MM, Pector et Despréaux
minait cette petite Oseille dont la fleur a été comparée, à cause de sa forme , à la tète d'un bœuf par les botanistes (Rumex Bucepkalophorus , L.), et qui colore souvent d'une teinte vineuse fort rive les lieux où se pressent ses touffes rougeâtres.
Des i-estes fort distincts, quoique souvent interrompus -, d'un mur d'enceinte, bordaient la de Sikia à fleur de terre et se continuaient à l'entour du cap , depuis l'endroit où l'on entre dans la presqu'île jusqu'au fond de la petite baie que nous avions au nord du camp. Cet enfoncement, dont l'extrémité est remplie de sable, n'a probablement jamais pu servir d'asile à des embarcations, à cause des récife qui en obstruent l'entrée; mais il n'exista pas moins de ce côté une porte dont les soubassements sont encore très -reconnaissablés; ils sont désignés par la lettre B dans mon plan. En y faisant creuser à droite et à gauche, j'y découvris deux pièces latérales pavées en mosaïque grossière. Les fondations d'une tour carrée (C) et d'autres indices de constructions cachées sous l'herbe tout autour de nous, me démontrèrent que nous campions sur remplacement d'une ville dès longtemps détruite. Nous y reconnaîtrons la Coryphasium qui s'élevait sur le cap du même nom. Ce qui m'a semblé le plus digne d'être annoté au pourtour de ce cap et de cette ville de Coryphasium , lorsqu'une fois j'en eus reconnu les traces en scrutant les rochers de la rive, est une voie antique qui dut longer extérieurement le mur d'enceinte , en suivant absolument le bord de la mer. Cette voie fut taillée dans le vif de la pierre , où , dans plusieurs endroits, elle a dû s'encaisser de deux à trois pieds. Les curieux qui voudraient retrouver le peu qui
en reste , doivent d'abord chercher à la discerner à la base extérieure du talus de la vieille batterie, en dedans de laquelle je m'étais établi, justement dans la ligne où cesse toute végétation , faute de terre : après en avoir saisi les amorees en ce point, il devient aisé de la suivre à droite et à gauche , quoique souvent interrompue par des fissures , résultant de quelque fracassement qu'a éprouvé le sol postérieurement au creusement de la route, laquelle dut être trop étroite pour que deux chars de ce temps-là y pussent passer de front. On y distingue des ornières où les roues s'emboîtaient, sans qu'il soit néanmoins possible de juger si elles y furent taillées à dessein comme les rainures des modernes chemins de fer, ou si elles y ont été creusées par le frottement qu'occasionnait à la longue l'action des charrois. On présumera, en les étudiant , que les équipages du doyen des héros de l'Iliade ne devaient être guères supérieurs aux charrettes à roues pleines , fixées sur un essieu mobile , qu'emploient de nos jours les paysans montagnards de plusieurs cantons , notamment chez les Basques aux frontières d'Espagne.
On éprouverait de grandes difficultés si l'on voulait faire le tour de la montagne que couronne le vieux Navarin par le côté occidental, surtout en arrivant au prolongement de la ligne que forme l'enceinte à partir d'une plate -forme que j'ai signalée par .la lettre M, et qui est adossée à la tour carrée L, où fut fa porte principale. On s'y engagerait parmi des escarpements formés de ce même Poudingue du coi et du mont Saint -Nicolo , dont la couche épaisse ne présente rien qui mérite qu'on s'expose à rouler dans la mer , dont on aurait
à chaque pas les abîmes au-dessous de soi. 11 vaut donc mieux, pour s'élever au faite de la double presqu'île, suivre le chemin battu. Ce chemin est évidemment le même qui , dès la plus haute antiquité, conduisait de Coryphasium à une acropole commune aux habitants de deux villes comme adossées , ainsi que nous le montrerons tout à l'heure.
