‹ Relations inédites de la Nouvelle-France (1672-1679) [microforme]Chapitre 62 sur 88 · AUX ILLINOIS DUEZ · texte numérisé non relu

AUX ILLINOIS DUEZ

ine homme tué par ui iverses raretés qui sc

ir mon départ, le e fis quelques vix adultes malades, autre vécut encore

un mois. C'était un pauvre vieillard, qui, pour être déjà caduc, demi-sourd, était la risée et le rebut de tout le monde, même de ses enfants; mais Dieu ne le rebuta pas, et lui fit la grâce de le mettre au nombre de ses enfants par le baptême et de le recevoir en son paradis, comme j'ai tout sujet de le croire. En une autre visite que je fis à la nation des Outagamis, j y baptisai six enfants, presque tous à l’extrémilé. Je fus beaucoup consolé de voir un notable changement dans l’esprit de ces peuples; Dieu les visite par ses fléaux pour les rendre plus dociles à nos instructions.

Après ces courses, le temps étant propre pour partir, c'était sur la fin du mois d’octobre 1676, je m'embarquai en canot avec deux homines, pour tàcher d’aller hiverner aux Illinois, mais je ne fus pas loin ; car l'hiver a tant avancé cette année, que les glaces nous ayant surpris, nous fûmes contraints de relâcher et attendre qu’elles fussent assez fortes pour nous porter. Ce ne fut que dans le mois de février que nous entreprimes une navigation bien extraordinaire; car, au lieu qu’on met le canot à l’eau, nous le mimes sur les glaces, sur lesquelles le vent favorable le faisait aller à la voile comme sur l’eau; quand le vent nous manquait, au lieu d’avirons, nous nous servions de cordes pour le traîner, comme les chevaux traînent les chariots. Passant proche de la nation des Pouteouatamis, j'appris qu’un jeune

homme avait été depuis peu tué par des ours. Je l’avais autrefois baptisé à la pointe du Saint-Esprit, et ses parents étaient de ma connaissance, ce qui m'’obligea à me détourner un peu de mon chemin pour les aller consoler. Ils me racontérent que les ours, s'étant engraissés pendant l’automne, conservent tout l'hiver et même augmentent leur embonpoint, quoiqu'ils ne mangent rien, ainsi que les naturalistes ont remarqué ; ils se cachent dans des creux d'arbre, surtout les femelles, pour y faire leurs petits; ou bien ils se couchent sur des branches de sapin, qu'ils coupent exprès pour s’en faire un lit sur la neige, d’où ils ne sortent point tout l'hiver, sinon lorsque les chasseurs les découvrent par le moyen de leurs chiens, qu’ils façonnent à cette chasse. Ce jeune homme en ayant aperçu un, caché dans les branches de sapin, lui décoche toutes les flèches de son carquois ; mais l’ours, se sentant frappé et n'étant pas blessé à mort, se lève, se jette sur lui, lui arrache la chevelure, lui tire les entrailles, et lui déchire et démembre tout le corps. Je trouvai sa mère fort désolée ; nous fimes ensemble des prières pour le défunt, et, bien que ma présence eût redoublé £a douleur, elle essuyait ses larmes et se cons:lait en me disant : « C'est Paulin qui est mort ; c'esi ce bon Paulin que tu venais toujours appeler pour prier Dieu. » Ensuite pour venger, disent-ils, cette mort, les parents et les amis du défunt vont faire la guerre aux |

les ours. Je l’a- Saint-Esprit, et ce, ce qui n’on chemin pour t que les ours, conservent tout bonpoint, quoinaturalistes ont creux d'arbre, s petits; ou bien le sapin, qu'ils lit sur la neige, r, sinon lorsque moyen de leurs asse. Ce jeune ans les branches hes de son caré et n’étant pas ii, Jui arrache la ui déchire et démère fort désos pour le défunt, blé sa douleur, it en mc disant :

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ours, pendant qu’ils sont encore bons, c’est-à-dire en hiver ; car en été ils sont maigres, et si affamés qu’ils mangent même des crapauds et des serpents. La guerre fut si bonne, qu’en peu de temps ils en tuèrent plus de cinq cents, dont ils nous firent part, nous disant que Dieu livrait les ours entre leurs mains afin qu'ils satisfissent pour la mort de ce jeune homme, qui avait été si cruellement traité par un de leur nation.

À douze lieues de la bourgade des Pouteouatamis, nous enträmes dans une anse fort profonde , d’où nous transportâmes notre canot par dans le bois jusqu’au grand lac des Illinois; ce transport est d’une lieue et demie.

La veille de Saint-Joseph, patron de tout le Canada, nous trouvant sur ce lac des Illinois, nous lui donnâmes le nom de ce grand saint; ainsi nous l’appellerons désormais le lac Saint-Joseph.

