‹ Relations inédites de la Nouvelle-France (1672-1679) [microforme] (volume 2)Chapitre 13 sur 119 · MISSION DT NUS · texte numérisé non relu

MISSION DT NUS

Lils n’useraient point d’autres remèdes que de ceux

que je lui donnerais. Elle fut fort incommodée d’une grande douleur de dents qui ne lui permettait pas d'agir dans son ménage. Son oncle, s’impatientant de ce que sa cuisine se refroidissait par la cessation de son travail, exigeait qu’elle eût recours au jongleur; les parents la pressaient; pour se défaire de leurs importunités, elle leur dit qu'il ne lui était pas permis de souffrir les invocations qu’ils feraient sur sa personne, et qu’étant chrétienne, elle ne devait rien faire en matière de religion sans l'avis de la Robe noire ; que si je trouvais bon qu’elle usât des remèdes des jongleurs, elle y consentirait aussitôt. Un de ses parents, qui était du corps des jongleurs, me vint apporter incontinent cette parole, et, après m'avoir fait un grand récit des merveilles qu'il opérait par son art à tirer les sorts, il conclut que je ne devais pas empêcher qu’il usât de son industrie, ni qu'il lui donnât médecine. Je lui dis qu’il ne s’agis-

Da sait pas de donner médecine, que le mal n’était qu’à A la mâchoire. « Oui, dit-il, j'en ferai sortir de petits

démons que les malicieux lui ont jetés pour faire

| déplaisir à notre famille. Prendriez-vous aussi | plaisir à la voir souffrir? » Je lui dis que non; que

je lui portais compassion; mais que, pour lui faire voir, et à toute sa famille, que ce n’était pas des otki ou démons, comme il disait, j'allais soulager son mal

douleur; et sur l'heure, ayant pris mon davier, je lui ’ arrachai la dent et fis-cesser le mal. Cette action m'a I. — pu & donné tant de réputation, que tous ceux qui ont mai aux dents viennent à moi ou pour recevoir quelques remèdes ou pour me prier de les leur arracher. Ainsi, l’on est maintenant persuadé que ce ne sont pas des sorts ni des démons qui causent les douleurs de dents, Cette bonne chrétienne prit de là occasion de prouver que les maladies que l’on attribue ordinairement à des sortiléges imaginaires étaient aussi naturelles que le mal des dents; mais les jongleurs, que ce discours accusait de mensonge, se retirèrent R sans la vouloir écouter. Elle ne manquait point à faire ses prières trois fois le jour et à s'acquitter de toutes les pratiques de dévotion que le P, Frémin lui avait enseignées. Elle entendait tous les jours la messe, et craignait si fort de n’y pas assister, qu’un jour, la porte de la chapelle étant fermée, en sorte qu'il était difficile de l’ouvrir sans faire du bruit, elle se tint dehors, à la pluie et à genoux près de la porte, pendant tout le temps de la messe, sans se mettre en peine de ce que les passants pourraient dire. Enfin, elle retourne à Montréal avec son petit fils, chargée des mérites de sa patience. Son absence est sans doute préjudiciable à cette Mission, où son exemple et ses entretiens attiraient plusieurs personnes à la Prière.

L’expérie tiers, qu'il tes, de peuï des apostals tous ceux q beaucoup dé convaincus (

lle baptème q pre à fairer pas assez -bi( Mleurs intenti qu'ils ne d quelque inté tianisme, s’il der la loi di et notre fidé] différent de c ils n'osent f I faut, apr tions, qu’or Zcomme dit Ldes cieux. Il vais chrétier d'autres, qu

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Il. — DU BAPTÊME DE QUELQUES ADULTES A ONNONTAGUÉ.

