‹ Relation du voyage de Son Altesse Royale le prince de Galles en Amérique [microforme]Chapitre 46 sur 69 · AR · texte numérisé non relu

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puis la Pointe aux Trembles par S. E. le Gouverneur-Général et plusieurs officiers de l’état-major qui étaient allés à sa rencontre. ‘6 Il fut reçu dans le faubourg de Québec par le Coadjuteur et le Clergé, les Membres du Conseil résidants à Montréal, par le Grand Juge et le corps de Justice présentement ici, par la Noblesse du lieu et circonvoisine, ainsi que par tous les Notables Citoyens point sous les armes, qui escortérent $S. À. R. par les rues, lesquelles étaient bordées par le ler bataillon du 60e régiment et par un ample corps de milices britannique et canadienne jusqu’à la maison de M. Deschambeault, qui était préparée pour sa rééeption.

. Son Altesse dina avec Milord Dorchester; le soir, un feu de joie fut tiré par la Troupe et la Milice, sur le Champ-de-Mars, et la ville fut magnifiquement illuminée à cette occasion si heureuse.

“Les Dames furent présentées au Prince lundi Paprès-midi et mardi au soir le Gouverneur-Général donna un Bal magnifique à une ample compagnie que S. A. honora de sa présence.??

Plusieurs adresses lui furent présentées. Celle des citoyens de la ville porte cette apostille: ‘ La dite addresse est signée des Magistrats et Citoyens de la ville de Montréal tant Anglais que Français indistinctement.??

Le 13,les Frères du Canada (Franes-maçons) s’assemblèrent à leur loge et dinèrent en l’honneur du Prince. Ce diner fut annoncé par une salve d’artillerie.

Le Prince passa quelques jours à Montréal, d’où il se rendit à Chambly, puis à Sorel. Les habitants de ce dernier endroit furent si heureux de la visite du Prince, qu’ils changérent l’ancien nom de leur bourg, lequel a été rendu, par un statut récent, à la ville de Sorel.

Voici ce qu’on écrivait à la Gazette de Québec : è . . , 4 Q & WizziaM Henry (ci-devant appelé Sorel), le 18 sept.

“ Hier après-midi, vers quatre heures, Sun Altesse Royale le Prince, en son retour de Montréal et de Chambly, nous honora d’une visite en cette place. S. A. R. fut saluée d’une décharge de Partillerie de la garnison, lorsqu'il mit pied à terre à la maison seigneuriale, où l’Honorable Samuel Holland, écuier, Arpenteur-genéral de la province, lui ayant présenté un plan de la neuvelle ville, il plut à S. A. R. de nous permettre l’honneur de lui dorner son illustre nom, Wizzram HENRY. Après avoir diné à la maison selgneuriale, Son Altesse Royale fut conduite à la Place d’Armes (actuellement la Place Royale,) où elle fut saluée derechef par la garnison ; après quoi ayant fait une légère visite du magasin, elle traversa à Berthier accompagné du Colonel Dundas et du Capitaine Smith, de l’artillerie. Son Altesse Royale fat saluée une troisième fois en entrant dans le bateau, par la garnison et par la inilice

canadienne, dont l’agréable irrégularité, accompagnée de leurs acclamations et de celles des autres loyaux habitants semblait la pénétrer d’un sentiment délicieux de leur honnête joie. Il est impossible de faire une description des vives expressions de contentement et de la satisfaction qui se manifestaient sur le visage de tous ceux qui étaient présents en cette auguste occasion. Nous nous flattons que tous les loyaux habitants de Wicrram HENRY se ressouviendront souvent de cette occurrence avec une joie toujours nouvelle.??

La Gazette de Québec du 13 septembre ‘ontient n petit poême latin en l’honneur ‘lu Prince, /n Principis . ver". :, Carmen. L’auteur commence sur le ton de l’églog

Naper in umbroso secessu Solis ab igr Obvia tendebat quercus solamen Alexi Monticolæ dum rure redux graderetur ad urbem.

Puis il se lance dans le genre héroïque :

css... ; &t Aemum tempore fixo Exoptata dies surgit fausto Omine genti Anglorum; Princeps Wilhelmi nomine claro, Henricique, simul vetere cum sanguine divum, Acres percipiens stimulos virtutis ab ipsà Amborum famà, patriam relevabit ab omni Excidio, et factis ad rerum culmina tollet.

Cum furor insanus sacra pacis fædera rumpet, Armabitque viros in cædem, ac funera passim, Vindicis ira Jovis, servabit jura suorum Anglicolum; innatà sternet virtute Rebelles ; Protegel æratis ratibus diadema paternum,

Et celebres referet Sociato ex hoste triumphos.

