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OMBRES ET FO RM E S

bat des ailes. Et le père ne se lasse pas de faire la nourrice. Un des gestes les plus ravissants de la nature.

0 nature, nature, pour quoi te faire tant aimer ? pour quoi tant d'amour ? pour quoi tant de beauté ?

Voici le soir. Avec l'ombre qui s'étend sur la prairie, le grand paon de la lumière finit de faire la roue au ciel occidental ; et sa tête est déjà cachée sous l'horizon.

Contre le mur du jardin, les capucines renversent leurs ombrelles vertes. Elles s'arrêtent, pour la nuit, sur la route de Compostelle. Demain, quand le soleil sera de retour, elles redresseront leurs parasols ; et après avoir chanté un cantique, elles reprendront leur voyage, les douces pèlerines.

Tronc, colonne, glaive ou hampe, la tige est une affirmation de la vie, une fois pour toutes : de la tulipe au pin, et du palmier au narcisse.

Et l'homme même est un arbre marchant.

Le grand pin est un guerrier trop vain, coiffé du pétase, mué en terme, ancré dans la terre, par la colère des dieux. Ils n'aiment pas ces fronts altiers. La racine avec ses suçons est le type éternel de tout ce qui veut

REMARQUES et cherche nourriture : le tronc veineux, les rues des villes, le parenchyme de la feuille, le delta des fleuves, et la source des rivières en filets innombrables. Il s'agit d'étendre en tous sens les tentacules de la vie. La pieuvre est une racine. La racine est un poulpe. La cellule, qui se dédouble et se répand, a la forme d'une racine qui obéit à une géométrie infaillible.

Les formes et les fonctions sont puissances les unes des autres. Le poumon est un arbre ; la feuille est un poumon. Partout, le jet du membre mâle, jusque dans le canon et son affût à roues. Partout, la bouche de l'organe femelle. Cette attente avide, cette chaude patience, qui demeure et qui aspire, qui demande. La feuille de vigne porte toute sa légende : elle est à la fois le double sexe qu'elle couvre.

0 beauté de tout ce qui touche à l'amour, beauté qui les contient toutes. Et ces niais voudraient nous en faire rougir ? Ces sots voudraient qu'on se tût sur le moteur éternel de toute la nature.

La nature ne vit que d'amour et pour l'amour. La nature est une machine à faire l'amour.

Il n'est science que de la nature. Il n'est vraie pensée que d'amour.

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