PARIS, CHEZ L.-R. DELÂT, LIBRAIRE
9, RUE TROIfGHBT
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LA
RELIGION D'ARGH^T.
Un riche Ecossais, ennuyé du triste et froid climat de sa patrie, était venu s'établir dans un de ces riants villages qui bordent la Loire. Là, il vivait paisiblement au sein d'une nombreuse famille et mettait son plaisir à répandre, sur les habitants de ce hameau , autant de bienfaits que le lui permettait sa grande fortune. Aussi les paysans répétaient- ils sans cesse que cet hérétique, comme le nommait leur curé, faisait, lui seul , plus d'aumônes que n'en recueillaient toutes les collectes de l'église de leur paroisse. Le curé craignit que cette conduite généreuse, en gagnant les cœurs à ce protestant, ne diminuât d'autant leur amour pour la Sainte Eglise catholique. Il entreprit donc de prouver en chaire que tous les hérétiques, tant calvinistes que luthériens, sont condamnés, pour une éternité, aux flammes de l'enfer. Mais il comprit bientôt que tous ses arguments ne persuaderaient jamais aussi bien ses paroissiens que les libéralités du milord; aussi résolut-il de changer de batterie et de couper le mal par la racine ; et voici le moyen qu'il imagina : il forma le projet de convertir FEcossais à la foi de la Sainte Mère l'Eglise. Il lia, dans ce but, connaissance avec lui, et ne tarda pas à l'entretenir du danger que courait son âme et à le presser vivement d'entrer dans l'Eglise hors de laquelle il n'y a point de salu^
Le milord, soit pour un motif, soit pour un autre , esquiva loiM^temps la question. Mais enfin , un jour ^'ils se BHienaient tous deux dans son jardin bordant le rmÇe,. notre curé reprit sa conversation ordinaire et fut très-étonné de l'entendre cette fois lui dire avec un sourire amical : « Eh bien , mon cher curé , voyons , parlez- moi un peu de votre religion, afin que je puisse avant tout bien la connaître. Tenez, asseyons-nous là, ajouta-t-il en lui montrant un banc de gazon sur le bord de la Loire, et causons ensemble. Il est encore de bonne heure , le soleil se lèvei tout est paisible , nous n'avons pas à craindre d'être interrompus. Dites-moi donc d'abord, dans votre religion catholique, apostolique et romaine, que faut-il faire pour être sauvé? — Le Curé. D'abord, il faut recevoir le baptême. — Milord. Et combien en coûte-t-il pour être baptisé?— Le Curé. C'est à la générosité du parrain; cependant ici le prix est fixéà 45 sous. — Milord. Bien ; mais une fois le baptême reçu, que faut-il faire encore? — Le Curé. Il faut que l'enfant, parvenu à l'âge de raison, fasse sa première communion. — Milord. Et combien en coûtet-il pour faire sa première communion? — Le Curé. Ce sera à votre générosité; et... — Milord. Il ne s'agit pas encore de moi ; mais je vous demande seulement votre prix-courant ; que vous donnent ordinairement vos petits villageois? — Le Curé. Hélas! quelquefois seulementlin cierge d'une livre qui vaut à peine 3 francs 10 sous. — Milord. Bien ; 45 sous pour être baptisé, 3 francs et 10 sous pour la première communion; poursuivez. Que faut-il faire encore pour être sauvé? — Le Curé. Jeûner aux quatretemps Vigiles, faire maigre le vendredi et le samedi
