir le nôtre. Le moment était arrivé de tenter une troisième sortie pour tâcher de reprendre Picurina et gagner du tems; mais on objecta que la garnison n'était plus assez forte pour l'exposer à ces sortes de chicanes.
Les batteries des fronts 6,7,8, dirigées sur le nouveau point d'altaque, tirèrent vivement, et le feu de mousqueterie fut aussi très -animé. L'ennemi , qui était très-imparfaitement couvert dans ses ouvrages , éprouva des pertes considérables. Cependant if commença deux batteries
q34 troisième DEFENSE
de brèche à la gorge de la luneUe en (I,Kà,) qu il dirigea contre k flanc dtoit du bastion 6 et contre la face gauche du bastion 7. Avec loufte la vigueur qu'il avait déployée dans ses attaques, il n'avait fait que tâtonner , on doit le présumer du moins, en le voyant abandonna les- batteries qu'il avait d'abord élevées contre le froiit 8^9, pour diriger tous ses efforts contre les bastions 6 , 7. La prise de Picurina le détermina sans douto à changer son plan d'attaque.
L'artillerie de la place commença une kaliôrie de huit pièces de 24 dans le demi-bastion 9, qui fut achevée le 27 au matin , et qui^parsapasilion, plongeait dans celles que l'ennemi avait entreprises à la gorge de la lunette Picurina.
On employa aussi des travailleurs à élever la contre-garde imparfaite du bastion n^ 7, dans le dessein de couvrir les maçonneries , et des tirailleurs furent établis dans les chemins couverts de ces ouvrages:»
Dans la nuit du a6 au 27 , les assiégeans poussèrent à la sape volante un boyau en zigzag en avant de leur parallèle, pour s'approcher de la lunette San-Roque;en même temps ils firent un mouvement sur la rive droite du fleuve et s'approchèrent de la lunette Verlé, où ils engagèrent une fusillade qui avait pour but de détourner l'attentÎQn et de faciUter la construction d'une
DE BADAJOZ. ii35.
redoute carrée en (L) à 4oo mètres environ de cette lonette.
Les batteries de brèches se continuèrent sans interruption malgré notre feu.
Le %Sj plusieurs colonnes de renfort se mon^ tfèrent sm* la rite gauche et s'établirent dans les camps: on aperçut en outre stir la rive droite une ligne de contrevallation qui s'étendait depuis la redoute (L), jusque sur une butte en face de la tête de pont, dont Tobjet était sans doute d'intercepter toute communication avec les dehors.
Le boyau en zigzag, entrepris vis-à-vîs de de là lunette San-Roque , fut continué à la sape jusqu^à 4o mètres environ de la crête de son chemin couvert. La place fit un feu continuel d'artillerie et de mousqueterie sur la tête de cette sape : l'ennemi y perdit tant de monde qu'il fut obligé de l'abandonner.
Le 29, les assiégeans reprirent le travail de la sape; mais il leur fut impossible, malgré leur opiniâtreté, de l'avancer de plus de trois à quatre mètres, et ils furent forcés de l'abandonner de nouveau ^
' Nous ne deyons pas omettre de rapporter ici un trait d'intelligence et de courage qui mérite d'être connu. Dans la nuit du a 8 au 39, l'officier du génie anglais, de tranchée , avait tracé avec un cordeau blanc le boyau qu'il poussait sur la capitale de la lunette
a36 TROISIÈME DÉFENSE
'iordc. Le soir ils continuèrent leur ligne de contre- T^Ilation de la rive droite. Ces travaux, dont la place était séparée par la Guadiana^ n'étaient nullement inquiétans; le gouverneur jugea pourtant à propos de faire une sortie pour chercher à les détruire. Le chef de hataillon Billon du ^ ' fut commandé avec 4oo hommes : il se porta avec
San-Roque ; il paraît que cet officier oublia le matin de faire retirer le cordeau , ou qu'il le laissa dans le dessin de diriger les travailleurs de la tète de la sape. Mais comme le feu de la place les obligea à suspendre le travail, ils laissèrent le cordeau, qui se distinguait très-bien du baut des remparts. Le générad Veiland , eut ridée d'en faire changer la direction et proposa de 4e faire mettre dans Talignement d'une batterie du château. Cette idée était excellente ; en faisant commettre une méprise aux sapeurs anglais , elle leur faisait perdre une nuit de travail , et les exposait à être écrasés le matin dans le boyau. La difficulté était de changer la direction du cordeau sans que les gardes de tranchée s'en aperçussent. Le directeur des fortifications fît proposer aux troupes du génie d'exécuter ce hardi projet: le caporal Stoll, de la 3^ compagnie de mineurs, se présenta ; connaissant la bravoure et l'intelligence de ce caporal , le directeur n'hésita point de le charger de cette opération : en conséquence il le fît sortir à la nuit tombante, un instant avant l'arrivée des travailleurs ennemis. Il passa entre les palissades du chemin couvert de la lunette , se glissa à plat ventre sur le terrein jusqu'au cordeau, arracha le piquet qui servait à le tendre, l'enfonça en (M) dans la direction du château^ et rentra ensuite dans le chemin couvert, sans avoir été aperçu des gardes de tranchée, qui n'étaient pas à plus de 30 mètres du piquet. Les sapeurs anglais donnèrent dans le pié|;e , et perdirent , comme on , l'avait prévu , le fruit de leur travail de nuit. Le gouverneur fu^ très-sadsfait du caporal, et lui accorda une gratification de aoo irancs , en lui promettant de le recommander au général en chef après le siège.
la rapidité de Véd^Bit jusqu'aux lignes^; mais Ven- Rémi qui était en force sur cette rive y l'obligea de r^i^eri^DS avoir obteuu anam avantage*. L'aidede^amp Duhamel, qui avait proposé cette sortie wteœpestive et qui était à la tête des troupes, fut tué ainsi que cinq hommes. Ce jeune officier, •qui était plein d'activité et de bravoure , fut trèsregretté.