Ce petit poëme a 65 vers et n’est point signé. Etait-ce l’œuvre de quefqu’adroit courtisan qui a su se faire connaître et s’assurer les profits de son lyrisme ? Ou bien quelque timide écolier avaitil lancé ce pastiche mythologique dans la presse, tout en tremblant d’être reconnu et critiqué ? L’allusion aux rébellions s’explique facilement par les événements contemporains ; on était alors, en effet, entre les deux grandes révolutions qui ont changé la face du monde ; les pages de la Gazelle que neus avons parcourues pour faire les extraits qui précèdent, contiennent, d’un côté, Île projet de constitution des Etats-Unis d'Amérique adopté par la convention et signé George Washington, et de l’autre, l’acte d’accusation de M. de Calonne, ministre de Louis XVI, signé par le marquis de Lafayette. La révolution américaine était accomplie, la révolution française commençait.

Le Prince quitta Québec le 10 octobre à bord du Pégasus, lequel fut suivi par le Leander et le Resolute. Quelques jours auparavant, on avait fait, sur le Cap Diamant des feux d’artifice en son honneur.

Ce ne fut qu’en 1818 que le Priice William Henry se maria à la fille du duc de Saxe-Meningen, dont il eut deux filles qui mou-

rurent au berceau, [1 monta sur le trone le 8 septembre 1831 et mourut le 20 juin 1837, à l’âge de 72 ans et après un rêgne de six ans, [Il conserva, assure-t-on, à la cour et sur le trône un excellent souvenir de son voyage d'Amérique et montra à l’égard des habitants de ce pays qui lui furent présentés en Angleterre une bienveillance toute particulière, Son règne, bien court, fut cependant marqué par d’importants événements : entre autres,

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elle.” - la passation Au fameux bill de réforme. : Il oême en. Le Prince Edouard naquit en 1767 (1). Il eut une existence peu

houreuse, et, faisant allusion aux épreuves qu’il avait en à subir, il avait l’habitude de dire : “ Je suis venu en ce monde assez mal à propos, c'était dans le sombre mois de Novembre; la cour était encore plus sombre, elle était enveloppée dans le deuil; un de mes oncles, le frère bien-aimé de mou père, venait d’être mis dans son cercueil ; ses funérailles eurent lieu vingt-quatre heures aprés ma naissance. Je me suis souvent demandé si ma malencontreuse apparition dans ce monde n’était pas un piésage de la vie triste et pleine de luttes qui m’était réservée.??

[entra dans l’armée à 18 ans, et fut d’abord envoyé à Lunebourg. Avec un chef d’un caractère arbitraire et inflexisle, “ tyran mercenaire,” si on en croit les lettres du jeune prince, il éprouva beaucoup de dégouts. Parade et exercice, une guinée et demie par semaine à dépenser, voilà sa vie. Là déjà commencent les dettes qui lui ont causé plus tard tant d’embarras. A Hanovre, où il alla ensuite, il ne se trouva guëres mieux, Le 30 mai 1756, il est fait Colonel, et presqu’aussitôt après, Chevalier de la Jarretiére. En octobre 1787, il est transféré, par ordre du roi, à Genève, pour y compléter son instruction. On prétend, qu’espionné par son domes-

œuvre tique et dégoûté de n’avoir pas autant d’argent à dépenser que SA UISE plusieurs jeunes anglais qui s’y trouvaient, il y vécut assez malavalt- heureux. Il est certain qu’en Janvier 1790, il revint brusquement jen en Angleterre, sans permission. Le roi irrité refusa de le voir ; expli- mais lui accorda dix jours, au bout desquels il lui fit signifier qu’il. alors, eût à partir dans vingt-quatre heures pour Gibraltar. On peut juger la face de la sévérité de George IIT, par le fait qu’il n’accorda à son fils OUTUes qu’une entrevue de dix minutes.

le prola con- La sévérité engendre la sévérité, quelquefois même la misanl’accu- thropie. A Gibraltar, le Prince devint très impopulaire parmi les le mar- soldats, à cause de la discipline rigoureuse qu’il voulait faire préplie, la valoir. Après un séjour de quinze mois, il reçut l’ordre Ge se rendre en Canada avec sou régiment. [Il s’était acquis l’estime des offilequel ciers de la garnison et du commandant, Ce dernier a rendu de ravant, lui les meilleurs témoignages, témoignages sérieux, car le Prince étant alors fort mal à la Cour, nul n’était intéressé à le flatter. Les nneur.

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officiers lui donnèrent à son départ un bal et un souper, pour lesquels rien ne fut épargné.

L? Ulysse et La Resistance arrivaient dans le port de Québec le {2 août 1791; le samedi suivant, il y eut lever et réception en l’honneur de S. A. R., au Château St, Louis ; le mardi, 4 le Régiment, (dit la Gazelte,) débarqua sur la grève à la Basse-ville, où, après s'être rangé, S. A. R., en compliment pour la garnison, lui fit faire les évolutions accoutumées d’un salut au son du tambour, la musique jouant God Sare the Queen. Le Régiment monta ensuite sur la Place d’Armes, devant le Château, où, étant rangé en présence d’un grand concours de spectateurs, il fut passé en revue par S. E,le Lord Dorchester et Son Honneur le Général Clarke, S. A. R. commandant en personne d’une manière qui manifesta à la fois le Prince et le soldat. De là le régiment défila dans la rue St. Louis, déposa ses drapeaux chez S. A. R.,et se rendit aux redoutes du Cap Diamant (1). Ce serait manquer à la justice que nous devons à ce Régiment, si nous ne disions que nous ne »ous rappelons pas en avoir vu aucun en ce païs d'aussi belle apparence.??

