‹ Relations des quatre voyages entreprisChapitre 23 sur 29 · EPISTOLA · texte numérisé non relu

EPISTOLA

CHRISTOFOR1 COLOM,

Cui aetas nostra multum debet, de Insulis Indiæ supra Gangem nuper inventis, ad quas perquirendas, octavo antea mense, auspiciis et aere invictissimorum Ferdinandi ac Elisabeth Hispaniarum Regum , missus fuerat : ad magnificum dominum Raphaelem Sanxis, eorumdem Serenissimorum Regum thesaurarium, missa : quam generosus ac litteratus vir Leander (i) de Cosco ab Hispano idiomate in latinum convertit : tertio kalendas maii mccccxciii, pontificatus Alex. YI, anno x.

Quoniam susceptae provinciae rem perfectam me consecutum fuisse gratum tibi fore scio, has constitui exarare, quae te uniuscujusque rei in hoc nostro itinere gestae inventaeque admoneant. Tricesimo tertio die postquam Gadibus discessi, in mare Indicum perveni, ubi plurimas insulas innumeris habitatas hominibus (2) reperi, quarum omnium pro felicissimo Rege nostro, praeconio celebrato, et vexillis extensis, contradicente nemine, possessionem accepi : primaeque

(1) Hisp. III., Alexander.

(2) Ibid, innumeris inhabitatas hominibus.

Auquel notre époque est très redevable pour la découverte des îles de l’Inde trouvées il y a peu de temps sur le Gange , à la recherche desquelles il avait été envoyé huit mois auparavant, sous les auspices et aux frais des invincibles Rois des Espagnes Ferdinand et Isabelle; adressée au magnifique seigneur Raphaël Sanchez ( Sanxis ), trésorier des mêmes sérénissimes monarques, traduite de l’espagnol en latin par le savant et généreux Leander de Cosco, s5 avril 149L première année du pontificat d’Alexandre VI-

Comme je sais qu’il vous aura été agréable d’apprendre que j’ai été heureux dans mon entreprise , j’ai résolu de vous adresser cette lettre pour vous faire connaître, dans le plus grand détail , toutes les choses qui nous sont arrivées et toutes les découvertes qui ont été faites pendant mon voyage. Trente-trois jours après mon départ de Cadix , j’entrai dans la mer de l’Inde , où je trouvai beaucoup d’îles peuplées d’innombrables habitans ; j’en pris possession au nom de notre très heureux monarque, au son de la trompette et des acclamations -, après avoir déployé nos étendards et sans la moindre opposition , je donnai à la première Tome II. 2 4

ïï

37o PREMIER VOYAGE

earum Divi Salvatoris nomen imposui, cujus fretus auxilio tam ad hanc quam ad ceteras alias pervenimus : eam vero Indi Guanahanyn (1) vocant. Aliarum etiam unamquamque novo nomine nuncupavi : quippe aliam insulam Sanctae- Mariae Conceptionis, aliam Fernandinam, aliam Isabelam (2), aliam Joannam, et sic de reliquis appellari jussi. Quamprimum (3) in eam insulam (4) (quam dudum Joannam vocari dixi) appulimus ; juxta ejus litus occidentem versus aliquantulum processi , tamque eam magnam nullo reperto fine inveni, ut non insulam sed continentem Cathai provinciam esse crediderim ; nulla tamen videns oppida, municipiave in maritimis sita confinibus , praeter aliquos vicos et praedia rustica, cum quorum incolis loqui nequibam; quare simul ac nos videbant, surripiebant fugam. Progrediebar ultra, existimans aliquam me urbem villasve (5) inventurum : denique videns quod longe admodum progressis nihil novi emergebat, et hujusmodi via nos ad septentrionem deferebat (quod ipse fugere exoptabam, terris etenim regnabat bruma) ad aus-

(1) Hisp. lll. , Guanahanin.

(2) In Cod. JB. R. His abelam,

(3) Bossi, quum primum.

(4) Hisp. lll, in insulam.

£5) Ibid, villasque.

DE CHRISTOPHE COLOMB. 3?l de ces îles le nom de notre divin sauveur ( San-Sal vador ), dont 1 appui me fit parvenir heureusement à celle-ci et aux autres -, mais les Indiens l’appellent Guanahanyn. Je donnai un nouveau nom à chacune des autres îles , ayant ordonné que l’une s’appelât Sainte- Marie de la Conception ( Sancta-Maria Conceptionis ) 5 l’autre Fernandina ; la troisième , Isabella ; la quatrième, Joanna, et ainsi des autres. Après que nous eûmes ahordé à cette île (que je fis nommer Joanna ) , je m’avançai un peu le long de sa côte , vers l’occident , et je la trouvai si grande que je ne pus lui reconnaître aucune limite , et que je pensai que ce n’était point une île , mais plutôt la province continentale du Cathai : je ne vis cependant aucune ville ni aucun bourg situés sur ses frontières maritimes, si ce n’est quelques petits villages et quelques terres labourees (pi cedia rustica et je ne pus parler avec leurs habitans parce qu’ils prenaient la fuite aussitôt que nous approchions. J’avançais néanmoins, persuadé que je découvrirais quelques cités ou villes. Voyant enfin qu’après avoir long-temps prolongé notre marche rien de nouveau ne s’offrait à nous, et que nous étions ainsi conduits vers le nord , tandis que je désirais éviter d’aller dans cette direction à cause du brouillard qui régnait sur ces terres; que mon intention était de voyager du côté du midi, et que les vents ne nous étaient pas non plus favorables , je me décidai