L'expérience qu'ont les missionnaires de ces quartiers, qu’il faut être très-réservé à baptiser les adultes, de peur d’en faire ou de mauvais chrétiens ou des apostals, ne permet pas de donner le baptême à tous ceux qui disent le désirer. On sait assez que beaucoup de Sauvages, qui ne sont pas encore assez convaincus de la vérité de notre croyance, ne veulent

lle baptême que comme un moyen qu’ils jugent propre à faire réussir quelque dessein qu’ils ne savent

pas assez -bien cacher quand on veut pénétrer dans

Mleurs intentions. C’est ce qui nous les fait avertir

qu'ils ne doivent pas s'arrêter à l'apparence de quelque intérêt ni demander d’être admis au Christianisme, s’ils n’ont effectivement la volonté de garder la loi de Dieu, qui seul récompense notre foi et notre fidélité. — D’autres sont d’un naturel bien différent de ceux-ci; retenus par une certaine honte, ils n'osent faire aucune avance pour le baptême. I faut, après avoir connu leurs bonnes dispositions, qu’on les prévienne et qu’on les presse,

2comme dit Notre-Seigneur, d'entrer au royaume Ldes cieux. Il s’en trouve qui disent comme les mau-

vais chrétiens : « Je me convertirai à la mort; » d'autres, qu’il faut encore attendre : ils promettent 3,

que plus tard ils prieront Dieu, et lorsqu'ils auront l'esprit bien fait (c’est leur façon de parler) ; ils ajou. tent que c’estitout de bon qu'ils veulent embrasser la foi,

I y a huit mois que je baptisai un homme qu était considérable chez les Onnontagués. I priai Dieu volontiers, particulièrement avec Garakonti pour qui il avait beaucoup d'amitié, et témoignail

dans toutes les rencontres qu'il aimait les Français E

Le P. Millet, étant encore ici, avait remarqué en lui plusieurs bonnes qualités qu'on doit souhaiter en un chrétien. Il l'avait pressé de lui faire connaître « qui l’empêchäit de demander le baptême. Cet homme

répondit franchement que l’attache qu'il avait ik

garder ses songes ne s’accordait pas avec notre reli-

gion. Son ami Garakontié prenait de là occasion de

railler sa superstition, et nous disait en particulier qu'il ne fallait pas prématurer son baptême.

Dieu , qui en avait fait un prédestiné, lui envoyË

une maladie qui a exercé sa patience pendant dixhuit mois. Il eut d’abord recours aux jongleurs «l

aux médecins, qui employèrent en vain toutes leurs B industries pour lui procurer la santé; ceux-ci par À

plusieurs potions d’eau qu'ils colorent d’une pincée ou deux de poudre, et ceux-là par l'extraction prétendue des otki ou petits sorts que ses ennemis lui avaient, disait-on; enfoncés de nuit dans le corps à tra-

vers la paroi de son logis. Ne se trouvant nullement B

soulagé, n mèdes des remèdes, mal étant i pas trompe mettaient cette mala mercia de «Prions D Nous priâ voir, Je lu tits rafraîic le cœur. Il tous ceux d mort, pou Je lui répo l'état que | « Je ferai, de faire. »

ceux qui hi dant, com songés !, € koué, je Lt ces festins rir, que | otki étaier

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soulagé, ni par les artifices des. ts ni D bles remèdes des autres, il voulut enfin ‘éprouver aussi mes remèdes, qui le soulagèrent notabl fMais, son mal étant irremédiable, je lui dis que je nele voulais pas tromper, comme faisaient les jongleurs @ promettaient vainement de le guérir, et qu ‘il rijourrait de cette maladie après une grande lan 11 me remercia de lui avoir dit ce que je pensaisse son mal. «Prions Dieu, me dit-il, et demain vegezmé visiter. » Nous priâmes ensemble et toutes les Gi que. je lallais voir, Je lui donnais de temps en temps: quelques petits rafraîchissements, qu achevèrent de‘lui gagner le cœur. Il me disait que j'avais plus pitié de lui que tous ceux de sa nalion et qu’il n’apprékends mort, pourvu que je lui promisse qu ki 7 Je lui répondis qu’il ne tenait qu’à lui délle . l'état que Dieu voulait pour le rendre’blèg

de faire. » Il avait conçu beaucoup d’avessiün ceux qui lui avaient jeté des otki ou des s0fth dant, comme on lui faisait encore fairéde

koué, je lui fis observer que toutes ces invocati ns et ces festins superstitieux étaient inutiles pour le guüé-

r, que tout ce que les jongleurs racontaient des ni étaient des fables, que nous n’étions pas immor-

