AVIS
La prédication . commencée le 1 i avril i83o , a la maison de la rue Monsigny, s’est continuée jusqu'il la fermeture de la salle Taitbout, le aa janvier i83fj.
Nous n’avons pas toujours suivi Tordre des dates dans ce premier volume de prédications ; le caractère dogmatique dont elles sont empreintes nous a engagé à Les présenter dans une série didactique et à les grouper selon ï’ analogie du sujet qu’elles traitent. Cependant il y a nécessairement un rapport entre l’ordre que nous avons adopté et celui dans lequel elles se sont produites devant le public que nous avions à enseigner.
La labié des prédicat ton s placée à la fin du volume indique les noms des prédicateurs.
PRÉDICATIONS
LA BONITE NOUVELLE, f] >
Un grand spectacle a , pendant trois cents ans, rempli le monde. La philosophie luttait contre la religion corps à corps , et combattait avec acharnement tous les préjugés. Un spectacle plus grand se prépare.
La philosophie, extirpant des erreurs funestes, ruinant des superstitions honteuses, travaillait au salut de T humanité. Victorieuse, elle a recueilli les applaudisseuaens delà
multitude; dieu vu tous ses adversaires. à ses |>ieds , renversas, Nul ne pouvait plus lui disputer Pumpire. Elle avait fait la conquête du monde, et restait seule pour en faire les honneurs.
D’où vient qu’au jourdTÎui Fhumimité n>â plus foi à la philosophie , et qu’elle n’en attend plus le secret de ses destinées? JVou vient que , tombée do chute en chute jusqu’à I éelo dis m e , cet te resso urce désespérée ( i ) qui no Pa pas sauvée , la philosophie demeure sans influence et sans voix ?
C'esL qu’une pensée a surgi tout à coup, éclatante de lumière ; « La philosophie n’a jamais rien fondé; on tout temps elle n’a su que détruire, t»
Et alors Phümanité s’esf remis en mémoire la philosophie des Grecs démolissant pièce h pièce tout P Olympe homérique^ puis , quand le temps fut accompli , les disputes d’Athènes, et 1 éclectisme d’Alexandrie sc taisant devant la bonne nouvelle do Jérusalem.
Sons Ses coups dë In philosophie moderne , le mythe chrétien a été brisé* Le passé est vaincu sans retour. Qu f importe à I humanité qu on choisisse dans ses machines do guerre , et qu’on fouille dans son vieil arsenal, pour dire: ceci est une bonne épée, ceci une massue puissante. Elle n’a plus besoin do ses armes*
La philosophie déchue , quel dénouement possible au drame mystérieux ? ScraÎLce qu’à nos jours il était aussi réservé quelque bonne nouvelle? Les temps sont pressans et propices* ' Le voile du temple est déchiré; le sanctuaire
,(t) Expression de M. c<nmn ; prcfarc du Manuel , h Tènmmatw , pîCjjfi xij ' Sf’iilrmhrc i Sjrj V
est vide ; les oracles sont muets ! El le trône est brisé; !es rois sont partis; les héros morts! — La terre en silence aliène!" un sauveur* . * . .
Quelle parole sera dans la bouche des envoyés pour sc l.'nre connaître ? Car le langage aussi a perdu sa puissance , et tous ces mots , Dum . religion , prêtre, apùtve , ces grands mots qui long-temps ont régné sur l'humanité , comme les autres rois, convaincus aujourd’hui d’imposture , sont comme eux détrônés.
— Parmi ces luttes sans cesse renaissantes, au milieu des combats où s’épuisent tant de nobles courages, une parole de paix et de concorde , une parole qui fasse aux vaincus chérir leur défaite , et qui montre aux vainqueurs le prix In victoire •
Aux catholiques.
Apparaissez d abord , derniers défenseurs d’une religion qui tombe. Vous avez déploré, dans vos regrets amers, la décadence de celle Eglise qui devait établir sur la terre la poix et la Iraleruilé, — Réjouissez-vous ! Quand Dieu laisse détruire ses ouvrages , c’est qu’il réserve aux hommes des biens plus précieux , un bonheur plus durable.
Oui I vous aviez de légitimes douleurs ! Vous avez vu briser les tiens qui liaient tous les hommes nuis, et, dans votre détresse profonde , un instant vous avez pu croire
perdu tout le fruit des travaux de vos prédécesseurs.
