‹ Relation du second voyage fait à la recherche d'un passage au nord-ouest [microforme]Chapitre 25 sur 121 · ER CL NS · texte numérisé non relu

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faudrait ête dans la situation où nous nous trouvions pour concevoir toute l’étendue de nos regrets et de notre désappointement. Notre distance du cap ‘Turnagain n’était pas alors plus grande que l’espace que nous avions déjà parcouru , et quelques jours de plus à notre disposition nous auraient permis d'achever tout ce qui restait à faire, de retourner triomphans à la l'ictoire, et de reporter en Angleterre un fruit véritablement digne de nos longs et pénibles travaux.

Mais ce peu de jours n'étaient pas en notre pouvoir ; car ce n'était pas le temps qui nous manquait, c'étaient les moyens d'existence. Nous avions apporté du navire des provisions pour vingt et un jours, et nous en avions déjà consommé beaucoup plus de la moitié, malgré les réductions de rations que nous avions faites , et sans lesquelles il ne nous aurait pas mème été possible d'avancer si loin. Il ne nous restait donc qu'à nous soumettre à la nécessité, et quelque mortifiant que cela fût , je fus obligé d’ordonner le retour au vaisseau après avoir marché en avant vingt-quatre heures de plus. Nous calculames qu'en suivant la route la plus courte pour y retourner, nous en étions à une distance de deux cents milles ; et même en nous réduisant à la ration la plus modique , nous n'avions de vivres que pour dix jours.

Comme quelques-uns de nos hommes souf-

fraient des pieds, je leur donnai un jour de repos, et je partis de notre campement avec Abernethy à huit heures du soir. N'étant pas chargés, nous suivimes rapidement la côte vers le sud-ouest, jusqu’à minuit, et étant montés sur une masse de glace d’une quarantaine de pieds de hauteur, fixée au rivage, nous vimes une pointe de terre nous restant au sud-ouest à environ quinze milles de distance, et nous crûmes remarquer qu’elle tenait à celle sur laquelle nous étions, cette ligne formant une grande baie, remplie de glaces compactes. Un nouvel examen nous laissa pourtant dans le doute si ce n'était pas une île, car il s’en trouvait une entre elle et nous à environ huit milles. Mais il nous était alors impossible de nous en assurer positivement, car le temps dont nous pouvions disposer était presque écoulé, et les glaces raboteuses qui séparaient ces deux pointes auraient rendu le voyage long et pénible.

Nous déployämes donc notre drapeau pour accomplir le cérémonial d'usage, et nous primes possession de tout le pays que nous apercevions jusqu'à cette pointe éloignée. Nous donnâmes à celle sur laquelle nous étions le nom de Pointe de la Victoire; c'était le nec plus ultra de nos travaux, comme l'événement le prouva par la suite, et celle sera un monument durable des eflorts de l'équipage de ce vaisseau. La pointe

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au sud-ouest fut nommée le Cap Franklin; et si c'est un nom qui a été donné à plus d’une place, cet honneur, qui, dans le fait, n'a rien de bien solide quand il est si partagé, est certainement bien au-dessous du mérite de cet officier distingué.

Nous élevâmes sur la Pointe de la Victoire un monticule de pierres de six pieds de hauteur, et, dans l'intérieur, nous plagimes une caisse d’étain contenant une courte relation de ce que nous avions fait depuis notre départ d’Angleterre. Telle est la coutume, et nous devions nous y conformer, quoiqu'il n’y eût pas la moindre apparence que notre petite histoire tombât jamais sous les yeux d’un Européen.

Nous aurions pourtant travaillé à cet ouvrage avec une sorte d'espoir, si nous avions su alors

qu'on nous regardait déjà comme des hommes

perdus, sinon morts, et que notre ancien ami Back, notre ami éprouvé, était sur le point de partir pour nous chercher, et nous rendre à la société et à notre patrie. S'il arrive que le cours des recherches qu'il continue en ce moment le conduise du cap Turnagain en cet endroit, et qu'il y trouve la preuve de la visite que nous y avons faite, nous savons ce que cest pour le voyageur errant dans ces solitudes, de trouver des traces qui lui rappellent sa patrie et ses amis, et nous pourrions presque lui envier ce bonheur imaginaire. Si nous apprenons qu'il a

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fait ce que nous n'avons pu accomplir, nous nous en réjouirons presque autant que si nous avions réussi nous-mêmes à découvrir ce qu'on a cherché si long-temps à travers tant de dangers.

Le 30 mai, à une heure du matin, nous quittâmes la Pointe de la Victoire, et nous arrivâmes à notre précédent campement à six heures. Nous y trouvâmes une pièce de bois jetée par la mer sur la côte, la seule que nous eussions vue depuis notre départ du vaisseau ; mais ce qui nous fit beaucoup plus de plaisir, ce fut d'augmenter notre chétive provision de vivres d’un lièvre et de deux gélinottes. Tout se réunit ainsi pour rendre cette journée remarquable ; car nous sommes, en dépit de nousmêmes, tellement esclaves de la nature animale, que la bonne fortune, si rare pour nous, d’un souper chaud et d’un verre de grog nous fit oublier un moment notre désappointement, et fut cause que nous éprouvâmes plus de plaisir de retourner au vaisseau, que de regret de renoncer ainsi à l’objet de nos longues et laborieuses recherches.

Je déterminai la longitude de la pointe sur laquelle nous étions campés, et que je nommai Pointe Culgruff, par le moyen d’un chronomètre de poche, de préférence à celle que nous aurions pu calculer d'après nos observations de distances lunaires, parce que nous reconnûmes

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