‹ Relations de voyages en Orient, de 1830 à 1838 (volume 2)Chapitre 16 sur 24 · TROUBLES D'ISPAHAN · texte numérisé non relu

TROUBLES D'ISPAHAN

Le chef de la religion en Perse (Sultàp Ouléma) réside à Ispahan 9 il est lé primat de tous les mollahs (l)î c'est lui qui les nomme, et il peut à volonté les destituer. Cette dignité est restée dans la même famille depuis plusieurs siècles, ce qui attire sur ses membres une graade vénération de la part du peuple.

Indépendamment de ce Sultan Ouléma , il y a encore un grand Imam ou grand Thjéologien^ grand docteur 1 et directeur de la conscience de la Perse. Celui qui remplit cette charge en ce moment possède des richesses immenses, et par son e&térieur sale, sa frugalité apparente, /son hypocrisie , a obtenu un grand ascendant sur le peuple qui le regarde conune un saint. 11 a fait bâtir près de son palais, situé dans wà quartier séparé d'I^pahan, une magnifique mosquée qui

(1) Chefc de la rdigioa, puikuUersà^dMqtteviUe.

la coûté 5 dit- on , plus de 100,000 toumans. Tous les vendredis il y va faire sa prière: dès qu*on Paperçoît des cris desalem! se font entendre de toutes parts j chacun s'empresse de le soutenir et de le porter à la mosquée sans qu'il pose le pied à terre. Sa réputation de sainteté et de science profonde s'est beaucoup accrue par la publication d*un livre qui traite de la manière de se purifier. H faut savoir que les Persans, qui sont bien les hommes les plus hypocrites du monde , attachent aux ablutions une importance Men plus grande que les sunnites ; ils exagèrent de beaucoup lès prescriptions déjà si ridicules des docteurs sunnites. Le livre singulièrement absurde du grand Théologien contient les préceptes à suivre à cet égard ; il indique dé quelle façon il faut s'accroupir pour satisfaire aux besoins naturels , grands et petits , comment il fau se laver, avec quelle eau. Entre autres billevesées , il dit que si la nuit, en rêvant, il vous sur vient dès idées au sujet d'une femme, non-seule ment il faut se laver, mais encore il faut en donner avis à la femme afin qu'elle se purifie aussi. Le livre est plein de choses de ce genre.

Quelque temps avant la inortde Feth-Alî-Chah, le Sultan Ouléma vint à mourir, laissant un fils âgé seulement de quinze ans. Ce jeune homme ne pouvait point encore succéder à son père,

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non^seulement à cause de son âge V^^^is enwre parce qu'il n'avait point terminé ses études. Le grand Imam voulut profiter de cette occasion pour usurper cette dignité ; il était secondé dans son entreprise par Amin-el-Dovlet gouverneur, premier ministre de Feth-Ali-Chah.Le vendredi , il est d'usage que tous les grands se fendent à la mosquée royale pour y faire la prière , et que le Sultan Ouléma se place à letir tête. Comme le jeune fils du sultan Ouléma décédé ne pouvait y aller, le grand Imam , accompagné de 3es nombreux partisans, s'y rendit dans l'intention de faire les fonctions de grand Ouléma, et d'en occuper désormais la dignité; il s'éleva alors un tumulte incroyable dans Ispahan. Les femmes, qui sont toujours les premières à former des rassemblements et des mouvements populaires, crièrent à l'usurpation. Elles se rendirent chez le jeune sultan Ouléma , l'entraînèrent dans la mosquée royale, forcèrent le grand Imam à se placer derrière lui , et firent remplir au jeune homme les fonctions de son rang héréditaire.

Amin-el-Dovlet, protecteur de l'Imam, ne cessait pourtant pas de parler en sa faveur au vieux Roi pt l'excitait à conférer à ce pieux personnage la dignité desultan Ouléma ; mais Feth-Ali-Ghah*, pressé par les sollicitations des amis du fils du dermer titulaire, décida enfin qu'il eût s^upara-

vant à étudier et qu'il aurait la confirmation du Roi quand il serait digne de ses hautes fonctions.