Le 18 août, une adresse des citoyens fnt présentée à S. A. R, Elle est signée de noms anglais et de noms français. La veille, Lord Dorchester partait pour l’Europe, à bord de l’Aligator, avec Lady Dorchester, et laissait temporairement le gouvernement à Alured Clarke, Ecuyer, après avoir reçu les adresses du Conseil, des citoyens et du Clergé.

Le Prince, peu de temps aprés son arrivée, se distingua avec son régiment à un incendie qui menaçait de prendre de grandes proportions : il reçut les remerciments d’une société organisée pour porte: secours en cas d’incendie et qui avait nom ‘ la Société du Feu.” I} répondit que son régiment se porterait toujours dans de pareils accidents ; et pour mieux témoigner ses intentions de coopérer avec la société, à prévenir les incendies, il a demandé qu'une des pompes fut mise dans les casernes sous les soins de son Régiment, à quoi le Comité a unanimement consenti.”

Le ? noveinbre, anniversaire de la naissance du Prince, ii y eut illumination de la ville, et, le lendemain, bal au Château.

Il était donné au Prince Edouard d’assister à la proclamation de la nouvelle constitution, et de prendre même une part que l’on trouva trop grande aux premières élections, qui eurent lieu en vertu de l’Acte Impérial de 1791.

(2) S. A. R. demeurait à l'endroit où se trouvent actuellement les bureaux du Ministère de l'Agriculture, dans une maison qui a été remplacé par celles connues sous le nom de Jones Buildings. Ces dernières, lors de l’illumination qui a eu lieu en l’honneur du Prince de Galles, portaient rne inscription commémorative de ce fait.

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Les citoyens de Québec résolurent de fêter, le 29 décembre, le premier jour de la nouvelle constitution, par un banquet, Il fut d’abord question de deux réunions séparées, l’une pour les anciens, Pautre pour les nouveaux sujets. La (razette de Québec protesta contre ces distinctions, et l’on finit par nommer un comité mixte (1). Cependant on eut deux banquets, l’un, composé de plus de cent soixante convives, à l’auberge de Franks, à la Haute-ville ; l’autre, qui contenait aussi des hommes des deux origines, au Café des Marchands, à la Basse-ville. MM. Godiiey King et Jacques Dénéchaud étaient, l’un président, l’autre vice-président, au banquet de l’hôtel Frauks ; MM. George Allsopp et Louis Germain remplissaient les mêmes fonctions au Café des Marchands, Les toasts suivants, portés a la Basse-ville, et qui n’ont point d’équivaients dans la liste de ceux de autre réunion, indiquent une couleur politique plus avancée. 6 17. La Révolution de France et la vraie Liberté dans tout lPunivers ; 25, L’abolition du système féodal ; 26, Puisse la distinction d’anciens et de nouveaux sujets être ensevelie dans l’oubli et puisse la dénomination de sujets canaliens exister à toujours (ce toast a été bu, ditle compte-rendu, avec trois acclamations, trois fois répétées, et toute la compaguie s’est prise par la main); 34, Que la liberté s’étende jusqu’à la Baie d'Hudson ; 35. Puisse l'évènement du jour porter un coup mortel aux préjugés, contraires à la liberté civile et religieuse, et au commerce.”?

Dans les deux banquets on but au Prince Edouard et à l’armée,” et à M, Lymburuer, agent envoyé par la Province à Londres pour obtenir la nouvelle constitution.

Le vin était sans doute plus abondant ou meilleur au Café des Marchands, car on n°y porta pas moins de 36 toasts ; le patriotisme des convives de l’hôtel Franks se contenta de 93. En revanche M. Bentley chanta, dans cette dernière réunion, une ode anglaise, et MM. Baby et Amiot chantérent chacun en français un impromptu de Jeur façon. La bonne intention y était évidemment pour beaucoup plus que la verve poétique. Les couplets de M. Amiot étaient en l’honneur du Prince Edouard.

Vers cinq heures, on avertit le Président que six Messieurs, députés par les citoyens assemblés à la Basse-viile, demandaient à être admis. C’étaient MM. Panet, Painter, Lymburner, Burns et Pinguet, [ls étaient porteurs d’une lettre et churgés de proposer le toast suivant: # La Constitution, et puisse l’unanimité dans toutes les classes de citoyens, faire tomber dans l’oubli toutes distinctions et préjugés, faire fleurir le païs et le rendre heureux à toujours.” 6 Ils furent, dit la Gazette, reçus d’une manière convenable à la dignité de la compagnie, introduits dans la salle pai deux directeurs, marchant devant eux avec des bâtons blancs, et leur entrée fut proclamée par le son d’une trompette. [ls furent

(1) MM. Cull, MacNider, [rwin, Lindsay, Jones, Roxburgh, Dénéchaud, Voyer, Menut, Baby, Duval, et Renvoizé.