4. Les froquois appellent ainsi les festins qui leur sont commandés en songe.

tels, qu’il fallait se résoudre à bien mourir, et qu'il offrit à Dieu ses douleurs pour mériter récompense d’un mal qu’il fallait nécessairement souffrir. Dieu, qui agissait dans son cœur, lui fit connaître la vérité de mes paroles; il m’interrompit pour me dire que je lui paraissais sincère, et qu’il m’écoutait plus volontiers que tous les Iroquois ; qu'il renonçait aux songes et à tout ce qui pouvait empêcher son bonheur dans le ciel ; que je le baptisasse quand je voudrais. Sa femme, qui avait bien d’autres sentiments que son mari, ne pouvait approuver ces discours; il lui échappa même de dire quelque chose de contraire aux sentiments de ce bon catéchumène. Il la reprit en ma présence et devant toute sa famille, et ajouta qu’elle serait malheureuse en enfer si elle ne l’imitait ; que, lorsqu'il serait mort, ni elle ni ses enfants n'oubliassent jamais ce qu’il venait de dire, et que, s'ils avaient de l'affection pour lui et pour euxmêmes, qu’ils fissent tout ce que je leur conseillerais pour leur salut. Des dispositions aussi bonnes m’avaient presque déterminé à le baptiser sur l’heure; mais, me souvenant de ce que Garakontié m'avait dit, je pris congé du malade jusqu’au lendemain. Je communiquai ces détails à Garakontié, qui alla visiter son ami. Il me rapporta que le malade avait caché dix couteaux qu’il gardait fort soigneusement pour obéir à ses songes: qu'il les tenait comme les conservateurs de sa vie; que, s’il s’en défaisait, j’au-

Mde ce procé

maitres de

Siour suivant Atémoin, je Ê

Piccaient, le:

rais sujet 0 chrétien. Je sensiblemer il, que je 1 queje n'ya mains. » Tc

haut : « Po il avisera. »

à ses amis, let après le

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tait détrom!} que je gard:

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et qu'il mpense . Dieu, à vérité > Que je volonsonges ir dans ais. Sa ue son il lui ire aux

rais sujet de croire qu’il voulait effectivement être chrétien. Je retournai donc chez lui, et tombai insensiblement sur les couteaux. « Il est vrai, me ditil, que je les ai encore; mais, pour vous montrer que je n'y ai nulle attache, je vous les mets entre les mains. » Tous ceux de son logis furent fort surpris

Mde ce procédé. Le malade s’en aperçut et dit tout haut : « Pourquoi croire que des couteaux sont les maîtres de ma vie? Que la Robe noire en fasse comme

il avisera. » Je lui persuadai d’en faire des libéralités à ses amis, qu'il devait convier à un festin d'ours le

jour suivant, ce qu'il fit; et afin que je pusse en être Atémoin, je fus un des invités. Je fis la prière avant let après le repas. Pendant que les conviés manjucaient, le malade leur dit qu’il avait autrefois cru

que des choses qu’on lui avait données en vertu de ses songes pouvaient lui conserver la vie, mais qu’il tait détrompé de cette erreur. « Voilà dix couteaux que je gardais, je vous en fais présent; » et sur “heure il les leur distribua.

