Relation originale du voyage de Jacques Cartier au Canada en 1534
M. d Ave\ac, dont il faut toujours citer i ingénieuse et profonde érudition lorsqu'il s'agit de recherches sur l'histoire de la géographie, se plaignait naguère, et non sans raison, de l’indifférence que les Français avaient apportée en tout temps à faire valoir leurs découvertes-, il regrettait surtout que le récit du premier voyage de Jacques Cartier au Canada ne nous fût parvenu que par des traductions. En effet, le plus ancien qui ait paru en France, de l’aveu de l'éditeur, n est qu un travail de seconde main dont on ignore l origine, car cette version, sur quelques points , •v écarté de celle de Ramusio, de beaucoup antérieure, sans cadrer exactement avec celle que nous a conservée Hakluyt, qui diffère également des
deux autres . Du reste , on s aperçoit aisément quelle n’a pu être T œuvre ni de Cartier , ni dï aucun de ses compagnons de voyage , surtout si on la rapproche de la relation du second voyage , que l’on croit pouvoir attribuer soit au chef , soit à un des marins de ï expédition. Celle-ci , par le style autant que par ï orthographe , révèle une main inexpérimentée , plus habile à guider un navire sur l’océan et affronter les tempêtes qu’à manier une plume . On arrive donc à cette conclusion, qu’au XVIe siècle il existait trois relations du récit du premier voyage de Cartier , une en italien , celle de Ramusio , une en anglais , publiée par Hakluyt , et une troisième que nous ne connaissons pas, celle que Raphaël du Petit-Val a fait traduire en 1598, pour en donner une édition française . Il est à supposer qu'il ri a agi ainsi que faute d’avoir pu se procurer une rédaction originale, qui seule , en reproduisant exactement les faits , eût permis d'apprécier I exactitude de l auteur et de régler la créance que l on pouvait accorder à ses allégations. L'importance qu'elle eût offerte alors ri a pas diminué aujourd’hui , et nous croyons qu'il y a encore quelque intérêt pour nous à posséder la source primitive des diffé-
rentes versions étrangères, cest-à-dire la première relation, qui a dû être rédigée par Cartier lui-même ( la supposition selon nous la plus vraisemblable) ou du moins par un de ses compagnons de route. Elle n’a pu évidemment être écrite qu en français, dans le langage habituel des marins , et spécialement des marins bretons, cest-à-dire avec des locutions provinciales , des incorrections compensées par un emploi plus exact des tenues propres à la profession maritime et à l’art nautique. A ce point de vue , nous pouvons essayer un rapprochement curieux entre la version de Raphaël du Petit-Val et la publication de 1545, reproduite si soigneusement par M. d’Ave^ac, qui attribue à Cartier la relation du second voyage. Quoique ce dernier texte paraisse déjà amélioré, puisqu'il s’écarte dans maint passage des trois versions manuscrites de la Bibliothèque impériale, qui ne sont pas non plus identiques entre elles, on peut remarquer que la langue en est beaucoup plus incorrecte que la traductionde 1 598. Si, au contraire, nous venons à le comparer avec celui que nous publions, on y remarquera de nombreuses analogies d expressions , de tournures, d idiotismes , nous dirons mieux, d’incor-
rections et de fautes qui décèlent une même origine. Il n est pas nécessaire de les signaler en détail, elles frappent au premier coup d'œil ; et sans quil soit besoin d’insister plus longuement, il nous paraît résulter non moins clairement du récit luimême qu’on peut l'attribuer avec assurance à Cartier , quoiqu’il ait évité avec soin de se désigner expressément . Cependant, malgré ses précautions pour cacher sa personnalité sous des termes généraux, tels que: nous partîmes..., nous arrivâmes..., il se trahit quand il lui échappe de dire : J e nomme icelle isle saincte Katherine. . . (p. 7.) Or ce droit appartenait exclusivement au chef de ï expédition , et le chef c était Jacques Cartier. Parfois il se laisse entraîner à émettre son opinion personnelle par ces mots: j’estime... p. 1 1 * j’ai seu... (p. 12); je présumé mielxqueaultrement à ce que j’ai veu... (p. 20); et la façon modeste avec laquelle il nous dit : Icelluy fut nommé le hable Cartier... (p. 7) ne fait que confirmer notre hypothèse, car toute autre personne de l’équipage n eût pas manqué d’observer que c’était en l’honneur du capitaine, ce que celui-ci voulait au contraire éviter , en relatant simplement le fait . Au surplus, voici le point capital : la relation que nous
publions est bien la version primitive , écrite par un homme peu lettré , parlant le français en usage dans la partie de la Bretagne qui avoisine Saint- Malo, en un mot l'original qui a dû servir aux diverses traductions publiées antérieurement. Quant aux variantes que présentent ces divers textes , elles sont légères et s expliquent facilement par des erreurs de copistes , des fautes de lecture ou des bévues de traducteurs.
Cette pièce (n° 5, portefeuille LVII de Fontette ) porte pour suscription : Voyage de Jacques Cartier, 1544. Malgré ces chiffres , on ne saurait regarder cette date comme rigoureusement exacte; mais pour quiconque a l'habitude des manuscrits de cette époque, il est facile de lui en donner une approximative qui ne s en écarte guère. La simple vue fait reconnaître une écriture de la première moitié du XV F siècle, qui , par son aspect général , se rapproche singulièrement de divers documents de la même collection ( voy . Port. XXVII , p . 70), qui remontent aux années 1 5 33-35. La relation occupe dix-sept feuillets dont les dou\e premiers, écrits avec netteté, semblent annoncer une copie soignée; mais ensuite l'écriture se lâche, les abréviations se multi -
Plient , se compliquent , et la lecture , facile au début , devient sur la fin d une difficulté extrême . Nous avons reproduit ce texte aussi scrupuleusement que possible , et nous ne nous sommes permis que les modifications que réclamait impérieusement l impression.
Nous avons ajouté en appendice une pièce qui nous a paru asse \ curieuse en ce quelle établit et résume exactement les découvertes faites par les Français et les Anglais dans ï Amérique du Nord . Elle est postérieure à i63o, puisqu'elle relate des faits arrivés à cette époque , dont elle se rapproche beaucoup par l'écriture ; quoiqü elle ne soit pas signée, elle offre l'aspect d'un document officiel et prouve que déjà alors on s était préoccupé de déterminer les droits respectifs des deux nations.