Le 3o, dès que le jour parut^ l'une des deux batteries de brèche commença le feu contre le flanc droit du bastion G. Lé point d'attaque étant alors bien^déterminé^ tant par le feu de cette batterie que par la disposition des deux autres qui se préparaient , le directeur des fortifications fit entreprendre de suite, dans les bastionk 6 et 7, des retranchemens tels qu ils sont tracés figure (N, N ,). Pendant cette opération le chef de bataillon du génie Truilhier fut atteint à la tète d'un coup mortel. Cet officier s'était distingué à la défense d'AImeida, où il avait contribué, sous les ordres du commandant Morlet, à faire sauter les fortifications : il avait sollicité l'honneur de participer à celle de fiadajoz. D fut victime de son zélé : sa mort causa les plus vifs regrets dans la garnison, et le corps du génie eut à déplorer la pai:e d'un officier de la plus grande distinction.
Le 3 1, on continua avec activité les retranchemens (N,N), et indépendamment de ces travaux
a38 TROISIEME DEFENSE
cm pratiqua encore une seconde encèkite, avec les murs des janlins et des maisons adjacentes, que Ton crénela de manière à forcer Tenneflùi à multiplier les assauts. Les rues £arent coupées par des fossés avec traverses et on s'occupa jusquau dernier moment des ouvrages de défense; enfin , il y avait lieu de présumer que l'ennemi ne parviendrait à surmonter ces obstacles qu'après d'immenses sacrifices.
Dès la pointe du jùur, les deux batteries de brèche, établies k la goi'ge de Picurina, armées ■de 20 pièces de canon ' , avaient commencé le feu le plus vigoureux contre la face gauche du bastion 7 , et contre le flanc du bastion 6; taodis qu'une autre batterie placée en ( o o , ) de 4 obusiers, ricochait le terre-plein du bastion 7 et le pied de la brèche pour empêcher d'y travailler et d y créer des obstacles.
L'artillerie des fronts 6, 7, 8, g riposta vivement. On tira plus de quatre mille coups de canon de part et d'autre pendant le cours de cette journée. Le feu de mousqueterie fut aussi très-considé*rable et se continua bien avant dans la nuit avec acharnement. L'ennemi eut plusieurs pièces de démontées, et quelques petits magasins à poudre sautèrent ; notre artillerie , malgré son état de pé-
' La batterie (I) était armée de ii canons de 34, la batterie (K) dt 8 canons de 1 8.
DE BADAJOZ. iSg
nurie, parvint encore à ralentir le feu des assiégeans. Le soir il y eut au pied des murailles beaucoup de décambrés, que des détachemens de travailleurs, dirigés par des officiers du génie, allèrent déblayer. Les troupes exécutèrent toujenrs ces travaux avecim courage héroïque; elles restèrent souvent exposées quatre et cinq heures à la mitraille et aux obus que l'ennemi lançait sur oc point pour les empêcher de travailler.
La ville soufïrit aussi beaucoup : la désolation était générale chez les habitans; la plupart, frappés de terreur, se réfugièrent dans les caves et dans les églises, qu'ils croyaient à l'épreuve, et trouvèrent la mort sous ces frêles abris. La garnison n'avait aucune espèce de casemates, ni même de blindages; néanmoins nos pertes en tués et blessés, depuis le i6 mars jusqu'à ce jour, ne s'élevaient qu'à 700 hommes.
Pendant la nuit du 3i , l'ennemi détruisit un petit batardeau en terre ; qui avait été construit depuis peu en (P) pour retenir les eaux et prolonger l'inondation du Rivillas.
Le I*' avril, l'ennemi avait élevé une troisième batterie de brèche en (Q) à la gauche de Picurina, de six canons de 1 8, et ouvert son feu contre les bastions 6 et 7 , avec 3o pièces. Les parapets de ces bastions étaient presque détruits '; on en
' Dans le système de cette fortification , la chute du reyétement entraînait nécessairement celle du parapet.
ii4o TROISIÈME DÉFENSE
avait élevé de nouveaux sur les teire-pleins , avec des sacs à terre et des ballots de laine , qui étaient rétablis à mesure que les bordées de canon les^ enlevaient; mais il n'était plus possible de répondre au feu des.assiégeàns avec la même force qu'auparavant : la poudre manquait , malgré tout le soin que Tartillerie avait pris de la ménager, ce qui devait faire penser à Tennemi que ses batteries avaient fait taire les nôtres. On fut encore forcé d'en réduire la consommation , cette mesure ne pouvait cependant prolonger la défense au-delà du i o avril. On manquait aussi de projectiles 'creux et de mitraille. Nous devons dire ici que, malgré cet état de dénuement, que Ton ne pouvait dérober à la connaissance des troupes , et qui devait leur faire présager la perle de Badajoz avant qu'il fût possible d'y porter du secours^ la garnison ne donna jamais le moindre signe d'inquiétude ni de découragement: on la vit au contraire redoubler de zèle et d'ardeur à mesure que le danger augmentait. L'enthousiasme était tel, que le moindre soldat se serait indigné à la seule pensée de capituler avant d'avoir repoussé plusieurs assauts; et le gouverneur ne négligeait rien de. ce qui pouvait soutenir de si bonnes disposition^. Pendant .que la moitié de Ja garnison combattait sur les remparts, l'autre était aux travaux de défense , et il ne s'est peut-
D£. BÂDÂJ02. a4i
être jamais présenté de circonstance à la guerre, où les troupes françaises aient donné des preuves d'on plus noble dévouement.