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salués par la musique (du régiment) de S. A, R. le Prince Edouard (1), jouant Got Save the Queen, et par trois acclamations de la compagnie.??

Ou but avec force acclamations le toast proposé et qui devait être porté dans le même moment à la Basse-ville ; mais après le départ de la députation, il y eut un incident désagréable, El fut proposé de rendre de suite le compliment, dont on n’avait pas eu d’avis préalable. On fut divisé d'opinion ; la question fut décidée par la levée des mains, qui fut de trois contre un contre la proposition. ‘ La question, dit toujours la Gazette, étant décidée, la paix et la bonne humeur furent heureusement rétablies, et le toast suivant fut donné par le Président :

6 Paix sur la terre et bienveillance envers tous les hommes.??

& Comme il était alors six heures, on demanda le compte des dépenses, et le Président quitta le siége, conformément à la règle prescrite par les directeurs et toute la compagnie se retira en paix xt tranquilité avant huit heures.

& Le même soir, il y eut illumination générale, qui fut splendide.”?

Par une singulière coïncidence, le même numéro de la Gazette contient le texte de la nouvelle constitution française, sanctionnée le 17 septembre, par l’infortuné Louis XVI.

Les élections eurent lieu au mois de juin. Quoique la population anglaise fût très peu considérable dans le pays, elle obtint ine trés-forte proportion des représentants. Cela ne put se faire qu’en préchant contre les distinctions nalionales. Au comté de Québec, S. A. R. favorisa MM. De Sallaberry et Lind, qui furent élus. M. Berthelot d’Artigny, doyen du barreau, était le seul candidat qui leur fût opposé. Au moment où M. Berthelot allait obtenir la majorité, les amis des deux autres candidats ne trouvérent rien de plus simple que de démolir le husting, et lothicier rapporreur déclara élus ceux qui avaient la majorité.

Les électeurs, à qui cette manière d’agir ne pouvait pas convenir, regimbèrent assez naturellement. Le Prince fit un petit speech pour les apaiser. La Gazette rapporte cet incident de la manière suivante, et trouve le moyen d’en faire honneur à $. A. R., dont l’éloquence, assez peu logique à nos yeux, avait pour elle, : il est vrai, l’argument à la mode aujourd’hui, celui du fait accompli :

(1) Nous tenons de la tradition que ce corps de musique était le plus beau qui fût encore venu en Canada. Le Sieur Jouve, professeur de harpe et de guitare, probablement le Chef du corps, s'annonce dans le journal comme Maître de musique du Prince, et donna un concert à $1 par tête. Plusieurs soldats du régiment étaient Français.

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‘ Lorsqu'on abattit le husting, c’est-à-dire le bâtiment qui avait été érigé pour tenir la cour d'élection, il y eut une émeute, qui était sur le point d’éclater par des actes de violence, Dès l’instant que le Prince apperçut la multitude irritée, il s’avança, et avec une rare présence d’esprit, se posta de manière à pouvoir être vu de tout ie monde, et ayant ordonné le silence :

‘6 Messieurs, dit S. A, R. (avec un air de sensibilité et un ton d'autorité), y a-t-il parmi vous, qui que ce soit, qui ne regarde le Roi comme le père de son peuple ?

‘ A ces mots, le peuple répondit par des huzzas et des acclamations de vive le Roi!

Y a-t-il parmi vous, ajouta le Prince, qui que ce soit qui ne regarde, où qui ne croie la nouvelle constitution comme la meilleure qui soit possible pour opérer le bonheur des sujets de S, M,, et le bon gouvernemeut de ce pays?

‘ Les huzzas furent réitérés.

Je vous recommande done, conclut S, A. R., de vous retirer en paix : je vous recommande la paix, la concorde et l’unanimité ; que je n’entende plus parler de cette distinction odieuse d’Anglais et de Français. Vous étes tous également sujets bien-aimés canadiens de S. M. B.

‘ Les huzzas et les cris vice Le Prince réitérés.

‘ Le tumulte cessa, et les menaces, la rage, la fureur firent place à l’admiration et aux applaudissements.

‘ Puissent l’éloquence laconique et efficace du Prince Edouard, et la sagesse de ses conseils, être toujours suivis et demeurer êiernellement imprimés dans nos mémoires.

M. Berthelot d’Artigny n’admirait pas autant ce qui venait de se passer, et, dans son adresse aux électeurs, publiée dans le numéro suivant de la Gazette, on lit ce qui suit :

“Je ne puis m’empêcher d’observer sur le silence que la Gazette de Québec a tenu quant aux circonstances extraordinaires de Ja Basse et Haute-vilie et de ce comté de Québec, notamment sur la tournure abstraite et mystérieuse que la Gazette de Québec de jeudi dernier a prise pour ce qui s’est passé à Charlesbourg, lors de l’élection pour ce comté de Québec ; sans doute que celui qui #st l’auteur de ce paragraphe, est de ce 1x qui se sont cy devant tant fatigués à écrire, imprimer et crier vaguement contre les lois de ce pays, contre la profession honorable d’Avocat, et qui ont employé des moyens si bas que ceux connus du publie et qu’il n’a trouvé aucun avantage à publier les faits véritables que la nouvelle Constitution a amenés ; je n’entreprendrai cependant point de les établir sur cette feuille, l'Etection de ce Comté de Québec devant être un sujet d’examen, et j'espère, d’une juste censure dans la Chambre d’Assemblée, je me borne présentement à informer le public de l’état du poll,