trumque erat in voto contendere, nec minus venti flagitantibus succedebant; constitui alios non operiri successus : et sic retrocedens, ad portum quemdam , quem signaveram , sum reversus ; unde duos homines ex nostris in terram missi, qui investigarent, esset ne Rex in ea provincia, urbesve aliquae. Hi per tres dies ambularunt, inveneruntque innumeros populos et habitationes , parvas tamen et absque ullo regimine; qua propter redierunt. Interea ego jam intellexeram à quibusdam Indis, quos ibidem susceperam, quod hujusmodi provincia insula quidem erat : et sic perrexi orientem versus, ejus semper stringens litora usque ad milliana gccxxji, ubi ipsius insulae sunt extrema. Hinc aliam insulam ad orientem prospexi , distantem ab hac Joanna milliar. (i) liv, quam protinus Hispanam dixi , in eamque concessi , et direxi iter quasi per septentrionem , quemadmodum in Joanna ad orientem, milliaria dlxiv. Quae dicta Joanna et aliae ibidem insulae quàm fertilissimae exsistunt. Haec multis atque tutissimis et latis, nec aliis quos unquam viderim comparandis portibus (2) est circumdata : multi maximi et salubres hanc interfluunt fluvii : multi quoque

(1) Hisp. lll, milliaribus.

(2) Ibid7 portubus.

DE CHRISTOPHE COLOMB. 3^3 à changer de route. Étant revenu, en conséquence, sur mes pas, je retournai au port que j’avais remarqué; là, j envoyai à terre deux des nôtres pour découvrir s il existait dans cette province quelque roi ou quelque ville. Ceux-ci parcoururent le pays pendant trois jours, et ils trouvèrent des peuples innombrables et des habitations petites et sans gouvernement, ce qui les décida à venir nous rejoindre. Pendant leur absence j’avais appris de certains Indiens que j’avais trouvés là, que cette province était certainement une île; alors je me dirigeai vers, l’orient en suivant toujours ses côtes, et je fis trois cent vingt-deux milles, où l’île se termine. De ce pointlà je découvris, du côté de l’orient, une autre île éloignée de Joanna de cinquante-quatre milles , laquelle je nommai Hispana : y ayant abordé , je dirigeai ma route presque vers le nord, de la meme maniéré que je 1 avais fait à la Joanna vers l’orient, et je fis cinq cent soixante-quatre milles. L’île Joanna et les autres îles sont également très fertiles ; la première est environnée de beaucoup de ports très surs , spacieux, et qui surpassent tous ceux que j’ai vus jusqu’à présent. Elle est baignée par des fleuves considérables, dont les eaux sont salubres, et il y a beaucoup de montagnes très elevées. Toutes ces îles sont très belles et présentent un aspect varié ; elles sont très praticables, et remplies d’arbres de diverses espèces et

et eminentissimi in ea sunt montes. Omnes hae insulae sunt pulcherrimae, et variis distinctae figuris, perviae, et maximâ arborum varietate sidera lambentium plenae, quas nunquam foliis privari credo : quippe vidi eas ita virentes atque decoras , ceu mense Majo in Hispania solent esse; quarum aliae florentes, aliae fructuosae, aliae in alio statu , secundum uniuscujusque qualitatem vigebant. Garriebat philomela, et alii passeres varii ac innumeri, mense Novembri (i) quo ipse per eas deambulabam. Sunt praeterea in dicta insula Joanna septem vel octo palmarum genera, quae proceritate et pulchritudine, quemadmodum ceterae omnes arbores, herbae fructusque, nostras facile exsuperant. Sunt et mirabiles (2) pinus , agri , et prata vastissima , variae aves, varia mella , variaque metalla, ferro excepto* In ea autem, quam Hispanam supra diximus nuncupari, maximi sunt montes ac pulchri, vasta rura, nemora, campi feracissimi, seri pascique et condendis aedificiis aptissimi : portuum in hac insula commoditas et praestantia, fluminum copia, salubritate admixta hominum, quod (3), nisi quis viderit, credulitatem superat.

(1) Hisp. III. , Novembris.

(a) Ibid, admirabiles .

(3) Ibid, quae.

(Tune élévation énorme, et je crois que dans toutes les saisons ils conservent leurs feuilles, car je les vis aussi vertes et aussi brillantes qu’elles le sont en Espagne dans le mois de mai. Parmi ces arbres, les uns couronnés de fleurs, les autres chargés de fruits, d’autres dans un état intermédiaire , offraient à nos yeux la plus grande beauté, variée par la qualité et la nature de chacun d’eux. Le rossignol et mille autres oiseaux de différentes espèces faisaient entendre leurs ramages au mois de novembre, où je visitais ces îles. Il y a en outre , dans ladite île de Joanna , sept à huit espèces de palmiers , supérieurs à tous ceux que nous possédons par leur élévation et leur beauté 5 il en est de même de tous les autres arbres, herbes et fruits. On y remarque des pins admirables , des champs et des prairies d’une vaste étendue , différentes variétés d oiseaux , diverses espèces de miel , beaucoup de métaux, mais on n’y trouve pas le fer. Dans celle que nous avons appelée plus haut Hispana, il y a des montagnes très hautes et très belles , des champs vastes , des bois , des prairies très fertiles et éminemment propres à recevoir des semences , à fournir des pâturages, et à construire des édifices. La commodité et la beauté de ses ports, et la grande quantité de fleuves qui contribuent à sa salubrité, surpassent tout ce que Ton peut s’imaginer , et ce n’est qu’en voyant qu’on peut s’en former une idée. Ses arbres,