L’intérêt qui s’attache au pilote malouin a engagé l’éditeur à enrichir sa publication de deux portraits de Cartier , dont ïun se trouve à l’hôtel de ville de Saint-Malo , et l’autre au département des estampes de la Bibliothèque impériale. De son côté , M. Ramé, infatigable dans ses recherches , a recueilli une nouvelle série de documents précieux sur l histoire du Canada , qui nous appren -
ncnt quels rapports ont existé jusqu en i6rq entre la colonie et la province où était né celui qui avait découvert cet immense territoire. M . Ramé a fait plus, il a su attacher un intérêt artistique à sa nouvelle collection , par la description de l ancien manoir de Jacques Cartier, dont le souvenir ne se conservera plus qu’au moyen des croquis que nous devons au crayon de notre collaborateur.
près que Missire Charles de Mouy, chevallier, seigneur de la Milleraye et Visadmiral de France, eut prins les sermens et faict jurez les Cappitaine, maistres et com-
paignons desditz Nauires de bien et loyaulment soy porter au seruice du Roy soubz la charge dudit Cartier,
Partîmes du havre et port de Sainct Malo auecques lesdits deux nauires du port d'enuiron soixante tonneaulx chain cun , esquippez les deux de soixante ung homme, le vigntiesme jour d Apuril oudit an. Mil cinq cens trante quatre ; et auecques bon temps nauigans et vînmes à Terre Neuffue le dixiesme jour de May, et aterrames à Cap de Bonne viste estans en quarente huyt degrez et demy de latitude
et en degrez de longitude. Et pour le
grant nombre de glasses qui estoint le long d’icelle terre, nous conuint entrer en vng haure nomme Saincte Katherine estant au Su Surouaist diceluy Cap, enuiron cinq lieues où fumes l'espace dix jours, attendant nostre temps et acoustrant noz barques. Et le xxie jour dudit moys de May, partismes dudit hable auecques vng vent de Ouaist, et fumes portez au Nort, vng de Nordeist de Cap de Bonne viste, jucques
à 1 islc des Ouaiseaulx, laquelle isle estoit toute avironnée et circuitte d’vn bancq de glasses rompues et départies par pièces. Nonobstant ledit banc, noz deux barques furent à ladite isle pour auoir des ouaiseaulx, desqueulx y a si grant numbre, que c est vue chosse increable, qui ne la voyt ; car nonobstant que ladite isle contienne enuiron vne lieue de circumferance, en soit si très plaine qu’i semble que on les ayt arimez. Il y en a cent plus à l’enuiron d icelle et en l’oir que dedans l'isle, dont partie d iceulx ouaiseaulx sont grans comme ouays noirs et blancs, et ont le bec comme vng corbin, et sont tousiours en la mer, sans jamais pouoir voiler en l’air pour ce qu’ilz ont petites aesles, comme la moitié d vne ; de quoy ilz voilent aussi fort dedans la mer, comme les aultres ouaiseaulx font en Pair; et sont iceulx ouaiseaux si gras que c'est vne chosse merueilleuse. Nous noumons iceulx ouaiseaulz Apportât^ desqueulx noz deux barques en chargèrent, en moins de demye heure.
comme de pierres, dont chamcun de noz nauires en sallèrent quatre ou cinq pippes, sans ce que nous en peumes mangier de troys.
Dauantaige, y a vne aultre sorte d ouaiseaulx qui vont en 1 air et en la mer, qui sont plus petiz, que 1 on nomme Gode qui se ariment et meptent à ladite isle soubz les plus grans. Il y en avoit d aultre plus grans, qui sont blans, qui se mettent à part des aultres en vne partie de l’isle, qui sont fort mauuaiz à assallir ; car ilz mordent comme chiens et sont nommez Margaulx.
Et néantmoins que ladite isle soyt à quatorze lieues de terre, les ours y passent à no de la grant terre pour mangier desdits ouaiseaulx, desquelx noz gens en trouuèrent vng, grant comme vne vache, aussi blanc comme vng signe, qui sauita en la mer dauent eulx ; et le lendemain qui est le jour de la Penthecouste, en faisant nostre routte vers terre, trouuames ledit ours
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enuiron le my chemin, qui alloit à terre aussi fort que nous faisions à la voille ; et
nous, l ayant aperceu, luy bâillâmes la chasse o noz barques et le prinmes à
force ; la chair duquel estoit aussi bonne à mangier comme d’vne génise de deux ans.
Le mercredi, xxvne dudit moys, nous arivames à l’entrée de la baye des Chasteaulx, et pour la contrariété du vent et du grant nombre de glaces que trouuasmes, nous conuint entrer dedans vng hable, estant aux enuirons d icelle entrée, nommé le Rapont où nous fumes sans en pouair sortir jucques auneuffiesme jour de Juign, que en partismes pour passer o l’aide de Dieu oultre ; ledit Rapont est en cinquante et vng degrez et demy de latitude.
Description de la terre dempuis Cap Rouge jucques au hable de Brest, estant en la baye.
La terre, dempuis Cap Rouge jucques au Degrat, est la pointe de l’entrée de la baye, gist de cap en cap Nort Nordest et Su Surouaist ; Et est toute ceste partie de terre à isles adiaczantes et près les vnes des aultres, qu’il n'y a que petites ripvières par où bateaux peuent aller et passer parmy ; Et à celle cause y a plusseurs bons hables dont ledit hable du Rapont et celuy du Degrat sont en l'vne d’icelles isles, icelle qui est la plus haulte de toutes, ou dessurs de laquelle l'on voyt clairement les deux belles isles qui sont près Cap Rouge, où I on compte vignt cinq lieues ; audit hable de Rapont y a deux entrées, l’vne vers l’Est et l’aultre vers le Su de l lsle; mais il se fault donner garde de la bande et pointe de l Eist, car se sont bastures et pays
somme; Et fault ronger l’isle de l'Ouaist à la longueur de demy cable ou plus près qu'il veult, et puis s'en aller surs le Su vers le Rapont ; et se lault donner garde de trois basses qui sont soubz l’eau on chenal devers l’isle de l’Est. Il y a de fontz par le chenal trovs ou quatre brasses et beau fons; I autre entrée gist Est Nordest et Su vers l’Ouaist à saultez à terre.
Partant de lappointe du Degrat et entrant en ladite baye, faisant l’Ouaist, vng quart Norouaist , 1 on double deux îslcs qui demeurent de babort, dont l’vne est à trois lieues de ladite pointe et l'autre enuiron sept lieues de la première, qui est platte et basse terre, apparaissante estre de la grant terre. Je nomme icelle isle Saincte Katherine , au Nordest de laquelle y a hesiers et mauuais tons enuiron vng quart de lieue, par quoy luy fault donner Run. Ladite isle est le hable des Chasteaulx gissent Nort Nordest et Su Surouaist , Et y a
entreulx quinze iieues ; et dudit hable des Chasteaulx au hable des Buttes, qui est la terre du Nort de ladite baye, gisante Est Nordest et Ouaist Surouaist , y a entr’elx doze lieues et demye ; Et à deux lieux dudit hable des Buttes est le hable de la Bu laine ; le travers duquel hable, sçavoir à tierce partie de la trauersée de ladite baye, y a trante huyt brasses et font de taygnay. Dudit hable de la Ballaine jucques à Blanc Sablon
y a lieues audit Ouaist Surouaist, et
se fault donner garde d'vne basse qui est sur beau, comme vng bateau, au Suest
dudit Blanc Sablon, Trois lieues hors..
Blanc Sablon est vne couche où il n’y a point d’abry de Su ny du Suest ; Et y a au Su Surouaist d'icelle couche deux isles , dont l’vne a nom l isle de Bouays et 1 autre l’isle des Ouaiseaulx, où il y a grant nombre de Gode; et de Richars qui ont le bec et les piedz rouges et haïrent dedans des pertuis soubz terre, comme connins. Ayant doublé un cap de terre qui est à vne lieue de Blanc Sablon, y a vng hable et passaige,
nomme les Islettes, qui est mil leurs que Blanc Sablon et là se faict grant pescherie. Ondit lieu des Islettes, jucques à vng hable nommé Brest audit art de vent y a dix lieues. Celuy hable est en cinquante et vng degrez, quarente, cinquante cinq mynuttes
de latitude et en de longitude. Dem-
puis les Islettes jucques audit lieu y a isles et est ledit Brestz en isles; Et dauantaige, rangeant la coste à plus de troys lieues hors, sont toutes isles à plus de doze lieues loingn dudit Brest ; quelles isles sont basses et voyt on les haultes terres par dessurs.