Saber LGUTer se eo ss et 515 Lynd, Ecuyer...... D

Berthelot, Avocat....................... 436

Il est évident que je me trouve 26 voix de moins ; mais le public ne doit pas ignorer combien il ÿ en a à déduire sur les deux premiers Candidats, de personnes qui ne ont ni propriétaires ni naturalisés ; je puis n’appuyer sur ce seul point ou contester l’Election entière par les moyens contenus en mon protest signifié ‘ar deux notaires lorsque le poil fut inopinément fermé, 62 “voteurs de plus sur la place s’offrirent en ma faveur et protestérent formellement dans l’édifice même où se tenait l’élection, d’où ils furent chassés par quelques Messieurs qui le démolirent par force ; mais leur protest iut continué et fiut sur la place la plus voisine.

“ J'espère que la patrie et la vérité ne manqueront point de ressources directes, et qu'aucune influence personnelle ne privera mes compatriotes des avantages de notre constitution, elle est si bonne en elle-même que les élections ont fait connaître les bons sujets en ce pais, les intentions et les cabales de quelques autres qui prêcherent l’union et la non distinction de naissance lorsque secrétement ‘ls vouloient favoriser certaine classe d’hommes qui seuls ne peuvent faire le bonheur ni la paix de cette colonie.??

À cela lPimprimenr (car il n’était pas alors question d’éditeur ou de rédacteur) répond ‘ que le silence circonspect observé par la Gazette sur les élections de la Basse et Haute-ville, et du comté de Québec a été pareillement tenu sur toutes les autres élections de la Province ayant simplement publié les noms des membres élus, pour la raison évidente de ne point tomber dans le désagrément des disputes de parti ; et que ce qui a été dit dans la (fazette dernière n’était ni pour donner une tournure mystérieuse ni faire un détail inutile de lélection de Charlesbourg ; mais une simple citation de faits réels, dont le publie est à même de juger. Il n’y avait que cette alternative, ou de censurer tous les partis ou de garder le silence, et il a préféré le dernier.”

Heureuse époque, diront peut-'tre nos lecteurs, où le journal ‘ craignait le désagrément des disputes «le parti ? et donnait cette crainte comme un ‘ motif évident de sa conduite!” Ce M. Berthelot d’Artigny était le doyen du barreau, et le père de M. Amable Berthelot, qui a été si longtemps représentant de nos jours. On voit par ce que l’on vient de lire, que les employés du gouvernement, la noblesse et les marchands anglais (la populatiou anglaise se réduisant presque à cette dernière “elasse,) formaient le parti du pouvoir, et que les gens de robe et la bourgeoisie franco-canadienne des villes formaient le parti de l opposition. Le petit peuple des villes et les habitants de la campagne étaient travaillés en tous sens par ces influences contraires. Les avocats agissaient, pour bien dire en corps, et l’on exploitait contre eux tout ce qu’il y a toujours eu à reprocher à la basoche en tout pays. Ajoutons comme trait de moœurs électorales dès l origine des choses, que M. Panet, avocat, et depuis orateur où président de la Chambre d'Assemblée, ayant été élu pour la Haute-ville de Quéoec, le même M. Betthelot d’Artigny, publia dans les journaux un compte-rendu de la

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somme de cent louis d’or qui fut distribuée aux pauvres au palais de justice. ‘M. Pavet ayant dit immédiatement aprés sou élec tion qu’il n’avait point donué de cocardes ni de liqueurs avant ui pendant son élection, et qu’étant alors finie il dounait aux pauvres de la Haute-ville cent louis d’or qu’il priait ses confrères avocats de distribuer aux plus nécessiteux, sans distinction de naissance. Une partie de cette somme fut donnée aux prêtres et aux ministres pour les pauvres honteux ; le reste fut distribué à 234 pauvres présents.

M: de Salaberry dont il est question, est le pere du héros de Chateaugay. [l était très-intime ami du Prince, qui protégea plus tard son illustre fils, et lui obtint la petite part de justice qui lu fut rendue, et qu’il n'aurait peut-être pas eue sans nt, si faible

qu’elle paraisse en comparaison de ses services, (1)

Tout ce qui précède est important comme indice de l'état social à cette époque. Voici maintenant quelques autres extraits qui donuerout quelqu’idée du mouvement intellectuel. Au Club Censtitutionnel on diseutait sur l£ducation, et sur ce qu’il v avait à faure pour la répandre ; on s’occupait beaucoup dun M. sabadie, instituteur à Berthier, qui établissait une école «ur un plan nouveau, et l’on mettait sur pied une souscription pour lui procurer des livres, du papier, etc. ; on félicitait par résoiulion lEvéque de Québec d’avoir établi depuis peu une école de charité où 32 élèves avaient été admis; on espérait que MM. les curés suivraient avec alacrité un si bel exemple, une grande partie du peuple étant, disait-on, privé des bienfaits de la nouvelle constitution par l’étai abject de l’éducation.” Un des membres lisait un écrit d’une longueur considérable sur cette question : ‘Ki la création de conseillers héréditaires, dignifiés de titres de noblesse, serait avantageuse à la Province dans sa présente situation.??

