CHAPITRE XXIX
Comment les Indiens se volent entre eux.
Après les avoir bien instruits de ce quils avaient à faire, les Indiens nous laissèrent chez nos hôtes , qui, se ressouvenant de la leçon qu’on leur avait faite, commencèrent à nous traiter avec le même respect et la même crainte que les premiers. Nous voya-
geâmes pendant trois jours avec eux : ils nous conduisirent dans un pays très-peuplé. Avant notre arrivée ils allèrent prévenir les habitants, et racontèrent tout ce qu’ils avaient appris sur nous , renchérissant encore sur ce qu’ils savaient. Tous ces Indiens aiment beaucoup les contes et sont très-menteurs, surtout quand cela leur profite. Lorsque nous arrivâmes près des habitations, tous les naturels sortirent pour nous recevoir. Ils paraissaient très-satisfaits et se livraient à leur divertissement. Deux médecins nous donnèrent deux calebasses, et depuis lors nous les portâmes avec nous. Nous augmentâmes beaucoup notre autorité en portant ces calebasses, qui chez eux sont des insignes très-respectés. Ceux qui nous accompagnaient pillèrent les maisons; mais, comme ils étaient peu, et les habitants très-nombreux, ils ne purent emporter tout ce qu’ils prirent, et perdirent la moitié de leur butin. Depuis cet endroit, nous suivîmes le flanc des monta-
gnes. Nous pénétrâmes à plus de cinquante lieues dans l’intérieur , et nous arrivâmes enfin à quarante cabanes.
Entre autres choses que l’on nous donna dans cet endroit, Andrès Dorantes reçut un
gros grelot en cuivre où était représentée une figure : les Indiens semblaient en faire un