AVANT-PROPOS
J'ai dit autrefois , en parlant des Iles fortunées : «Les pays les « plus fréquentés ne sont pas toujours les mieux connus. » Cette, assertion pourrait s'étendre à la Morée, sur laquelle on a tant écrit, qu'un si grand nombre d'auteurs de voyages, et d'itinéraires parcoururent ou disent avoir parcourue, et dont Pausanias cependant, tout vieux qu'il est , demeurait encore le moins inexact des explorateurs. Aucune occasion n'étant plus favorable pour étudier et faire connaître enfin cette contrée célèbre-, que l'expédition qui la devait rendre à elle-même , M. le vicomte de Siméon , protecteur éclairé des sciences et des arts , lorsqu'il en dirigeait la division à l'intérieur, fut chargé par M. de Martignac d'organiser une Commission investigatrice > sur la composition et les attributions de laquelle l'Institut fut consulté» Les- Académies des sciences, des inscriptions et des beaux -arts ayant, d'après l'invitation qui leur en fut adressée, nommé des Commissaires, MM. Cuvier, Cordier, Geoffroy Saint- Hilaire, Hase, Raoul Rochette, Hyot et Percier, sur qui tomba le choix du premier de nos corps, savants, rédigèrent les instructions convenables, en proposant de créer trois Sections > qui représenteraient les trois Académies consultées, et qui, réunies en Commission scientifique, devraient recueillir, sur la péninsule péloponnésiaque, des matériaux do toute nature pour la publication d'un ouvrage du genre de celui de la Commission d'Egypte.
Le plan soumis par l'Institut ayant été adopté, trois Sections, dites.: 1.° des Sciences physiques, Z.° d'Archéologie, 3.* d'Architecture et de Sculpture, furent constituées en Novembre 1828. A la première, dont la direction me fut confiée, le Ministère de la guerre adjoignit aussitôt trois ingénieurs géographes spécialement chargés d'une triangulation , et plus tard une brigade topographique , composée d'officiers d'état -major: MM. Brullé,
Pector ctSextiusDelaunay en furent les zoologistes, M. Despréaux le botaniste, MM. Virlet et Puiilon Boblaye le» minéralogistes et géologues. Ce dernier était, en outre, attaché à la Géodésie, avec ses habiles camarades les capitaines Peytier et Servier. MM. de Martignac et Siméon , qui m'avaient expressément recommandé de ne pas restreindre mes observations «aux Mouches et aux Herbes, mais de les étendre aux lieux et sur les hommes,» ce furent les propres expressions du spirituel ministre : MM. de Martignac et Siméon, dis-je, m'adjoignirent, en qualité de peintre, M. Baccuet, qui, tout officier de cavalerie qu'il est, comme je l'ai été moi-même , n'en est) pas moins un paysagiste distingué, dont il sera souvent parlé dans une relation à la clarté de laquelle contribue principalement la fidélité de ses dessins.
D'après la décision ministérielle qui nous constituait, la 2/ Section avait pour chef M. Dubois, conservateur du Musée égyptien ; pour sous-chef M. Lenormand ; pour adjoints MM. Amaury Duval, Edgard Quinet, Trezel et Schinas. La 3." Section, sous la conduite de M. Blouet, déjà connu comme restaurateur d'un arc de triomphe, se composait de MM. Ravoisier, Poirot, Vietty et de Gournay. Tous partirent de Paris au commencement de 1829, excepté M. Lenormand, que sa nomination dut aller chercher vers les bords du Delta ; on verra, par la suite, comment ce dernier nous rejoignit en Morée, et quel charme lumineux son apparition répandit sur nos excursions de Phigalée et de Messène.
Je lis dans un rapport sur l'état de la Commission au commencement de septembre 1829, fait pour l'Institut et entièrement de la main de M. Cuvier : « que la Section des antiquaires est à la dé- « bandade, qu'il n'en reste dans le pays que l'artiste paysagiste « Trezel et un certain Schinas, Grec, lequel, agissant comme s'il « n'avait pas été employé au service de la France, prend ses c mesures pour demeurer avantageusement chez lui.» En effet, deux mois n'étaient pas écoulés, à dater de notre débarquement, que, M* Dubois étant tombé gravement malade, la désertion, car toute chose doit être appelée par son nom, avait disloqué la Section dont il devait diriger les recherches. M. Trezel y
étant seul , malgré le mauvais état de sa santé , demeuré fidèle à ses devoirs , dut s'adjoindre aux architectes pour remplir Tunique vide que la défection eût causé dans les rangs de ceux-ci ; ainsi complétée, la 3. e Section a pu donner au public le résultat de ses labeurs dans trois magnifiques volumes , au frontispice desquels se lisent honorablement les noms du directeur, suivi de ceux de MM. Ravoisier, Poirot et Trezet.
