Remarques patriotiques /
M A lettre au Peuple , ou le projet d’une Caille patriotique, a ému les belles âmes. Elle a excité la critique des mauvais Citoyens. Ils oient même dire que le caractère français eft éteint , & que l’égoïfme eft actuellement l’efprit dominant de la Nation. Ah ! s’il n’a pas brûlé jufqu’à préfent pour la Patrie , il peut renaître de fa cendre. La France a peutêtre été trop fioriiTante jufqu’à ce fîècle ; elle a excité l’envie de toutes les nations, & pour un choc violent qu’elle éprouve ,
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faut -il qu’elle fe perde elle -même? O France, France! relève ton front altier, & n’infpire point à tes voifins le fentiment de la pitié. Que le Peuple, les Parle mens & le Roi ne forment qu’une même famille , & la Nation reprendra bientôt fa première fplendeur. Et vous, ennemis de vos frères , de votre Roi & du repos public ; étouffez cet efprit de révolte & de difcorde , qui n’entraîneroit que votre perte, 8c la chute de l’Etat. La misere n’a déjà que trop afliégé votre Pays ; craignez d’allumer les flambeaux de la guèrre, 8c de périr les premiers dans une infâme boucherie. Mes avis ne font point bifarres -, c’eft en employant les matériaux de la vérpé que je prétends démontrer le danger , le bon , & l’utile. C’eft une femme , qui ofe fe montrer fi forte , & fi courageux pour fon Roi , 8c pour fa Patrie.
V La France eft plongée dans la douleur j le Peuple fouffre , & le Monarque gémit. Le Parlement demande les Etats-Généraux , & la Nation ne s’entend pas. ils
font indécis fur la manière dé s’afTemblef. Toutes ces altercations font des entraves au falut que l’Etat attend de leurs lumières. Le Tiers -Etat avec raifon prétend avoir autant de voix que le Clergé &c la No* bleflè ; mais la dignité de ces derniers ne veut point entendre que les organes du Peuple font des voix auffi falutaires à l’adminiftration des Finances , 6c aux prompts remèdes qu’on doit porter à un mal qui s’empire tous les jours. Il me femble voir un malade dans fon lit , à qui il faut uné prompte opération. Un habile Médecin l’ordonne fur le champ $ mais les parens qui ont fouvent des vues contraires à celles du fage Médecin * demandent une ccnfultation de ce qu’il y a de mieux dans la Faculté , fur la manière de faire l’opération. L’augufte Afièmblée d’Efcirlape ne s entend pas. On dilîèrte long-temps j le mal devient defefpérc , ou le malade périt ; 6c le bon Médecin eft le 7'iers-Etat. Meffieurs les Nobles font l’augufte AîTemblée des Médecins , à qui je repréfente , avec
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les droits que mon fexe me donne , de laiffer de côté le rang , les titres , & ce vain préjugé de fes dignités idéales , & voler en foule faire l’opération du Royaume , chafler le mal , Ôc introduire le oien.
Voilà fur quelles conféquences il faut difcuter. La fupérioritë doit fe taire , & faire place à la raifon ; & dans une femblable calamité , Barons, Marquis, Comtes, Ducs, Princes, Evêques, Archevêques, Eminences , tout doit être citoyen , tous doivent donner l’exemple de cet amour patriotique au refte de la Nation , pour concourir enfemble au bonheur de l’Etat , Sc à la gloire de fon Pays.^
Le bien eft-il donc fi difficile à faire ? Oui, fans doute, les Parlemens & le Souverain en font la trille expérience ; mais je l’ai déjà dit, que le Roi & les Parlexnens ne forment qu’un même cœur , & l’ame de la Patrie fe fignalera. Et pour mieux vous toucher de cette vérité, Pui lances fupérieures aux peuples ,confidérez le tableau effrayant que je vais retracer a
vos yeux du plus grand nombre des citoyens. Le commerce eft écrafé, une quantité innombrable d’ouvriers font fans état &c fans pain , que deviennent-ils ? Pourriezvous en rendre compte fans frémir? Tout eft arrêté , le riche impitoyable cache fon argent ; vil infiniment de fa cupidité, peut -il prolonger lés jours, peut-ril les rendre plus heureux ? Ces tréfors dans i’inaétion , quel bien peuvent-ils faire à perfonne ? C’èlf à l’Etat qu’il faut les offrir, & les offrir fans aucun intérêt, tel qu’ils les plaçant dans leur coffre-fort; mais dans la caiffe de la nation , ils vous rapporteront un prix au-deffus de leur valeur, vos collatéraux, après vous, s’applaudiront de trouver dans votre fortune de tels recouvrement, vous leur laifferez •la gloire & l’honneur qui éterniferont votre mémoire. Si une fi belle viétoire n’émeut point vos âmes abjectes, craignez le défefpoir des malheureux &c des révoltés.