En montant au vieux Navarin par les deux sentiers marqués dans le plan , on arrive à mi-hauteur sur un plateau de peu d'étendue , verdoyant quand nous le traversâmes, et que doraient aussi les fleurs d'un Se* neçon alors tout épanoui (Senecio lividus, L.). J'y reconnus quelques demeures des derniers habitants de ces lieux. Les moins anciennes avaient existé dans un enclos dont les murs, à hauteur d'appui, étaient passablement conservés, et qui pouvait avoir vingt-cinq mètres de long sur une douzaine de mètres de large: le tombeau d'un Turc, qui en fut peut-être le dernier propriétaire, s'y voyait encore. À quelque distance s'élevait un tumulus d'un tout autre caractère , évidem-ment antique, fort bien conservé, marqué G dans ma carte, et qui, ayant sans doute échappé jusqu'ici à l'attention des hommes , paraissait ne pas avoir été violé. En grimpant, à droite, parmi les blocs confusément entassés de roches dépouillées qui correspondent à la cime de l'escarpement dont la base est baignée par l'étang d'Osman-Âga , on parvient à des espèces de créneaux naturels qu'ombragent des touffes de Lentisques et deTérébmthes ; à travers les arbrisseaux on jouit d'une vue magnifique , s'étendant sur la baie de Navarin d'un côté, et sur les campagnes fertiles que bornent les Monts Géréniens de l'autre, ayant en face, par-dessus les Ro-
seaux des marécages sur lesquels on plonge, les pentes du plateau de Koubeh , couronnées par le Manglava et le pic du petit Saint-Hélie. Cest ici que je vis pour la première fois un insecte élégant quoique de couleur noire ( Buprestis cariosus ) , que Brullé a fait représenter en vignette à la suite de sa savante introduction sur l'entomologie de Morée. Il semblait s'y plaire aux extrémités des branchages sur les Lentisques et les buissons.
Après le tumulus, à la jonction de deux sentiers, les débris de masures et d'enclos qui protégèrent de petits jardins où persistent quelques Amandiers, se rencontrent en plus grand nombre. Quelques vieux pieds de Cactes se sont conservés dans les fentes de la hauteur pierreuse qu'on laisse à droite. On passe contre les débris d'une tour du moyen âge (H). De ce point, la route, moins dégradée, demeure, parallèlement aux remparts méridionaux, pavée à la manière vénitienne, c'est-àdire comme l'est le chemin qu'a lait réparer le général Schneider sur le col de Saint-Nicolo , entre Navarin et Modon. Son tournant est brusque, et soutenu , du côté du ravin , par un bon mur. Une grosse et forte tour fonde, à la base de laquelle le roc a été profondément coupé pour luf fdfcmer comme un fossé, terminait les fortifications par ce côté-ci. On tourne ledos à cette tour pour se diriger sur la tour carrée principale, saillant en L sur la face des ouvrages dont on suit le pied , et dans laquelle était pratiquée la porte de la ville. Un peu avant d'y entrer, on reconnaît qu'il a existé une autre porte (K) dans le rempart; mais elle avait été murée. Des portions de constructions helléniques se recon^ naissent ça et là, notamment en deux endroits, où semblent avoir existé des murs dont la direction était
perpendiculaire (J) à ceux du moyen âge. La grande tour de l'entrée a été évidemment fracassée par l'effet de la mine; aucune autre force n'eût pu la fendre ainsi et renverser ses quartiers en divers sens. La porte en est demeurée toute défigurée. On y reconnaît néanmoins , ainsi que dans le reste de tous les ouvi^ages , le système et la manière de bâtir des héros de la croix et des Républicains dominateurs de l'Adriatique.
La montagne du vieux Navarin est semblable à Sphactérie par la nature de ses roches, par ses formes, par l'exposition de ses pentes et la direction de ses escarpements: la ville détruite dont elle se couronne fut composée de deux parties d'inégale grandeur, comprises une enceinte commune , inclinée en forme de carré dans long du nord au sud, et que séparait un puissant mur transTersal. La supérieure, plus petite, sise au point culminant, en était la citadelle ou réduit; elle fut l'habitation des seigneurs du temps féodal et des podestas qui vinrent les remplacer sous l'empire du Lion de Saint-Marc. On y reconnaît l'emplacement et les restes du château avec ses dépendances. Le corps de logis fut une très -forte tour (O), maintenant lacérée et brisée en gros quartiers épars à la base des; pans qui sont demeurés debout. Elle dominait les deux parties de la ville au milieu du mur qui les séparait ; ce qui n'en est pas renversé , couronne encore notre vue de Pylos prise par le coté du sud (pl. X). La seconde moitié, ou l'inférieure , qui s'étend sur la pente exposée au midi , était la ville proprement dite, qu'environnaient du côté de la mer vers l'occident , et de Sphactérie au sud , des murailles très-fortes pour le temps où l'artillerie n'était pas inventée , mais où quatre coups de gros canon suf-
Digfcizedfc
Conbïiione ar la gtouarrip
L'ouvrage sera publié en quatre livraisons.
d'un demi-volume de texte, orné de quatre cahier de » planches in-folio. Il paraîtra une à partir de décembre prochain.