L'ennemi continua ses attaques le a , avec la même . vigueur. Pendant la nuit il essaya de rompre le batardeau de la lunette San-Roque pour saigner l'inondation du Rivillas; mais il fut chassé par la garde de cette lunette, commandée par le capitaine Saintourens, du 58'*".
Le 3 , une nouvelle batterie de 4 pièces de gros calibre placée en (R) ouvrit son feu sur le bastion 7, sur la courtine 7 , 8 , et sur le flanc gauche de la lunette (14.) On comptait alors 4o bouches à feu qui tiraient, sansinterruption ; comme nous l'avons déjà dit , les batteries de la place ne pouvaient répondre que faiblement à celles des assiégeans: on tâcha de suppléer à l'épuisement des munitions , en plaçant les meilleurs tireurs dans les chemins couverts du front 6, 7, et dans des trous de loup pratiqués en avant , pour pointer dans les embrasures et tuer les canonniers.
Cependant, les batteries ennemies faisaient de grands ravages: la mort volait sur toutes les parties de la ville; ses remparts tombaient et deux brèches commençaient à devenir praticables; les efforts que faisaient les travailleurs pour les déblayer devenaient insuffisans. Dans cet état de choses, le gouverneur assembla le conseil de
a/ja TROISIÈME DÉrENSE
défense pour délibérer sur les moyens à prendre dans ces momens difficiles. 700 hommes , choisis dans l'artillerie et le génie, et parmi les grena- (}iers et voltigeurs , furent chargés d'occuper le poste important et périlleux dçs brèches; on en donna le commandement aux chefs de bataillon Barbot et Maistre , officiers qui montrèrent pendant toute la durée du siège une intelligence et une bravoure dignes des phis grands éloges. Le bataillon du loS*"* fut en outre placé en réserve dans le retranchement derrière les brèches; le persorfhel parut alors convenablement disposé pour attendre l'assaut.
. Les travaux de défense se multipliaient en raison des progrès des assiégeans, et accablaient de fatigues la garnison, assez occupée d'autres services. Néanmoins son zèle ne se ralentit pas : 600 travailleurs étaient employés jour et nuit à perfectionner les retranchemens , 200 étaient occupés à déblayer les décombres ; 1 00 à détruire les rampes des chemins couverts ; 1 00 au château que l'on regardait comme le point le plus sûr et le plus propre à servir de réduit pour la garnison. Enfin les généraux étaient constaniment dans les ouvrages pour encourager les travailleurs. Le gouverneur fut : blessé à l'épaule aux travaux des brèches ; le général Veiland et ses aides-de-camp y reçurent aussi plusieurs coups de mitraille dans leurs habits.
DM BADAJOZ. aJi^S
Le J\, Yenm^mi avait mafisé une niîWivelle'batHi terje de 1 4 bouches à feu en (S) ,. pour cootrebottre celles du château. Yer^ dix heures du nlatîn, on^ vit une Ibrte colonne d'infanterie anglaise sw la route. d'El vas, et plus tard il arriva, dans les canipa, une longue suite de chariots chargés d'éebeUeSy e( de tous les apprêts qui annonçaient un assaut prochain. Le soir on continua les préparatifs de défense pour soutenir l'escabde et l'assaut : l'artillerie avait disposé ses pièoes cbargée& à mitraille à tous les flancs des bastions; desche-. vaux de frise à lames de sabres de cavalerie , ^ee b^ils foudroyans, et des ^bombes,, avgtieiit été portés aux brèches pour servir, à le^r défense.
Le 5i^ les brèches étaient rendues. îpi?atic^bles et furent reconnues telles p^^r des sous-ofûciers de SiSipeurs qui les descendirent et les remootèrent avçç armes et bagages. Il n'était plus possible de l^s déblayer, taiit l^s décombres amoncelés au piçd étaient ognsidérables: l'ennemi tiratit d'ailleurs sans discontinuer sur les travailleurs et nous faisait perdre beaucoup cle monde. Dans ce moment critique, la garnison montra à quel point on peut élever la force morale du soldat français au-dessus des plus grands dangers. Tout le revêtement de la face gauche du bastion 7 , ejt celui du flanc du bastion 6 étaient renversés; mais soit par impéritie, soit à cause des difficultés
îi44 TROISIEME DÉFENSE
d'avancer aussi près de la place, les assiégean» avaient négligé de détruire les contrescarpes pour faciliter le passage du fossé; le colonel du génie profifa de celte circonstance pour faire rassembler au pied de ces contrescarpes, et derrière les brèches, tous les obstacles que la nécessité et l'industrie peuvent mettre en usage; on disposa de nouveau, sur tous les points accessibles, des chevaux défrise, dès fascines, des sacs à terre et des ballots de laine pour remplacer les parapets éboulés: on utilisa aussi toutes les machines telles que baquets , charrettes , bateaux , cordages , bombes, etc. *; enfin, les hommes désignés plus haut pour garder les brèches étaient pourvus chacun de trois fusils de rechange et attendaient le moment de l'assaut *.