Quand on fut retiré, il me demanda pourquoi je

MHiférais de le baptiser, et s’il ne valait pas mieux lui Bldonner le baptème tandis qu'il avait l'esprit présent

ue d'attendre qu'il commençât à perdre le jugement, qu'alors Dieu ne voudrait pas le recevoir dans le ciel; ainsi, que je ne le remisse point à un autre

lemps. Je fus ravi de le voir si bien disposé; je lui

lis faire les actes qui doivent précéder le baptême, et

5 to gl met er ane à LE PE 5 ES LT DATE a ne

je le lui donnai en présence de toute sa famille, que BR

j'exhortais à l’imiter.

ILa vécu trois mois après son baptème. Il envoyai | ses enfants prier à la chapelle, et se fâchait lorsqu'ik E ne lui obéissaient pas en ceci aussi promptemenik

qu’il le souhaitait. Un jour qu’il tomba en défail. lance, sentant que les forces commencaient à lui manquer, il m’envoya quérir et se confessa. Je lui donnai l’absolution, et, peu après, une légère potion

qui le fit revenir de son évanouissement. Enfin la vi: Pa lui devint fâcheuse, et il ne souhaitait plus que kh mort, afin de voir Dieu. Il me présentait souvent kB

bras pour lui dire, selon la connaissance que l’nbi croit que les Français ont du temps auquel on doibs mourir, dans combien de jours il cesserait d’être ps misérable. « Eh bien! me disait-il, m’allez-vou annoncer de bonnes nouvelles; ne mourrais-je point bientôt? » Je répondis, après lui avoir touché ki pouls, qu’il approchait de sa fin. « 0 que vous me faites de plaisir, me dit-il, de m’annoncer une si fi-È

vorable nouvelle ; je vous en remercie. Prions Dieu Ba

ensemble. »

li avait un si grand désir d’aller au ciel, qui

l'appréhension qu'il avait d’en être exclu ne lui dor-

nait pas une petite peine. Un songe qu’il avait eu .

qu’il était mort, et que le Maître de la vie des hommes avait chassé son âme de la porte du paradis, l'in-

quiétait si fort qu'il me le répéta trois fois en ajour l

tant : « rêter aux et veut q accueil , 4 lui de to en lui pa haut de avait eue lassaient « nous prià mandai s’ Dieu aprè la main, dans le cie continua j que cette :

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Je joins qui mount baptême. ] tient pour par hasarc dont je pa foque; il :

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tant : « Mais vous m’avez dit qu’il ne faut pas s’arrêter aux songes ? — Non, lui dis-je ; Dieu le défend, et veut que vous pensiez qu’il vous fera un favorable accueil, après votre mort, puisque vous croyez en lui de tout votre cœur. » Il me réitéra qu’il croyait en lui parce qu’il ne mentait point. Il me pria tout haut de l’absoudre de quelques impatiences qu’il avait eues de la désobéissance de ses enfants, qui se lassaient de sa longue maladie. Je la lui donnai, et nous priâmes Dieu pour la dernière fois. Je lui demandai s’il ne se souviendrait pas de moi devant Dieu après sa mort? « Oui, me dit-il en me prenant la main, nous serons de compagnie bienheureux dans le ciel. » Il tomba dans un assoupissement qui continua jusqu’à la mort. Quand je n’aurais baptisé que cette seule personne depuis que j'ai le bonheur d’être ici, Dieu m'aurait trop honoré d'avoir contribué au salut de ce prédestiné.

Je joins à cette précieuse mort celle d’un vieillard qui mourut fort peu de temps après avoir reçu le baptème. Dieu est admirable dans la conduite qu’il tient pour le salut de ses élus. Un chrétien apprend par hasard, sur les neuf heures du soir, que celui dont je parle est à l'extrémité, qu’un catarrhe le suffoque; il m'en vient avertir. J'y cours; je le trouve si pressé de son mal qu’il ne peut pas articuler plus de deux paroles de suite. Je lui dis, en présence des médecius, qu’il faut penser à Celui qui a fait le ciel

et la terre, qu’il le faut prier d’avoir pitié de lui ; je l'engage à invoquer le saint nom de Jésus. I le prononce avec moi et dit tout ce qui est nécessaire pour recevoir le baptème. Je lui demande s’il ne veut pas être baptisé? Il répond qu’il le souhaite, et ses der. nières paroles sont : « Je veux que vous effaciez mes péchés ; Jésus, ayez pitié de moi. » Je le baptise, et il meurt en moins d’un demi-quart d'heure.