Le dixiesme jour dudit moys de Juign entrâmes dedans ledit hable de Brest o nos navires, pour auoir des eaux et du boays. Et nous parez et passez outre ladite baye , et le jour saint Barnabé, après la messe ouye, nous allâmes o noz barques oultre ledit hable, vers 1 Ouaist, descouurir et veoir quelz hables il y avoit. Nous passâmes parmy les isles qui sont en si grant
nombre qu’il n’est possible les sçavoir nombrez , qui contiennent enuiron dix lieues oultre ledit hable. Nous couchâmes en l’vne d’icelles isles pour la nuyt passez et y trouuames en grant quantité d’œufs de cannes et aultres ouaiseaulx, qui hairent est isles : lesdites isles furent nommées Toutes Isles.
Le lendemain, dozeiesme, nous persumes oultre lesdites isles ; et à la fin du fort d’icelles nous trouuames vng bon hable qui fut nommé Saint Anthoine; Et oultre, enuiron vne lieueou deux, nous trouuames vne petite ripuiere fort parfonde, qui a la terre au Surrouaist, Et est entre deux haultes terres. C’est vng bon hable, et fut planté vne croix audit hable et nommé Sainct Seruan ; au Surouaist dudit hable et ripuiere, enuiron vne lieue, y a vng islot ront comme vng four, auironné de plusseurs aultres plus petiz islotz, qui donne congnoissance desdits hables. Plus oultre, à dix
lieues, y a vne aultre bonne ripuiere plus grande, où il y a pluseurs saulmons; Nous la noumasmes la ripuiere Sainct Jacques. Estans à icelle, nous aperseumes vng grant nauire qui estoit de la Rochelle, qui auoit passé la nuyt [cherchant] le hable de Brest, où il pensoit aller faire sa pescherie ; et ne sçauoint où ilzestoint. Nous allâmes à bort auecques noz barques, Et le mysmes dedans vng aultre hable à vne lieue plus à Ouaist que ladite ripuiere Sainct Jacques, Lequel je pencze l’vn des bons hables du monde ; Et iceluy fut nommé le hable Jacques Cartier. Si la terre estoit aussi bonne qu il y a bons hables, se seroit vng bien ; mais elle ne se doibt noumer Terre Neuflue, mais pierres et rochiers effrables et mal rabottez, car en toute ladite coste du Nort, je n’y vy vne charetée de terre, et si descendy en plusseurs lieux ; fors à Blanc Sablon, il n’y a que de la mousse et de petiz bouays avortez; fin, j’estime mieulx que aultrement que c est la terre que Dieu donna à Cayn. Il y a des gens à ladite terre
qui sont assez de belle corpulance, mais ilz sont gens effarables et sauuaiges. Hz ont leurs cheueulx liez sur leurs testes en faczon d vne pougnye de fain teurcze et vng clou passé par my ou aultre chosse, Et y lient aulcunes plumes des ouaiseaulx. Ilz se voistent de peaulx de bestes, tant hommes que femmes ; mais les femmes sont plus closes et serrées en leurs dites peaux et sçaintes par le corps. Ilz se paingnent de certaines couleurs tannées. Ilz ont des barques en quoy ils vont par la mer, qui sont faictes d’escorche de bouays de boul, o quoy ilz peschent force loups marins, Dempuis les avoir veuz, j’ay seu que là n’est pas leur demeurance et qu ilz viennent des terres plus chauldes, pour prendre desditz loups marins et aultres choses pour leur vie.
Le xme jour nous retournasmes o nos dites barques à bort pour faire voille, pour ce que le temps estoit bon ; Et le dymenche,
xmre, fysmes chanter la messe et le lundy, xve, appareillâmes dudit Brest et fysmes la routte sur le Su, pourauoir la congnoissance de la terre que nous y voyons aparaisante à deux isles. Mais quant nous fumes au mytan de la baye ou enuiron, nous congneumes que s'estoit terre ferme, dont y auoit gros cap double, l un par dessus l'autre; Et pour ce le noumames cap Double. Au parmy de la baye sobzdames à cent brasses et fontz curé. 11 y a de traverser de Brest audit cap Double, enuiron vignt lieues; Et à cinq ou six lieues souldames à quarente brasses. Nous trouuames ladite terre estre gisante au Nordest et Surrouaist, vng quart du Nort et du Su.
Le landemain, xvie dudit moys, nous sillames le long de la coste au Surouaist, vng quart du Su, enuiron trante cinq lieues, dempuis cap Double où trouuames des terres à montaignes moult haulteset effarables, entre lesquelles y a vne apparoissante estre
comme une grandie, et pour ce noumames ce lieu les monts de Grandies. Icelles haultes terres et montaignes sont hachées et creuses, Et y a entre elles et la mer des basses terres. Ladite journée auparavant n’auions eu congnoissance d'aultre terre pour les bruines et obscurité du temps qu’il faisoit, et au soir nous aparut une faulte de terre, comme vne entree de ripuiere, entre lesdits mons des Granches et vng cap qui nous demouroit au Su Surouaist, enuiron trois lieues de nous. Celuy cap est par le hau lt de luy tout rongné et parle bas vers la mer, est à poincte ; Et pour ce le noumames cap Pointu; au Nort de luy, à vne lieue, y a vne isle platte.
Et pour ce que voullymes auoir congnoissance d’icelle entrée pour veoirs s’il y auoit aulcune bonne posée et haure, mysmes la voille bas pour la nuyt passez.
Le lendemain. xvue dudit moys, nous
eûmes tourmente de vent du Nordcist et mysmes an pepefil à courrir et à la cappe, et fysmes de chemin, vallant le Surouaist, trante sept lieues jucques au jeudy matin que nous estions le travers d’une baye plaine de isles rondes comme coulonbiers. Et pour ce leur donnâmes à nom les Coulonbiers et la baye Sainct Jullian, de laquelle jucques à vng cap qui demeure au Su, vn quart du Surouaist, qui fut nommé Cap Royal, y a sept lieues; Et à Ouaist Surouaist dudit cap y a vng aultre cap qui est bien rongné par le bas de luy et > ond par le hault, au Nort duquel, enuiron demye lieue, y a une isle basse. Celuy cap lut nommé Cap Delatte. Entre cestz deux caps y a terres basses, par dessurs lesquelles y en a de moult haultes, en semblance de y auoir ripuieres. A deux lieux de cap Royal y a vignt brasses de parfont et la plus grande pescherie de grosses molues qui soit possible; desquelles mollues en prynmes, en attendant notre conpaignon, plus d’un cent, en moins d’un heure.