MM. J.-Bte. Bédard, Jean Dupras, Prisque Feiland, Joseph Borgia et le Frère Félix Bossu, récollet, tous cinq étudiants au Séminaire de Québec, soutinrent vers le même temps une thè:ie sur l’aigèbre, la géométrie, la trigonométrie rectiligne et sphérique, les sections coniques, la théorie du jet des bombes et l’astronoimie. [Is furent honorés de la présence de Son Altesse Royale, de S. E, le Lieutenant Gouverneur, de S. E,. le Colonel Simcoe, heutenantgouverüeur du Haut-Canada, de MM. ies officiers de la gurnisou, etc.

On annonçait la publication prochaine du Magasin de Québec,” recueil de littérature mensue de 64 pages, anglais et français. On annonçait aussi la publication de diverses brochures, entr'autres, & Papiers sur l’Agriculture,” 4 Lettres de ! Evêque de Caps au sujet «le l’établissement d’une Université,” “L’ancienne sta Nou-

(1) Voyez une lettre du dede Ke t n1 Lieutenant-Colo: el 4 Kalaber y dans la lecture de M. Auüé url Boucher sur la Bat li de Cha teauguay, lere livraison de l'Æ ho 1 Cubinet de Lecture, : 1839 q

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velle Constitution du Canada,” Un poème anglais intitulé ‘ Abraham”’s Plains,”? “La Nouveile Constitution de France,”? ‘ Diverses publications sur la tenure féodale, par M. Bédard et M. de Lanaudière,”? ‘ La Constitution du Canada exr iquée par Solon.”?

Le 11 août 1792, le Prince partait pour les pays «en haut. Il visita les Chutes de Niagaïa et parcourut une partie du pays. Les citoyens de Montréal lui présentèrent une adresse plus laconique encore que toutes celles que nous avons déjà citées.

A Berthier (en haut) le Seigrieur Cuthbert avait prié cinq capitaines de milice de venir recevoir S. A. R. et de l’escorter

jusqu’à la maison seigneuriale. Les cloches de la chapelle sonnè-

rent tout le temps. Au moment où le Prince entrait au manoir, il! fut salué par une salve de 21 coups de canon. Après le diner les capitaines de milice furent présentés et reçus gracieusement.

A la réunion du Parlement, le 11 novembre 1793, M. de Bonne, secondé par M. Frobisher, proposa ‘ qu’une adresse respectueuse soit présentée à S. A. R., en témoignage de la satisfaction que nous éprouvons de voir le fils de notre auguste Souveraine déployer continuellement parmi nous dans le service qu’il a embrassé des talents dignes du sang illustre qui coule dans ses veines, et en reconnaissance du zèle ardent joint à l’activité infatigabie qu’il fait éclater en toute occasion pour la protection de nos propriétés, la sûrete de nos personnes et la défense de notre pays.??

Dans sa réponse, le Prince dit entre autres choses : “ Il est particulièreraent flatteur pour moi que ma conduite a été telle qu’elle ma gagné votre estime et votre approbation. J’ose me promettre que par la suite je réussirai en poursuivant la même conduite à mériter la continuation des mêmes sentiments de votre part J’envisage avec lattente la plus inquiète le moment où j’aurai le bonheur d’être appelé à servir ma patrie dans une situation active ; et j’espère alors vous prouver que je redoublerai de zèle quand je serai employé dans une cause aussi chère, etc.??

Le Prince menait assez grand ton en Canada, et, nous regrettons de le dire, n’y tenait pas, sous certains rapports, une conduite trèsexemplaire. Son changement de résidence seul aurait d’ailleurs suffi pour augmenter ses dettes, sans compter que, pour le punir sans doute, on avait diminué son traitement de £1,000. (1) Sa position était des plus embarrassantes. 11 demanda à servir dans les Indes Occidentales sous Sir Charles Grey, et c’est à cette demande qu’il fait allusion dans sa réponse à l’adresse de notre païlement.

Le Prince quitta Québec dans les derniers jours de janvier 1794, un peu plus promptement qu’on ne s’y attendait, car Lord Dorchester dut recevoir pour lui quelques unes des adresses d’adieu qui lui étaient destinées. Elles étaient nombreuses et indiquaient

(1) Neal’s Life of the Duke of Kent.

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par leur rédaction, que, malgré les écarts que l’on pouvait lui reprocher, il avait su s’attirer des sympathies réelles et sincères. Il s’en trouve une de la part des Francs-Maçous, dont il était le Grand- Maître. L’adresse du clergé catholique porte entre autres signatures, celle de Joseph Plessis, alors curé de Québec. Elle était conçue dans les termes suivante :

‘“ Le Clergé Catholique Romain de Québec, protégé du meilleur des rois, vient témoigner à Votre Altesse son aflliction du départ prochain qui va priver la province d’un si bon Prince.