de chaque semaine et pendant tout le carême. — MiLORD. Mais je vous avoue que nous. Anglais, nous sommes gros mangeurs, et surtout mangeurs de viande^ en sorte que, pour ma part, il me serait trèspénible de jeûner et de faire maigre; d'ailleurs ma santé...— Le Curé. Oh! dès que votre santé y est intéressée, on peut vous Dispenser des jeûnes et du maigre. Je pourrais vous citer même l'exemple récent d'un pape qui, pour récompenser un généreux fidèle qui lui avait fait don d'une tiare deG,000 francs, lui accorda, sur parchemin, des titres signés, scellés et paraphés, lui octroyant ledroit de faire gras toute sa vie lui et se$ descendants mâles jusqu'à la fin du monde. — MiLORD. Je n*en doute pas ; mais je n'ai pas de tiare à donner ; je vous demande donc ce qu'on donne ordinairement pour faire gras pendant le carême? -« Le Curé. Un écu de 6 francs. — Milord. Et pour les cinquante-deux vendredis et samedis, à proportion, n'est-ce pas?-— Le Curé. Sans doute. — Milord. C'est donc environ 15 francs par an, plus 6 francs pour le carême, cela fait 21 francs. — Le Curé. Vous oubliez les jeûnes. — Milord. C'est juste ; mettons 10 francs; c'est donc, pour m'éviter les jeûnes et le maigre, 31 francs. Bien; 45 sous pour le baptême, 3 francs 10 sous pour la communion, 31 francs pour les jeûnas et le maigre. Ensuite? que demande encore votre Eglise? — Le Curé. — D'aller à la messe tous les dimanches. — Milord. Et qu'en coûte-t-il pour entendre commodément la messe ? ^ Le Curé. Pour être commodément , tous pouvez louer une place dans le chœur : c'est 15 francs ; ou bien la loueâse vous donnera une chaise chaque dimanche matin pour 1 sou, excepté les jours de grandes fêtes : alors
elles valent jusqu'à 2 ou 3 sous. — Milord. C'est juste ; ces jours-là les fidèles montrent plus d'empressement à venir à Téglise, il faut leur en faciliter l'entrée en élevant le prix des sièges. Ainsi 1 sou par dimanche, cela fait 52 sous par an. Je compte 10 sous pour les chaises des fêtes solennelles, c'est donc la somme de 3 francs 2 sous par an. Que vous faut-il encore?— Lb Curé. 11 vous faut confesser au moins une fols Tan, je vous donnerai l'absolution de vos péchés, et il ne vous restera qu'à remplir la pénitence que je vous aurai imposée, comme , par exemple , de réciter cinquante Paier et cinquante Ave Maria,^^ HiLORD. Mais si , par hasard , j'oubliais de réciter mes Ave Maria et mes Paler, et qu'après un certain nombre de ces oublis il me devint impossible de m'acquitter de toutes ces pénitences arriérées, je ne pourrais donc plus être sauvé? — Le Curé. Si, bien ! vous auriez le moyen du tronc des indulgences, pour effacer de tels péchés. —Milord. Et que met-on dans le tronc des indulgences? — Lb Curé. De l'argent. — Milord. Mais combien?— Le Curé. Nous ne savons pas ce qu'y dépose chaque fidèle ; mais nous y trouvons quelques louis, un peu plus de pièces blanches, beaucoup de gros sous et encore plus de liards. — Milord. Eh bien, je prends le terme moyen et je note 12 francs pour mes pénitences. Mais à propos de tronc, dites-moi : j'en ai vu plusieurs dans votre église; que met-on dans tous? — Le Curé. De l'argent. — Milord. Dans celui contre la première colonne à gauche?— Le Curé. De l'argent; c'est pour l'entretien de l'église. — Milord. Et dans le tronc à droite? — Le Gvrè. De l'argent ; c'est pour les indulgences dn beurre et du lait pendant le carême. —
MiLORD. Et dans le tronc en face de la chairo? — Lb GiJRÈ. De l'argent; c'est pour le petit séminaire. — HiLORD. Et dans Tautre? — Le Curé. De Targent ; c'est pour la sainte chapelle de la Vierge .—Milord. Et dans l'autre? — Lb Curé. De Targent; c'est pour les frais da culte. ^ Milord. C'est très-bien entendu! Mais revenons. Que faut-il faire encore? — Le Curé. Au lit de mort, un bon catholique doit recevoir Textrémeonction. ^ Milord. Et que demandez-vous pour cela?