Le landemain, xvme jour dudit moys, ie vent nous fut contraire et grant vent et retournâmes vers cap Royal cuider trouver hable. Auecques nos barques fumes descouurir entre ledit cap Royal et cap Delatte , et trouuames que parsurs les basses terres y a vne grande baye fort parfonde et isles dedans, laquelle est close deuers le Su desdites basses terres, qui font vng costé de I antrée et cap Royal l’autre. Lesdites basses terres s auancent en la mer plus de demye lieue de pays plat et mauuais fons, et au parmy de rentrée y a un isle. Ladite baye est en quarente huyt
degrez et demy de latitude et en degrez
de longitude. Celuy jour ne trouuames hable pour poser et tynmes pour la nuyt à la mer, le cap à Ouaist.
Dempuis ledit jour jucques au xxinr jour dudit moys, qui est le jour saint Jehan, eûmes tormente et vent contraire et serraison, tellement que ne peumes auoir cong-
noissance de terre jucques audit jour saint Jehan, que nous eûmes congnoissanced’vn cap de terre qui nous demouroit au Suest. qui, à nostre esme, nous demouroit au Surouaist de Cap Royal, enuiron trante cinq lieues; et celuy jour fist hruimes et mauuais temps et ne peumes approcher de ladite terre; et pource que s’estoit le jour Monsgr saint Jehan, nommâmes le cap sainct Jehan.
Le landemain, xxve jour, fist mauuais temps, obscur et venteux et fymes courrir à Ouaist Nourouaist partie du jour, et le soir nous mysmes en trauers jucques au segond quart que apparoillames; et lors, par nostre esme, estions au Norouaist vng quart d Ouaist dudit cap sainct Jehan , dix sept lieues et demye. Et lorsque appareillâmes, le vent estoit Norouaist , et fymes courrir au Surouaist quinze lieues, et vynmes trouver trois isles, dont y en auoit deux petittes et acorez comme murailles,
tellement que possible n’est de monter dessurs , Entre lesquelles y a vng petit forillon; Icelles isles aussi plaines de ouaiseaux que vng pré de herbe., qui heirent au dedans d icelles isles, dont la plus grande estoit plaine de Margaulx qui sont blancs et plus grans que ouays; Et en l’autre yen auoit pareillement en vne quantité d elle, et en l'autre plaine de Gode et au bas y auoit pareillement desdits Gode\ et des grans Apportât { qui sont paroilz de ceulx de l'isle dont est cy dauant faict mencion. Nous descendisme au bas de la plus petitte et tuâmes de Gode p et de Apportât{ plus de mille ; et en priâmes en noz barques ce que nous en voullumes. L'on y eust chargé en vne heure trante icelles barques. Nous nommâmes icelles isles, isles de Margaulx. A cinq lieues desdites isles estoit 1 autre isle, à Ouaist d’elles, qui a enuiron deux lieues de long et autant de leise. Nous y fumes posez pour la nuyt pour auoir des eaux et du bouays à feu. Icelle isle est rangée de sablons et beau fons et
possaige à l’antour d’elle, à seix et à sept brassez. Ceste dite isle est la milleure terre que nous ayons veu, carung arpant d'icelle terre vault mielx que toute la Terre Neufue. Nous la trouuames plaine de beaulx arbres, prairies, champs de blé sauuaige, et de poys en fleurs, aussi espes et aussi beaulx que je vis oneques en Bretaigne, qu’ilx sembloient y avoir esté semer par laboureux. Il y a force grouaiseliers, frassiers et rosses de Provins, persil et aultres bonnes erbes de grant odeur. Il lui y a entour icelle ille plusieurs grandes bestez, comme grans beuffz, quelles ont deux dans en la gueulle, comme dans d’olifant, qui vont en la mer ; De quelles y en avoict une qui dormoict à terre à la rive de l’eau. Et allâmes o nos barcques pour la cuydez prandre; mais incontinant que fumes auprès d’elle, elle se gecta en la mer. Nous y vimes paroillement des ours et des renarz. Celle ille fut nommée fille de Bryon. Aux enuiron d icelles illes y a de grandes marées, qui portent comme Suest et Nor-
ouaist. Je présume mïelx que auitrement, à ce que j ay veu, qu’il luy aict aulcun passaige entre la Ferre Neuffue et la terre des Bretons, Sy ainsi estoit , se seroit une grande abreuiacion, tant pour le temps que pour le chemyn, se se treuue parfection en ce voyage, A quatre lieues de ladite ille, il luy a vng beau cap que nommâmes cap du Daulphin, pour ce que c’est le conmancement des bonnes terres.
Le xxvne dudit moys de Juin nous rangeâmes ladite terre, qui gist Est Nordest et Ouaist Surouaist, et semble de loing que se soinct butterolles de sables, pour ce que se sont terres basses et araineusses. Nous ne pumez allez ny dessandre à icelles pour ce que le vent en venoit, et les rangeâmes celluy jour, enuiron quinze lieues.
Le landemain rangeâmes icelle terre enuiron x. lieues, jusques à vng cap de terre
rouge, qui est vng cap rongné, au dedans duquel y a vne ainze qui s’abat au Nort et poys soume ; il luy a vng sillon et perroy qui est entre la mer et vng estanc. D’icelluy cap de terre et estanc à vng aultre cap de terre y a enuiron quatre lieues; ce iant la terre en demy cercle et tout rangé de sablons taictz comme vng fossé, par sur lequel et oultre yceluy, y a comme maniéré demarestz et estancq, tant comme l’on peult voires. Et auparavant ariuez au premier cap y a deux petittez illes assez près de terre; Et à cinq lieues dudit second cap, y a vne ille au Surouaist qui est moult haulte et pointue, qui par nous lut nommée Allezay. Le premier cap fut nommé le cap St. Pierre, pour ce que le jour dudit sainct y ariuames.
Dempuix ladite ille de Bryon jusques audit lieu y a beau fons de sablon et certaine sonde, qui asoumist, comme I on aproche de terre. Egallement, à cinq lieues de terre
y a vignt cinq brassez et à une lieue doze brassez, bort a terre seix brassez et partout beau fons; et pour ce que veuillons abuoir plus emple cognoissance dudit paroige, mismes les voilles bas et en trauers.
Et le lendemain , peneultime jour dudit moys, le vent vint au Su, vng cart de Surouaist, et fismes couriz jusques au mardi derroin jour d udit moys, sollail à l’Est, sans auoir congnoissance d'aulcune terre, fors que le soir, sollail recensant, nous vysmes terre aparoissante comme deux illes, que nous demeuroict à Ouaist Surouaist, enuiron ix. ou x. lieues. Et celuy jour fismes à Ouaist jusques au landemain, sollail à I Est, enuiron quarante lieues ; Etfaissant chemyn, eusmes la congnoissance de ladite terre que nous auoit aparut comme deux illes, que c’estoit terre ferme que gissoit Su Suest et Nort Norouaist jusques à un cap de terre moult beau, nommé cap d'Orléans.