A la mort de Feth-Âli-Chah, cinq personnages> sans compter Mohamed - Chah , prirent en même temps le titre de Roi à Téhéran, dans le Mazendéran , à Kérmanchah , à Chyraz et à Ispahan, mais ils furent malheureux dans leur entreprise, et eurent les yeux crevés. Le prétendant de Téhéran, oncle du Roi actuel , fut défait par les troupes commandées par deux Anglais, Lirgen et Shee ; ceux du Mazendéran et de Ker-r manchah furent abandonnés par leurs troupes qui se réunirent à Mohamed-Chah , et se soun^i^ rent quand ils apprirent que celui-ci s^avançait sur Téhéran , escorté parles ambassadeurs d'Angleterre et de Russie. Jamais la crainte que les puissances de l'Europe inspirent aux Persans ne^ fut plus visible. Mohamed-Chah i^'dvait en sa faveur que sa bonne cause pour le favoriser, ce qui n'était rien dans ce pays, mais la protection de l'Angleterre et de la Russie décida iinmédia*tement la question.

Il ne restait plus que celui d'Ispahan, aventurier nommé Ramazan-Chah , qui n'était dangereux que par. les désordres qu'il pouvait causer, car jamais il n'aurait pu en appeler à la, guerre. Il s'était présenté au peuple avec une peau de mouton, affectant des airs de sainteté, et il

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eut bientôt réuni à lui une foule, de misérables qui criaient au peuple qu'il ne fallait point reconnaître pour Roi un membre de la tribu des Ga^jars, incapables du trône, qui ne devait appartenir qu'à des Seïds. Àmin-el-Dovlety qui avait joui de la confiance de Fetb-Ali-Chah, et était en secret l'ennemi du nouveau Chah Mohamed , ne se conduisit pas franchement à son égard ; tout au contraire , il parut encoura-* ger les prétentions du prétendant de Chyraz, et il se retira chez l'Imam comme dans un asile inviolable*

Aussitôt que Feth*Âli-Ghach eut fermé les yeux^ le peuple d'Ispahan, qui n'attendait que ce moment pour, se livrer à tous les excès , se souleva ; Ramazan-Chah et ses partisans ^ se por* tèrent aussitôt sur le palais royal pour s'emparer des armes. Après avoir fait deux attaques infructueuses, il se retira comme l'avait fait déjà Âminel-Dovlet, chez l'Imam, qui protégea ouvertement les deux rebelles. Le gouverneur (1) ayantreçu du

rtM**M«iMI*M«Mi«aMi^Mi*->A«M*«i«i**

(1) Côtnthé j'ëtab^t^han, le Ghah^Zadë, anoiefi g6uyârne«r d'Iftpahiui qui avait, ^té remplacé comme suspect par Kosrew^Khan, eunuque blanc géorgien du feu roi, es- • saya de s'évader de la tUle. 11 s'habilla en femme ainsi que qttelqtxe^flnft dé sefr phoA fidèle» àmid, et é^rtit la ttuit à la faveur de ce déguiaement. Les gajrdel ^ surpriè de Voir une femme sortir à cette heure, allèrent faire leur rapport au

renfort de Téhéran ^ voulut forcer la maison de rimam pour s'emparer d'eux j maïs Tlmam déploya les trois drapeaux sacrés. Le peuple ameuté accourut; on massacra les soldats et jusqu'au colonel ; en même temps le fils de llmam par-: courait les rués, soutenant que le trône ^ppartenait aux Seïds , et criant anathèn^e contre les Cadjars. Il paraît que Flmam a aussi de fortes prétentions au trône. Le peuple est d'autant plus porté en faveur de l'Imam, qu'il regarde le gouverneur comme un infidèle qui a voulu souiller la demeure sacrée de ce perscHin^ge. Les choses en sont là au 20 juillet j on attend le parti que prendra le Chah.

Ifott «tm t^ùnxùtMÉ i^n 'ÙntxA.

Chah-^Âbbas, susnommé avec raison le grand ^ est peut-être le seul souverain de la Perse qui

commanâant, qui i^e tarda pas ^ reconnaître que ces femmea avaient de très-belles barbes au menton. On les arrêta, et lorsqu'on eut reconnu le Ghah-Zadë , on le constitua fHrisonnier et on bàtonna sa suite. Quelque temps après, Tordre arriva de Téhéran de conduire de suite le prince dans cette ville y o& probablement il doit s'attendre à perdi'e les yeux.

