‹ Relations intellectuelles avec les Centraux? "Écrasons l'Infâme."Chapitre 175 sur 196 · XII. 1914. R. Rolland · texte numérisé non relu

XII. 1914. R. Rolland

Si les journalistes croient, par [leurs] insultes à l'ennemi, inspirer du courage, ils se trompent... Le dernier volontaire ennemi qui, dans un but de patriotisme mal compris mais exalté, tire sur nous, en embuscade, et sait bien ce qu'il risque, est de beaucoup supérieur au journaliste qui met habilement à profit le vent du jour et, avec de grands mots bruyants d'emphase patriotique, ne combat pas l'ennemi, mais crache dessus.

Revue Weissen Blaetter, n° de février 1915. L'insulte exprime la révolte débile et convulsive, plus que la liberté de la raison (2). 1901. J. Jaurès (1859/1914).

(1) Nous n'avons eu connaissance de cette belle pensée « du grand » Diderot que par la citation qu'en fit M. P.-E. J a n s o n. le 25 nov. 1920. devant un auditoire select. Sans doute, l'ancien ministre n'entend-il pas (non plus que Diderot) faire exception pour la haine de peuple à peuple.

(2) Jaurès s'élève contre les & mensonges de la presse, dirigée souvent par le capital véreux et qui, par calcul financier ou par délirant orgueil, sème la panique et la haine et se joue cyniquement du destin de millions d'hommes ».

La fièvre obsidionale règne... Qui ne veut point délirer comme les-

autres est suspect. Et dans ces temps pressés tout suspect est un

traître (1)... Les cris de haine des journaux aboyants font horreur et pitié. Quelle besogne croient-ils faire ? Ils veulent punir des crimes et sont eux-mêmes des crimes : car les mots meurtriers sont les semences de meurtres... A qui souffle la haine, la haine lui rejaillit à la face et le brû-e. Héros de cabinet, matamores de la presse, les coups que vous portez atteignent bien souvent ... les vôtres, vos soldats, vos prisonniers livrés aux mains de l'ennemi : car ils répondent pour vous du mal que vous avez fait; et vous vous dérobez !

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