Hujus arbores, pascua et fructus multum a b illis Joannae differunt. Haec praeterea Hispana diverso aromatis genere, auro, metallisque abundat. Hujus quidem et omnium aliarum, quas ege vidi et quarum cognitionem habeo , incolae utriusque sexûs nudi semper incedunt, quemadmodum eduntur in lucem; praeter aliquas feminas, quae folio frondeve aliqua aut bombycino velo pudenda operiunt, quod ipsæ sibi ad id negotii parant. Carent hi omnes (ut supra dixi) quocumque genere ferri : carent et armis, ut pote sibi ignotis, nec ad eas sunt apti, non propter corporis deformitatem ( quum sint bene formati), sed quia sunt timidi ac pleni formidine; gestant tamen pro armis arundines sole perustas, in quarum radicibus hastile quoddam ligneum siccum attenuatum figunt, neque bis audent jugiter uti : nam saepe evenit, quum misserim duos vel tres homines ex meis ad aliquas villas, ut cum eorum loquerentur incolis, exiisse, agmen glomeratum ex Indis , et ubi nostros appropinquare videbant , fugam celeriter arripuisse, despretis à patre liberis, et è contra; et hoc non quod cuipiam eorum damnum aliquod vel injuria illata fuerit, immo ad quoscumque appuli, et quibuscum verbum facere potui , quidquid habebam sum elargitus , pannum aliaque permulta , nulla mihi facta ver-

DE CHRISTOPHE COLOMB. 377 ses pâturages et ses fruits sont différens de ceux que produit l’île Joanna, et elle abonde en plusieurs sortes d aromates, en or et en plusieurs autres métaux. Les habitans de l’un et l’autre sexe, tant de cette de que des autres îles que j’ai vues et sur lesquelles j’ai obtenu des renseignemens , vont toujours nus comme au moment où ils vinrent au monde , excepté quelques femmes qui couvrent leur nudité avec une feuille verte ou un voile de coton (bombycino velo) (1) qu’elles font pour cet objet. Ils manquent tous, comme je l’ai déjà dit, de fer, de quelque espèce que ce soit 5 ils manquent également d’armes , qui même leur sont inconnues; ils ne sont pas propres à s’en servir, non pas à cause de la mauvaise construction dè leur corps, car ils sont très bien formés , mais parce qu’ils sont timides et pusillanimes. Ils portent cependant pour arme des roseaux séchés au soleil, et dans la partie inférieure la plus grosse , ils introduisent une espèce de morceau de bois sec , dont la pointe est très aiguë , et encore n’osent-ils pas se servir toujours de cette espèce darme, car il est arrivé plusieurs fois, qu’ayant

(ï) Quoique bombycino velo signifie avec un voile de soie, comme la soie n’existait pas en Amérique, et que dans plusieurs endroits de cette lettre le mot latin bombycinus est employé pour fait de coton, nous avons cru devoir traduire bombycino velo par avec un voile de coton. (D. L. R.)

sura; sed sunt natura pavidi ac timidi. Ceterum ubi se cernunt tutos omni metu repulso, sunt admodum simplices ac bonae fidei, et in omnibus quae habent liberalissimi : roganti quod possidet inficiatur nemo , quin ipsi nos ad id poscendum invitant. Maximum erga omnes amorem prae se ferunt : dant quaeque magna pro parvis, minima licet (i) re nihilove contenti. Ego attamen prohibui, ne tam minima et nullius pretii hisce darentur, ut sunt lancis, paropsidum vitrique fragmenta : item clavi, ligulae; quamquam si hoc poterant adipisci, videbatur eis pulcherrima mundi possidere jocalia (2). Accidit enim quemdam navitam tantum auri pondus habuisse pro una ligula, quanti sunt tres aurei solidi , et sic alios pro aliis minoris pretii, praesertim pro blanquis novis, et quibusdam nummis aureis, pro quibus habendis dabant quicquid (3) petebat venditor, puta unciam cum dimidia et duas auri : vel triginta et quadraginta bombycis pondo, quod ipsi jam noverant. Item arcuum, amphorae, hydriae, doliique fragmenta bombyci (4) et auro tamquam bestiae comparabant; quod, quia iniquum sane

(1) Bossi, tantam.

(2) Hisp. III., localia.

(3) Bossi, quodquod.

(4) Idem, bombyce.