Vous ne fanriez vous le diffimuler, c’cft toujours fur les riches qu’ils portent leurs
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mains hardies & meurtrières , & fouven* dans îeUjÇj fureurs ils ne diftinguent pas les bons d’avec les médians. Dans un Etat de Monarchie, tel que la France * le peuple ne peut être heureux queutant que PEtat n’eft point obéré $ fa vraie çonftitution eft fondée fur l’amour de fon pays & de fon Roi : voilà les Francs, voilà leurs véritables vertus. Si elles n’exiftent plus dans la nation, la nation eft perdue , elle fera livrée pillage des brigands , & peut-être fou* jnife aux Puiffances ennemies,
C’eft donc à vous , grands , fages r bons citoyens à détourner les maux, que je redoute pour ma Patrie. Il fe peut que mon cœur pénétre fe foit trop aftarmé de fes craintes, & que cette crainte m’ait fait voir un danger évident. Ah , combien de fois les Etats fe font perdus , faute de prévoir les grands événemens ! Ce font de ces çaufes célèbres cm chacun eft intéreffé, & le parti le plus puiftfant doit entendre ôc recevoir, avec plaifir les avis du parti le plus faible. Oeft fur ies intérêts du publie
&c de l’Etat qu’il faut prononcer : mais en prononçant, il faut les unir 6c les accordei, & fi vous les divifez, vous les perdez tous deux. Je fais que dans un temps heureux les maximes de l’Etat font differentes de celles du public , 6c que la politique du Gouvernement ne permettroit point aucune obfervation relativement a lès aciminifirations y mais devenu plus humain eue politique, plus fage que vain , il écouté oc reçoit avec plaifir les avis de chacun, quand ils ne tendent qu’au falut général. Le premier inftant des têtes citoyennes produit quelquefois les plus grands revers ; mais leur retour fage 6c falutaire répare bientôt un inftant de fermentation. Tel qu’on voit actuellement les Arrêtés du Parlement. Le mal s’eft empiré par trop de zèle , mais ce mal peut fe réparer par ce même zèle.
Unifiez-vous donc, Meilleurs, 6c ne perdez point de vue l’impôt volontaire, 6c quel foible que foit l’Auteur dans fes rayons de lumières , ils n’en lont pas moins utiles pour le bien de la France. Souvent les
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moyens les plus fimples ont produit de grands effets ; craindroit - on de les employer, parce qu’ils font faciles ? Craindroit-on de les mettre à exécution , parce que c’eft une femme qui les propofe ? Craindfoit-on d’obfcurcir l’éclat de la Couronne , en offrant à fon Roi lui don pur & volontaire , quand il peut , à fon gré , créer des impôts ? Y a-t-il plus à fougir de recevoir de la part de fes fujets un fervice , que de les forcer la bayonnette au bout du fufil de vous l’accorder ? Il me femble que les impôts font ainfi exécutés, ou je ne me connois point en matière politique. Il me femble suffi que dans les temps de guerre , différentes villes maritimes ont offert au Roi des vaiffeaux qu’il a acceptés fans rougir, & je ne vois pas de différence dans le projet de la caiffe patriotique pour la dette nationale, ou je n’ai point l’ombre du fens commun. Craindroit-on que cet impôt n’eût point l’effet que j’en promets ? Et quand cela feroit,par ce moyen on s’inflmiroit du véritable ca-
race ère François. Cette expérience feroit peut-être très-utile à PEtat & à la Nation , & ce moyen facile , fans effet , donneroit fans doute des points de vues pour ceux qui conviennent actuellement.