Toute ycclle terre est basse, vnye, lu plus belle qui soict possible de voir et plaine de beaulx arbres et prairies; mais en icelle ne peumes trouuez hable, pour ce que c’est basse terre et poys soume et toute rangée de sables. Nous y fumes en pluseurs lieulx o nos barcques, Et entre les aultres, dedans une belle ripuiere de peu de fons, où vysmes des barcques de sauuaiges, qui trauersoinct ladite ripuiere qui, pour ce, lut nommée ripuiere de Barcques; Et n’eumes aultre congnoissance d’eulx, pour ce que le vent vint de la mer qui chargeoict alla coste et nous conuint retires o nosdites barcques à nos nauires. Et fysmes couriz au Nordest jusques au landemain, sollail à 1 Est, premier jour de Juillet, alla quelle heure vingt brumes et serraison, et mysmes les voylles bas jusques enuyron dix heures qu’il esclardit; et eûmes congnoissance dudit cap d’Orléans, et d un aultre qui en demeuroict enuiron sept lieues au Nort, vng cart du Nordest. qui lut nommé le cap dez Sauuaiges, au Nord-
est duquel, enuiron demye lieue , y a ung hessier et bancq de pierres fort dangereux. A celuy cap nous vint vng homme qui couroict apres nos baroques, le long de la coste, qui nous fessoict pluseurs signes que nous retournissions vers ledit cap; et nous, voyans telz signes, commanczames à nages vers luy, et luy voyant que retournyons, commencza à fuir et à s en couriz dauant nous. Nous dessandimes à terre dauant luy et luy mysmes vng Cousteau et vne saincture de laine sur vne verge, et puix nous en allâmes à nos nauires. Celuy jour rangeâmes ladite terre, neuff ou dix lieues, pour cuydez trouuez hable, ce que ne pennies , car comme j’ay cy dauant dit, c est terre basse et soume. Nous y dessandimes celuy jour en quatre lielx , pour voir les arbres, quelx sont merueilleussement beaulx et de grande odeur, et trouuames que c'estoinct cedres, iffz pins, ormes blans, frainnes, sauldres, et aultres pluseurs à nous incongneuz, touz arbres sans fruictz. Les terres où il n y a bouays, sont fort bel-
les et toutes plaines de poys, grouaiselicrs blans et rouges, frasses, franboysses et blé sauuaige, comme seille; quel il semble y abuoir esté semé et labouré. C est terre de la meilleure tempérance qui soict possible de voir et de grande chaleur, et y a pluseurs teurtres et ramyers et aultres ouaiseaulx ; il n’y a faulte que de hables.
Le landemain, second jour de Juillet, nous apersumes la terre au Nort de nous qui tenoict o celle de dauant toute rangée, et congneumes que c’estoit vne baye qui a enuiron vignt lieues de parfont et autant de trauersée. Nous la noumasme la baye Sainct Limaire. Nous fumes au cap de deuers le Nort o nos barcques, et trouuames le pays sy soume que a plus et vne lieue de terre, ne y abuoict que vne brasse d eau. Au Nordest dudit cap, enuiron sept ououict lieues, nous demeuroict vng aultre cap de terre, et entre les deux y a vne baye, en maniéré de triangle, qui estoict
moult parfonde, dont le plus loign que pussion voirs d icelle nous demeuroict au Nordest, et estoict toute rangée de sablons, pays soume ; à dix lieues loign de terre y a vignt brasses de parfont; dempuix ledit derrenier cap jusques audit bout et cap de terre y a quinze lieues, et nous estans le trauers dudit cap, apersumes aultres terres et cap qui nous demeuroict au Nort vng cart du Nordest, tout alla veue. La nuyt fist mauuais temps et grant vent, et nous conuint meptre alla cappe jucques au matin, tier jour de Juillet, que le vent vint à Ouaist et fysmes porter sur le Nort pour auoir la congnoissance de ladite terre qui estoit yne haulte terre, qui nous demeuroict au Nort Nordest par sur les bassez terres, entre lesquelles basses terres et les haultez y abuoictvne grande baye et ouuerture, où il luy abuoict cinquante et cinq brassez de parfont par aulcuns iieulx, et large de enuyron quinze lieues ; et pour ladite parfondeur et laisse et changement de terres, eûmes espoir de y trouues le passage.
comme il luy a au passage des Chasteaulx. Icelle baye gist Est Nordest et Ouaist Surouaist, Et est la terre de deuers le Su de ladite baye aussi belle que boine terre , labourable et plaine de aussi belles champaignes et prairies que nous ayons veu, et vnye comme vng estancq; et celle devers le Nort est une terre haulte, à montaignes, toute plaine de arbres de haulte fustaille de pluseurs sortez, et entre aultres y a pluseurs cèdres et pruches aussi beaulx qu'il soict possible de voir, pour faire mastz suffisans de mastez nauires de troys cens tonneaulx et plus; en la quelle ne vysmes vng seul lieu vyde de bouays, fors en deux lieulx de basses terres, où il luy abuoit des prairies et des estancq moult beaulx. Le parmy de ladite baye est en quarante sept degrés et demy de latitude, et lxxiij degrés de longitude.
Le cap de ladite terre du Su fut nommé cap d Espérance, pour l’espoir que abuions
de y trouues passaige ; et le quart jour dudit moys, jour Sainct Martin J rangeâmes ladite terre du Nort pour trouues hable, et entraimes en une petite baye et couche de terre toute ouuerte deuers le Su, où il n'y a aulcun abry dudit vant, et la nou™ marnes la couche Sainct Martin ; et fusmes dedans ladite couche dempuix le quart jour jusques au dozieme jour dudit Juillet* Et ce temps que nous fusmes en ladite couche, fusmes le lundi seixième, après auoir ouy la messe , avecquez vue de nos barcques pour descouuriz vng cap et pointe de terre qui nous demouroict à sept ou ouict lieues à lOuaist de nous, pour voir comme ladite terre se rabatoict; Et nous estans a demye lieue de ladite pointe , apersumes deux bandes de barcques de sauuaiges, qui trauersoinct de leur terre à Taustre où ilz estoint , plus de quarante ou cinquante barcques, et dont Tune des» dites bandes de barcques ariuoict alla dite
pointe, dont il sautèrent et dessandirent à terre vng grand nombre de gens ,
quelx fessoinct vng grant bruict et nousfessoinct plusieurs signes que nous allissions à terre, nous montrant des peaulx sur des bastons. Et pour ce que n'auions que vne seulle barcque, n'y voulûmes allez et nageâmes vers l’autre bande qui estoict alla mer; Et eulx voyans que nous fuyons, esquippèrent deux de leurs plus grandez barcques pour venir après nous, auecqucs lesquelles se bandèrent cinq aultres de celles qui venoint de la mer, etvindrent jusques auprès de nostre dite barcque, dansant et faisant plusieurs signes de voulloir nostre amytié, nous disant en leur langaige : Napou ton daman asurtar, et aultres parolles que n’entendions. Pour ce que n auyons, comme dit est, que l’une de de nos barcques, ne nous voullysme fiez en leurs signes. Et leurs fysmes signes que eulx se retirassent, ce que ne voullirent; mes nagèrent de si grande force, qu’ilz avironnèrent notre dite barcque auecques leurs sept barcques; Et pour ce que, pour signe que nous leurs fissions, ne se voulli-
rent retirez, nous leurs tirâmes deu^ passeuollans par sur eulx, Et lors ce mydrent à retournez vers ladite pointe, Et fidrent vng bruict merueilleusement grant , après lequel commancèrent à retournez vers nous comme dauant ; et eulx estans jouxte nostre dite barcque, leur lâchâmes deux lanses à feu, que passèrent parmy eulx, qui les estonnafort, tellement qu’ilz se mydrent alla fuyte à moult grant haste et ne nous suyuirent plus.