DE CHRISTOPHE COLOMB. 379 envoyé deux ou trois des miens à certaines peuplades, pour traiter avec leurs habitans , les Indiens en sortaient comme un troupeau en désordre ; et en voyant approcher les Espagnols ils fuyaient avec une telle vitesse, que le père abandonnait ses enfans, et les fils leurs pères. Je ne leur avais cependant jamais fait le moindre mal, ni ne les avais injuriés-, au contraire, dès le moment que je les approchais ou que je pouvais leur parler, je leur donnais tout ce que j’avais à ma disposition, soit du drap, soit d’autres objets, sans vouloir rien recevoir en échange; mais ils sont naturellement craintifs et timides. Cependant quand ils se croient en sûreté , et qu’ils sont libres de toute crainte , ils sont très simples , de bonne foi , et prodigues de tout ce qu’ils ont ; aucun d’eux ne refuse cé qu’il possède à ceux qui le lui demandent , et ils nous invitent même à le leur demander ; ils sont très affables avec tout le monde ; pour des bagatelles ils donnent des obj ets du plus grand prix , se contentant de la moindre des choses, ou même de rien. Je défendis néanmoins qu’on leur donnât des choses de si peu de valeur, et qui souvent n’en ont même aucune, telles que des fragmens d’assiettes, d’écuelles, de verre, des clous et des courroies, quoique, lorsqu’ils pouvaient parvenir à avoir quelques uns de ces objets, ils crussent posséder les plus beaux jouets {pulcherrima jocalia ) du monde. On a vu en effet un matelot

erat, vetui, dedique eis multa pulchra et grata, quae mecum tuleram, nullo interveniente praemio , ut eos mihi faciliùs conciliarem , fierentque Christicolae, et ut sint proni in amorem erga Regem, Reginam Principesque nostros, et universas gentes Hispaniae, ac studeant perquirere et coacervare, eaque nobis tradere quibus ipsi affluunt et nos magnopere indigemus. Nullam hi norunt idolatriam, immb firmissimè credunt omnem vim, omnem potentiam omnia denique bona esse in coelo , meque inde cum his navibus et nautis descendisse ; atque hoc animo ibi fui susceptus postquam metum repulerant. Nec sunt segnes aut rudes, quin summi ac perspicacis ingenii; et homines, qui transfretant mare illud, non sine admiratione uniuscujusque rei rationem reddunt; sed nunquam viderunt gentes vestitas , neque naves hujusmodi. Ego statim ac ad mare illud perveni, è prima (i) insula quosdam Indos violenter arripui, qui (2) edicerent à nobis, et nos pariter docerent ea quorum (3) ipsi in hisce partibus cognitionem habebant , et ex voto successit : nam brevi nos ipsos, et hi nos, tum gestu ac signis, tum verbis

(1) Hisp. III., perveni, prima.

(2) Bossi, quod.

(3) Idem, quarum .

DE CHRISTOPHE COLOMB. 38 1 «obtenir pour une courroie ou une corde , autant d’or que peuvent valoir trois sous d’or (tres aurei solidi ), et d’autres en ont reçu une quantité plus ou moins forte pour des choses de moindre prix , particulièrement pour des blancas (i) neuves ou nouvellement frappées, ou bien encore pour certaines monnaies d’or, en échange desquelles ils donnaient tout ce que leur demandait le vendeur, c’est-à-dire une once et demie ou deux onces d’or, ou trente et quarante livres de coton, qu’ils connaissaient déjà. Ils achetaient également comme des idiots (tamquam bestice comparabant) , donnant de l’or et du coton pour des fragmens d’arc , de la vaisselle , des bouteilles et des pots, ce que je défendis, parce que c’était une chose injuste, et je leur donnai, sans exiger rien en retour, beaucoup d’ustensiles beaux et précieux que j’avais apportés avec moi , afin de me concilier plus facilement leur attachement et de les rendre chrétiens , et pour qu’ils soient plus disposés à aimer le Roi et la Reine , et nos Princes et tous les Espagnols , et afin qu’ils s’étudient à chercher à réunir et à nous remettre les choses qui abon-

(i) Espèce de monnaie qui équivaut au blanc de France, encore aujourd’hui connu à Paris, seulement comme monnaie de compte , qu’on n’emploie guère que dans la classe du peuple, et même dans un seul cas, où l’on dit six blancs, pour deux sous et demi. (De

38a PREMIER VOYAGE

intellexerunt , magnoque nobis fuere emolumento. Veniunt modo mecum, tamen qui semper putant me desiluisse è coelo, quamvis diu nobiscum versati fuerint, hodieque versentur, et hi erant primi, qui id quocumque appellebamus nunciabant, alii deinceps aliis elata voce dicentes : Venite, venite, et videbitis gentes aethereas. Quamobrem tam feminae quam viri , tam impuberes quam adulti, tam juvenes quam senes, deposita formidine paulo ante concepta, nos certatim visebant magna iter stipante caterva , aliis cibum , aliis potum afferentibus , maximo cum amore ac benevolentia incredibili. Habet unaquaeque insula multas scaphas solidi ligni, etsi angustas, longitudine tamen ac forma nostris biremibus similes, cursu autem (i) velociores : reguntur remis tantum modo. Harum quaedam sunt magnae, quaedam parvae, quaedam in medio consistunt : plures tamen biremi qua (2) remigent duodevigenti transtris majores, cum quibus in omnes illas insulas quae innumerae sunt trajicitur (3) cumque his suam mercaturam exercent, et inter eos commercia fiunt. Aliquas ego harum biremium seu scapha-

(1) Bossi, autem sunt velociores.

(2) Idem , quo.