Un Ecrivain fameux pourroit mettre plus de chaleur, plus d'énergie dans fes apperçus; mais il n'y fauroit mettre plus de confequence, plus de zèle, & plus d'amour que moi. Tout bon Citoyen a droit de donner fes idées dans le moment où fon pays eft dans la confternation la plus profonde. On ne doit rien cacher, & les Ecrivains les plus intègres doivent dire ce qu'ils voyent, ce qu'ils entendent & ce qu'ils fèntent. Je ne fuis d'aucun parti j j'ignore s'il en exifte quelqu'un véritablement; malheur à ceux qui en futcitent d'auffi nuifibles qu'extra vagans ; le bien feul, de mon pays, excite ma verve & enflamme mes efprits. Et vous, malheureux Citoyens , Peuple infortuné , voyez avec quel courage je m'expofe , pour mettre fous les yeux du Monarque
les tableaux effrayans de vos trilles foliations; oui, j’ofe efpérer qu’il en fera touché, & que les maux où vous a réduit fa Religion trompée , l’éclaireront pour l’avenir fur votre fort. L’homme ne s initruit que par l’expérience : &c vous, gran Roi, fouft'rez que je vous expofe ce que vous fentez fi bien ; que les vertus d’un véritable homme font toujours un bon Roi; que vous êtes né avec fes vertus, mais que vous fûtes trompé comme tous vos prédéceffeurs. Je fuis loin d’accufer vos miniftres difgraciés; ils ont été peutêtre de même que vous trompés, ou le font trompés eux-mêmes; mais combien leur malheur doit éclairer ceux d’aujourd’hui ; mieux difpofés , fans doute , e mauvais exemple n’influera pas fur leur noble procédé; la voix publique pourfuit actuellement les Miniftres jufques dans leurs retraites; quelle fatisfaéliqn pour l’honnête homme, de quitter le mmifteie avec l’eftime du Monarque, & 1 amour du Public ! Il faut aufifi convenir qu un
honnête Minière aura fouvent mérite l’un 1 autre , & qu’un fort contraire lui ravit cet avantage. On ne réufïit pas toujours a faire le bien; faites un mécontent , vous vous attirez cent ennemis. Il efi; impomble a un Miniftre de faire des heureux fans déplaire à perfonne ; fouvent le crédit & !a protection placent &c déplacent à leur gré , ou involontairement leuis protégés : les Princes & les Seigneurs affiègent fans ceffent les Miniilres de leurs recommandations. On veut fe tenir en place, les grâces font dans leur portefeuille; a trappe qui peut; Sc ce ne font pas toujours les plus fages & les plus honnêtes gens qui reuffliient. Le crédit des Grands influe, pour beaucoup, fur l’intégrité des Miniilres. La Cour ne devroit jamais rien demander aux hommes en place, puifqu’elle n’a pas des Commis, Ges Xnfpeéteurs pour s’informer fur le compte de fes protégés. J’aurois defiré qu’il me fût permis de citer, à cet égard, un fait mémorable de la part de la Reine,
&c qui caractérifè la bonté 6 c Pefpric de cette Princelle.
Affife fur le Trône, adorée du plus vertueux des hommes Sc du meilleur des Rois ; fon humanité bienfaifante la fera venir au fecours dés malheureux ; prives de force, d’afyle, & du neceflfaire, elle fera fans celle l’appui des vieillards, la confolation des veuves &c des orphelins.
O Reine toute puiffante ! & vous Roi des François , on vous a fait un faible récit des maux de vos Peuples; on vous •peint leurs peines, leurs misères, leurs chagrins , avec des couleurs favorables ; on évite l’occalion de vous affliger, &, pour foulager vos fujets, il faut vous affliger de leurs maux. La détreiTe de vos Finances vous fait éprouver quelques contrariétés ; vous fouftrez , parce que vous êtes inftruits que votre Peuple n’eft point heureux. Point heureux! Ah, Sire ! entre le bonheur & le malheur il y a une fituation foutenabk, & c’eft celle où vous croyez votre Peuple; mais celle qm
exifte & que je ne puis vous exprimer fans frémir , eft Tétât déplorable d’un tiers du Peuple , Sc du tiers le plus recommandable; les maçons, les hommes qui travaillent à la terre , qui n’ont pour toute fortune que les travaux de leurs bras pour nourrir leurs femmes &c leurs enfans. Depuis un mois que l’entrée de l’hiver s’eft manifeftée avec la plus grande rigueur, les travaux font arrêtés ; les malheureux ouvriers manquent d’ouvrage & de pain pour leurs enfans ; la plupart n’ayant pour afyle que d’afireux greniers; fans feu, fans feçours de perfonne; que deviennent -ils?