Ce serait peut-être ici le lieu d'examiner comment la Commission scientifique se trouva , dès le début de ses opérations , en partie désorganisée par l'esprit d'insubordination ou d'orgueil de quelques-uns et par l'incapacité de quelques autres; le Gouvernement pourrait trouver, dans mes réflexions à ce sujet, quelques bons avis pour la composition des expéditions exploratriées qu'il sentira la nécessité d'ordonner probablement encore , mais autrement qu'il ne l'a fait jusqu'ici. Cette fois je n'écris point pour remplir un devoir envers l'autorité, avec laquelle je crois être àu moins quitte , et hâté que je suis de conduire mon lecteur en Grèce, je m'abstiendrai de tout ce qui ne touche pas directement la contrée que j'entreprends de visiter avec lui.
Pour répondre aux intentions des hommes d'Etat qui m'envoyaient, et qui me demandaient des travaux dans le genre de ceux que j'avais anciennement publiés sur les principales lies des mers d'Afrique, ainsi que sur l'Espagne , je me promis de ne rien négliger dans mes investigations; je m'affermis d'autant plus dans ce projet, qu'à peine débarqué sur les bords qu'il m'était enjoint d'étudier, je reconnus qu'on n'en avait guère donné que des idées fausses ou du moins incomplètes.
La plupart de nos devanciers, ayant visité la Grèce imbus des idées grandioses qu'impose sur tout ce qui la concerne ce qu'on appelle une éducation classique, en sont revenus fidèlement enthousiastes et admirateurs des moindres traces d'antiquité que le temps n'y a point dévorées, ou tellement déçus, pour n'y avoir pas retrouvé jusqu'à ses charmes mythologiques, que les uns et les autres en ont parlé, de manière à ne les pouvoir accorder, soit avec amour, soit avec mépris et colère.
La lecture de Barthélémy , qui , prêtant au* contemporains de Périclès le langage de cette bonne compagnie qu'il hantait dans les salons du duc de Choiseul, peignit les anciens Grecs d'après les Parisiens de son époque ; la lecture de Barthélémy, dis- je, avait surtout contribué, depuis un demi -siècle, à travestir singulièrement les choses. Le style, académiquement compassé, de l'excellent abbé, séduisant d'abord les esprits, les mieux ornés furent précisément ceux qui s'obstinèrent le plus à reconnaître, dans une contrée déchue, le caractère de grandeur et de politesse dont elle resplendissait dans l'Anacharais ; ils prétendirent ennoblir jusqu'aux plus honteuses misères de la Grèce moderne, dont l'antique pompe était à leurs yeux seulement cachée sous des habits de deuil ; il fallut jusqu'à un style approprié à leurs hallucinations pour en écrire, et, dominés par une imagination effrénée, on en vit qui, galopant à travers des ruines, appelaient par leur nom les héros des temps passés, en s étonnant de ce que leurs ombres exilées demeurassent muettes ; s'étendanl alors en déclamations obligées contre la barbarie musulmane, ils l'accusaient d'avoir effacé dans leur patrie jusqu'au souvenir de ceux qui la rendirent chère à nos jeunes ans. Cette barbarie turque ne fut cependant pas la principale cause du déplorable état où se trouvaient des lieux jadis si florissants; celle des premiers temps du christianisme, où des croyances neuves venaient détrôner des dieux usés; celle du moyen âge avec ses croisades sanguinaires , non moins que l'avarice d'une république de marchands, avaient, dès longtemps, ouvert les cataractes de la désolation, et causé le déluge de maux dans lequel s'étaient comme éteint le génie hellénique et noyé le berceau de la civilisation européenne.
