‹ Relation du voyage de Son Altesse Royale le prince de Galles en Amérique [microforme]Chapitre 3 sur 69 · D ES · texte numérisé non relu

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loppa largement ce sentiment dans son esprit et dans son cœur. Tous deux se mirent donc en frais d'étudier ensemble les phénomènes ordinaires de la nature; et des explications données dpropos répandirent la lumière sur des sujets d’une portée difficile pour la jeune intelligence que M. Gibbs avait mission de cultiver, (1)

On sait avec quel succès la Reine et le Prince son époux se sont livrés à la culture des arts. Ils n’est par conséquent pas étonnant qu’ils aient désiré que le talent qu’ils possédent eux-mêmes leurs enfants le possédassent à leur tour ; mais ce qui est de nature à surprendre, c’est de voir jusqu’à quel point ce désir s’est réaiisé, Le Pince de Galles a appris à dessiner et à se servir utilement du crayon de l’artiste. Ses promenades et ses voyages lui ont permis, en maintes circonstances, de donner des preuves de son savoir-faire.

On résolut d’abord de le faire voyager dans cette partie de l’Angleterre qui comprend les comtés de Cumberland et de Westmoreand. Outre le plaisir qu’il eût d’entendre, sur les expéditions aux terres arctiques, les récits du Dr. Armstrong, qui l’accompagnait et q i, en qualité de clururgien et de naturaliste, avait fait partie de l’expédition envoyée à la recherche «de Sir John Franklin ; cette excursion fournit au jeune Prince une heureuse occasion de compléter ses études géologiques. [Il descendit dans les mines, gravit les montagnes, fit ample collection d’échantillons de métaux, croqua des paysages, inséra dans son carnet de voyage le compte-rendu de ses pérégrinations journalières ou décrivit dans des lettres à sa famille tout ce qui lui semblait digne d’être raconté, entremélant ses narrations d’appréciations que lui suggéraient ies mœurs des habitants de ces comtés.

Le Prince de Galles partit ensuite pour le continent de l’Europe. [Il parcourut les parties les plus intéressantes de Allemagne, de la France et de la Suisse. Ce voyage lui profita plus encore que le précédent. À son retour, on lui assigna, pour y compléter son éducation, la Maison Blanche (Whïte Lodge) dans le pare Richmond, site admirable et répondant en tout point au but que lon se praposait en l’y installant. Des princes de Galles, ses dévanciers, s’y étaient tour à tour, comme lui, livrés à l’étude et aux innocentes récréations du jeune âge. C’est dans cette charmante retraite qu’ou lui fit suivre avec plus de système encore qu’auparavant un cours d’instruction mêlé de promenades en bateau sur la Tamise, de courses à cheval dans le parc, et parfois de parties de crosse (cricket). Ces récréations et l’air pur pour lequel cet endroit est renommé contribuèrent à fortifier la santé du Prince.

Après avoir savouré à loisir les douceurs de cette retraite, le Prince entreprit un troisième voyage qni eut pour lui de nouveaux

(1) Domestic memoirs of the Royul Family, par Sir Folkstone William.

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attraits. Monté sur le yacht royal, il cotoya l’Irlande, visitant les endroits de l’ile où il était le plus facile d’aborder. Les paysages enchanteurs de la verte Erin ne pouvaient manquer d’impressionner vivement Son Altesse ; ses cartons de voyages en font foi. La gaité irlandaise, si justement renommée, dut également contribuer a l’amusement du jeune touriste.

Le 9 novembre 1858, le Prince qui atteignait ce jour là sa dixseptième année, fut nommé colonel dans l’armée. La Gazette de Londres du lendemain (the London Gazette) renfermait le décrêt de Sa Majesté, annonçant ‘ qu’il lui avait plu d’accorder à Son Altesse Royale Edouard Albert, Prince de Galles, plein pouvoir de revêtir et porter l’étoile, le collier et les autres insignes du très noble ordre de la jarretière, de s’asseoir dans la stalle réservée au Prince de Galles, dans la chapelle royale de St. George, à Windsor, et de jouir de tous les droits et prérogatives appartenant à un chevalier compagnon du très noble ordre susdit, d’une manière aussi absolue et aussi parfaite que si Son Altesse Royale eût été formellement installée dans cette dignité.??

