IV. 1920. P. Hymans
(1) Et pendant ce temps, le canon tonnait, le sang coulait, les gaz asphyxiaient et empoisonnaient, les héros râlaient !... L'attitude d'une grande partie de la jeunesse belge pendant la guerre fut honteuse. Ce qu'il fallait, c'était « demander à la lecture, à l'étude, à la méditation, un dérivatif, un remède, un réconfort, une consolation » ; chercher à se perfectionner moralement et intellectuellement; et les mieux doués devaient préparer une rénovation intellectuelle à notre pauvre Belgique.
(2) Depuis l'armistice, le Belge a eu comme souci principal « d'épurer le pays », c'est-à-dire de le débarrasser des Allemands... Ce chauvinisme a été poussé tellement loin, que tout jugement, tout bon sens s'en trouvent oblitérés. A la suite de cette « épuration », l'ignoble statue Ferrer a été réédifiée avec l'approbation unanime des édiles « catholiques » (!?) de la charmante ville de Bruxelles. Or l'enlèvement de cette statue est certainement, parmi les choses exécutées par les Allemands, une de celles qui sont à l'abri de tout reproche d'une conscience parfaitement honnête et droite !
Est-ce avoir le souci d'une vraie « épuration » que de laisser inonder la Belgique de toute la littérature d'une perversité extrême, de la profusion des journaux et de livres d'une insolente et révoltante obscénité, que nous envoient nos chers et généreux amis français ? Est-ce épurer le pays que de laisser complaisamment des théâtres et des cinéma déverser quotidiennement l'immoralité et le vice dans des centaines de milliers d'âmes innocentes, même si ce poison est français ?
Que sont nos villes ravagées, nos usines pillées, nos biens volés, nos frères tués, à côté du peuple poussé l'athéisme, du vice triomphant, des enfants pervertis ? XI. 1918. R. P. Lintelo, S. J. (.../ 1919).
La mentalité excessivement chauvine qui sévit à l'égard des Allemands a eu comme corollaire (nous l'avons écrit en 1919) un déconcertant esprit de concession en faveur de tout ce qui n'est pas germanique, et . qui fait fermer les yeux sur les faiblesses coupables, sur les méfaits individuels et collectifs, sur les injustices les plus criantes. Depuis la guerre, le mot d'ordre des pouvoirs publics belges semble être : « tout laisser faire et laisser passer ». Aussi l'ordure s'étale-t-elle sans vergogne. La notion de moralité a disparu ou plutôt elle s'est dépravée. L'individu le plus dissolu, le plus dégoûtant est, même par des ministres, jugé « moral » ou « héroïque » dès qu'il porte des épaulettes, qu'il est chauvin et qu'il cultive la haine des Austro-Allemands, y compris les enfants à la Mamelle ! « Manque de moralité » l'ascète qui a une « haine insuffisante du Boche ». Morale neutre ou civique ! Beaucoup de professeurs d'Université, nous allions
La Belgique souffre encore toujours de la psychose de guerre... La Belgique caresse des plans impérialistes (1).
III. 1921. Het Volk (Amsterdam), journal nettement ententophile. Depuis la guerre, en Belgique, on constate annexionisme (2), impérialisme, attitude fanfaronne (3) et orgueilleuse. X. Les Belges pensent en bande ! Ch. Baudelaire (1821/67).
En Belgique, en l'an de grâce 1921, peut-on, sans s'exposer à mourir de faim, user du droit de ne pas penser comme le voisin ?