— Le Curé. Rien. — Milord. Comment! rien? Pas possible! — Le Curé. C'est que, voyez -vous, quand on reçoit l'extrême-onction , on n'est pas loin de la mort, et alors vient Tenterrement. — Milord. Ah! je comprends, on paie tout ensemble : et combien l'enterrement? — Le Curé. Oh ! Ici , impossible de vous répondre d'une manière précise. Voulezvous ud, deux, trois, quatre prêtres? C'est 20 francs pièce. Voulez- vous la grande croix d'argent en tête? C'est 15 francs de plus. Préférez-vous celle en or? C^est 30 francs : avec le suisse, c'est 25 francs de plus. Nous avons aussi des draps mortuaires plus ou moins fins, plus ou moins riches, et par conséquent plus ou moins chers; on peut vous donner aussi les vieux de la charité, et les jeunes filles de la maison des orphelins, la confrérie des pénitents blancs ou des pénitents noirs, c'est à votre choix. Vous pouvez mettre à votre ensevelissement depuis 15 francs jusqu'à mille écus. — Milord. Je vous remercie de tous vos renseignements ; mais je vous demande seulement le prix ordinaire d'un ensevelissement, tout juste le strict nécessaire? — Lb Curé. Eh bien, i^ous ne pouvez pas vous passer d'un prêtre, de deux clergeons et d'une croix; ainsi, vous pouvez être
enseveli décemment pour 24 francs. — Milobd. £t .avec tout cela j'irai sans doute en paradis? ^ Le Curé. Non; mais probablement en purgatoire. — * MiLORD. En purgatoire ? Mais alors vous ne m*aurez pas sauvé, car vous ne pouvez pas venir me tirer de là? — Le Curé. C'est ce qui vous trompe : vous n'avez qu'à laisser par votre testament l'ordre de faire dire des messes au moyen desquelles du purgatoire vous passerez en paradis. — Miloro. J'entends, et combien coûte une messe pour un mort? — Le Curé. 30 sous. — Milord. Et combien faut-il de messes? — Le Curé. Je ne puis pas vous préciser exactement, mais plus vous en ferez dire, plus vous aurez de chances pour sortir vite de ce lieu de tourment. — Milord. Je comprends : comme les messes à dire s5nt le dernier argent que vous attendez d'une personne, vous n'avez pas voulu en fixer le nombre, afin de laisser plus de marge à la généreuse piété des parents. Vous êtes plus compatissants que la mort : elle referme la terre sur nous une fois pour toutes ; mais vous ne refermez jamais votre bourse. Mais comme je veux savoir à.quoi m'en tenir dès ici-bas sur mon salut éternel, faites une exception en ma faveur, et dites-moi enfin combien de messes on peut faire dire raisonnablement? — Le Curé. Une vingtaine ne peut pas vous nuire, et je crois... — Milord. Vingt messes à 30 sous, cela fait 30 francs. Maintenant, récapitulons ce qu'il faut faire dans votre église catholique, apostolique et romaine pour ^re sauvé :
Le baptême. ....... 2ljr. 050,
La première commùDion, pour un cierge. • ; . 3 10
Pour ne pas faire maigre pendant Je carême , 6 fr. par an» donc pour trente ans que je puis yivre encore. 180 »
Pour ne pas faire maigre le vendredi et le samedi, à 15 fr. par an , pour trente ans 450 »
Pour ne pas jeûner, à 10 fr. par an, pendant trente ans. .. . « . 300 »
. Pou|r les chaises du dimanche et des grandes fêtes, à 3 f r. 2 s. par an ,
pour trente ans 93 »
. Prix des indulgences pour mes pénitences arriérées. «..*.•• 12 »
L'enterrement ayec Textrême*
onction par*dessus ,24 . d
. Messes pour sortir du purgatoire. 30 »
l,094fr. 15s, Ainsi je puis être sauvé , aller en paradis pour la modique somme de 1,094 fr. et 15 sous ! Mais laissons làrironie, mon cher curé; je vous demande maintenant si vous oseriez encore, sans rougir, me proposer d'accepter une religion où tout se traite à prix d'argent; une religion où il me faut payer pour naître, payer pour communier, payer peur m'asseoir, payer pour manger, payer pour me marier, payer pour obtenir des pardons, payer pour vivre, payer pour mourir, payer encore quand je suis mort et enterré? Une église où je ne puis faire un pas sans voir la main du prêtre me mendier un sou ? Puis-je re-