Nous nous y embarquâmes donc le 23 mars, et

| nous eùmes bien à combattre contre les glaces, qu’il

fallait rompre devant nous pour nous faire passage. L'eau était si froide qu’elle gelait sur les avirons, et au côté du canot où le soleil ne donnait pas; il plut à Dieu nous tirer du danger ,ù nous nous trouvâmes au débarquement, lorsqu'un grand coup de vent nous jetait les glaces contre notre canot d’un côté, et poussait de l’autre notre canot sur les glaces qui étaient au rivage.

Notre grande peine fut que les rivières étant encore gelées nous n'y pûmes entrer que le 3 avril. Nous consacrâmes celle dans laquelle nous entrâmes enfin , dans le temps de la semaine sainte, par une grande croix que nous plantâmes sur son rivage, afin que quantité de Sauvages qui s’y rendent pour leur leur chasse, les uns en canot sur le lac, les autres à pied dans les bois, se souviennent des instructions que nous leur avons données sur ce mystère, et qu’à sa vue ils soient excités à prier Dieu.

Le lendemain, nous vimes un rocher de sept à huit pieds hors de l’eau, et qui avait deux ou trois brasses de tour, nommé le rocher au Brai; en effet, nous voyions qu’il coulait par petits filets du côté que le soleil l’échauffait. Nous en primes, et nous trouvâmes qu’il était bon à brayer les canots; je m’en sers pour cacheter mes lettres.

Nous vimes aussi le même jour un autre rocher un peu moindre, dont une partie était dans l’eau et l’autre dehors ; celle qui était arrosée des flots avait la couleur d’un beau rouge très-vif et très-éclatant. Quelques jours après, nous rencontrâmes un ruisseau qui sortait d’un coteau dont les eaux paraissaient minérales ; le sable en est rouge , et les Sauvages disent qu'il vient du petit lac, où ils ont trouvé des morceaux de cuivre rouge.

Nous avancions toujours, en côtoyant de grandes prairies à perte de vue; on voit des arbres de temps

jères étant enque le 3 avril.

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en temps, mais qui sont tellement rangés, qu’ils semblent avoir été plantés à dessein pour faire des allées plus agréables à la vue que celles des vergers. Le pied de ces arbres est souvent arrosé de petits ruisseaux, où nous voyons de grandes troupes de cerfs et de biches se rafraichir et paître paisiblement la petite herbe. Nous suivons ces vastes plaines pendant vingt lieues, et nous disons souvent : Benedicite opera Domini Domino.

Après que nous eûmes fait soixante et seize lieues sur le lac Saint-Joseph, enfin nous entrâmes dans la rivière qui mène aux Illinois. J'y fis rencontre de quatre-vingts Sauvages du pays, de qui je fus accueilli d’une belle manière. Le capitaine vint audevant de moi à environ trente pas, portant d'une main un tison de feu et de l’autre un calumet empanaché. Il s'approche, il me le présente à la bouche, et allume lui-même le pétun, ce qui m’obligea de faire semblant de fumer ; il me fait ensuite entrer dans sa cabane, et m’ayant donné la place la plus honorable, il me parla de la sorte :

« Mon Père, aie pitié de moi; souffre que je re- [tourne avec toi, pour t’accompagner et te faire entrer dans mon village, la rencontre que j'ai faite aujourd'hui de ta personne me sera fatale, si je ne m'en sers avantageusement. Tu nous portes l'Évangile et la Prière; si je perds l’occasion de t’écouler, j'en serai puni par la perte de mes neveux,

que tu vois en si grand nombre, qui sans doute seront défaits par nos ennemis. Embarquons-nous donc de compagnie, afin que je profite de ta venue dans notre terre. » Cela dit, il s'embarque en même temps que nous, et, peu après, nous arrivâmes chez lui.

SECTION I

Le Père Allouez arrive à la bourgade des Illinois ; description de ce bourg et du pays ; la Foi est publiée à toutes les nations.

Nonobstant tous les efforts que nous fimes pour nous hâter, je ne pus me rendre que le vingtseptième avril à Kaskaskia, grande bourgade des

Illinois. J'entrai d’abord dans la cabane, où avait logé le Père Marquette, et les anciens s’y étant assemblés avec toute la populace, je leur déclarai le sujet pour lequel j'étais venu chez eux, à savoir pour leur prècher le vrai Dieu, vivant et immortel, et son fils unique Jésus-Christ. Ils écoutèrent fort attentivement tout mon discours, et me remercièrent de ha peine que je prenais pour leur salut.