Réjouissez-vous ! les (leurs se sont flétries, mais c’est pour faire place h des graines fécondes , h des fruits savoureux.
QumiJ on a renversé vos autels, à lanl de peine élevés pour Ici saloi des hommes , vous avez du verser des pleurs. Mais vous savez ! avec les autels sont tombés un même jour des trônes glorieux. Un même orage a ravagé . terrible , et le domaine de sainL Pierre et l'héritage de. César. Pour vous cette grande leçon doit-elle donc toujours demeurer incomprise ? Ali ! c’est que Dieu ne voulait plus de ce par lage impie. Comme il commande seul, il veut être seul obéi. Lorsque Rome s’écoule eu immenses débris , quittez son prince, quittez ce vieillard agonisant ;, trop fidèle symbole d’un passé que l'humanité répudie. Dès long-temps b sa bénédiction impuissante I’wmvem ni la vius (i) ne battent plus des mains ! Venez à Saiht-Siwon ! Jésus même , Jésus \ o us en convie. Vous aspirez au royaume de Dieu ! El, bien ! spirituel et temporel , science , industrie , beauxarts , nu nom du Dieu vivanL , Saint-Simox a tout pris , s’est emparé de tout! Ali! nous sommes bien plus théo-
craies que vous ! t
Ei a^illccir.% qu a vez-vous à donner à l'humanité - N ous
loi avez apporté tes première une promesse de paix et cl amour; niais que vous lui gardiez encore de promesses de haine cl de vengeance l
Selon vous, la vie est un chemin rapide , dont l issue est un pivtppice affreux. Malheur à l’homme faible qui succombe b l’attrait des plaisirs d’une vie. passagère qui ne recbcrebe pas, bien loin des joies do monde , I étroit sentier d’une austère vertu ! Un Dieu courroucé l’attend. ui bout.de la carrière. Lue fatalité cruelle le pousse incessamment
(il Urli et orbi, c’esv 1s formule sarrnmaüelle employé ,.ar [es sucres-
s cnrs de saiîH Pierre-
vers l’alitine oü (espoir ne raccompagnera pas. — Il voudrait quelquefois s’arrêter aux délicieux ombrages dont il est enchanté, — Non ! marche 1 point de repos; une force invincible * un poids invincible le pousse an précipice, — S'il pouvait retourner sur ses pas ! au moins s’il pouvait éviter cet affreux précipice 1 — Non! non! marche ! la loi est prononcée ! il faut marcher; marche h*, et ce refrain terrible le poursuit* retentissant sans cesse , signal de mort impitoyable (i)*
Que la parole Saint-Simonienne est plus grande et plus belle î
Humanité, fille de Dieu ! Humanité , reine du monde ! marche! Forte et radieuse, élance-toi vers F avenir qu’ont appelé Les vœux, Marche ! ta gloire est sans égale ; ta puiSs^ sauce est sans bornes.
Comme tes premiers pas sont pénibles et lents I Si faible et si chétive * que pour ras- lu contre tant d’en no mis conjurés pour ta perte? Les vents , les ondes, les rigueurs des hivers , les ardeurs de Pété, et les monstres des bois, et tes propres enfans , plus terribles encore ! — Environnée d’une horreur profonde, accablée cFun affreux désespoir , comment n’as-tu pas succombé ? — Marche! il y a eu loi une plus grande force que tous ces grands obstacles.
Voici déjà que le trouvant si bas, tu tTes crue déchue et tombée ; les pressentimens d’un meilleur avenir sont sî I puîssans en toi , (pie üi les as pris pour des souvenirs du. / passé! Ah ! lu béniras la destinée, lorsque Ph orizon agrandi 4 te permettra de voir le but qui le fui [imposé 1
Que de fois, apres avoir acheté de tes plus nobles sueurs.
(i ) Alhi^iou a un passage célèbre de Bû&sucL
du plus pur de ion sang cjue lq a -important progrès , épuisée du combat* itère de la victoire, que de fois tu refusas de croire tpi il lût possible encore d avancer! Que de fois tu voulus t’arrêter! — Non ! non ! marche! point de repos ; il faut marcher ; la loi est prononcée; une force invincible, un amour invincible, t’entraînent à 1 avenir.
