CHAPITRE XLIIL
Remarques sur la position assignée au pôle magnétique.
Jusqu'à présent je n'ai pas cru nécessaire de faire des remarques sur les relations des diverses expéditions du commandant Ross. Si j'agis différemment en cette occasion, c'est parce que mon propre journal ne m'a pas encore fourni l’occasion de parler de la question importante du pôle.
Cette circonstance pourrait faire croire aux lecteurs de cet ouvrage que je n'ai pris aucun intérét personnel aux recherches qui ont été faites pour résoudre cette question; ils pourraient supposer qu'en déléguant à mon neveu, doué d'autant d'activité que d'intelligence, tout ce qui avait rapport à la zoologie et à la botanique de cette région, je lui avais aussi laissé le soin de toute la partie scientifique de nos opérations, me bornant moi-même au commandement du navire et de l'équipage.
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Une idée populaire à laquelle il a fait allusion dans son journal, suppose qu’un caractère mystérieux s'attache au pôle magnétique, et que pour le découvrir il fallait un miracle singulier , ou une bonne fortune particulière, ou une étonnante profondeur de science; comme si l’on eût trouvé inopinément une montagne de diamant, ou quelque autre merveille complétement inconnue. Cette idée a contribué à faire du résultat de ce voyage un objet de discussions partant d’une base entièrement fausse, et qui ne peuvent être rectifiées qu'en plaçant la question sous un point de vue plus clair et plus simple.
On a vu que le voyage de la Victoire a déterminé la situation du pôle magnétique , du moins à fort peu de distance près. Je ne serais même nullement surpris qu’on obtint la preuve par la suite que mon officier , plein d'énergie et d’expérience, a mis le pied sur l'endroit même où il se trouve, malgré le doute qu’il en exprime; car tout homme instruit dans cette science, et connaissant les difficultés pratiques d’un pareil sujet, difficultés provenant soit de l'imperfection des instrumens , soit de toute autre cause, doit savoir combien une détermination véritable ment exacte de cette nature doit laisser d’incertitude, et combien il est possible, malgré ses propres doutes, qu'il se soit trouvé sur le lieu même.
Comme on l’a déjà vu dans sa relation, cet endroit avait été indiqué depuis long-temps par un grand nombre d'expériences sur l’inclinaison et la variation de l'aiguille, et notamment par celles qui avaient été faites par sir Édouard Parry , ou sous ses yeux. Nous savions ainsi que, puisque nous étions avancés plus loin dans ce pays que la mauvaise fortune de cet officier ne lui avait permis de le faire, nous étions plus près du point indiqué par ses observations et par d’autres, et par les calculs dont elles avaient été la base. Je nesais si nous aurions eu plus de confiance à ce sujet, si nous avions connu, avant notre départ d'Angleterre, les calculs du professeur Barlow, quelque satisfaisant qu'il ait été pour nous, après notre retour , de voir que le point qu'il avait déterminé d’après une saine théorie, coïncidait si exactement avec les observations que nous avions faites quand nous en étions à peu de distance, et enfin sur le lieu même.
Cet objet était donc du nombre de ceux que nous nous étions proposés en quittant l’Angleterre; et quoiqu'il fàt subordonné à celui de la découverte d'un passage qui nous mît à portée de suivre les côtes septentrionales de l'Amérique jusqu’au détroit de Bebring et de retourner en Europe en doublant le cap de Horn , cependant nous avions toujours eu cet autre objet en vue depuis l'instant où nous avions atteint les côtes
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de cetté contrée, et pendant tout le temps que nous y avions été détenus. Ce fut ce motif qui nous fit construire à diverses époques et en différens endroits ces observatoires magnétiques dont j'ai parlé de temps en temps dans mon journal, et ce fut un de ceux qui nous portèrent à entreprendre les excursions dont il a été précédemment rendu compte. S'il n'en a été fait aucune mention dans les relations qui ont passé sous les yeux du lecteur, c'est parce qu'on n'avait obtenu aucun résultat qui méritât d’être constaté, jusqu'à ce que la dernière expédition du commandant Ross eût enfin fourni l’occasion de rapporter l’heureuse issue de cette partie de nos travaux.
Si ce dernier voyage de trente milles eut lieu sans moi, parce que d’autres raisons exigeaient ma présence ailleurs, et fut exécuté par mon neveu ayant sous ses ordres immédiats les enseignes Blonky et Abernethy, à Dieu ne plaise que je veuille leur dérober l'honneur auquel leur donne droit la réussite de leur entreprise, où que je prétende au mérite d'avoir planté moimême le pavillon britannique sur cet endroit si long-temps désiré! Que ce dernier acte de nos travaux communs leur assure la gloire qu’ils ont méritée : je puis dire comme bien d’autres, quoique cette citation soit un peu usée : « Pal- » mam qui meruit ferat. » Mais si je consens, de moi-même ; à décerner la palme à celui qui a
commandé une expédition couronnée par le succès, on ne doit pas oublier qu'en agissant ainsi, J'abandonne ces droits personnels que n'abdiquent jamais ni le commandant du vaisseau amiral, qui doit si souvent la victoirc à l’énergie, à l'intelligence et à la bravoure des officiers ct des hommes qui sont sous ses ordres et qu'il dirige; ni le capitaine qui emporte une ville d'assaut par le courage et l’activité du sergent qui est à la tête des « enfans perdus ».
Mais en faisant cet abandon, il ne serait pas juste que j'abandonnasse aussi les droits des hommes braves, patiens et persévérans qui composaient l’équipage de /a J’ictoire, ni peut-être ceux de l'homme généreux et magnanime qui envoya la Victoire et son équipage dans les régions polaires. L'histoire doit constater et constatera que ce fut le vaisseau la Fictoire , commandé par le capitaine John Ross, qui détermina la situation du pôle nord-ouest en 1831, et quece vaisseau avait été frété par l’homme que je puis appeler à présent sér Felix Booth, nom qui n'avait pas besoin de cette distinction pour être honoré tant que l’ardeur et la générosité seront regardées comme le caractère distinctif du négociant anglais.
C’est sous ce point de vue , sous ce seul point (le vue, que la découverte du pôle doit maintepant être envisagée , afin de rendre justice à tout le monde, sans la refuser à personne. Tout homme
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