Le landemain partie des dits sauuaiges vindrent auecques neuff barcques alla pointe et entree de la couche où estions possés o nos nauires; Et nous estans aduertiz de leur venue, allâmes o nos deux barcques alla dite pointe et entrée, où ils estoint ; etincontinant qu’ilz nous aperczeurent, se mysdrent à fuyr, nous faisant signes qu ilz estoint venuz pour trafiquer auecques nous, et nous montrèrent des peaulx de peu de val leur , de quoy ils s’a-
coulstrent. Nous leur fysmes pareillement signe que nous ne leur voullyons nul mal. Et dessandismes deux hommes à terre pour allez à eulx leurs portez des coulteaux et aulstres ferremens et vng chappeau rouge pour donnez alleu r cappitaine. Et eulx, voyant ce, dessandirent partie d eulx à terre auecques desdites peaulx, Et trafiquèrent ensemble et démenèrent vne grande et merueilleusse joye d'auoir et recouurer desdits ferrements et aulstres chosses, dansans et faissant plusieurs serymonyes, en gectant de la mer sur leur testes auecques leurs mains, et nous baillèrent tout ce qu ilz avoint, tellement qu'ilz s'en retournèrent touz nulz, sans aulcune chose auoir sur eulx, et nous fidrent signe que le landemain retourneroint auecques d aultres peaulx.
Le jeudi, vinc dudit moys, pour ce que le vant n estoict bon pour sortir o nos nauires, esquippames nosdites barcques
pour allez descouuriz ladite baye, et courûmes celuy jour dedans enuiron xxv.
lieues ; Et le landemain, au matin, eûmes bon temps etfysmes porter jusques enuiron dix heures du matin, à laquelle heure eusmes congnoissance du font de ladite baye, dont fusmes dollans et masriz ; au font de laquelle baye y abuoict par dessur les bassez terres des terres à montaignes moult hauites ; et voyant qu il n’y abuoict passaige, commanczames à nous en retournez. Et faisant nostre chemyn le long de la coste, vismes lesdits sauuaiges sur l'orée d un estanc et basses terres, qu ilx fessoint plusieurs feuz et fumées. Nous allâmes audit lieu et trouuames qu il luy abuoict une entrée de mer qui entroict oudit estanc, et mysmes nosdites barcques d’un costé de ladite entrée. Lesdits sauuaiges passèrent o vne de leurs barcques et nous aportèrent des pièces de lou marin tout cuict, qu’ilz mysrent sur des pièces de bouays, et puis se retirèrent, nous faissant signe qu’ilz les nous donnoïnt. Nous enuoyasmes deux
hommes à terre avecques des hachotz et cousteaulx, patenostres et aultre marchandie, de quoy ilz démenèrent grande joye ; Et incontmant passèrent alla foulle, o leurs baroques, du costé où nous estions, auecques peaulx et ce qu’ilz abuoint pour abuoir de nostre marchandé; et estoint en numbre, tant hommes, femmes que enffens, plus de troys cens, dont partie de leurs femmes que ne passèrent, danezoint et chantoint, estantes en la mer jusques auxjenouz, Les aulstres femmes qui estoint passées de 1 aultre costé où nous estions, vindrent franchement à nous et nous froîointles bratz auecques leurs mains, et puix leuoint les mains joingtes au ciel, en fessant plusieurs signes dejouaye; et tellement se assurèrent auecques nous que enfin marchandâmes, main à main auecques eulx, de tout ce qu’ilz abuoint, qui est chose de peu de valleur. Nous congneumes que se sont gens qui seront fassillesàconuertir, que vont de heu en aulstre, viuant et prenant du poysson au temps de pescherie
pour viure. Leur terre est en challeur plus temperée que la terre d’Espaigne, et la plus belle qui soict possible de voir, et aussi eunye que vng estanc. Et n’y a cy petit lieu vide de bouays et fust sur sable, qui ne soit plain de blé sauuaige, qui a l'espy corne seilgle et le grain conme auoyne, et poys aussi espez conme si on les y abuoict semez et labourez, grouaiseliers blans et rouges, frassez, franbouaysses et roses rouges et aultres herbez de bonne et grande odeur ; pareillement y a force belles prairies et bonnes herbes et estancq où il luy a force saulmons. Je estime mielx que autrement que les gens seroint faciîles à conuertir à nosîre saincte foy. Hz appellent ung hachot en leur langue Cochy et ung Cousteau Bacan. Nous nonmames ladite baye, la baye de Chaleur,
Nous estans certains qui n’y auoit passaige par ladite baye, fysmes voille et aparoillames de ladite concile Sainct Martin,
le dimanche, douziesme jour de Juillet, pour allez charcher et decouvriz oultre ladite baye; et fysmescouriz à l’Est le long de la coste, qui ainsi gist enuiron dixouict lieues jusques au cap de Pratto. Et là trouuames vne merueilleuse marée, petit lontz et la mer fort malle, Et nous conuint serrez à terre entre ledit cap et une ille qui est à 1 Est d iceluy, enuiron vne lieue; et là possames les ancrez pour la nuyt. Et le landemain, au matin, fismes voille pour debuoir rangez ladite coste qui gist Nort Nordest; mais ils souruint tant de vant controire, qu i nous conuint relâcher de là où nous estions partiz et y fusmes ledit jour et la nuyt jusques au landemain que fismes voille, et vysmes le treuers d'une ripuiere qui est a cinq ou seix lieues dudit cap au Nort. Et nous cstans le trauers d’icelle ripuiere, nous vint le vant controire et force bruymes et nonveue, et nous conuint entrer dedans icelle nuyere, le mardi, xiiiù jour dudit movs, et posâmes à l’entree jusques au xvie, esperans auoyr bon
tempz de sortye. Et ledit jour xvie, qui est Jeudi, le ven renfforça tellement que l’un de nos nauires perdyî un ancre , et nous conuynt entrer plus auant, sept ou huit lieues amont icelle riuiere, en vng bon hab!e et seur que nous auions esté voyr auec nos barques. Et pour le mauueys temps
accauze et nonveue qu’il fist, fusmes en icelluyhableet ryviere jusques au xxve jour dudit mois, sanz en pouuoyr sortyr ; durant le quel temps nous vint grant nombre de sauuages qui estaient venus en ladite riuiere pour pescher des masquereaulx, desquelz il y a grant habondance ; et estoient tant hommes, femmes que enffans plus de deux cens personnes qui auoyent envyron quarente barques , lesquelz après auoyr vng peu (esté) à terre auecques eulx, venoyent franchement auec leurs barques aborder prez de noz nauyres. Nous leur donnasmesdes coulteaulx, pastenostres de voyrre, peignes et aultres besongnes de peu de valleur ; de quoy faisoient plusieurs signes de joyes, leuant les mains au ciel en