71 â RELATIONS DE VOYAGES

ait conçu et exécuté de grandes idées pour la prospérité de son pays. Ayant reconnu que les Arméniens avaient une aptitude particulière pour le commerce, il leur bâtit, près dlspahan, une magnifique ville qu'il appela ZV*w//a, du nom de la ville d'Arménie , dépeliplée pour former celle-ci. Il avança des fonds à ces Arméniens, et les excita au commerce des Indes. Ils réussirent si bien que Gbah-Abbas , pour s'attacher de plus en plus une nation aussi intelligente , voulut transporter près d'Ispahan le couvent d'Ëtchmiazin (1); et, comme il n'ignorait pas que ce peuple avait un respect particulier pour les pierres mêmes d'Ëtchmiazin , il voulut qu'elles fussent toutes transportées à Ispahan , pour servir à la nouvelle construction. Ayant consulté un de? principaux Arméniens , celui-ci lui dit que toutes les pierres étaient également bonnes pour la construction du nouvel Ëtchmiazin , et que le peuple n'y mettait aucune différence. Chah- Abbas, sans admettre ces raisons qui n'étaient pas franches, ayant toutefois considéré les frais énormes du transport de tant de matériaux , se borna à faire enlever les

(1) Ville de la Haute-Arménie, résidence du grand patriarche des Arméniens sohismatiques ; il est aujourd'hui sujet de la Russie*

pierres principales, et qui étaient le plus en vénération.

La mort de Chah-Âbbas , arrivée peu de temps après , ne lui permit pas de donner suite à ce projet. Les pierres ont été retrouvées dernièrement dans un couvent de Djulfa. Elles sont sculptées d'une manière extrêmement grossière , et répondent fort peu aux louanges exagérées 4)u'en ont faites les écrivains arméniens de Tépoque où elles furent enlevées. 11 n'est pas permis toutefois de douter de leur identité ; les inscriptions en font foi.

MŒURS DES PERSAHS.

Les Persans sont bien le peuple le plus fourbe, le plus vicieux qui ait jamais existé ; ils n'hésitent à commettre aucun genre de crime : toutefois leurs vices infâmes sont voilés par une hypocrisie et une politesse de manières qui peut donner le change à un observateur superficiel. Jamais ils n'insultent les étrangers , et aucun chrétien , soit du pays , soit Européen , n'est molesté par eux pour fait de religion. Je n'ai jamais entendu prononcer comme en Turquie , le mot

giaour, quoiqu'il isoit persan. On jouit même en Perse d'une très-grande liberté religieuse; on peut contredire sans danger les Persans sur leur croyance, et accuser ouvertement le prophète de fausseté. Les chrétiens ont autant dMglîses qu*il leur plait, le privilège d'avoir des? cloches et de célébrer comme ils* Tentendeiit les cérémonies de leur culte. Si* un chétîen se fait musulman et qu'il ^e f épente ensuite , il lui est loisible de retourner à son ancienne croyance. La plupart des Persans sont non- seulement indifférents pour la religion, mais beaucoup même^ les grands principalement , n'ont aucune foi dans Mahomet et se font honneur d'être athées ;

ils aiment cependant beaucoup la controverse en matière religieuse* Extérieurement, ils s'acquittent avec une exactitude scrupuleuse et inconnue aux Turcs, des pratiques les plus minutieuses de l'Islamisme , particulièrement en ce qui concerne Ik souillure et les ablutions (1). En public, la plupart évitent le contact des chrétiens qui sont impurs; généralement, ils ne mangent point àVec eux hî rien de ce qu'ils ont touché, maïs s'ils sont surs de ne pas être vuà, ils mangent et boivent avec eux sâris scrupule (2). Tous j grands

(1) roy, page 707.

(2) Foy. 428.

EN ORIMT. 715

et petits , boivent du vin et de l'eau-de-vîe sans aucune modération , à l'exception de la famille royale quH'en abstient rigoureusement et montre beaucoup de zèle pour la religion. Le nombre des choses impures pour un Persan est conàidéra*ble : un chien qui les toucherait, qui boirait à une fontaine ^ lea obligerait à de grandes puri« flcations; ausài ne souffrent-ils guère ces ani«mauK et les tuent-ils toutes les fois qu'ils les rencontrent; les Tilles dé Pet^e ne sont donc point infestées de chiens comme Celles de Tur*quié« Depuis que le grand Imam dlspahan a fait son livre sur le grave sujet des purifications , toutes lés fourrures sont impures ^ à ^exception de celle du mouton ^ une barbe non teinte est impure. Quoiqu'ils fassent cas de la science des médecins européens , cependant ils n^adceptent point généralement leurs remèdes ^ parce qu'ils sont apprêtés par des gens impurs^ On pense bien qu'à cet égard il y a de nombreuses exceptions ; je ne prétends parler que des masses.