Des fcelérats involontaires , & que la nature &c la misère ont forcés au crime: ce trifte fpectacle fe repréfente à chaque inftant du jour. Il eft un autre genre de malheureux; ce font les vieillards. Ah!
combien leur fort m’intérefïè. Dans la belle faifon ils s’occupent encore de quelques travaux qui les aident à traîner le refte d’une miférable vie ; mais dans l’hiver , dans les gelées , les glaçons de
■l’âge n’cnt déjà que trop refroidi leur vigueur épuifée ; ôc n’ayant pas la force daller mendier leur pain , ils manquent des befoins les plus urgens de la vie. Ils s enveloppent dans des haillons , fur leurs grabats , &c on les trouve morts de faim, & gelés de froidure.
Un de ces infortunés vieillards avoir fend arriver fon dernier moment , un îefte -de courage le force à quitter une efpèce de taudis qu’on ne lui louoit pas moins un écu par mois. Comme il n’avoit pas de quoi le payer, depuis quelques tems, 1 affreux guichetier de ce cabinet, cent fois plus féroce que ceux des cachots , choifit le moment où ce vieillard maiheuteux étoit forti pour aller fe procurer un peu de nourriture; il monte, il a la cruauté de lui crocheter fa porte, & il eut la barbarie de lui dire, à fon retour, «qu’il ne coucheroit pas dans fa maifen qu il yy ne l’eût payé *>. Le malheureux vieillard n’avoit trouvé aucun fecours, & il étoit dix heures dufoir. En vain, il folli-
citoit fon hôte de lui donner l’hofpitalité pour la nuit ; ce tigre eut P affreux courage de lui refufer. Ce pauvre vieillard monta à la dérobée vers fon cabinet ; &,s'afïit, lur le pas de la porte de fon miférable taudis, où Pattendoit fa fin cruelle. Minuit n’étoit pas fonné, qu'il n’étoit plus de ce monde. On ne voit que femblable événement dans Paris ; le pain eft cher, les travaux ne vont plus , & les malheureux manquent de tout. Il y a cependant de belles âmes qui font de bonnes actions en faveur de l'indigence; mais c'eft dans des mains étrangères qu'ils font palier leurs bienfaits. Leurs dons font toujours mal diftribués, &: ce n'eft prefque jamais les vrais infortunés qui font véritablement fecourus dans Paris. Àh ! que ne peut-on fonder des maifons qui ne feroient ouvertes que dans l’hiver pour les ouvriers fans travail , les vieillards fans forces , les enfans fans appui.
O Reine ! ô jufte Monarque ! veuille l'humanité fouffrante que mon récit vous
touche en faveur des infortunés dont je viens de vous ttacer le déplorable fort ! La dette nationale éteinte , vous appuirez par votre bienfaifance cette belle institution; toutes les âmes pures & généreufes enverront , à cette adminiftration , des fommes immen-fes. On déchargera MM.
les Curés du pénible travail de foulager les malheureux , ils auront plus de temps pour fe livrer au culte de la religion qui s’affoiblit tous les jours (*). Les malheu-
(*) L’événement qui vient d’arriver récemment, prouve que le fond d’une bonne religion & non du fanatifme , rend les hommes vertueux & leur fait connoître de vrais remords.