Une pauvre femme, éloignée d’un quart de lieue d'ici, étique depuis deux ans, ne voulait nullement entendre parler du Christianisme, non pas même voir les Européens. Je la visite deux fois; je n’en reçois que des rebuts. La troisième fois, je lui porte quelques douceurs ; je lui témoigne de la compassion. Elle trouve bon ce que je lui donnais; elle me souffre auprès d’elle, mais elle ne veut pas que je lui parle de religion. Un jour il me vint en pensée, sur le soir, d'aller faire une nouvelle tentative pour la disposer au baptême. Elle m’écoute ; elle veut aller au ciel; elle prie. Je la baptise, ef, le lendemain matin, j'apprends qu’elle est morte. Par le même moyen Dieu a permis que j'aie baptisé six autres personnes, qui sont probablement au ciel, et qui prient maintenant pour ceux dont le zèle a établi et continue de soutenir les missions iroquoises.

çais où on tifs. L'un e iroquoise.

Deux An plus heure ment avant d'eux, ame la nuit dep lendemain, bourg, il p

Je ne réf Miourments ( guerre sont victimes est BA vec horreur Mont curée « … Passant u Mpièces le ce m'empêcher contre. cette Mphages qui « Mibras. Je m'; a désistait, Di Potard. IL me

M leslin songé

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même je n’en ii porte ompass; elle

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humaine apportée par ceux qui étaient invités à ce

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çais où on la brûlerait comme on brûle ici les captifs. L'un et l’autre n’appartenaient pas à la nation iroquoise.

Deux Andastogués!, pris par les Iroquois, ont été plus heureux. 1ls ont reçu le baptème immédiatement avant qu’on leur appliquât le fer chaud. L’un d'eux, amené dens une cabane, y fut brûlé pendant la nuit depuis les pieds jusqu'aux genoux, et, le lendemain, étant attaché au poteau sur la place du bourg, il pria encore Dieu avec moi.

Je ne répète point ici ce qu’on sait déjà, que les tourments qu’on fait endurer aux prisonniers de guerre sont horribles. La patience de ces pauvres victimes est admirable, mais on ne peut voir qu’avec horreur rôtir leur chair, et des hommes qui en

font curée comme des chiens affamés.

Passant un jour près du lieu où l’on mettait en pièces le corps d’un de ces suppliciés, je ne pus m'empêcher de m'en approcher, et de déclamer contre.celte brutalité. Je vis un de ces anthropophages qui demandait un couteau pour enlever un

Mbras. Je m'y opposais, et le menaçais que, s’il ne se idésistait, Dieu saurait bien punir sa cruauté tôt ou Llard. IL me dit, pour raison, qu’il était invité à un

Leslin songé, où l’on ne devait manger que la chair

1. Les Andastogués ou Andastes, nation huronne de la Virginie.

sÀ RELATION DES ANNÉES 1672-1673.

repas. Deux jours après, Dieu permit que la femme de ce Sauvage tombât entre les mains des Andastogués, qui vengèrent sur sa personne la cruauté de son mari.