Cet appareil de défense, et la ferme contenance de la garnison, imposèrent sans doute aux assiégeans, qui jugèrent nécessaire, pour mieux assurer le succès de leur entreprise, de faire une troisième brèche au corps de la place.
' Le lieutenant Leclerc de Ruflfey proposa de faire placer un grand bateau dans le fossé du bastion 7, au saillant, et de le remplir de soldats pour flanquer la face gauche de ce bastion. Cette proposition fut accueillie et présenta de grands avantages pour la défense de cette brèche.
' Le chef de bataillon l'Espagnol avait fait fabriquer des barils foadroyans avec de grands tonneaux farcis de paille goudronnée; de poudre et de grenades, et les avait fait disposer sur les brèche» avec un certain nombre (]e grosses bombes chargées.
DE BADAJOZ. a4Ô
En conséquence, le 6, dès la pointe du JQu?, ils dirigèrent leurs batteries contre la courlîtie des deux bastions 6, 7, et en firent tomber la moitié dans douze heures de feu« A ia chute du jour, on fit à cette troisième brèche les mêmes travaux qu'aux deux autres. Le chef de bataillon Lurat reçut Tordre d y placer une compagnie de grenadiers hessois , qu'on avait tirée imprudemment du château. Cette journée fut des plus meurtrières: on se battit avec acharnement. A <:haque instant notre position devenait plus cri<tique et plus alarmante ; et ,^ suivant un système trop souvent adopté, on eût pi| capituler. Lord Wellington connaissait la situation de la place, et voulait obliger la garnison à se soumettre à sa discrétion : l'orgueil anglais avait été blessé aux deux premiers sièges et voulait en avoir satisfaction ; il ne somma point le gouverneur ainsi que l'exigent l'usage et les lois de la guerre chez les nations civilisées , et n'offrit aucune espèce d^ccommodément. Quoique la garnison f&tbien persuadée qu'une plus longue résistance ne la sauverait pas de l'affreux avenir qui lui était réservé ' 6t qu'après des efforts infructueux , manquant de munitions et accablée par le nombre, elle succomberait avant qu'elle ne pût être secourue, elle
' L'£arop« connaît U barbarie arec laquelle les Anglais traitent leurs prisonniers.
îi46 TROISIÈME DÉFENSE
iï*en demeura pas moins résolue à tout sacrifier plutôt (juè de demander à capituler. Elle redoubla donc de zèle et d'activité pour prolonger la défense par tous les obstacles que la bravoure et l'art peuvent opposer^ et de manière à faire payer à l'entiemi^ du sang de ses meilleurs soldats, la prise d'une place qui paraissait ne pouvoir lui échapper: résolution héroïque et qui méritait d'être couronnée d'un meilleur succès!
Enfin tout était prêt pour soutenir l'assaut : il y avait encore 3ooo combattans bien déterminés : l'amour de la patrie et le profond sentiment d'uiie haine nationale , ajoutaient au devoir de combattre > et aii désir de vaincre.
A neuf heures et demie du soir, une nombreuse artillerie lança sur diverses parties de la ville une grêle de projectiles de toute espèce^ En mémetems la 3® division , sous les ordres du général Picton , s'approcha du Rivillas pour attaquer le château} une: vive fusillade s'engagea alors à la lunette Sçin-Roque, aux bastions 8, 9, et au château. Tandis qu'une partie de cette colonne faisait feu sur la lunette, l'autre s'avançait dans les chemins couverts et dressait des échelles contre l'escarpe du bastion 9 : opération d'autant plus facile que le front 8, 9 n'avait point de contrescarpe, que
^ Lés aésiégcialife^ avalent en batterie seize canons de a 4 9 vingt de 18 et seize obusiers ou mortiers : total 5 s bouches i feu.
le fossé et le terre plein du chemin couvert étaient dans le même plan et que les palissades étaietrt brisées. 3oo Hessois, commandés par le chef de bataillon Weber , et les canonniers qui occupaient le rempart, soutinrent vigoureusemeùt Tattaque: ils roulèrent des bombes du haut du parapet et forcèrent les assaillans de s'éloigner; mais la lunette qui avait été attaquée en même tems, fut escaladée par la gorge et prise.