Perfonne n’ignore que M. le Comte de G. a été déshonoré par le Sieur de M. , qu’il ofar l’accufer de différons crimes , entr’autre de lui avoir excroque une fomme confïdérable. L’Accufateur eut la force & l’art terrible de mettre quelques vraifcmblances dans fes accufations , & de convaincre les Juges de la malverfation de M. de G. Celui-ci tomba fous le poids de. la calomnie, les faux témoins ne prévalurent pas pour peu à le faire condamner à un opprobre éternel. Ses. biens furent confifqués & fon perfonnel dégradé d’honneur & de titre. Le malheureux M. de G. errant dans le monde, comme un fécond (Edipe, fans avoir commis de
reux
reux qifils vifiteroient iroient avec un billet de leur part fe rendre dans ces tn avions qui feroient tenues fainement &c proprement, elles ne fauroient obérer l’Etat, elles en feroient au contraire la richelïe, puifqif elles feroient confacrées à conferver les citoyens. On devroit même donner dans ces établiffemens de quoi entretenir l’émulation , on y occuperoit les ouvriers dans les faifons les plus érigoureufes , &c ces maifons pourroierù lé char-
-crime innocemment ni volontairement , traînoit une miférâble vie. Un nom fî fameux à la France , s’étciguoit dans l’opprobre & dans l’infamie , quand un Dieu jufte Sr. protecteur des victimes , fe préfenta tout vivant au pied du lit de mort de Mad. de M. Elle avoua à fbn ConfefTeur d’être la complice de tons les forfaits de fon époux contre M. le Comte de G , & lui ajouta -• « qu’elle ne fnoùrôit » point fatisfaite, lî elle n’avouoit publiquement fon Crime, )* pour rendre à M. de G. ce qui lui étoit d&. b
Le ÇonfelTeur n’eut -garde d’empêcher Un îl noble projet , qui donnoit un lî grand exemple de la bonne religion % cil® dît appeller un Notaire &: fon époux, & lui dit en prêfence de l’homme de loi 6c de l’homme d’églifè. « Je vais . Moniteur , me féparer de vous & de la terre ; un génie » malfaifant m’infpirat le dclir coupable de vous féconder
ger de beaucoup d’entreprifes. Les veuves des ouvriers qui perdent leurs maris fubitement, trouveroient dans ces afyles un prompt lecours pour elles & leurs enfans. Combien de fois n’a -t- on pas vu de ces infortunées qui perdent leurs
î) dans votre entreprife contre M. de G. Un Dieu vengeur » m’infpire & m’ordonne aujourd’hui de de'voiler votre *>crime , *& r«îe rendre à l’innocent ce qui lui appartient; i> j’ai fait appèller Monfieur , ( en regardant le Notaire ) » pour dép'èfer entre fes mains l’aveu que je fais: vous •> allez le figner ; donnez -moi cette preuve d’attachement, » afin que ma confcience ne me pourfuive pas au-delà du » trépas , & que je puiiïe mourir en paix. » Quel eft l’époux barbare qui réfiftera à rendre à la vertu , à la religion , dans un moment aufiî touchant, tout ce qu’il leur doit. M. de M. n’eut pas le front de démentir fon époufe , & pénétré fans doute de ce terrible fpeétacle , de voir que l’homme à fon dernier moment fe détachoit du préjugé de la vie , du faite qu’il met à cacher fes crimes & qui ne peut rougir de les avouer aux hommes , dont il fe fépare pour aller éternellement habiter auprès d’un Juge , à qui nul mortel ne peut en impofer , M. de M. avoua tout , & figna le teftament de fon époufe , qui mourut quelques heures après. M. le Comte de G. a été réhabilité , & M. de M. a été renvoyé du Corps dans lequel il fervoit depuis trente ans. Mais l’infortune de fon adverfaire juftement attirée, & la réhabilitation de la jultice lui rendra-t-il fes biens ?
foutiens dans un bâtiment, dans une carrière ou dans une foffe ; elles relient avec plufieurs enfans fans fecours , & fouvent elles font enceintes , quand on leur apporte leur maris morts fur un brancard. Ce fpectacle émeut quelques âmes le premier
Pourront-ils effacer de fou ame les maux qu’il a foufferts?
Ah ! fans doute , ce nom deviendra plus fameux par la cataftrophe même qui l’avoit obfcurci.
Ce fait eft remarquable, & je n’ai pas dû le négliger, pour prouver que la bonne religion ramène toujours les hommes à leurs devoirs. Il y en a qui n’en ont aucune „ que celle de la nature , & qui n’en font pas moins de fort honnêtes gens. Dieu ne l’établit pas fans doute pour les hommes qui font naturellement bons ; mais comme ils font compofés de méchàns ! un dogme devint indilpenfable ÿ r chaque nation s’eft fait un culte différent , & comme je l’exprime dans mes Rêveries patriotiques ; qu’importe l’opinion des hommes , pourvu que leurs opinions différentes s’adreffent toutes à la fois au même Dieu.