L avenir est si beau , si glorieux J Par toi , par tes trnvaux, toute nature sauvage, devient domestique , ou plutôt sociale* À ta voix, les montagnes s’abaissent; les fleuves changent leur cours; les forêts , les campagnes t’apportent leurs tributs. Calme et superbe * je le vois dominer la tempête; tu règnes sur les vents; la foudre apprivoisée suit les chemins que tu lui as tracés ; des flots lu braves là puissance ! C’est toi quî as posé la digue , et c’est toi qui dis à la nier irritée : Tu viendras jusqu’ici, tu n’iras pas plus loin.
Chrétiens , dites-nous donc , les rois tombés conservent™ ils tant do puissance? Fille de Dieu , Renie du monde. Humanité ! non 1 tu n’es pas déchue* — Symboles du passé, traditions usées, transforme ss-vo us ! Que le baptême ne lave | plus la tâche originelle du péché, mais qu’au front du maître f de la terre il imprime I ineffaçable signe de sa grandeur J toujours croissante.
A CX L&SlTiMIë'fKS,
A votre tour , soutiens fidèles des monarchies du passé l Nous comprenons aussi vos regrets , et dans leur impuissance, nous respectons même vos désirs. Vous avez conservé la mémoire (le ces temps déjà si loin de nous , où
lo chef de l'état, unité suprême , loi vivante , ne connaissait sur la terre aucun pouvoir aussi grand que le sien ; et lorsqu’ après une terrible lutte vous voyez les partis consacrer leurs prétentions contraires dans des traités qui toujours manquent de garanties, vous ne comprenez pas comment l’humanité se peut ainsi prosterner , passive , devant ces textes morts , ces lois stationnaires , véritables idoles , construites de main d’homme , sans yeux et sans oreilles pour connaître les besoins toujours nouveaux de leurs adorateurs. Venez a nous ! Nous aussi nous avons peu de conliance dans ces chartes écrites , souverains de papier, si souvent détrônés. Venez , mais prenez garde ! Jîn nous donnant la main, vous avez Lien compris I dans l’avenir , le chef est de tous le plus puissant; mais c’est qu’il est de tous le plus capable. Rien ne résiste à sa loi I mais c’est qu’Ü a placé sa dernière raison, non dans le fer de ses soldats , mais dans l’amour de ses sujets. — A ce prix seulement vous serez avec nous.
Je sais bien que remplis des souvenirs de lu féodalité , Lout liers de la valeur de vos aïeux, vous avez peine à concevoir un état où la profession première ne serait pas celle des armes, un monarque qui ne mettrait pas sa gloire h conduire de puissantes armées, mais il combiner les efforts de 1 industrie et de la science. Écoutez Lui jour tomberont les barrières qui séparent les peuples; l’unité de race n’est point dans le passé : c’est la promesse de 1 1 avenir ! En ce jour suprême , seule de toutes les nations, / la V rance pourra conserver sur son front les lauriers qu’elle aura cueillis dans la guerre. Au milieu des chants qui célébreront le bonheur de la paix, mère glorieuse, elle racontera les travaux de ses uoblcs en fans morts eu combat la ut, non pas seulement pour elle, mais pour le
progrès de V humanité tout entière. Elle seule, elle seule, aux peuples attendris pourra montrer cette puissante épée qui , d’un bout du monde à Fautre , brisant les chaînée de l'esclave , punissant l’insolence du barbare , a rendu son nom cher à tous les opprimés , terrible à tous les oppresseurs.
Jusque là, défenseurs chevaleresques de la gloire de nos armes, conservez, s’il le faut, des senLimens belliqueux; mais ne l’oubliez pas : dans l’avenir plus de guerriers I Des prêtres, des savans, des industriels, voilà toute la société de Ijivgmr, Toute puissance et toute gloire à ceux q u l rendent les hommes meilleurs , à ceux qui les nourrissent, à ceux qui les enseignent. C’est assez que , depuis tantôt six mille ans, toute gloire et toute puissance soient à ceux quî les tuent.
AUX LÜUiRAUX.
