CHAPITRE PREMIER
DÉMÊLÉS DE RAIMOND-ROGER ET D'ARNAUD DE CASTELBON AVEC LE COMTE ET L'ÉVÊQUE D'URGEL
I. Prise de la Seo par Raimond-Roger, comte de Foix. IL Paix d'Arnaud de Castelbon avec l'évêque Bernard de Vilamur
III. Guerres suscitées dans le diocèse et le comté d'Urgel par l'alliance
d'Arnaud de Castelbon avec Raimond-Roger (1203-1206). — Paix
définitive.
Prise de la Seo par Raimond-Roger, comte de Foix.
Epuisé par l'âge et par des travaux de toutes sortes, Arnaud de Perexens éprouva le besoin de se décharger des lourdes fonctions de l'épiscopat. Il en demanda la permission au pape, qui agréa ' sa requête. La situation critique faite à l'église par l'ambition d'Arnaud de Castelbon rendait fort important le choix du nouvel évêque. Il lui fallait un homme ferme et habile pour résister aux entreprises d'ennemis audacieux. L'inspiration du chapitre ne fut pas heureuse cependant. Les suffrages se portèrent sur Rernard de Castellô, esprit mou et inconstant, incapable de tenir tête aux difficultés de l'époque. Il le fît voir dès le début de son pontificat.
1. Cf. la lettre du 27 mars 119a de Célestin III au chapitre d'Urgel [Marca hisp., col. 1383, et Villanueva, Viage lift., t. XI. p. 62 .
Illi RELATIONS DES COMTES DE POIX AVEC LA CATALOGNE
Élu au printemps de 1 1 1>T> ', il abandonna presque aussitôt son siège épiseopal et se retira au monastère de Sainte-Marie d' Aspira au diocèse d'Elue. Il envoya de là sa démission au chapitre, la fondant sur son insuffisance et sur sa santé, qui l'empêchaient de remplir les devoirs de sa charge. Il revint, du reste, sur sa détermination et alla reprendre son siège avant que le chapitre eût nommé son successeur 2. Il se retira une seconde fois dans le même monastère et demanda au pape Gélestin III de le relever de ses fonctions. Innocent III, successeur de celui-ci, répondit '■'> à cette demande (8 décembre 1198). Les termes de la lettre pontificale ne sont pas flatteurs pour le prélat déserteur de son poste périlleux. C'est une véritable dégradation : le pape le prive à la fois du fardeau épiseopal et des honneurs qui y sont attachés : « a pontificali onere, pariter et honore, quœ. secundum traditionern canonicani, non sunt ah invicem regulariter separanda, sicut tu minus provide facere satagebas, qui, rejecta oneris sarcina, honorera tibi retinere volebas. » Une pareille faiblesse de caractère ne pouvait qu'encourager l'audace des ennemis de l'église ; aussi profitèrent-ils largement des circonstances pour lui faire subir les assauts les plus furieux.
Le Manual Digest donne 4 pour origine à ces troubles les ravages commis par le comte d'Urgel dans les possessions de l'église, principalement en Andorre. Impuissant à lui résister, Bernard de Castellô aurait invoqué le secours de Raimond- Hoger, comte de Foix, en lui promettant •' la seigneurie de
1. Son élection est mentionnée dans un acte du 21 juin de cette année.
2. Cf. deux actes du 8 mai et du 30 juin 1196 souscrits par lui (Villanueva, Viage litt., t. XI, p. 63).