Après les admirateurs opiniâtres apparurent les détracteurs exaspérés. Egalement séduits, dans leur bibliothèque, par le livre dont on a peut-être imprimé le plus d'éditions , et duquel les peintures trompeuses étaient devenues articles de foi en littérature, sur nos théâtres et dans les arts, plusieurs, allant visiter l'Orient si poétiquement représenté, s'étaient, avant de quitter
nbs ports, abondamment fournis do gants glacés et de romances nouvelles, dans l'espoir de figurer agréablement aux bals des Aspasies modernes , ou de faire de la musique dans le salon de quelque nouvelle Sapho ; révoltés de ne plus trouver dans la ville de Phidias, d'Apelles et d'Alcibiade, ou dans l'Argos du roi des rois, un concours d'élégantes et d'artistes avec de bonnes troupes tragiques qui jouassent les chefs-d'œuvre de Sophocle ou d'Euripide, jugeant des mœurs de la Hellade entière d'après la corruption que de notre Provence aux extrémités de l'Adriatique le rebut de la population méditerranéenne vomit sur le littoral de ce malheureux pays, et surtout étonnés de ne pas retrouver de monuments aussi considérables que la Bourse, l'Arc de l'étoile ou Notre-Dame parmi les décombres de ceux dont on nous exagéra la grandeur , ces espèces de renégats maudirent les Grecs tombés dans l'infortune, et, les tenant pour des brigands sans vertus, voulurent que tout dans leur pays fût indigne de sa renommée. Ils firent comme ces faibles cerveaux que dans leur jeunesse on remplit de superstitieuses croyances, et qui tombent dans la plus déplorable incrédulité, lorsque l'examen vient, par hasard , soulever pour eux le moindre pli du voile de l'erreur. Cependant, si je n'ai point rencontré à chaque pas de Socrate, d'Aristide, de Xénophon ou d'Epaminondas dans cette terre trop pompeusement célébrée ou si cruellement flétrie par des plumes incapables de garder la moindre mesure, je me suis convaincu qu'on n'y trouverait pas, même parmi les bandits du cap Ténare, de ces abominables scélérats tels que ceux pour qui la plus cynique effronterie devient , à la honte de notre civilisation pourrie, une cause d'intérêt et d'admiration publique , quand d'épouvantables débats judiciaires leur transforment en pavois triomphal le banc souillé des accusés.
Au milieu de tant de contradictions, qu'aucune nuance ne rapproche, persuadé que la vérité n'était ni d'un c6té ni de l'autre, j'ai dû, avant tout, observer les habitants dont on parlait si diversement, et dire en conscience ce que sont aujourd'hui les descendants de ces héros dont le renom demeure
indestructible, et je le dirai franchement, afin de prouver que le généreux Gouvernement qui les secourut ne prodigua point aveuglément la vie de ses soldats et les trésors des contribuables. Pour les mieux faire connaître, je raconterai jusqu'à des circonstances de notre voyage que certaines personnes pourront taxer de puériles , et j'en eusse rapporté davantage dans le grand ouvrage qui me fut ordonné , si les deux tiers de la place mise à ma disposition n'y eussent appartenu à rénumération des productions naturelles, à l'examen de la constitution du sol, à la statistique, à l'éclaircissement de quelques points d'histoire, enfin à d'arides détails de géographie et de géodésie, qui, pour ne pas intéresser tout le monde, n'en sont cependant pas moins des matières importantes. Pour réparer les omissions où m'obligea la nécessité de me renfermer dans un cadre scientifique , et pour mettre la vérité, en ce qui concerne la Grèce actuelle, à l'usage d'un plus grand nombre de lecteurs, je viens raconter aujourd'hui avec naïveté ce que j'ai vu et ce qui m'est arrivé pendant le voyage de la Commission scientifique, quand ce qui m'est arrivé et ce que j'ai vu aura rapport aux hommes et aux lieux, dont les engagements que je pris avec celui de qui la mémoire m'est toujours x;hère, me faisait un devoir de parler. Je viens essayer de peindre comme elle demeurait, après tant de siècles d'incomparables calamités, une contrée squelette; mais dont l'imposante physionomie se reconnaissait néanmoins dans quelques traits échappés à la faux des ans, comme une certaine majesté demeure parfois empreinte sur la vénérable face d'un beau vieillard mourant. Je ne m'arrêterai point en un lieu dont le nom ait retenti dans le passé, que je ne remonte aux temps de sa grandeur pour apprécier toute la hauteur de sa chute ; je ne m'occuperai pas d'un usage moderne , que je n'en recherche l'origine ou des traces vers les époques les plus reculées, et ne signalerai point de superstitions, que je n'interroge la fable pour les en faire dériver. Si le lecteur judicieux retrouve ensuite dans la Grèce de nos jours , comme je la lui aurai montrée , presque tous les traits de la Grèce primitive , altérés seulement et rendus mé-