connaître dans ce commerce de sacrements , dans cet agiotage de péchés rachetés par des pénitences, de pénitences rachetées par des indulgences, d'indulgences acquises à prix d'argent, la religion de Jésus-Christ qui recommande i ses disciples de n'avoir qu'un seul bâton et une seule robe ? Puis^je reconnaître dans cette banque de messes achetées par le fidèle au bureau d'un prêtre dé ville, qui les met en portefeuille pour les faire chanter sous es* compte de moitié prix par un pauvre prêtre de village, puis-je reconnaître là la religion de ce Jésus qui n'avait pas un lieu pour reposer sa tête, et dont le royaume n'était pas de ce monde? N*êtes-vous pas plutôt les fidèles successeurs de ces vendeurs que Jésus-Christ chassa à coups de fouet du temple de Jérusalem, en leur criant : « Ma maison est une maison de prière, mais vous en faites une caverne de voleurs?» Ce Jésus qui renversait les tables des changeurs, ne renverserait-il pas ces troncs suspendus à chaque pilier de vos églises ? S'il chassait les marchands de bœufs, de brebis et de pigeons, n*en chasserait-il pas aussi vos marchandes de ohàises ? S'il a condamné les pharisiens qui faisaient leurs aumônes pour être vus des hommes, ne vous condamnerait-il pas, vous qui forcez vos fidèles à se faire pharisiens, en leur envoyant demander par une belle quêteuse, à la main de laquelle ils n'osent refuser par vanité, l'argent qu'elle verse ensuite dans vos poches ? Et quels ont été les fruits de cet indigne trafic des choses saintes ? Vous vous êtes enrichis, j^en conviens; mais vous avez ruiné la religion en la livrant au mépris public. Le plus simple de vos pdro^ >^ siens crie dans tous les coins de rues à qui veut l'en-
tendre que tous faites votre métier, qu'il n'y a de place^dans votre paradis que pour les riches, que vous êtes pires que ces juges iniques dont la conduite fait dire que la cUf d'or ouvre partout; car, chez vous, la èlef d'or ouvre le ciel lui-même. Yotre avarice a tué la foi du peuple; votre ambition a éteint sa piété; et si ce peuple croit aujourd'hui plus à Voltaire qu'à Dieu, c'est vous-mêmes qu'il faut en accuser. Où trouverez-vous, dans leNouveau-Testament, un seul mot qui autorise tout ce tripotage ecclésiastique? Nulle part. Aussi, défendez-vous la lecture de ce Livre divin; car vous savez qu'il y est écrit : « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, car TOUS dévorez les maisons des veuves, même sous prétexte de faire de longues prières; c'est pourquoi TOUS en recevrez une plus grande condamnation, d Tous savez qu'on y lit que Simon, le magicien ayant Toulu acheter le don du Saint-Esprit â prix d'argent, saint Pierre lui dit : a Que ton argent périsse avec toi-même, puisque tu as pensé que le don de Dieu s'acquiert avec de l'argent I b Vous qui vous dites successeurs de saint Pierre, tous devriez imiter sa conduite, et faire cette réponse à ceux qui vous apportent l'argent d'une messe.
Mais laissons cela, mon cher curé: vous m'en avez dit assez pour me faire connaître votre religion, permettez-moi m^ntenant do vous exposer la mienne; cçlui de nous deux qui sera convaincu par l'autre pourra se décider avec raison à changer de religion.
Et d'abord la mienne n'a qu'une seule source, la Bible : qu'un^seul docteur, Dieu lui-même. Je laisse d^gôté votre tradition inventée par les hommes, Tptsp^ inHaillibilité prétendue du Pape, pour ne sou-
mettro mon esprit, ma conscience et mon cœur^jc^u'à la seule autorité de la Parole de Dieu. Yoilà un-, système de religion bien plus simple et une base de loi bien plus solide.