Le libertinage et l'immoralité sont très-grands en Perse; il y a dans les harems un commerce infâme entre les frères et les stBurs^ les fils et les mères. La pédérastie est aussi commune qu'eh Turquie.

Leur passion pour les garçons est tellement générale qu'ils ne s'en cachent point , et que les

Khans sie foat ordinaireoient accompagner en public par leurs mignons ; c'est un vice qu'on aimé à étaler, et avoir plusieurs mignons est aussi honorable que d'avoir chez nous des chevaux et des équipages. Les causes de ce goût contre nature^ et qui se trouve chez tous les peuples de rantiqûité , chez les graves Romains même, sont de plusieurs natures. D'abord les Persans ne tardent pas à se blaser à Tégard des femmes par l'usage où ils sont de se marier avant l'âge où ils devraient goûter les plaisirs de l'amour. Dès l'âge de dix à douze ans, la plupart ont des femmes à leur dis* position. Ensuite , la nudité ordinaire de leurs femmes dans Tintérieur du harem ^ et leur manque absolu de pudeur dans leurs actions et dans leurs paroles, loin d'exciter les désirs de leurs maris, ne peuvent manquer d'exciter leur dégoût ; ce qui les met dans la nécessité de recourir chaque jour à de nouvelles^ obscénités pour tâcher de les captiver ; mauvais moyen s'il en fut jamais. Fatigués de ces provocations , ennuyés d^un sexe si facile , les hommes ont recours à cette honteuse substitution ; mit per i^étitumné-' /as (1). Si par hasard quelque grand seigneur

persan ne partageait point ce goût contre na-

(1) Audax omnia perpeti

Gens humana mit per velitum nefas.

HoRAGA y ode 3y liv. I.

EN ORIENT. m

ture, il a soin pour ne pas se perdre dansTopinion publique et ne point passer pour un homme ridicule , d'entretenir des garçons et d'affecter en public de leur lancer des oeillades : ce sont des fanfarons de vices !

Les femmes sont, en Perse, beaucoup plus sévèrement voilées qu'en Tui^quie , et il est rare qu'on puisse voir leur Qgure ; le tissu de leur voile est seulement plus lâche à l'endroit des yeux; elles sont revêtues, dans les rues, d'un manteau blanc qui les fait ressembler à des re^ ligieuses. En revanche, elles jouiissent d'une liberté beaucoup plus grande qu'en Turquie ; les femmes du Chah elles-mêmes parcourent les rues de Téhéran, vont dans les magasins, parlent librement avec les hommes et prennent toute espèce de libertés, pourvu qu'elles cachent soigneusement leur figure. Ces femmes sont d'une hardiesse inconcevable, elles sont toujours à la tête des émeutes; elles tiennent aux hommes des propos qui font horreur et qui feraient rougir chez nous les courtisanes les plus éhontées. Les femmes publiques sont , au reste, très-communes en Perse, à Chyraz, à Ispahan, à Téhéran, etc. J'ai' déjà dit que beaucoup de femmes de l'ancien Chah se sont abandonnées à la prostitution , et que l'on cite même une fille du Chah qui se livre au premier venu

pour 15 ou 20 toumans. Cependaut si les, mol)ah9 avaient connaissance qu'une femme publique eû|; eu quelque comnxerce avec un chrétien, ils feraient, dit-on, mettre à mort cette malheureuse^ ou plutôt ils lui feràiejit payer une forte amende : car en Perse, que, ne peut-on pas faire avec de l'argent?

Indépendamment du mariage ordinaire et du mariage au caban (1), il y en a une espèce fort singulière en Perse, qui annonce la plus profonde immoralité. Si un Persan veut fivoir uije femme pour une heure ou deux , pour un jour ou une nuit^ un mois, un voyage, etc., il conduit la femme chez Tlmam et déclare ses intentions.