‘ Ces vertus sociales qui vous rendent l’objet de l'amour publie, l’activité et la vigilance militaire qui fortifient la confiance si bien méritée des sujets, vous fout un titre certain à la reconnaissance de tous ; mais votre bonté en est un pour nous à la confiance que vous voudrez bien agréer ces vœux que nous faisons pour votre santé et la prospérité de vos armes.

‘ Le Dieu des batailles, de la paix et des rois prêtera sans doute à Votre Altesse Royale sa force, sa clémence et sa sagesse, puisque les ennemis qu’elle va combattre sont ceux de l’ordre et du repos universel}; puisque la cause qu’elle va défendre est celle des des Rois, celle, par conséquent, de notre gracieux souverain votre pére, à qui le clergé catholique se fera toujours gloire d’être invio- Jablement attaché et soumis.”

L’ennemi que le Prince allait combattre était la République Française, et l’expédition à laquelle il allait se joindre, celle qui devait enlever à la France, ses colonies du Golfe du Mexique. On était alors en pleine Terreur, le ton de la Gazette était tout à fait changé au sujet de la glorieuse révolution française, et les numéros, qui contiennent les nombreuses adresses d'adieu présentées au Prince, contiennent aussi les détails des incessantes exécutions faites par le Comité du Salut Public, Panalyse des procès-verbaux des terribles séances de la Convention, et le compte-rendu de l’exécution de linfortunée Marie-Antoinette La Gazette Au 30 janvier publie l’ordre suivant, daté du Château St.-Louis : “Il y aura un Deuil Public pour sa défunte MAJESTE TRES-CHRETIENNE (la Reine de Frauce), qui commencera aujourdhui et finira le 9 février prochain.”

Le départ du Prince eut heu sans aucune démonstration et, pour bien dire, secrètement. La Gazette n’en indique pas même le Jour Le numéro du 23 janvier contient une piéce de vers latins,— Ad Edwardum Principem. Etait-elle du même poête qui, sept ans avant, avait célébré l’arrivée du Prince William Henry? Une circonstance qui montre qu’au milieu d’une vie dissipée, le Prince n°éloignait point de lui les choses qui pouvaient évoquer «de graves pensées, circonstance qui peut nous aider à comprendre le vif intérêt et l'attachement sincère qu’il avait su faire naître et conserver, c’est que peu de jours avant son départ, il suivit deux çonvois funé-

res, celui du Juge en Chef Smim, Orateur du Conseil Législalif, et celui de Madame Chaussegros de Léry, née Martel de Brouayues.

Les numéros de la Gazette du mois de février contiennent des lettres de Burlington et de Boston, qui parlent pue manière flatteuse de la réception qui ui fut faite aux Etats-Uuis, ainsi qu’une pièce de vers en anglais publiée à Boston eu son ro ur.

Mais il semble que partout le livre de la vie fût ouvert pour lui

an chapitre des accidents ; en traversant le lac Champlain il perdit une partie de son train; le même malheur devait se renouveler ;

! deux fois, ses équipements furent pris en mer, par l’ennemi. De tels malheurs ne rétablissaient suêres ses finances

Cependant, comme Paurait dit un ancien, les divinités in- LE ‘ernales parurent un instant apaisées par ce léger sacrifice, et la 4 campagne à laquelle il prit une noble pee fut glorieuse pour lui. : il se distingna surtout à Ste.-Lucie et à la Martinique, et s’exposa È aux plus grands dangers. Sa conte ue et habileté militaire qu il déploya lui valurent les remerciments du parlement et | eréérent dans la nation une forte réaction en sa faveui. t: Toutelois, la campagne fisie, il reçut ordre de demeurer à Ha- &: litax. fl sy rendit trés-populaire en réprimant avee fermeté et ha-

bileté les désordres qui y réguaient. E n 1795, il fut fait Lieutenant-frénéral Commandant des icés a Halifax. En 1798, à Ja suite d’une chute de cheval qui avait failli lui C're fatale, et par ordre de ses pesrens, il retourna en Angleterre. il revoyait le sol natal après une absence de treize aus, interrompue seulement par un séjour d’une dizaine de jours, pendant lesquels il avait vu son pére quelques imstants.

Avant son départ, en quin, les Chambres de la Nouvelle-Ec lui avaient voté une étoile ce diamants en reconnaisseure des vices rendus à la Province. Cette étoile lui fut remise en Angleterre. ‘Toutes les mr qui lui furent présentées à son départ d’'Halifax sont extrémement flatteuses.

Le 7 mai 1999, il prit son siége à la Chambre des Lords : i s’efiorça de faire augmenter sa dotation, beancoup moins considérable que celle de son frère, le Duc de Clarence (William Henry) afin de pouvoir payer ses dettes, efforts qu’il devait continuer jusqu’à la fin de sa vie ; mais inutilement. A la même époque il est fait Duc de Kent et de Strathearne en Angleterre, et Comte de Dublin en frlande, et nomrié Général et Commandant des forces de toute

Amérique du Nord. En ju'llet de la même année il revient à Halifax, où on le reçoit avec ies pius grandes démonstrations d’une joie réelle. El paraît avcir continué à s’y faire aimer de tous ; mais l’état de sa sant icika bientôt à repasser en Angleterre.