(3) Idem , trajiciunt .

DE CHRISTOPHE COLOMB. 383 dent chez eux et dont nous avons absolument besoin. Ils ne connaissent pas l’idolâtrie , mais ils croient fermement que toute force, tout pouvoir et tous les biens existent dans le ciel, et que je suis descendu de ce séjour si élevé avec mes bâtimens et mes marins, et ce fut avec cette croyance qu’ils me reçurent dans leurs foyers dès qu’ils furent revenus de leur crainte. Ils ne sont ni paresseux ni grossiers , ils ont même beaucoup d’esprit et de perspicacité, et tous ceux d’entre eux qui naviguent dans cette mer expliquent, non sans admiration, tout ce qu’ils ont observé dans leurs voyages; mais ils ne virent jamais de gens habillés , ni avec des embarcations semblables aux nôtres. Dès que j’arrivai dans ces parages j’enlevai de force , dans la première île , quelques Indiens , pour leur apprendre ce que nous savions , et afin qu’ils nous enseignassent également tout ce qu’ils connaissaient sur ces pays , et cela réussit au gré de nos désirs, car en peu de temps nous nous comprîmes les uns les autres , au moyen de gestes , de signes ou de paroles , ce qui nous fut très utile. Ils viennent maintenant avec moi, et quoiqu’il y ait déjà quelque temps qu’ils sont au milieu de nous, ils conservent toujours l’idée que je suis descendu des cieux , et ils le publient partout où nous abordons , criant à haute voix , à tous les Indiens, venez , venez, et vous verrez des hommes qui

rum vidi, quae yehebant septuaginta et octoginta remiges. In omnibus bis insulis nulla est diversitas inter gentis effigies, nulla in moribus atque loquela, quin omnes se intelligunt adinvicem , quae res perutilis est ad id quod Serenissimum Regem nostrum exoptare praecipue reor, scilicet eorum ad sanctam Christi fidem conversionem , cui quidem , quantum intelligere potui, facillimi sunt et proni. Dixi quemadmodum sum progressus antea insulam Joannam per rectum tramitem occasus in orientem milliar. cccxxii. Secundum (i) quam viam et intervallum itineris possum dicere hanc Joannam esse majorem Anglia et Scotia simul : namque ultra dicta cccxxii milliaria (2) in ea parte quae ad occidentem prospectat (3) duae, quas non petii, supersunt provinciae, quarum (4) alteram indi Anam vocant, cujus accolae caudati nascuntur. Tenduntur in longitudinem ad milliaria clxxx, ut ab bis quos veho mecum Indis percepi, qui omnes bas callent insulas. Hispanae vero ambitus major est tota Hispania à Cologna (5)

(1) Bossi, per quam viam.

(2) Idem, passum millia.

(3) Idem , perspectat.

(4) Idem , quam.

(5) Sic in omnibus inscribitur exemplaribus : abs dubio Catalogna.

DE CHRISTOPHE COLOMB. 38S sont arrivés de la région céleste. Aussi les femmes comme les hommes, les enfans, les adultes, les jeunes gens, les vieillards, après avoir étouffé la crainte qu’ils avaient d’abord conçue, venaient à l’envi nous visiter, couvrant les chemins, nous apportant les uns à manger , les autres à boire , et nous faisant tous leurs offres avec la plus grande amitié et une bienveillance incroyable. Chacune de ces îles a des canots d’un bois fort et compacte, quoique étroits ; ils ressemblent néanmoins , pour la longueur et la forme, à nos fustes } mais ils marchent plus vite -, on se sert seulement de la rame pour les diriger. Ils en ont de grands , de moyens et de petits 5 les plus grands peuvent recevoir dix-huit bancs de rameurs, et c’est par leur moyen qu’ils naviguent dans toutes ces îles , qui sont innombrables , et avec lesquelles ils entretiennent des rapports de commerce. Je vis quelques uns de ces canots qui contenaient soixante -dix et même quatre-vingts rameurs. Il n’y a , dans toutes ces îles , aucune différence dans la physionomie, dans les usages et dans le langage, aussi les Indiens s’entendentils tous réciproquement, ce qui est, à mon avis, très avantageux pour que les désirs de notre sérénissime Souverain se réalisent 5 je veux parler de ceux qu’il a conçus relativement à leur conversion à la sainte foi du Christ, laquelle, autant que j’ai pu le comprendre , ils sont tous prêts et disposés à recevoir. Tomé II. 2 5

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usque ad Fontem Rabidum; hincque facile arguitur, quod quartum ejus latus, quod ipse per rectairt lineam occidentis in orientem trajeci, miiliaria continet dxl. Haec insula est affectanda, et affectata, non spernenda, in qua etsi aliarum omnium ut dixi pro invictissimo Rege nostro soiemniter possessionem accepi, earumque imperium dicto Regi penitus committitur, in opportuniori tamen loco, aeque omni lucro et commercio condecenti , cujusdam magnae villae, cui Nativitatis Domini nomen dedimus, possessionem peculiariter accepi : ibique arcem quamdam erigere extemplo jussi, quae modo jam debet esse peracta, in qua homines, qui necessarii sunt visi, cum omni armorum genere, et ultra annum victu (i) opportuno reliqui; item quamdam caravelam , et pro aliis construendis tam in hac arte quam in ceteris peritos, ac ejusdem insulae Regis erga nos benevolentiam et familiaritatem incredibilem. Sunt enim gentes illae amabiles admodum et benignae, eo quod rex praedictus me fratrem suum dici gloriabatur. Et si animum revocarent et qui in arce manserunt nocere velint, nequeunt, quia armis carent, nudi incedunt, et nimium timidi : ideo dictam arcem tenentes dumtaxat , possunt (2) ,

(1) Bossi, victum.