Après avoir été ainsi mis au fait des devoirs qu’impose l’âge viril, dans lequel il venait d’entrer, le Prince résolut de poursuivre ses études, durant quelques temps au moirs, et de se rendre à Rome dans ce but. Sur ces entrefaites, le frère de Lord Elgin, le Major Général Bruce, si connu et si aimé au Canada, fnt nommé Gouverneur du Prince. On ne pouvait faire un choix de meilleur augure pour cette colonie. A la suite d’une courte visite qu’il fit à son illustre sœur, à Berlin, la Princesse Frédérick-Guillaume, de Prusse, Son Altesse se dirigea vers l’Italie, accompagné de son gouverneur. C’est au début de ce voyage qu’il accomplit le premier acte de sa vie publique ; acte dont le souvenir restera éternellement gravé dans la mémoire des Canadiens, Les nobles luttes engagées par la mère-patrie avait fait naître dans cette grande colonie de l’empire, le désir de s’associer aux sacrifices que s’imposait la nation anglaise ; on connait les généreuses contributions de ce pays pour le soulagement des victimes de la guerre de Crimée, et quelques mois plus tard pour celui des victimes de la guerre de l’Inde. Mais là ne devait pas se borner le zèle de cette colonie. Elle fit la levée d’un régiment qui fut appelé le 100e régiment, ou régiment canadien royal d’infanterie du Prince de Galles. Lors de leur débarquement en Angleterre, ces troupes furent cantonnées à Shorncliffe, près de Folkestone, où son Altesse Royale en fit la revue et, en leur donnant leurs drapeaux, leur adressa le discours suivant:

‘€ Lord Melville, Colonel de Rottenberg et officiers et soldats du 100e régiment, c’est avec bonheur qu’avec le gracieux assentiment de la Reine, j’accomplis aujourd’hui le premier acte de ma vie publique en donnant ses drapeaux à un régiment qui est l’offrande spontanée du loya! et noble peuple canadien et auquel, suivant son désir, on a donné mon nom. Cette cérémonie est d’au-

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tant plus significative et solennelle qu’en confiant pour la premiere fois à votre garde ces emblêmes de la fidélité et de la valeur militaires, je dois non seulement parler en termes élogieux de votre enrélement dans l’armée nationale, mais encore publier hautement un acte qui fait connaître par quels fermes liens se rattachent entre elles toutes les parties de notre vaste empire. Ma jeunesse et mon inexpérience ne me permettent d'exprimer qu’imparfaitement les sentiments que font naître en moi et votre loyauté et la prospérité dont jouit la grande province du Canada. Veuillez bier croire cependant que je suivrai avec un vif intérêt tous vos pas dans la noble carrière que vous avez embrassée ; je vous souhaite cordialement tout 1 mé et le succès qu’il est possible d’v obtenir.”

Le Prince arriva dans la ville éternelle vers la fin de Janvier 1859 ; et lorsqu’il en eut passé en revue les monuments anciens et modernes, il reprit en son pue ses paisibles études. Avant de s’y livrer cependant, il fitune visite au Pape. Cette visite est destinée à faire époque dans les fastes du Vatican où, depuis des siècles, aucun héritier de la couronne d’Angleterre n’avait mis le pied. Suivant le désir que la Reine avait exprimé, sa réception y eut lieu sans beaucoup d’apparst. En voyant entrer le Prince dans l’appartement, Sa Saintete alla à sa rencontre et Paccueillit avec toute l’affabilité possible. Puis, l’ayant conduit à un siège où Elle le fit asseoir, Elle lia en français conversation avec lui. Cette entrevue, qui fut des plus agréables, quoique de courte durée, n’eut que le général Bruce pour témoin. Le Pope et le Prince se complimentèrent mutuellement et s’entretinrent de divers sujets se rapportant à la ville pontificale. On dit que Sa Sainteté, charmée par les manières et le caractère de son jeune visiteur, exprima plus tard la haute opinion qu’il en avait conçu. Comme le Prince se levait pour se retirer, le Pape le reconduisit jusqu’à l’entrée de l’appartement, en lui donnant toujours des marques du plus vif intérêt. Le séjour de son Altesse Royale à Rome fut interrompu par la guerre d’Italie. Il se rendit de là à Gibraltar et passa ensuite en Espagne et au Portugal. Il revint en Angleterre, le 25 juin 1859.

Ayant été puiser le goût de la littérature latine aux lieux mêmes g'i furent son berçeau, le Prince, peu de temps après son retour, suivit un cours classique régulier à l’Université d’Edinbourg, assistant chaque jour aux leçons qui s’y donnent, montrant beaucoup d’application et fesant de grands progrès dans les belles-lettres. Il le continua ensuite à Oxford, où son éducation se complétait de plus en plus, grâce aux soins de professeurs célèbres dans le monde entier par leur érudition, quand il fut chargé, comme vice-roi, de la mission qu’il est venu remplir au milieu de nous.

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