Jl continua de 6°y occiper d2 sa dotation, On lui offrit d’aller prendre le gouverne: iltar, où de très-wrands désordres

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ségnaient parmi les troupes. Il était, disait-on, le seul homme sapable d'exécuter les réformes nécessaires ; on lui promettait de le soutenir. Il accepta, et partit au mois de Mai 1802 En arrivant, il se mit à l’œuvre, duninua le nombre des auberges, fit travailler les soldats et rétabiit la discipline. Les officiers se trouvérent eux-mémes traités sévèrement, ce qui était nécessaire “ans doute pour que tout le monde fût convaincu de ja justice et de Pimpartialité du Commandant. On assure que quelques-uns prirent part à un complot qui, paraît-il, avait seulement pour objet d’'embarquer le Prince de force ; mais qui aurait bien pu lui coûter la vie. Heureusement, il fut sauvé par l'énergie et la fidélité de quelques officiers.

Le Prince avait surtout à se plaindre de son lieutenant, le Générai Barnett ; il demanda qu’on le rappelât. Pour toute répouse, il fat rappelé lui-même ; et, dit son biographe, comme si l’on eût voulu accumuler sur sa tête tontes sortes d’humiliations, on lui ordonuait de remetire le commandement entre les mains de Barnett. Il s’y refusa.

Arrivé en Angleterre, il se vit refuser une enquête sur sa con- ‘uite, tandis qu'on le privait de son gouvernement. Dans le “ème temps, les habitants de Gibraltar, reconnaissants de ses eHorts et de son énergie, et heureux de la tranquilité qu’il avait rétablie, lui offraieut un témoisnage de leur estime. [Is auraient pu imiter ceux Halifax, qui donnèrent à leur cadeau une forme princiére ; mais songeant que dans l’état de ses finances le moindri ducalon ferait peut-être mieux son aifaire, ils lui envoyérent mille guinées, Le Prince fut d’un avis contraire, et il emplova de suite Pargeut à se faire faire une jarretière de diamants, qui complétait pour Jui ies attributs de sou ordre (D).

Dégouté et décourage, 1i rentra alors dans la vie privée et ne occupa plus que de l'affaire de ‘sa dotation jusqu'en 1810. Ses dissentiments avec ses frères devinrent alors assez publics pour qu’on l’accusât d’avoir conspiré contre eux ; ce qui êtait également laux et odieux.

Dans la discussion des restrictions que lon voulait mettre au pouvoir du révent, il se réunit à ses frères dans la Chambre des Loris; et en 1812, il appuya fortement l’émancipation des catholiques.

Aprés la mort de la Princesse Charlotte, seule enfant du Régent, et seule petite-fille de George LIT, ou jugea prudent de marier deux autres fils de ce roi. Le même jour done, le 13 juillet 1818, le

(1) Pendant tout le temps de sa résidence en Canada, les suppléments de la (razelie de Québec étaient ornés de l'étoile de l’ordre de la jarretière, laquelle, dans les décorations établies en son honneur, oceupaient la même place que la toque à trois plumes du Prince de Galles avait dernièrement

Duc de Clarence épousa la Princesse de Saxe-Menningen, et le Duc de Kent, la Princesse Victoria de Saxe-Cobourg, veuve du Prince de Lenningen. Les mêmes misères financières contre lesquelles le Prince luttait depuis tant d’années l’ob'igèrent à aller vivre sur le continent ; mais à l’approche de la naissance d’un enfant, comprenant toute l’importance qu’il y avait à ce que cet enfant vit le jour sur le sol de l’Angleterre et avec toute la publicité qui doit accompagner la venue d’un héritier de la couronne, il s’efforça d’amener son épouse à Londres. On lui en refusa les moyens jusqu’à ce que le voyage fût devenu dangereux pour l’excellente et intéressante duchesse. La conduite du Régent dans cette circonstance fut, de j’aveu de tous, inqualifiable. Malgré tous les obstacles, cependant, notre gracieuse souveraine vit le jour sur le sol d’Albion, au palais de Kensington, le 24 mai 1819. Il était loin d’être probable à cette époque que le Duc de Clarence mourrait sans postérité, et le biographe du Prince Edouard a bien raison de se demauder, comme il le fait, qui eût dit que cette petite prinessse était destinée à une carrière aussi brillante et heureuse que celle de son père avait été pleine d’épreuves et d’anxiété ?

Quelques mois plus tard, le 23 janvier 1820, une inflammation de poumons tout-à-fait subite, conduisait au tombeau, dans la 53e année de son âge, le Duc de Keni, laissant orpheline au berceau la princesse, qui, vingi ans plus tard, devait régner sur la Grande- Bretagne, et dont le règne glorieux devait être comme une éclatante réparation des injustices que son pêre avait eu à subir.

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