Une demi-heure s'était à peine écoulée ^ lorsque deux autres divisions, sous les ordres du génét^al Golville, débouchèrent par le chemin de Val vetde et se portèrent aux brèches; une nuit très-sombre favorisait les approches. Ces divisions arrivèrent jusqu'au pied des glacis sans être aperçues : les têtes de colonnes se jetèrent rapidement dans les fossés. Le cliquetis des armes se fait entendre : soudain un cri s'élève: Les voilai les voilai Les artifices préparés au pied des brèches éclatent et culbutent les assaillans; pleins d'intrépidité ,Qt de courage ils se rallient et reviennent à l'assaut; mais nos braves les reçoivent sans s'ébranler, les repoussent de nouveau et les jettent dans le plus grand désordre. Les morts et les blessés sont amoncelés dans les fossés et sur les glacis; l'ait retentit de cris de victoire , et le succès est certain ^
' Le directeur des fortificatioDS avait fait disposer au pied des
a49 TROISIÈME DÉFENSE
: Durant ce conflil sanglant et glorieux pour
les deux partis, le gouverneur^ le général Yei-
mtin de contrescarpes , en avant des brèches, quelques barîU foudroyans et 60 bombes chargées » de 1 4 ponces de diamètre, espacées de deux toises les unes des autres, en forme de chapelet y et couvertes de 4 pouces de terre. Des saucissons de poudre placés entre des tuiles arrangées en augets liaient ces bombes et étaient destinés à leur communiquer le feu pour les faire sauter. Le lieuteiiant de mineurs Mailbet y qui avait été chargé de ces préparatiû^ saisit avec sang froid l'instant opportun : il mit le feu à cet espèces de mines lorsque les assailians traversaient les fossés pour firancLir les brèches. L'explosion se fit avec le plus grand fracas : le feu qui jaillissait du chapelet de bombes et des barils foudroyans avec nn bruit semblable à celui de la foudre, faisait trembler le sol, éclai* rait l'horison , et offrait nn spectacle épouvantable. Pendant cette explosion, 700 hommes, munis de trois fusils chacun, tiraient à bout portant sur les Anglais qui ne pouvaient sortir des fossés pour s*é* chapper; plus de 3 000 furent tués ou blessés dans ces fossés, ou dans les chemins couverts. Les troupes qui défendaient les brèches n'eurent pas 30 hommes hors de combat, mais elles perdirent le brave Mailhet qui fut atteint d'un éclat de bombe au bras , et qui mourut des suites de sa blessure.
Le comte de Liverpool , secrétaire d'état , écrivit au lord-maire de Londres , le a 3 avril 1 8 1 a , que la perte des assiégeans dans les assauts avait été de 3 600 hommes dont a64 officiers et cinq généraux. Lord Wellington dans un rapport à son gouvernement, en date du 8 avril même année, évalue ses pertes totales à 4885 hommes , dont 378 officiers. Le journal du siège en accuse 49>4» dont 366 1 dans la nuit du 6 au 7, mais en définitif, les renseignemens pris dans le tems sur les lieux et en Angleterre, nous autorisent à dire que la perte totale des assiégeans fyt de plus de 6000 hommes.
Voici comment s'exprime, à cette occasion, le lieutenant colonel des ingénieurs anglais , John T. Jones, dans le journal du siège ,t^ page 187 :
DE BÂDAJ02. 249.
land, les officiers de TétaNmajor et une faible réserve étaient réunis sur la place (T) , à peu près
« Probablement , depnU la décooTerte de la pondre à canon , « jamais hommes n'ayaient été plu» sérieusement exposés à ses « dangereux effets que ceux qui se trouvèrent amoncelés dans le
• fossé pendant cette nuit. Plusieurs milliers de bombes et de gi^- « nadesy une grande quantité de sacs remplis de poudre , des artim flces, et toute espèce de projectiles destructeurs, avaient été pré- « parés et placés derrière les parapeu du front sur toute son « étendue. Nos soldau, placés sous la plus vive fusillade, iiirent « sans interruption abîmés dans le fossé pendant plus de deux « heures; le feu de tous ces artifices et des bombes, qui donnait à,
• toute la surface du fossé l'aspect d^un Tolcan, produisait acci- « denteUement des gerbes de flamme d*une lumière plus Tiyè que « celle du jour, qui bientôt était suivie d'une obscurité profonde. « Il est impossible de décrire cette scène horrible, et l'on doit ad- « mirer les hommes qui sont restés fermes au milieu de cette des- « truction. Les portes de la victoire étaient sans doute ouvertes ; « mais elles étaientsi soigneusement gardées , leurs approches étaient « tellement parsemées de difficultés et de dangers , et l'entreprise « en général offrait à l'esprit des images si terribles , qu'il semblait « plus qu'humain de lutter contre ces obstacles , si bien que , loin « de penser que les troupes ont manqué de courage en ne réussis*
• sant pas à les surmonter , on doit regarder comme un sujet d'or- « gneil et de gloire pour elles d'avoir tenté l'entreprise. •
Le mauvais succès des Anglais aux brèches vient sans contredit des obstacles insurmontables qui leur furent opposés et de la bo^e contenance des troupes qui les défendaient ; mais on peut aussi l'attribuer aux mauvaises dispositions de l'attaque. En effet , quel est le militaire, pour peu qu'il ait de théorie et d'expérience des sièges , qui ne dise que donner l'assaut aux brèches du corps de place avant d'avoir renversé la contrescarpe et formé. les logemens sur les glacis, ne soit l'entreprise la plus hasardeuse et la plus inconsidérée que puisse faire un assiégeant? Les assaillans des brèchea furent anéantis, ils devaient l'être.
