O DOUCEUR
Je sors dans la campagne, et chacun de mes pas fait trembler la rosée. Tout ce que je touche s'est hier endormi, comme une jeune fille ayant oublié doter ses perles : ou surprise par le sommeil, dans sa sueur nacrée, un jour d'été.
Près de la haie, aux boutons d'épine qui s'ouvrent, je vois une jeune femme qui sourit sur le pré; et les deux primevères de sa chair sont avec elle, l'un des enfants contre son genou, et l'autre sur sa main blanche, riant d'appuyer au sein rond sa ronde joue.
Tour à tour, elle les gorge de baisers comme une pigeonne, bec à bec, nourrit ses petits sans plumes. Là-bas, le blé vert lance dans le ciel sa balle qui chante, l'alouette. Et la haie d'aubépines est pleines d'étoiles fraîches.
Laisse moi un instant, o jeune femme, prendre place à tes côtés en toute douceur. Je ne goûterai pas de ton miel ; mais laisse-moi chérir l'abeille au travail dans la fleur sucrée.
La rose de la vigueur, tu la portes sur ta tige souple.
0 chère, l'ennui des matins sans sourire et la peine des soirées sans amour ne t'est point encore restée sur le cœur.
Je regarde comme au milieu d'un lac tes doux beaux yeux où l'amour, le simple amour se contemple lui-même, telle l eau d une fontaine avec ses cailloux bleus. Et je