chantant et dansant dedans leurs barques. Celle gent se peult nommer sauuaiges, car c est la plus pouure gent qu’il puisse estre au monde, car tous ensemble n’auoyent la valleur de cinq solz, leurs barques et leurs raitz à pescher hotez. Hz sont tous nudz, reserué une petite peau de quoy ilz couurent leur nature, et aulcunes vielles peaulx de bestes qu’ilz gectent sur eulx en escharpes. Hz ne sont point de la nature ny langue des premiers que auions trouué. Ils ont la teste touzée à reonztout à l’entour, reserué vng rynet en le hault de la teste qu’ilz laissent long comme vne queue de cheual, qu i lyent et serent sur leurs testes en vng loppin avecques des coroyes de cuyr. Hz n’ont aultre logis que soubz leurs dites barques qu’ilz tournent, auant de se coucher, sur la terre. Dessoubz icelles ilz mangent leur chair quasi crue, après estre vng peu eschauffée sur les charbons et pareillement leur poisson. Nous fusmes le jour de la Magdelaine o noz barques au lieu où ilz estoient sur 1 orée de l’eaue, etdescen-
dismes franchement parmy eulx , de quoy ilz démenèrent grand joye et se prindrent tous les hommes à chanter et danser en deux ou troys bandes, faisant grant signe de joye de nostre venue. Mays ilz auoyent lait iouyr toutes les jeunes femmes dedans le boys, fors deux ou troys qui demeurèrent, à qui nous donnasmes chacun vng pigne et à chacune vue petite clochette d'estang, de quoy i!z firent grande joye, remercyant le cappiîaine en lui frottant les bras et la poicîryne avecques leurs mains; Et en voyant que il auoyt donné à celles qui estoient demeurées, firent venir celles qui estoient fuves au boys, pour en auoyr autant comme les aultres, qui estoient bien vne vigtaine qui se assemblèrent sur ledit cappitaine, en le frottant auec leurs mains, qui est leur façon de faire chere, et il leur donna à chacune sa petite rangette d estaing de peu de valleur ; Et incontinent se assemblèrent ensemble à deuiser et dyrent plussieurs chaussons. Nous îrouvasmes grant quantité de macquereaulx qu ilz
auoyent pesché bien à bor de terre, auecques des raiz qu’ilz ont à pescher, qui sont de iil de chanure qui croist en leur pays, où ilz si tiennent ordinairement, car ilz ne vyennent à la mer que au temps de la pescherye, ainsi que j’ay sceu et entendu. Pareillement y croist de groz mil, comme poix, ainsi que au Brésil, qu’ilz mangent en lieu de pain, de quoy ilz auoyent tout plain aueques eulx, qu i nomment en leur langaige Kagaige ; pareillement ont des prunes qu ilz sechent, comme nous faisons, pour l’yuer, qu i nomment Hotiesta, les figues, noix, poires, pommes et aullres fruitz et des febues qu’i nomment Salie, les n°ix Daheya , les figues Honnesta , les
pommes Se on leur monstre aucune
choses de quoy ilz n ayent point et qu i ne sçauent que c est, ilz secouent la teste et dyent JSloitda , qui est à dire qu il n'y en a point et qu ilz ne sçauent que c'est. Des choses qu ilz ont, ilz nous ont monstré par signes la façon comme il croyst et comme )lz l’acoustrent. Hz ne mangent jamays
chose où il y ait goust de sel. Hz sont larrons à merueilles de tout ce qu il/. peuuent desrober.
Le xxuue jour dudict moys nous fismes taire vne croix de trente piedz de hault, qui fut fete deuant pluseurs d'eulx, sur la poincte de l'entrée dudit hable, soubz le croysillon de laquelle mismes vng escusson en bosse à troyes fleurs de lys, et dessus vng escripteau en boys en grant, en grosse lettre de forme où il y auoit Vive le Roy de France; Et icelle croix plantasmes sur ladicte poincte deuant eulx, lesquelz la regardèrent faire et planter; Et après qu'elle lut esleuée en l'air, nous mismes tous à genoulx, les mains joinctes, en adorant icelle deuant eulx et leur fismes signe, regardant et leur monstrant le ciel, que par icelle estoit nostre Rédemption, de quoy ilz firent plusieurs admyradtions, en tournant et regardant icelle croix.
Nous estans retournez en nos nauires,
vint le cappitaine, vestu d’une vielle peau d’ours noire, dedans une barque auecques trois de ses filz et son frère, lesquelz se aprochèrent si près du bort , comme auoyent de costume, et nous fit vne grande harangue, nous monstrant ladite croix et taisant le signe de la croix auec deux doydz, et puis nous monstroit la terre tant à l’entour de nous, comme s’il eust voullu dire que toute la terre estoit à luy, et que nous ne deuyons pas planter ladite croix sans son congé. Et après qu’il eut finy sadite harangue, nous luy monstrasmes une hache, faignant la luy bailler pour sa peau, à quoy il entendit et peu à peu s’aprocha du bout de nostre nauire, cuydant auoyr ladite hache ; Et 1 un de noz gens estant dedans nostre bateau , mist la main sur sa dite barque et incontinant il en entra deux ou troys dedans leur barque et les fist on entrer dedans nostre nauire, de quoy furent bien estonnez, et eulx estans entrez, furent assenez par le cappitaine qu ilz n auroient nui mal, en leur monstrant grant signe d’a-
mour ; et les fist on boyre et manger et iaire grant chere, et puis leur montrasmes par signe que ladite croix auoiteste plantée pour faire merche et ballise, pour entrer dedans le hable et que nous y retourneryons bien tost et leur apporterons des lerremens et aultres choses , et que nous voullyons amener deux de ses iilz auecques nous, Et puys les rapporteryons audit hable; et acoustrasmes sesditz deux iilz de deux chemises et de liurées et de bonnetz rouges, et à chascun sa chaînette de laton au col, de quoy se contentèrent fort et baillèrent leurs vieulx hallyons à ceulx qui retournoient; et puis donnasmesaux troys que renuoyasmes, à chacun son bachot et deux cousteaux, de quoy menèrent grant joye et eulx estans retournez à la terre, dyrent les nouueiles aux aitres. Enuyron midi d’icelluy jour, retournèrent si \ barques à bort où il y auoit en chacune cinq ou six hommes, lesquelz venoyent pour dire adieu aux deux que auyons retenus, et leurs apportèrent du poisson et nous
firent signe quilz ne habbateroyent ladite croix, en nous faisant plusieurs harengues que n'entendions.
Le landemain, xxvc jour dudit moys, le vent vynt bon et appareillasmes du hable ; et nous estans hors de ladite ryuiere, fismes porter à l'Est Nordest, pour ce que depuis la terre de ladite riuiere estoit la terre rengée, faisant une baye en manière de demy cercle, dont auyons veues de toute la coust: de noz nauires; Et en faisant la routte, vynmes querre ladite terre qui gisoit Suest et Nornoyst, le paraige de laquelle il pouoyt auoir de distance, deppuys ladite riuiere, enuyron xx. lieues.