i5o TROISIÈME DÉFENSE
au centre des attaques, quand tout-à-coup un chef de bataillon d'artillerie espagnol, nommé Rio, vint annoncer que l'ennemi pénétrait par le bastion 6. Il était permis de croire à ce rapport, d'après le tumulte qui se faisait entendre de ce côté. ,Le gouverneur voulant s'en assurer par luimême y courut avec le colonel du génie; mais il vit que les braves qui défendaient ce bastion n'avaient pas bougé , et reconnut que cette fausse alerte était l'effet d'une terreur panique qui s'était ' emparée de cet officier au moment de rexplosion. Après cet incident, le lieutenant de dragons La-* vigne arriva au galop , pour annoncer que l'ennemi avait renouvelé l'attaque du château et qu'il en avait escaladé les murailles. Le rapport erroné que l'on avait reçu immédiatement avant, fit douter de l'exactitude de celui-ci : l'on se refusait généralement à croire à un revers que la situation de ce château devait faire i^egarder comme impossible, et un temps précieux fut perdu en hésitation. Le colonel des Hessois , sur lequel on devait compter, commandait au château r ce chef n'avait rien mandé au gouverneur ; îî avait pourtant plusieurs officiers à ses ordres, au moins 80 hommes de son régiment, 26 soldats fîrançais et un petit détachement de canonniers. Toutefois , les généraux Philippon et Veiland y envoyèrent quatre compagnies du 88'"% seule
DE BADAJOZ. a5i
réserve d'à peu près 200 hommes qui restât disponible. Mais la fortune nous avait abandonnés; l'ennemi qui s'était rendu maître du château avait déjà fermé la porte (U) ; la réserve, à la- tête de laquelle était l'aide- de -camp Saint -Vincent, arriva trop tard : die fut reçue par une vive fusillade. Saint- Vincent fut blessé, ainsi que les principaux officiers, et les soldats furent dispersés, après avoir fait d'inutiles efforts pouf re* prendre le château. Dans ces entrefaites , les généraux donnèrent l'ordre à deux compagnies du 9® léger, qui étaient au bastion n«> i , d'y pé-* nétr^ par la porte (cotée V), qu'on supposait encore ouverte; mais par un mal entendu et une fatalité inouie elles furent aux brèches, où elles restèrent sans utilité. La perte inattendue du château que la garnison regardait comme son dernier réduit, et la dispersion des quatre compagnies de réserve, ébranla subitement le moral de quelques officiers, et le désordre commença. L'ennemi, après avoir pris la lunette San- Roque , traversé le Rivillas , et tenté vainement d'escalader le front 8 , g , avait gagné à droite le long des murailles jusqu'au point (W) , où il appliqua une échelle contre Fescarpe et l'escalada, par une embrasure , quoique cette escarpe fût en bonne maçonnerie et élevée de vingt piçds. Dans ce moment la résistance avait molli : d'au-
aSa TROISIEME DEFENSE
très échelles avaient été aussitôt dressées, et le château emporté. Les troupes qui s'y trouvaient furent égorgées ; le chef de bataillon Schmalkalder, Fadjudant-major Schulz des Hessois,. et le capitaine d'artillerie , d'À.ndré Saint- Victor y périrent. Le colonel des Hessois avait été blessé légèrement à la tête : il fut saisi par un officier anglais qui le somma de lui montrer la porte du château, en menaçant de le tuer s'il n'obéissait; il fit la faute de la lui indiquer, et ne suivit point dans cette circonstance l'exemple du chevalier d'Assas, plus aisé à admirer qu'à imiter.
Lord Wellington , instruit du désastre des brèches , ignorant ce qui se passait ailleurs, avait ordonné la retraite » , lorsqu'on lui apprit que le général Picton * à la tête de la 3* division avait escaladé le château. Ce fut à la seule audace de ce général et au défaut de surveillance^ ou à la pusi llanimité de ceux qui lui étaient opposés, que lord Wellington dut un succès inattendu j qui lui livrait Badajoz.
La couronne de Pardaleras était attaquée en même temps que les brèches, par une autre division. La garnison de ce fort se défendit avec vigueur et l'obligea à se retirer, laissant également les fossés et les glacis jonchés de morts et
' Ce fait est inséré au journal du siège anglais, page 177* ' Tué à la UtaiUe de Waterloo.
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de blessés t ce ne fut que le lendemain dans la matinée qu'elle se rendit.
Il était minuit lorsqu'une nouvelle attaque eut lieu au bastion n* i : la 5* division , sous les ordres du général Leith, s'avança sur Tangle saillant , franchit la barrière du chemin couvert (X), qui n'avait pu être défendu faute de soldats , descendit dans le fossé, plaça des échelles contre la face gauche (Z) du bastion , et l'emporta par escalade, ce qui se fît sans beaucoup d'opposition; le détachement du 9* qui le gardait ayant été affaibK des deux tiers, pour tenter de reprendre le château par la porte (V) ; néanmoins ce détachement ne céda qu'à la dernière extrémité; et la perte de l'ennemi à cette attaque fut encore de 600 hommes. Dès que les premières troupes de l'ennemi furent formées dans le bastion , le général Walker * se mit à leur tête , et longea les remparts pour se porter sur le derrière des brèches, se répandit ensuite dans la ville^ fit sa j onction avec la 3** division qui était au château, et tout fut perdu*.... Dans ces extrémités , le gouverneur
' Le général Walker fut grièyement blessé et fait prisonniejr.