J'ouvre donc cette Bible, et dans les premières pages j'y vois, par l'histoire de notre premier père, que la race humaine est tombée dans le péché. En poursuivant cette lecture je découvre, par la conduite du peuple juif, qu'en effet les hommes ont ton* jours vécu daos le mal; enfin, quand je lis dans TAncien-Testament le Décalogue, et dans le Nouveau les préceptes de l'Evangile, je vois clairement que, sil'homme ne doit ni tuer, ni voler, ni dire une fausse parole, ni convoiter, ni concevoir une mauvaise pen-r sée, certainement tous les hommes, moi le premier, sont condamnés, selon la déclaration de cette même. Bible: a II n'y en a pas un seul qui fasse le bien, » et celle-ci : a Dieu les a tous renfermés sous la con-»^ damnation, d
Le Curé. Mais, Milord, votre religion est effrayante! — MiLORD. Attendez un moment : dites-moi d'abord;, votre conscience vous dit-elle que vous ayez fait le mal? — Le Curé. C'est selon... —Milord. Pas de, subterfuge 1 Répondez directement : avez-vous fait le mal, oui ou nonî-^ Le Curé. Eh bien ! oui. — MiLORD. Donc, comme moi, vous êtes condamné; car, encore une fois la Parole de Dieu Ta dit. — Le Curé. Et voilà précisément cequi m'épouvante! — Milord., Mais écoutez; voici ce qui vous rassurera. Maintenant que vous sentez la justice de votre condamnation. Dieu ne vous demande ni or, ni argent, ni jeûne, ni maigre, ni pénitence, ni macérations ; il ne vous, demande rien I II vous donne au contraire» et vous.
âonne graiuUemerU... — Le Curé. Quoi donc? -^ Mf LORD. Votre salut éternel ! Et si vous en doutez, écoutez ces paroles puisées dans la Sainte Bible: a Dieu les a tous renfermés sous la condamnation » afin de faire miséricorde à tous. Vous êtes sauvés » par la grâce et non point par lès œuvres. Dieu a » tant aimé le monde, quMl a donné son Fils unique » afin que quiconque croirait en lui ne périt point, » mais qu'il eût la vie éternelle. Quand nous n'étions x> que pécheurs, Christ est mort pour nous; Christ a » été fait pour nous sagesse, justice, sanctification et i> rédemption. Tenez et prenez sans or ni argent ! » Voilà qui est clair, je pense ? Je vous ni cité dix passages, j'aurais pu vous en citer cent et mille qai tous proclament que Dieu donne gratuitement et complètement son ciel à quiconque croit de cœur à Jésus-Christs Voilà de la générosité l Voilà de la grandeur ! Voilà de Tamour ! Concevez-vous quelque chose de plus grand ? de plus digne de Dieu ? Et comprenez-vous quelque chose qui mérite mieux le nom de religion ? Voyons : quel moyen inventeriez-vous, plus efficace que le pardon de tous les péchés, et le don absolu et gratuit d'une vie éternelle , pour émouvoir et gagner le cœur de Thomme à son Dieu? Dites-moi, cher curé, pourriez-vous ne pas aimer le Dieu qui vous aime de la sorte? Pourriezvous ne pas lui obéir en faisant le bien, en sanctifiant votre vie, en secourant vos frères? Ah I cher ami, si je vous ai paru sévère d'abord en jugeant votre religion, comprenez maintenant que mon intention finale était de vous désabuser de Terreur pour vous amener à la vérité , et que , si la vérité est quelque part sur la terre, elle doit être dans la
— ta —
doctrine qui nous enseigne que Dieu donne tout, dans le règne de la grâce, comme il nous a tout donné dans le règne de la nature. Le Dieu qui nous a donné cette vie passagère, nous donne la vie éternelle; le Dieu qui nous soutient en santé par sa providence, nous maintient en sainteté par son Esprit; le Dieu qui nous adonné un père, une mère, nous a donné un Sauveur; il donne tout, il ne vend rien, et c'est rabaisser le Créateur à la taille de la créature que de croire qu'il attend quelque chose de notre part, et (qu'entre lui et nous, comme entre deux hommes, peut se passer un marché !
Oh i cher ami, agrandissons nos pensées; au lieu d'abaisser Dieu à notre niveau, tâchons de nous élever à la hauteur de son amour. Comprenons sa grandeur, sa bonté, sa puissance, et disons-nous bien qu'il veut nous tout donner, si nous voulons tout accepter.
Oui, je puis le dire par expérience, si j'ai été rendu capable de faire quelque bien, c'est parce que mon cœur a été ouvert et réjoui par la foi à cette doctrine que j'étais sauvé ! vraiment sauvé ! pour toujours sauvé ! Et si vous désirez le savoir, voilà la source des bienfaits que je me plais à répandre sur votre paroisse.
Le Curé prit la main du Milord sans lui répondre, et après un moment de silence, il lui dit avec émo* tien : a'Au revoir ! d