.ponnaissableâ , pour les esprits superficiels, par des souillures dont, cependant, elle ne saurait être déshonorée; il concevra combien on pourrait facilement régénérer un pays où languissent, toujours féconds et pourtant méconnus, tant d'éléments de prospérité. Élaguant de mes pages les détails purement scientifiques , où tout le monde ne voudrait pas se donner la peine de s'élever, et de l'atlas joint à mes deux modestes volumes des figures de plantes , d? pierres et de bêtes qui en eussent trop élevé le prix, je me bornerai à composer celui-ci de quelques paysages caractéristiques, indispensables pour compléter la description des sites, et d'une carte nouvelle, que j'ai mis tous mes soins à dresser. Cette représentation fidèle des régions où j'ai voyagé est construite sur une échelle convenable , afin que l'on m'y puisse suivre pas à pas ; car il ne sera pas indiqué , dans ma relation , une source , un ruisseau , une ruine , une roche même , lorsque ces choses présenteront des particularités dignes de remarque, que chacune ne soit indiquée dans une topographie destinée à guider, par les mêmes chemins, ceux qui me voudront accompagner. Cest la carte sous les yeux qu'une relation doit se lire; il ne reste que peu de chose dans la mémoire, de celles qu'on croit pouvoir feuilleter sans un pareil secours.
L'ardeur avec laquelle les moindres places dans la Commission furent sollicitées, ne pouvait permettre de suspecter le zèle et la capacité d'aucune des personnes qu'on y admit, et la durée d'un an, qui fut assignée à nos explorations, paraissait y devoir suffire. Cependant quelques choix furent malheureux, et les fièvres qui régnent durant l'été et l'automne dans certaines parties du pays , ayant sévi sur ceux de mes collaborateurs qui demeuraient fidèles à leurs devoirs , les résultats obtenus , dans le cours de notre voyage, n'ont pu être aussi complets* qu'ils l'eussent certainement été , si chaque santé fût demeurée inaltérable comme la mienne , et si chacun eut été animé du même esprit que MM. Brullé , Delaunay , Virlct , Baccuet , Boblayc , Pcytier et Servier, qui la plupart m'ont en outre assisté dans le compte rendu des travaux de l'expédition. Je m'empresse de
(aire cette déclaration , pour répondre d'avance au genre âV reproches qu'on manque rarement d'adresser à ceux dont on veut méconnaître les services, et qu'on n'épargna pas même à. cette immortelle publication d'Egypte, où, dans un esprit d'ingratitude, conséquence naturelle de la rapidité avec laquelle les Gouvernements se culbutent au temps qui court, on a signalé des lacunes et des disproportions, qui cependant, par la nature des choses, ne pouvaient point n'y pas être. Je sais d'ailleurs qu'on a trouvé surprenant qu'avec son nombreux personnel , la Commission scientifique de Morée n'eût pas rapporté de collections aussi nombreuses en nouveautés que les circumnavigateurs et les voyageurs qui, durant cinq ou six ans, ont parcouru* l'intérieur de vastes continents non encore visités. Je répondrai simplement à de tels reproches que la région que nous étudiâmes , n'étant pas toutà-fait aussi grande que l'Amérique du Sud ^ la Nouvelle -Hollande, la Polynésie ou toutes les lies de l'océan Pacifique prises ensemble , ne saurait contenir autant d'objets inconnus, le nombre des productions d'un heu étant d'ordinaire proportionnel à sa surface ; j'ajouterai que les maladies ont réduit la durée réelle de nos travaux à six mois environ ; enfin que, les Belon, les Tournefort, les Sibthorp, les Olivier, les d'Urville , outre une multitude d'autres naturalistes , d'antiquaires, de géographes, d'écrivains et d'artistes habiles, ayant précédemment visité la même contrée toute foulée par les pas des savants, des prosateurs et des peintres, il était nécessaire d'y, employer plus d'intelligence et d'activité que partout ailleurs , afin d'en rapporter au delà de trois mille espèces, dont une. grande quantité nouvelles, appartenant aux deux règnes organiques, un nombre prodigieux de faits géologiques, mille circonstances, négligées jusqu'alors, sur l'état physique de la contrée, une statistique minutieuse, une géographie complètement restaurée, avec une triangulation à laquelle celle de la France peut seule se comparer, et des cartes non moins exactes et détaillées que le sont celles des environs de Paris. Qu'on cesse donc de mettre en parallèle les résultats obtenus par nous avec
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ceux qui proviennent de pérégrinations entreprises en de vaste* et lointaines régions du globe, dont les productions naturelles, les hommes et les monuments demeurent imparfaitement énuraérés , malgré les interminables publications que le charlatanisme de certains libraires en met dans le commerce, et dont il est si facile de hasarder des plans et des récits qui, dans l'état actuel des choses, ne sauraient trouver des contradicteurs. Il n'est pas dans le livre que je viens offrir au public un fait qui ne puisse être attesté par la plupart de mes collaborateurs , et j'ai la certitude que tous ceux qui , visitant les lieux que je vais décrire, voudront se donner la peine de me lire sur le terrain même, ne deviendront jamais mes contradicteurs. Les relations qui ne sauraient supporter une telle épreuve sont comparables à ces portraits sans ressemblance ou bien aux romans historiques dans les pages desquels les fictions l'emportent sur les réalités.