* Le bataillon da a 8* qui gardait les bastions 3,4 Avait ordre, ainsi qne toutes les troupes qui étaient sur les remparts, d'appuyer à droite ou à gaucbe, suivant le cas, pour repousser les assaillans; mais il ne fit aucun . mouvement pour secourir le bastion i . Peutêtre fut-ce par un faux calcul qui vient trop souvent de Tégoïsme, d*où il résulte qu*on s'intéresse moins à la sûreté de ses voisins qu'à
ne pouvait plus communiquer avec les. tfoupes : le trouble et l'incertitude s'en) parèrent des esprits, on se fusillait dans les rues , on les parcourait en désordre; des cris de victoire et des gémisse-
^ mens affreux se faisaient entendre , la confusion était à son comble, et la nuit ajoutait encore à l'horreur de cette situation.
Cepenxlant au milieu de ce désordre extrême, et tel que l'imagination peut à peine se le représenter, le gouverneur et le général Veiland , qui ne s'étaient point quittés, rassemblèrerjt une cin-
. quantaine d'hommes et quelques cavaliers avec lesquels ils passèrent sur la place de Las Palmas. Ce fut par ce moyen et à la faveur de l'obscurité qu'ils parvinrent k se retirer avec la majeure partie des officiers de rétat-major au fort San-Cristoval. 11 était alors une heure après minuit.
la sienne propre , ce qui coudu'it presque toujours à la perte de tout. Aussitôt que l'ennemi fut maître du bastion i , il s'avança le long des remparts pour se porter sur les derrières des brèches; mais il rencontra le !|8 jet le 58^, commandés par le capitaine de grenadiers Malbestç, et il s'engagea alors un combat corps à corps sur le terre plein des bastions 3, 4- Ces troupes parvinrent à repousser les Anglais jusqu'au bastion i. Sourds à la voix du général Walker, qui faisait les plus grands efforts pour les faire avancer, ils furent un instant saisis de terreur et fuyaient sans combattre. La fortune semblait revenir à nous et peu s'en fallut que l'ennemi ne fût chassé de la place; mais d'autres troupes, qui étaient déjà formées dans le bastion n° i, détruisirent l'action des deux bataillon* dont l'effectif ne s'élevait pas ensemble à plus de 4^0 hommes.
Les troupes qui défendaient les brèches n'avaient pasbougé, mais abandonnéesà elles-mêmes, ne recevant point d'ordre ^ , et voyant que l'ennemi avait pénétré dans la place par deux autres points , cessèrent toute résistance, bridèrent leurs armes et s'abandonnèrent à leur destinée ^. Quelques çlétachemens se retirèrent à Pardaleras et dans diverses maisons de la ville où ils continuèrent à se défendre jusqu'à ce que le jour parût. Ces guerriers, tout couverts de sang, accablés par le nombre plutôt que vaincus, tombèrent successivement au pouvoir des assiégeans.
Enfin le 7, à six heures du matin, le gouverneur se vit dans la dure nécessité de se rendre : il fit arborer un mouchoir blanc au bout d'une bayonnette, et se livra à la discrétion de» assié-? geans avec son état -major et quelques centaines d'hommes qui avaient épuisé toutes leurs munitions. San-Cristoval,qui lui servit de dernier réduit, o'avait guère que 3o coups de canon à tirer, et il n'y existait pas une seule ration de vivres. L'ennemi trouva dans la place environ ra milliers de poudre, i4o bouchera feu, et un équipage de pont; il n'y avait plu^i ni bombes ni obus de calibre.
* Le capitaine de Grasse fat envoyé par le gouverneur pour rappeler ces troupes , mais cet offîoier ne put parvenir jusqu'à elles. ' . * Les brèchea étiiient abandonnées lorsque la 4^ division eut avis du mouvement du général Leith , qui se porta en avant pour les franchir.
Ainsi fut pris Badajoz, après trois sièges et par le plus grand des hasards ; ce dernier , que plusieurs circonstances rendent mémorable, méritera sans doute d'être cité parmi les faits d'armes les plus glorieux. Cette place, déjà célèbre par les désastres qu'elle avait éprouvés l'année précédente, n'était pas encore relevée de ses ruines lorsqu'elle fut investie de nouveau : mal pourvue de munitions, n'ayant que des ouvrages imparfaits^ et une garnison insuffisante, il fallut rassembler et organiser en peu de temps des moyens de défense pour résister à toute l'armée anglo-portugaise , approvisionnée d'un matériel considérable, maîtresse des communications, et aidée par les habitans du pays. Dans cette situation défavorable, le succès d'une lutte aussi inégale dépendait principalement de la célérité des préparatifs et des ressources de l'art , pour lui donner les propriétés sans lesquelles la valeur ne peut rien contre le nombre; aussi est-il permis de dire qne l'industrie ne contribua pas moins que le courage des troupes à prolonger cette défense , qui dura 21 jours^ et occasions à l'ennemi des pertes excessives. Tels étaient les obstacles que les assiégeans ne purent pénétrer par les brèches malgré la bravoure et les efforts réitérés de leurs troupes d'élite. Ainsi la perte de Badajoz, répétons -le hardiment, ne fut due qu'à la pu-
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unanimité de ceux qui défendaient le chàteâuvet nous appuierons cette opinion sur un fait <]u^ nous fournit une des époques les plus nlémota* blés de l'histoire de France : il mettra nos lecteur» à même de porter un jugement sur cette déplorable catastrophe '. ■ / ' « En 1 590 , au temps de la Ligue et du siège « de Paris, Châtillon fut chargé par le roi de sur- « prendre cette capitale. 11 arriva sur les onze <c heures du soir dans le faubourg Saint-Jacques ; «à la proximité des murs de Sainte -Geneviève. « Comme tout le . monde, jusqu'aux prêtres et «aux religieux, içtontait la garde, les jésuites « étaient dans cet endroit, qui était dans le voi- « sînage de leur collège. Ils entendirent quelque « bruit et ils donnèrent l'alarme. Les bourgeois « accoururent sur le rempart. Châtillon fait halte « çt ordonne à ses. gens de garder un profond si- «lence. Les Parisiens, n'etttendaqt plus rien, « croient que c'est une fausse alarme et se reti-
' Nous devons pourtant ajouter que rinsufBsance de la garnison fnt aussi une cause de la cbûte de cette place : elle n'avait jamais été de plus de 4900 combattans et elle était réduite à moins de 3ooo au moment des assauts^ Son développement et $«s ouvrages extérieurs nécessitaient une force de 7000. hommes. Le duq de Dalmatien l^attit Meudizabal et prit Badajoz avec un corps d'armée qui n'excédait guère onze mille hommes. La garnison espagnple'était alors de neuf mille combattans, dont 7880 furent faits prisonnr^s. (Voyez page 1x1.) .