(a) Idem , poterunt.

DE CHRISTOPHE COLOMB. 387 J’ai déjà dit que j’avais parcouru en ligne droite , du couchant au levant , trois cent vingt-deux milles , pour arriver à l’île Joanna. Par ce voyage et la distance que je parcourus, je puis assurer que cette île est plus grande que l’Angleterre et l’Ecosse ensemble, parce qu’aux trois cent vingt- deux milles ci-dessus, il faut ajouter encore deux autres provinces qui sont du coté de l’occident, lesquelles je ne reconnus pas , et dont l’une est appelée par les Indiens , Anam, dont les habitans naissent avec une queue. Elles ont en longueur cent quatre-vingts milles, d’après ce qui m’a été dit par les Indiens que j ’emmène avec moi, et qui les connaissent parfaitement. Hispana (Saint-Domingue) a plus d’étendue que l’Espagne, depuis la Catalogne jusqu’à Fontarabie, d’où il résulte que l’une de ses quatre parties que je parcourus en ligne droite , du couchant au levant , occupe cinq cent quarante milles. Aussitôt que je me fus emparé d’une partie de cette île, qui n’est pas à dédaigner, j’y pris possession solennelle de toutes les autres au nom de notre très invincible Roi , à l’empire duquel tout resta remis 5 mais cependant, dans un autre endroit plus avantageux et plus commerçant, je pris spécialement possession d’une grande ville, laquelle je nommai Nativité du Seigneur. J’ordonnai aussitôt d’y construire une forteresse , qui doit être maintenant finie, et dans laquelle j’ai laissé les gens qui

totam eam insulam nullo sibi imminente discrimine, dummodo leges quas dedimus ac regimen non excedant, facile detinere. In omnibus his insulis , ut intellexi , quisque uni tantum conjugi acquiescit, praeter Principes aut Reges quibus viginti habere licet (i). Feminae magis quam viri laborare videntur, nec bene potui intelligere an habeant bona propria; vidi enim, quod unus habebat aliis impartiri , praesertim dapes, obsonia et hujusmodi. Nullum apud eos monstrum reperi, ut plerique existimabant, sed homines magnae reverentiae atque benignos. Nec sunt nigri velut Æthiopes : habent crines planos ac demissos; non degunt ubi radiorum solaris (2) emicat calor : permagna namque hic est solis vehementia, propterea quod ab aequinoctiali linea distat (ut (3) videtur) gradus sex et viginti. Ex montium cacuminibus maximum quoque viget frigus, sed id quidem moderant (4) Indi tum loci consuetudine , tum rerum calidissimarum quibus frequenter et luxuriosè vescuntur praesidio. Itaque monstra aliqua non vidi, neque eorum alicubi habui cognitionem,

(1) Bossi, licitum.

(2) Sic in omnibus exemplaribus : fortasse solis .

(3) Bossi, uti.

(4) Hisp. III., moderantur.

DE CHRISTOPHE COLOMB. 38g m ont paru nécessaires, avec toute espèce d’armes et les vivres qu’ils pourront consommer dans une année ; J y ai laissé aussi une caravelle et des constructeurs habiles dans la marine et dans les autres arts , et surtout la bienveillance, l’estime et l’amitié du monarque de cette île. Ses habitans sont aimables et doux , de telle manière que le roi meme se glorifiait de m appeler son frère. Mais si leurs sentimens changeaient , et qu ils voulussent tenter quelque chose contre ceux qui sont restés dans la forteresse ou citadelle, ils n en n auront pas les moyens, parce qu’ils n’ont point d’armes, et qu’ils sont nus et très timides : en conséquence ceux qui occupent le fort peuvent dominer toute l’île sans crainte, toutes fois et tant qu’ils se conformeront aux lois et réglemens que je leur ai tracés. D’après ce que j’ai pu apprendre dans toutes ces îles, chaque individu n’a qu’une seule femme, à 1 exception des princes et des rois qui peuvent en avoir vingt. Les femmes paraissent travailler plus que les hommes 5 mais je n’ai pu savoir d’une manière positive s ils ont des propriétés particulières, car je me suis aperçu que ce que l’un d’eux possédait était réparti entre tous les autres, spécialement les alimens et tout ce qui était nécessaire à la vie. Je n’ai pas trouvé de monstre (i) parmi eux, comme beau-

(i) Hommes cruels , sanguinaires, (M. F. de Na v. )

3go

excepta quadam insula Charis nuncupata , quae secunda ex Hispana in Indiam transfretantibus existit, quam gens quaedam, à finitimis habita ferocior, incolit : hi carne humana vescuntur. Habent praedicti biremium genera plurima , quibus in omnes indicas insulas trajiciunt, depraedant, surripiuntque quaecumque possunt. Nihil ab aliis differunt, nisi quod gerunt more femineo longes crines, utuntur arcubus et spiculis arundineis, fixis, ut diximus, in grossiori parte attenuatis hastilibus : ideoque habentur feroces (i); quare ceteri Indi inexhausto metu plectuntur : sed hos ego nihil (2) facio plùs quàm alios. Hi sunt qui coeunt cum quibusdam feminis, quae solae insulam Mathenim (3) primam ex Hispana in Indiam trajicientibus inhabitant (4). Hae autem feminae nullum sui sexus opus exercent : utuntur enim arcubus et spiculis, sicuti de earum con jugibus dixi, muniunt sese laminis aeneis, quarum maxima apud eas copia exsistit. Aliam mihi insulam affirmant supradicta Hispana majorem ; ejus incolae carent pilis , auroque inter alias potissimum exuberat.