L'Imam examine la femme , suivant sa jeunesse, sa beauté ou ses autres perfections ; il décide du prix, qui est depuis un demi-krah jusqu'à un touman, suivant le temps, etc. Le temps écoulé, il renvoie ensuite la femme. Celle-ci, avant de procéder à une autre liaison, est obligée d'attendre trente ou quarante jours; si elle estenceintOi elle fait sa déclaration^ et l'enfant est remis au père à l'époque de la naissance. Ces enfants ne sont point légitimes; on les appelle haram

•*WMM«i^«a*«^«.«É*MiaMPP-MiVa^nan*i

(1) Altération de Kcéine, mariage à terme déterminé par lequel on aaaure luuB dot à la fiunniQ.

zadé (1), grande injure pxjur un Persan. Les femmes légitimes , afin d'éloigner leurs maris de pareilles liaisons , emploient tous les moyens possibles pour leur plaire ou iOiatter leur corruption et leur crapule ; elles se prêtent à tous leurs goûts et la reiligion les y autorise. Les femmes, dit le grand Iniam dans son célèbre traité, ne doivent avoir d'autre but que d'exciter leurs maris à l'acte conjugal. On peut dire qu'il n'y a pas au monde de femmes plus impudemment libertines.

A part leur impureté, les sujets chrétiens de la Perse jouissent des droits des musulman^; ils sont comme eux admis ^u service militaire. On n'oblige d'^ailleurs personne au service militaire, et il se présente toujours assez de volontaires pour remplir les cadres.

Quant au gouvernement, c'est le despotisme le plus éhonté : tous les genres d'avanies pèsent sur la population, et si une chose étonne , c'est de voir les campagnes encore cultivées avec autant de soin qu'elles le sont.

On fait jusqu'ici peu d'usage de café en Perse : c'est le thé qui le remplace et il s'en fait une grande consommation ; les Persans prétendent , et peutnêtre avec raison , que cette boisson

(1) Enfants de haretn.

Ï20 RELilTIQNS ÛE VOYAGES

est nécessaire dans leur climat , où l'air passe instantanément du chaud au froidi Dans toute la Perse , je n'ai pas vu un seul endroit public comme les cafés en Turquie. Dans les grandes villes, à ispahan, Téhéran, etc., il n'y a que les marchands de kébab (1), dans l'arrière-boutique desquels on peut aller pour manger. On ne. fait après ce repas aucun usage du tchibouk turc, ou longue pipe ; c'est le calioum qui en tient lieu , et avec lequel on fume, un tumbeki (2) si fort qu'^n n'aspire ordinairement que deux ou trois gorgées (3). Il n'y a point en Perse de sophas comme en Turquie, on se contente d'un tapis étendu sur la terre.

Les animaux domestiques sont d'une grande beauté. Les chevaux, les mulets sont très-estîmés ; ils font des traites d'une longueur extraordinaire et portent d'énormes fardeaux. Le

(1) Marchands de rôti.

(2) Foy. page 461 , note.

(3) Gmelin dit à tort que les Persans font un usage si immodéré du tabac à fumer, qu'ils s'en eniyrent ; tout au contraire, ils ne font qu'en aspirer de temps à autre quelques gorgées , encore les gens du peuple ne fument-ils que rare-;ment. C'est le contraire chez les Turcs, où depuis le plus petit jusqu'au pltis grand, tous emploient avec excès le tabac ; leurs pipes à longs tuyaux sont presque inc^mues des Persans,

{Note d'Aucher-Eloy.)

ENORISNt. 7âl

mouton y est magnifique et la chair en est dé^ licieuse; Tagneau pèse jusqu'à trente livres. L'âne y est très-fort , très-gros, et rend de grands services ; il y a peu de pays où il y en ait autant. , Les villes et les villages en Perse sont construits avec des briques cuites au soleil ; c'est un mélange d'argile et de paille hachée. Dans le climat sec du centre et du nord de la Perse, où il ne pleut presque jamais, les cabanes faites avec ces matériaiLKL peuvent durer des siècles. Il n'y agénérs^lement point de minarets aux mosquées ; à Ispahan seulement, on en compte quelques-uns, encore ne servent-ils point à appeler le peuple à la prière.