Enfin j'arrive à vous , amans passionnés de la liber Lé î Hier encore nous étions dans vos rangs; nous n'aurons 'pas oublié la parole qui peut nous faire comprendre de vous. — Vous travaillez pour cet homme du peu [île J privé de tous droits politiques, et vous voulez, sans doute, après l’avoir doté de quelque éducation , faire descendre jusqu à lui votre urne électorale! Nous voulons, nous, tout organiser pour le faire monter, le plus rapidement possible, au premier rang, s’il en est le plus digne; sommes-nous pas autant démocrates que vous !
Nous aussi nous aimons la liberté. — LniraTÊ ! c’est le cri qui, Lmis cents ans passés, a troublé le silence qud
le clergé catholique, uni aux dynasties féodales * avait su faire autour de lui. Bien faible cri d’abord ! Cri perdu au bûcher de Jean IXus et de Jérôme de Prague; maïs qui , dès lors, d’un côté , do l'autre, en des cœurs généreux, trouva quelques échos. — Puis, c’est une clameur qui grandit menaçai! te * incessamment grossie, renforcée de toutes paris du gémissement des peuples opprimés. — Puis quand les temps sont accomplis, quand l’heure terrible, solennelle, inexorable, quand l’heure de la destruction a sonné : Liberté ! c’est Pédalant tonnerre qui frappe à la fois Prêtres et Rois. Au sein de 1 3 ouragan , Liberté ! Liberté l C’est une voix immense cjui couvre et le cri des mouraoa, et l’horrible fracas des palais et des temples eroulans I — Et main tenant qu’un jour plus calme a remplacé ces jours terribles , et que La tempête éloignée n’envoie plus des bords de Fhorizon que des bruits sourds et vagues, la royauté encore et la religion du Christ sur tous nos débris sont debout! Mais voyez ! Fœuvré est bien achevée l Car sur ce bandeau royal tout dépouillé de son antique éclat, et sur cette croix mutilée qu’un prêtre courageux s’efforce en vain de relever, le peuple a lu ce signe ineffaçable, signe de mort par la foudre imprimé : Liberté !
Fils, comme vous, d’une révolution sainte, libéraux ! républicains ! nous n’avons pas répudié nos anciennes amours. Ah ! nous sommes toujours remplis du ne admiration profonde pour ces hommes puissnns quî , dans des jours affreux , comprenant, acceptant une mission cruelle, ont su I accomplir jusqu’au bout. — Qui tiendrait mes paroles ? C’est Dieu qui parle en moi ! — Oui I nous avons des couronnes pour ces hommes divins, ces girondins, ces montagnards, quî, sans hésiter, sacri liant leur vie,
ou bien leur mémoire , ont assuré le salut de la France et de Pilnmanité,
Israël ! Israël , chante la gloire de l'homme puissant ! H était baffoué, honni , flagellé; il servait do jouet et de risée aux petits en fan s de ses ennemis; car il avait été surpris, terrassé, désarmé-..- Mais voilà qu’il o retrouvé le secret de sa force* Il se lève ! et tous les cœurs sont serrés d'épouvante. Il se lève ! Ah î sa vengeance sera inexorable* 11 est aveugle! mais plein d'énergie; ci, d'un bras auquel rien ne résiste , il brise la colonne du temple, et s'ensevelit dans un commun désastre avec tons les ennemis d Israël.
Q u' Israël chante sa gloire ! Maïs nous, qui venons après la destruction , nous qui voulons bâtir, bâtir à la place du vieil édifice un édifice plus grand, plus beau, plus magnifique, laissez- nous au moins prendre pour chefs des hommes qui voient clair. Qu’uUendez-vous de ceux qui briguent vos suffrages ? — Orateurs à la parole in lavissable, que voulez-vous de nous? D'un et d’autre côté , lorsque vous avez atteint le pouvoir, en fîtes-vous jamais un salutaire usage? Comment I lorsque les peuples gém î ssa ï en t , avo i r perdu se ize a n s en l i ers , c es ï l ro p sei z e ans ! à parodier dans vos combats d'en fans les combats des géàns ] Quoi ! toujours des discours ! Maïs vous n’avez plus l’oreille ni le cœur des nations l Allons , allons, faites place , et silence.
Laissez passer, c’est l'Humanité qui s’avance* Voici les messagers de Pa venir.
( il )