(1) Hisp. III. , feroces quam ceteri : Indi.

(2) Ibid, nihili.

(3) Bossi, Mateunin.

(4) Idem , habitant.

DE CHRISTOPHE COLOMB. 391 coup de personnes le supposaient 5 ce sont au contraire des gens désireux de vous sdrvir et d’une grande affabilité. Ils ne sont pas noirs comme les Ethiopiens-, leurs cheveux sont plats et tombans; ils n’habitent pas où les rayons du soleil sont le plus vifs et le plus pénétrans , car dans ces endroits la chaleur est excessive, parce qu’ils sont situés, à ce qu’il paraît , à vingt-six degrés et demi de la ligne équinoxiale. Sur le sommet des montagnes un froid très piquant se fait sentir, mais ils s’en garantissent, soit parce qu’ils sont accoutumés au climat, soit parce qu’ils font usage d’alimens et de boissons très échauffantes, qu’ils prennent continuellement et avec abondance. C’est ainsi que je n’ai pas découvert de monstres, et que je n’ai pas appris qu’il y en eût dans aucun endroit, excepté dans l’île appelée Charis , qui est la seconde que l’on trouve en allant de la Hispana dans l’Inde (1) , laquelle est habitée par des gens considérés, dans les îles voisines, comme les plus féroces -, ils se nourrissent de chair humaine $ ils ont plusieurs espèces de canots, avec lesquels ils débarquent dans toutes les îles de l’Inde , saccagent et emportent tout ce qui s’offre à leurs yeux. On ne les

(1) La lettre originale de Chr. Colomb, adressée à Louis de Santangel , porte, page 35o de ce volume, 'dans la seconde anse qui est à Ventiée des Indes ( en la segunda cala, cntrada de las India s.) (D. L, R)

ËS.

Hujus insulae et aliarum, quas vidi, homines mecum porto, qui (1) horum quae dixi testimonium perhibent. Denique ut nostri discessus et celeris reversionis compendium ac emolu^ mentum brevibus astringam, hoc polliceor, me nostris Regibus invictissimis , parvo eorum fultum auxilio, tantum auri (2) daturum, quantum eis fuerit opus, tantum vero aromatum, bombycis, masticis, quae (3) apud Chium dumtaxat invenitur, tantumque ligni aloes , tantum servorum hydrophilatorum , quantum eorum majestas voluerit exigere : item reubarbarum et aliorum (4) aromatum genera, quae ii quos in dicta arce reliqui , jam invenisse atque inventuros existimo : quandoquidem ego nullibi magis sum moratus (nisi quantum me coegerunt venti ) praeterquam in villa Nativitatis , dum arcem condere , et tuta omnia esse providi. Quae etsi maxima et inaudita sunt, multo (5) tamen majora forent, si naves mihi, ut ratio exigit, subvenissent. Yerum multum ac mirabile hoc nec nostris meritis correspondons, sed

(1) Bossi, quia .

(2) Idem, aurum.

(3) Idem, qui.

(4) Idem , alia.

(5) Idem, multa.

DE CHRISTOPHE COLOMB. 393 distingue des autres Indiens que par leurs cheveux qu’ils portent fort longs comme les femmes 5 ils se servent d’arcs et de flèches ou javelots, faits avec des roseaux auxquels, ainsi que nous l’avons déjà dit, ils adaptent, à la partie la plus grosse, des dards aigus; aussi ils passent pour féroces , et les autres Indiens les craignent terriblement : pour ce qui me regarde , je ne fais pas de différence entre ceux-ci et les autres. Les habitans de la Charis sont ceux qui cohabitent avec certaines femmes qui demeurent seules dans l’île Mathenim, qui est la première en allant de la Hispana dans llnde (1). Ces femmes ne s’occupent d aucun ouvrage de leur sexe ; elles se servent d’arcs et de javelots semblables à ceux de leurs maris, dont j’ai déjà parlé. Pour leur défense elles portent des plaques de cuivre, dont elles ont une grande abondance. On m’assure qu’il existe une autre île plus grande que la Hispana , dont les habitans n’ont pas de cheveux, et qui renferme dans son sein beaucoup plus d or que toutes les autres. Pour confirmer tout ce que j’ai dit, j’emmène avec moi des habitans de cette de et des autres, dont le témoignage appuiera ma relation. Enfin , pour compléter mon départ et mon retour, et pour présenter les avantages de cette

(1) La lettre originale porte, page 35 1, en allant de l Espagne aux Indes ( partiendo de Espaha para las Indias,)