J'ai trouvé cette bourgade bien augmentée depuis un an; elle n’était auparavant composée que d’une nation, qui est celle des Kaskaskia, et il y en a huit à présent; la première ayant appelé les autres qui demeuraient aux environs de la rivière Mississipi,

qui sans doute 1barquons-nous fite de ta venue arque en même nous arrivâmes

linois ; description de toutes les nations.

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on ne peut pas bien se persuader le nombre du peuple qui compose ce bourg. Ils sont logés dans trois cent cinquante et une cabanes, qui sont aisées à compter, parce qu'elles sont rangées pour la plupart sur les bords de la rivière.

Le lieu qu'ils ont choisi pour leur demeure, est situé par les quarante degrés quarante-deux minules; il a d’un côté une prairie d’une grande étendue, et de l’autre quantité de marais, qui rendent l'air malsain et souvent couvert de brouillards, ce qui cause bien des maladies, etde grands et fréquents coups de tonnerre. Ils aiment cependant ce poste, parce qu’ils peuvent aisément de là découvrir leurs ennemis.

Ces Sauvages sont fiers de leur naturel , hardis et vaillants. Ils ont guerre avec huit ou neuf sortes de nations ; ils ne se servent pas de fusils, parce qu'ils les trouvent trop embarrassants et trop lents ; ils en portent néanmoins, quand ils vont contre des nations qui n’en savent pas l’usage, pour les épouvanter par le bruit et les mettre en déroute. Ils ne portent ordinairement que la massue, l'arc et le carquois plein de flèches, qu’ils décochent si adroitement et si promptement, qu’à peine donnent-ils loisir à ceux qui ont des fusils de coucher en joue. Ils portent aussi un grand bouclier fait de peaux de bœuf sauvage, à l'épreuve des flèches, dont ils se couvrent lout le corps.

Ils ont plusieurs femmes, et ils en sont extrêmement jaloux. Ils les quittent pour le moindre soupçon; elles se gouvernent bien pour l'ordinaire et sont honnêtement vêtues, non pas les hommes qui n’ont pas honte de leur nudité.

Ils vivent de blé d'Inde et d’autres fruits de la terre qu’ils cultivent dans les prairies, comme les autres Sauvages; ils mangent de quatorze sortes de racines qu'ils trouvent dans les prairies; ils m'en ont fait manger, et je les trouve bonnes et fort douces. Ils cueillent sur les arbres ou sur des plantes des fruits de quarante-deux espèces différentes, qui sont tous excellents; ils pêchent vingt-cinq sortes de poissons, entre lesquels est l’anguille; ile font la chasse aux bœufs, au chevreuil, au coq d’Inde, au chat, à une espèce de tigre et à d’autres animaux; ils en comptent de vingt-deux sortes, et de quarante sortes de gibier et d'oiseaux. On m'a dit qu’au bas de la rivière il y a des fontaines salées, et qu’ils en font du sel; je n’en ai pas encore vu l'expérience. On m'assure aussi, qu'assez proche de leur bourgade, il y à des pierres d’ardoise at sci belles que les nôtres. J'ai vu, en ce pays comme chez les Outaouais, du cuivre rouge, qu’on trouve comme ailleurs en morceaux sur les bords des rivières. Enfin on m'assure qu’il y a ici des rochers à bray, semblables à ceux que j'a vus au bord du lac Saint-Joseph. Les sauvages les coupent, et trouvent des veines comme argentées

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qu'ils pibent, et dont ils font une fort belle peinture rouge. Us rencontrent aussi d’autres veines d’où dislille le bray, lequel étant jeté dans le feu brüle comme le nôtre.

Voilà tout ce que j'ai pu remarquer en ce pays, pendant le peu de temps que j'y ai demeuré; voici ce que j’y ai fait pour le Christianisme.

Comme j'avais peu de temps à rester ici, ni étant veau que pour prendre les connaissances nécessaires à l’établissement parfait d’une Mission, je m'appliquai aussitôt à donner tout ce que je pourrais d’instruction à ces huit nations différentes, desquelles, par la grâce de Dieu, je me suis fait entendre suffisamment. J’allais pour cela dans la cabane du chef de la nation que je voulais instruire, et là, y préparant un petit autel avec les ornements de ma chapelle, j’exposais le crucifix, à la vue duquel je leur expliquais les mystères de notre Foi. Je ne pouvais pas souhaiter un plus grand nombre d’auditeurs, ni une attention plus favorable. Ils m'apportaient leurs plus petits enfants pour être baptisés; ils m'amenaient les plus grands pour être instruits. Ils répélient eux-mêmes loutes les prières que je leur enseignais; en un mot, après que j'eusse fait la même chose dans toutes les huit nations, j’eus la consolalion de voir Jésus-Christ reconnu par tant de peuples, auxquels il ne manquait plus que d’être bien cul-

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