CHAPITRE XIII
Relation du voyage des 400 soldats qui remontèrent le Rio de
la PlaU.
Juan de Ayolas se mit donc en route avec ses quatre cents hommes. Don Pèdrc de Mendoce voulut raccompagner dans cette expédition, afin de remonter le fleuve Jusqu'à ce que nous rencontrassions îes Indiens.
Nous parvînmes après deux mois de navigation, à quatre-vingt-quatre milles de Buenos - Ayres , qui venait d'être inoeihdiée.
Quand nous fûmes arrivés à quatre milles du village de cette nation , appelée Tiembus^ et que nous avons nommée Bonne-Espérance , des Indiens qui habitent une île vinrent au-devant de nous avec des démonstrations d'amitié. Us montaient des embarcations qu'ils nomment canoasy et dont chacune peut porter environ seize hommes. Notre commandant, Juan de Ayolas, donna à Zchera-IVassu^ leur principal cacique , un bonnet rouge , un hameçon et diverses autres bagatelles. Ce chef nous conduisit dans son village, et nous fit faire un excellent repas, composé de viande et de poisson, ce qui est leur seule nourriture. Nous en fumes ti'ès-satisfaits ; car si notre voyage avait duré dix jours de plus, nous serions tous morts de faim. Déjà sur les quatre cents hommes qui
DULRICH SGHMIDEL. Sq
s'étaient embarqués, nous en avions perdu près de cinquante.
Les Tiembus portent des deux côtés du nez une petite étoile, faite d'une pierre blanche et bleue. Les hommes sont d'une taille haute et élancée, mais les femmes, vieilles et jeunes, sont fort laides, elles ont toujours la figure déchirée et saignante , et n'ont pour tout vêtement qu'un tablier, qui leur tombe jusqu'aux genoux. Ces Indiens vivent exclusivement de viande et de poisson , et ne connaissent pas d'autre nourriture. On peut estimer leur population un peu au-dessus de quinze mille âmes.
Ils construisent leurs canots avec une espèce d'arbre qui a jusqu'à quatre-vingts pieds de long , et trois pieds de diamètre. On les conduit à la rame, comme les barques dont on se sert eu Allemagne pour aller à la pèche.
Seulement les rames des Indiens ne sont pas garnies de fer.