PREMIER VOYAGE sanctae christianae fidei , nostrorumque regum pietati ac religioni, quia, quod humanus consequi non poterat intellectus , id humanis concessit divinus. Solet enim Deus servos (i), quique sua praecepta diligunt , etiam in impossibilibus (2) exaudire , ut nobis in praesentia contigit, qui (3) consecuti sumus, quae hactenus mortalium vires minime attigerant : nam si harum insularum quidpiam aliqui scripserunt (4) aut locuti sunt, omnes per ambages et conjecturas , nemo se eas vidisse asserit : unde prope videbatur fabula. Igitur Rex et Regina, Principes (5), ac eorum regna felicissima, cunctaeque aliae Christianorum provinciae, Salvatori Domino nostro Jesu Christo agamus gratias, qui (6) tanta nos victoria munereque donavit. Celebrentur processiones , peragantur solemnia sacra, festaque fronde velentur delubra. Exsultet Christus in terris , quemadmodum in coelis exsultat, quum tot populorum perditas antehac animas salvatum iri praevidet. Laetemur et nos, tum propter exaltationem nostrae fidei, tum

(1) Bossi , pueros suos.

(2) Idem , impossibilitate.

(3) Idem , quia in ea consecuti sumus , quod.

(4) Idem , scripserit aut locuti sunt.

(5) Princeps.

(6) Bossi , quod.

DE CHRISTOPHE COLOMB, 3q5 entreprise, je promets, si nos invincibles monarques veulent m’accorder quelques secours , de leur présenter dans peu de temps tout l’or dont ils auront besoin , autant d’aromates , de coton , de gomme lentisque , qu’on en trouve dans l’île de Chio ; autant d’aloës et d’esclaves pour le service de la marine, que Leurs Altesses en exigeront. Je fais la même offre pour la rhubarbe et pour les autres espèces d’aromates qu’ont découvert et que découvriront encore ceux qui sont restés dans la forteresse ; car, pour ce qui me regarde , je ne suis resté dans aucun endroit , si ce n’est lorsque les vents m’y ont obligé , excepté dans la ville de la Nativité, pendant le temps nécessaire pour construire la forteresse et pour prendre toutes les précautions nécessaires à sa sûreté. Quoique tout ce que je viens de rapporter semble extraordinaire et inoui , il y aurait encore des choses plus grandes si j’eusse eu à ma disposition des navires suffisans , comme cela était convenable. kCe n’est pas à mon mérite qu’est due cette grande et vaste entreprise*, elle est due à la sainte foi catholique, à la piété et à la religion de nos monarques ; car le Seigneur a accordé aux hommes ce que l’intelligence humaine ne pouvait ni concevoir, ni atteindre; parce que Dieu écoute quelquefois les prières de ses serviteurs qui suivent ses préceptes , même dans les choses qui paraissent impossibles. C’est ce qui

propter rerum temporalium incrementa, quorum non solùm Hispania, sed universa Christianitas est futura particeps. Haec gesta (1) sic breviter enarrata. Vale, Ulisbonae pridie idus Martii. {2)

Christoforus COLOM, Oceanae classis praefectus.

(1) Bossi, haec y ut gesta.

(2) In hac voce finitur epistola in Hisp. IU.

DE CHRISTOPHE COLOMB. 397 m’est arrivé à moi, qui ai réussi dans une entreprise que jusqu’à présent aucun mortel n’avait osé former ; car quoiqu’on eût déjà écrit et parlé de l’existence de ces îles , tous en parlaient et en écrivaient par conjectures et sous la forme du doute, mais personne n’assurait les avoir vues, en sorte qu’on les réputait pour fabuleuses. En conséquence, que le Roi, la Reine, les Princes et leurs royaumes très heureux , de concert avec la chrétienté , rendent grâces à notre sauveur Jésus^Christ , qui nous a accordé une semblable victoire et de si grands succès. Qu’on fasse des processions , qu’on célèbre des fêtes solennelles ; que les temples se parent de rameaux et de fleurs; que Jésus-Christ tressaille de joie sur la terre comme il se réjouit dans les cieux, en voyant le prochain salut de tant de peuples dévoués, jusqu’à présent , à la perdition ; réjouissons-nous en même temps , tant à cause de l’exaltation de notre foi qu’à cause de l’augmentation des biens temporels dont non seulement l’Espagne , mais toute la chrétienté , recueillera les fruits.

Tels sont les événemens que j’ai décrits avec brièveté.

Adieu. A Lisbonne , 14 mars.

Christophe COLOMB , amiral de la flotte de l’Océan .

EPIGRAMMA

R. L. DE CORBARIA,

EPISCOPI MONTISPALUSSI ,

AD INVICTISSIMUM REGEM HISPANARUM.

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j, m nulla Hispanis tellus addenda triumphis , Atque parum tantis viribus orbis erat :

Nunc (i) longé eois Regiis deprehensa sub undis Auctura est titulos , Betice magne, tuos.

Unde repertori merito referenda Columbo Gratia : sed (2) summo est major habenda Deo , Qui vincenda parat nova regna tibique sibique Teque simul fortem praestat et esse pium .

Impressit Romae Eucharius Argenteus.

Anno Domini m ccgc xciii.

‘(i) Bossi, Hunc.

(2) Idem , Seu.

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