Dempuys le lundi xxvne, soleil à Ouest, rengasmes ladite terre, comme dit est, gisant Suest et Nornest, jusques au mardi que vismes ungaltre capt où la terre commence à s'abattre à l'Est et la rengasmes xv. lieues,
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et puis commence ladite terre à se rabbattre; mes à trois lieues dlcellui capt y a de sonde xxiiii. brasses de taygnay et le tout desdites terres sont terres vnyes et les plus descouuertes de boys que nous ayons veu et trou ué, auec belles praryes et champai» gnes vertes à merueilles. Le dit cap fut nommé le cap S1 Loys, pour que ledit jour estoit la feste dudit saint, et à 40 et 9 degrez ung quart de latitute et à soixante et treize degrez et demy de longitude.
Le mercredi au matin, nous estans à 1 Est dudit cap, et fismes porter auNorneist pour accouster la terre jusques enuyron solel couchant; icelles gisent vers le Su dempuys ledit cap S1 Loys jusques à vng aultre cap nommé cap de Memorancy; enuyron quinze lieues audit cap la terre commence à se rabattre auNornest. Nous cuydasmes sonder à troys lieues ou enuyron dudit cap et ne peulmes y trouuer fonds à cent cinquante brasses ; nous rengasmes
icelle terre enuyron dix lieues jusques en la haulteur de cinquante degrez en latitude.
Le samedi, premier jour d’Aoust, à soleil leuant, husmes congnoissance et veue d altres terres qui nous demouroyent au Nor et au Nordest, de meme qu’elles estaient haultes terres à merueilles et huchées à montagnes ; entre nous et lesquelles y auoyt des basses terres où il y a bois et riuieres. Nous rangasmes lesdites terres tant d’une part que d’aultre, passant à Nornest pour veoyr si c’estoit baye ou passage, jusques au cinquième jour dudit moys. 11 y a de l’une terre à 1 aultre enuyron xv lieues; et le par my enc. degrez ung tiers de latitude, sanz jamais pouuoyr gagner dedans icelle plus que enuyron xxv lieues pour la difficulté des grands ventz et maréez qui là estoient; et fusmes jusques au plus destroit d’icelle où l’on voyt la terre facillement de ung à l’aultre et là commence soy alaiser.
Et pour ce que ne faisions que déchoir avaulxle vent, fusmes à terre auec nosdites barques pour deuoyr aller jusques à ung cap de ladite terre du Su, qui estoit le plus long et le plus hors que nous vissions à la mer où il y auoit enuiron cinq lieues. Et nous arriuez à ladite terre, trouuasmes que c’estoient roches et fons curé, ce que n’auions trouué par tous les lieux où auions este deuers le Seu, despuis le cap Saint Jean. Et à icelle heure y auoit hebe qui portoit contrevent à Oest, tellement que en nageant le long de ladite couste, l’une de noz barques toucha sur ung rocher, qui fut incontinent panchie, de sorte qu’il nous fallyt tous saulter hors pour la boutter à flot. Et après que nous eusmes nagé le long de ladite couste enuyron deux heures, le flot commença à faire, qui venoyt de l’Oest contre nous, si impétueusement, qu’il ne nous estoit possible de gaigner en avant la longueur d’un gy de pierre auec treize aduyrons ; et nous conuint laisser lesdiîes barques et plusieurs de noz gens à les gar-
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der et aller par terre, dix ou douze hommes, j usques audit cap ouquel trouvasmes ladite terre commencen à se rebatre au Surnoest. Nous ayant ce veu, retournasmes auec nosdites barques et vinsmes à noz nauires qui estoient à la voille, espérant toujours gagner en avant , qui estoient deschuz plus de quatre lieues aual le vent de là où les auyons laissées. Et nous arrivez audit navire, assemblasmes tous les cappitaines, pillottes, mestres et compagnons pour auoyr l’oppinion et aduvs de ce qu'il estoit bon de faire; et après auoir lung après l’aultre dit que, conscideré les grans ventz d’avaulx qui commençoyent, et que les marées estoient fortes, tellement qu’ilz ne faisoient que decheoyr, et qu’il n’estoit possible de gaigner oultre en ceste saison, et aussi que les tormentes commençoyent en icelluy temps en la Terre neufve, et que nous estions encores bien loing et ne sçauions les dangiers qui estoient entre deux, qu i! estoit bien temps de s’en retourner ou de demeurer par là, véant et dauantage.
i]ut si une muayson de vent du Nord nous prenoit , que c estoit force de y demeurer ; après lesquelles oppinions prinses, fismes arivez large à nous en retourner, et pour ce que le jour saint Pierre nous entrasmes dedans ledit destroit , nous le nomtnasmes le destroyt Saint Pierre. Nous l’avons sondé en plusieurs lieux et y auons trouvé en aulcuns vm. xx- brasses, et en aultre cent, et plus près de terre soixante et quinze brasses et partout fonds curé.
Et depuys ledit jour jusques au mecredi, eusmes vent à gré et fort ventant et rengeasmes ladite terre du Nord Est Suest et Oest Nornoest, car ainsi gist , fors une ance et cap de terre basses qui prent plus du Suest, que est enuyron xxv. lieues dudit destroit; auquel lieu vismes des fumées que les gens de ladite terre faisoient sur ledit cap. Et pour ce que le vent chargeoyt à la coste, n’y aprochasmes; et eulx voyans que n’y aprochions, viendrent auec deux
barques, enuyron douze homes, lesquelz vindrent aussi franchement à bort de noz nauyres, comme s’ilz eussent esté Françoys. Ilz nous firent entendre qu’ilz venoyent de la grant baye et qu’ilz estoient au cappitaine Thiennot, lequel estoit sur ledit cap, nous faisant signe qu’ilz s’en retournoyent en leurs pays, deuers là où nous venyons et que les navyres estoient appareillez de ladite baye, tous chargez de poisson. Nous nommasmes ledit cap le cap Thiennot.
Dempuis celluy cap gist la terre EstSuest et Ouaist Nornoist et sont toutes basses terres, bien belles, toutes rangées de sablon, où il y a là mer de arafiffes et basses jusques enuyron ung lieues où commence la terre à s’aterre à Oest et à l’Est Nordest, toute rangée d isles estantes à deux ou troys lieux loing de terre, le paraige desquelles y a des basses dangereuses à plus de quatre ou cinq lieues loing de terre.
Despuis ledit mecredi jusques au samedy eusmes grant vent de Surnoist et fismes porter à l’EstNordest; et ledit jour vynmes quérir la terre de l’Oest de Terre neufue entre les Grandies et le Cap double; et alors le vent vint à l'Est Nordest en yre et tormente et mysmes le cap au Nort Nornoist et allasmes quérir la bande du Nort qui est comme davent tout rengée d'isles, et nous estans jouxte ladite terre et isles, le vent survynt et vint au Su et fismes porter dedans ladite baye, et le lendemain, ixe d'Aoust, entrasmes dedans Blanc Sablon.
Fin des Descouuremens.
Et depuis, sçauoyr le quinziesme jour d'Aoust, jour de feste de l'Assumption Nostre-Dame, partismes assemblement dudit hable de Blanc Sablon, après auoir
messe et aueques bon temps vynmes jusques à la my mer d entre Terre neufue et Bretaigne, auquel lieu eusmes troys jours continuez de grande tourmente de vents d’auaulx, laquelle auec l'ayde de Dieu nous souffrismes et endurasmes; et despuis eusmes temps à gré, tellement que arriuasmes au hable de Saint Malo dont estyons partiz, le ve jour de Septembre audit an.