« Qu'il me soit enfin permis d'achever cet avant-propos par la « remarque suivante : ou ceux qui , ayant précédé en Moréc la « Commission scientifique, lui laissèrent tant à glaner, furent « négligents et inhabiles , ou les membres de cette Commis- « sion qui, au risque de leur vie ne la désertant point , rappor- « tèrent d'un pays si visité une si grande masse de choses et « d'observations négligées, firent preuve d'une activité avec les « résultats de laquelle ceux qu'obtinrent tous leurs devanciers « ensemble ne sauraient entrer en balance. Je devais haute- € ment à mes honorables et chers compagnons de voyage cette « déclaration , qui serait le seul témoignage de gratitude qui leur « eût été donné , si Sa Majesté le Roi de la Grèce n'eût glorieu- « sèment récompense leurs périlleux travaux en les décorant de c son ordre suprême. *
Ce paragraphe guillemeté a été imprimé en tête de> notre grand ouvrage de Morée, et lu en pleine Académie des sciences, lorsque M. Pelet de la Lozère se trouvait, par la plus bizarre des combinaisons ministérielles, remplacer M. Guizot à l'instruction publique. Celui-ci, en recouvrant son portefeuille, pro-
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met de saisir la première occasion favorable pour acquitter la dette du Gouvernement envers ceux de mes adjoints à qui l'impéritie de son remplaçant donnait le droit de s'égayer sur la manière dont les récompenses se distribuaient sous l'administration déchue. J'ai cru devoir conserver ce passage, auquel j'ajouterai , pour servir de complément à l'historique de notre Commission exploratrice, une dédicace que le Roi voulait bien accueillir gracieusement, lorsque M. Pelet de la Lozère ne daignait seulement pas s'apercevoir que nos devoirs avaient été aussi consciencieusement que promptement remplis*
« Sias , disais -je dans cette expression de nos sentiments pour Sa Majesté, lorsque tous les cœurs généreux s'émurent aux clameurs d'indépendance et de liberté qui s'élevaient de la terre des grands souvenirs , et que des Pyrénées aux frontières de l'Asie les peuples civilisés s'unissaient avec transport à la sainte cause des Hellènes , le Cabinet des Tuileries fut le seul en Europe qui ne demeura point sourd à la manifestation de l'opinion publique, et qui voulut sans arrière- pensée que la Grèce devint indépendante et libre. Ce ne fut pas uniquement avec des notes diplomatiques, des protocoles et de vaines marques d'une stérile pitié , mais par d'énergiques mesures , que les Ministres d'alors entreprirent , en arrêtant l'effusion d'un héroïque sang , l'émancipation des victimes. Us n'eurent nul égard aux considérations d'éloignement ou de dépense ; ils se montrèrent hardis et généreux en toutes choses. Une formidable expédition de délivrance s'improvisa daus nos ports de la Méditerranée ; sous des Princes qui naguère avaient ébranlé leurs armées pour retremper les fers d'une nation voisine , on vit ces mêmes armées porter la liberté au delà des mers ; et le général Maison , à la tête d'un corps d'élite, conduisant en Orient l'armement, en quelque sorte expiateur, et le plus honorable dont se puissent enorgueillir les temps modernes, reçut enfin, pour avoir affranchi la patrie des Aristomène , des Lycurguc et des Philopœmen , le grade au-dessus de tous, pour lequel, dès longtemps, le plus grand des capitaines l'avait signalé.