aSS TROISIÈME DÉFENSE
« rent ches eux* Sur les quatre heures du matin, « Ghâtillon fait descendre ses gens dans le £bssé; « ils gagnent le pied de la muraille Sans être a- « perçus; ils y appliquent 7 ou 8 échelles, justea inént au point que les jésuites gardaient, et où a Tun d'eux était en sentinelle avec N. Nivelle, « libraire, et G. Balden , avocat. A la vue du pre- « mier soldat qui parut au sommet d'une échelle, a le jésuite crie aux armes, et allant d^it à lui, lui « casse sa hallebarde sur la tête et Ib renverse a dans le fossé. Trois autres sautent aussitôt sur « le rempart; ils sont culbutés par le jésuite, se- « condé du libraire et de l'avocat. Les corps-de» a garde voisins accourent de toutes parts; on jette a des bottes de paille allumées dans le fossé; en « peu de temps les murailles sont couvertes de a défenseurs. Châtillon , ne voyant plus d'espèce rance de réussir, fait sonner la retraite ; et ceux a qui l'accompagnaient sont obligés de se retirer « avec lui. »
Le lecteur dira sans doute avec nous , que si parmi les défenseurs du château il s'en fût trouvé trois aussi vaillaris que le jésuite, l'avocat et le libraire, Badajoz n'eût pas été pris dans la nuit du 6 au 7 avril , et les Anglais auraient vraisemblablement perdu pour la troisième fois le fruit des plus grandes sollicitudes de leur général en chef.
C'est ainsi que la plupart des événemens n'ont
que des causes fort simples, et ne sont souvent que l'effet du hasard ou d'un pouvoir invincible iû^
de la fatalité 9 qui triomphe de tous les efforts. ^c9 f^*-
des hommes.
Le maréchal Soult , qui avait réuni au 5* corp» ^ ^* ^
tout ce qull avait de troupes disponibles en An* dalousie, s'avançait au secours de la place : tt n'en était plus qu'à deux join-nées de marche, quand il apprit qu'elle avait] succombé. Uarmée de Portugal, sans l'aide de laquelle il eût été impossible de forcer les Angls&s de lever le siège,, s'était également mise en marche pour faire une diversioÀ ; mais le peu d'accord qui régnait alors entre les mouvemens des armées françaises dans la péninsule, fut encore une des causes qui amena, cet accident fâcheux.
Les malheurs qui résultèrent de la reprise de» Badajoz se répandirent principalement sur les habitans. Cette ville , qui soutint quatre sièges, en quinze mois , fut dans ce dernier livrée au sac,. vît tomber un grand nombre de ses édifices et de ses temples, et périr une partie de sa population. Les assiégeans ternirent l'éclat de leur sanglante victoire , par des excès de licence et de barbarie, dont une guerre de la nature de cellequ'ils faisaient aurait dû les éloigner : ils spolièrent les habitans avec violence, comme s'ils eus-» sent été leurs ennemis. Peu de villes prises d'esca-
>6o TROISDQVIE DÉFENSE; DE BADAJOZ.
lade ont présenté un spectacle de dévastation plus hideux. Ije chef de bataillon Nietp, le capitaine Ron^ero, les lieutenans Gambari , OKze ^ Guevora , et quelques soldats espagnols au service de Joseph; qui s'étaient rendus aux assiégeans , fiireut livras aux partisans de Ferdinand* VII. et fusillés à Uînstant. ï^ capitaine d'artillerie. Farinas, qui .çpppai)^^t mieux ses ennemis, se plaça sur 1^ lynche d'un mortier, y mit le feu, et se fit sauJen.
26SI SZTOâTXOV DB LA QAMSISOJS DB AADAIOZ,
ÉTAT-MAJpR.
Le baron Philîppon , général ( Duhamel, lienten., aîde-de-camp. (Tué).
de division , gouyemeor. ( Desmeuye , lieutenant, aide-de-camp- Le baron Yeiland, général 'de bri- ( Massot, capitaine, aide-de-camp.
gade, commandant en «econd. ( Saint- Vincent, lienten. id. V <■
Le chcTalier CHàrpentier , major, V. De 'Grasse, capit. d'état- major.
commandant de la place. ? Déni sot, lient. idem. • •
Gaspard-Thierry , colonel d'état-major
Pineau, colonel idem