Quatre chrétiennes sont aussi décédées après le sacrement de pénitence. L’une d’elles était fort âgée et aveugle depuis longtemps. Le P. Millet l'avait baptisée un peu avant son départ d'Onnontagué, et me l’avait fort recommandée. Cette pauvre vieille me donnait de la dévotion toutes les fois que je la faisais prier. Elle disait qu’elle n’avait point de plus grande joie que quand on lui disait que le Français la venait visiter. Elle me demandait avec simplicité quand elle irait au ciel. «Jésus n’aura-t-il point pitié de moi bientôt, me disait-elle. Le plus grand plaisir que j'attends de lui maintenant, c’est la mort. » Dieu lui accorda ce qu'elle désirait, mais d’une façon inespérée. Un ivrogne, qui venait d’estropier une autre vieille, entre dans sa cabane. La seule personne qui était auprès d’elle prend incontinent la fuite, et l’abandonne à ce furieux qui, avec un pic de boïs, lui meurtrit tout le visage, lui cassa la machoire,

et aux épaules, et la laissa pour morte sur la place.

Quoiqu’on trouvât mauvais que je traitasse les k

plaies de cette vieille, dont on avait moins de pitié

que d’un chien, je la pansai et la consolai du Be mieux qu’il me fut possible; ce qui fit dire à quel- Es

ques perso que les Ro ceux qui a une fois; e chanson d prononçalt n'ayant au parler : « agatsi-enn sous tagité voir Jésus moi!» Elle fois la mê

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ques personnes qu’il faisait bon être chrétien, puis- que les Robes noires assistaient ainsi jusqu’à la mort ceux qui avaient aimé la prière. Je la fis prier encore une fois; et, après s'être confessée, elle commença sa chanson de mort, qui consistait en ces mots qu’elle prononçait avec peine, car, la langue iroquoise n'ayant aucune lettre labiale, elle pouvait encore parler : « Egiheia oune, disait-elle, garonhiaqué agatsi-ennonia; riaotenha Jesous qué ouagué. Jesous tagitenra. Enfin, je meurs; je vais au ciel voir Jésus; voilà qui est bien. Jésus ayez pitié de moi!» Elle rencit l'esprit, ayant répété plusieurs fois la même prière.

Deux autres femmes, que j'ai baptisées étant à l'extrémité, ont recouvré la santé par suite des assiduités que je leur rendais, et des secours que j'ai pu leur procurer à temps.

Oh! que n’ai-je une abondante provision de remèdes et de moyens propres à adoucir les amertumes de la maladie! ce serait une amorce pour gagner presque tous les moribonds. Il s’en trouve qui, voyant qu’on ne leur offre point de soulagement corporel, tournent le dos, et nous disent que nous n'avons point de pitié d’eux ; après quoi ils ne sont plus abordables.

Outre ces adultes, dont les uns sont morts après le baptème, et les autres après une salutaire pénilence de leurs péchés, je compte vingt-deux petits

enfants que j'ai baptisés. Trois ont reçu le baptème dans la chapelle avec les cérémonies de l'Eglise; les autres l'ont reçu par occasion : tous sont allés au ciel jouir du bonheur que le sang de Jésus-Christ leur a mérité. Un vingt-troisième a été baptisé à dix lieues d'ici par un Français que Monsieur notre Gouverneur avait député chez les Onniontagués.

Sans remède je ne puis m'assurer du baptême d'aucun enfant des infidèles, parce que la plupart sont encore ici dans l'erreur, ou que le baptême avance la mort, ou qu’il empêche d’aller au ciel des Iroquois. Après avoir baptisé par précaution trois enfants moribonds en leur donnant quelques potions médicales, j'ai voulu éprouver si les parents me permettraient de les baptiser. Ils se sont toujours opposés au baptême. Une fois, entre autres, on voulut voir si je n'avais pas les doigts mouillés en approchant d’un enfant malade, tant on appréhendait que je ne le baptisasse. Mais, au moyen des remèdes que nous leurs donnons, il y en a fort peu qui nous échappent, parce qu'alors on ne prend point sujet de se défier de nous.

Voilà, mon révérend Père, le fruit principal de cette année; Dieu veuille que les pressantes exhortations que Monsieur le Gouverneur a faites aux Iroquois assemblés d’embrasser la foi, et qu’il a appuyées de nombreux présents, aient tout leur effet, On peut l’espérer, ce semble, d’un zèle qui sait si

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