Je reprochais vivement à quelques Persans de Téhéran leurs vices, leur méchanceté, etc. U est vrai \ me répondirent-ils , que nous ne valons guère , mais les Russes valent encore moins que nous. Ils ep ont menti : le peuple russe, en général , est bien loin de mériter un tel reproche, je dis le peuple en lui-même, cette population passive, pauvre, laborieuse, humaine, dont j'ai admiré plusieurs fois le bon cœur et la sensibilité. Chez le peuple persan des villeaet iles vills^es, vous ne rencontrerez pas la moindre trace de ces vertus. C'est le mensonge ^ l'insolence , la lâcheté , etc. Mais en revanche j tout ce

qui tiait enKiidsie la plus petite portion d^aatolité du gouTarnement est vil, insolent, sans pitié, brutal, avide. Le gouvernement russe souille tout , déaatare tout : qu'un esclave , qu'un mou* gik enfin , soit revêtu de la plus mince autorité sur ses semblables , il oubliera bientôt sa con* dition d'hier, et deviendra dur, injuste et inso^ lent, tant le pouvoir pervertit Thommel Au reste, on a observé le mèmelait dans bien d^autres pay9. Que, dans les eoloniei», un eselave obti^ane un commandement sur ses camarades , il sera bientôt plus cruel envers eux qu0 temaîtrelùi-méma Malgré \e» amél^ations que Tempereur Ni^las a essayé d'introduire dans l'administration , le mal est presque sans remède. Malheur à un pauvre franger auquel il manque quelque petite formalité à ses papiers , ou qui s^est rieiidu cou^ pable du phnk mince délit , et qui tcHSibe en Rus^ gie s^us ks griffe^ cfôs autorités ï dles exercent à so» égard toutes les violences que le despotisme, le .sMipçon , Tavîdité, la bassesse lui wggèremt ; ettes traitent par imitation cemi qui ont affairera elles^, comme ses cbe£s la traitent , avec orgueil et bratalité. Le plus haut employé jus-r qu'au pbis^ ba* se venant surle^rs inférieurs des vêoleaces dont îIe mt ^ Tùhjeî. L'i s»€e des^ éwi^me«it» en^ Russie rend i inliéfe^to^àfci^Kalîanv

Politesse des manières , hypocrisie ^ lâcheté, débauche , insubordinatioB , activité , intelligence , esprit , adresse : tousjes vices et toutes les qualités des Persans (je ne dirai pas leurs vertu^ , car ils n'en ont pas), se montrent au grand jour. Ne cherchez point en Perse des hommes dévoués à leur patrie , à leur famille , à leurs amis : au^un sentiment généreux ne fait battre leur cœur. Gloire, honneur, réputation, courage , sont pour ^ix ées mots vides de sens. On les a dit bons soldats, et jusqu'à un certain point cela est vrai ; presque tous les soldats sont pris parmi les tribus nomades, beaucoup moins efféminées que les habitants des villes. Ces soldats , habitués dès leur jeunesse ^ unç vlé dure, sup-^ portent fort hien les fatigues ; mais quand il faut les conduire à l'ennemi, on reconnaît facilement qu'ils n'ont pas plus de véritable courage que lea autres Persans. On n'en trouve un peu chez eux que lorsqu'il s'agit de leurs intérêts ; Vauri sacra James est seule capable de leur faire exposer leur vie, et j'en ai vu, pour défendre les fruits de leurs vergers envahis par des soldats, repousser hardiment la brutalité dç ces pillards bien armés (1). Bans une expédition qui eut lieu , il y a environ deux ans, contre les Kurdes, le général

(1) roj. page 288.

734 RELATIONS DE TOÏAGES

livra un village aux soldats* Les Kurdes avaient abandonné leurs maisons et conduit leur bétail au fond d'une vallée. Quelques-uns se postèrent dans les rochers , et lorsque les Persans approchèrent en grand nombre pour s'emparer des troupeaux, les Kurdes firent feu et blessèrent à la première décharge le commandant de la troupe persane , qui tomba aussitôt. Les soldats épouvantés prirent la fuite malgré les cris du commandant, qui leur criait qu'il n'était point mort et les suppliait de ne point l'abandonner ainsi : ce fut en vain., aucun n'eut le courage d'aller à son secours , les Kurdes descendirent et achevèrent le commandant à coupsde kandjare (1). ^

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