‹ Relation et naufragesChapitre 17 sur 43 · I LO · texte numérisé non relu

I LO

femmes ont la liberté de communiquer avec leur beau-père et leurs parents et de converser avec eux. Ces usages se pratiquent depuis cette île jusqu’à cinquante lieues dans l’intérieur. Il en existe encore un autre : lorsque quelqu’un perd son fils ou son frère, pendant trois mois , personne de la maison où il est mort ne va chercher de nourriture quand on devrait mourir de faim : les parents ou les voisins fournissent à manger au père ou au frère du défunt. A l’époque où nous étions dans ce pays , il existait une grande mortalité , aussi la plupart des maisons étaient-elles réduites à la famine par respect pour leurs usages, et ceux qui allaient aux vivres, malgré tout le mal qu ils se donnaient, n’en pouvaient rapporter que fort peu. Cette circonstance força les Indiens qui me gardaient d’abandonner l’ile. Ils gagnèrent la terre ferme , et se rendirent dans des baies , où l’on trouvait une grande quantité d’huîtres. Pendant trois mois ils ne se nourrissent que de ce coquil-

lage , et boivent de très-mauvaise eau. Le bois y est très-rare , et le pays est rempli de moustiques; ils construisent leurs cabanes en nattes , et les élèvent sur des tas de coquilles d’huîtres, sur lesquelles ils dorment tout nus;

encore faut-il que le hasard leur fournisse

cette couche» Nous vécûmes ainsi jusqu’à la fin d’avril : nous nous nourrîmes de framboises durant tout le mois , et pendant tout ce temps les Indiens ne cessèrent leurs fêtes et leurs réjouissances.

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