C’eft donc à tous les Miniftres de la religion à maintenir le facré cara&ère de la loi de Dieu, à donner de bons exemples , 3c à veiller fans ceffe à la coniervation de cette loi : toute autre adminiftration leur do.t être interdite.
jour; mais comme tout eft l’affaire du moment à Paris , les infortunées .veuves relient quelques temps après, fans fecours , fans pain , quand leurs enfans en leur tendant les bras leur en demandent à grands cris. Et dans les fortes gelées , ces enfans meurent en proie à des tourmens affreux , qui ajoutent encore à ceux de leurs mères.
O Sire ! vous qui connoiffèz quelle ell la tache d’un bon Roi , donnez , par votre bienfaifance , l’exemple à tous les Potentats de la terre , de fecourir leurs Peuples dans les momens de calamité ! Àpprenez-leur encore à corriger les abus , & fur-tout à recouvrer l’amour de leurs Sujets , quand ils l’ont perdu injuftement , à régler leurs d 'penfes fur leurs revenus , à mettre quelques millions de côté , pour fecourir les infortunés, dans les temps de crifes funeftes à la Patrie , comme maladie épidémique, grêle, gelée, inondation, famine, pour parer les fléaux , dont la foi’ble humanité n’eft que trop fouvent accablée , &
à fairedes exemples effrayans de ces Agioteurs infâmes qui , fans Tordre du Gouvernement , & à Ion infu , dévaftent le Royaume des bleds, & des farines, fouvent en faveur des ennemis de TEtat.
Six mois dans un Château fort , où Ton met ordinairement ces ennemis du genre humain, peuvent-ils les corriger?
C’eft à la Reine, à qui je foumets mes réflexions patriotiques , & à qui je les dédie ; fous la protection elles auront i’efiet que je dois en attendre. C’eft en vain qu’on voudroit m’effrayer qu’elle n’en recevra point l’hommage. Elles peuvent peut-être bieffer fa dignité , mais non pas fes vertus. Simple particulière , & n’ayant aucune voie , qui puiffe m’approcher de fa Majeflé ; ah fans doute , le motif louable de cet écrit arrivera jufqu’à elle > & je ne défefpère point de le voir imprimer avrec fon nom à la tête, qui prouvera combien elle aime les François , &c combien elle encourage ceux qui s’occupent du bien général.
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Et vous , Sire, vous ne fauriez condamner les moyens utiles que cet écrit vous offre, & qui vous dira, jufqu’à la fin , ce que vous penfez vous-même pour le bien de votre peuple ; vous aimez l’ordre & la fobriété ; c’eft donc à yotre fagefie à fe faire rendre compte tous les ans , par vos Miniftres , de vos dépenfes & de vos revenus , & , fous quelque prétexte que ce foit, ne pas permettre que les dépenfes excèdent les revenus; c’eft avec cette conduite , cette févérité , que vous maintiendrez la gloire de votre trône inébranlable, que les ronces & les épines n’ont que trop entouré; mais bientôt. Sire, vos vertus les fouleront à vos pieds , & vous verrez naître à la place les lys &c les rofes. Il n’y a plus de barrières effroyables pour arriver jufqu’à vous ; les Citoyens ne font plus gênés , plus obfervés , plus enfermés pour dire la vérité; & lorfque cette vérité eft le fruit du bien, vous jettez un œil de bienveillance far l’Ecrivain eftimable, & les intègres Miniftres, qui fécondent vos
defTeins , n’emploient plus leur crédit pour nuire à perfonne.
Les calamités de la France ont afiéété mon ame , l'ont pénétrée du noble projet de préfenter des lumières qui ne fauroient nuire , &c qui peuvent produire le bien de l'Etat. Elles peuvent faire reconnaître d'où part le mal , les inconvéniens qui ont arrêté trop long-tems la France à fe tirer du mauvais pas où elle eft ; j'ofe infifter fur le premier moyen que j'ai donné de la Caiffe patriotique , conforme aux vœux de l'Auteur de VEtat libéré avec qui je me fuis rencontrée fur cet objet, & dontfje m'applaudis , puifque cette rencontre prouve que les véritables François penfent tous de même ; j'ofe afïurer que ce moyen eft le feul bon , le feul praticable & le feul qui ne déplaira à perfonne ; j'ofe attefter que l'efprit François renaîtra à Pouverture de cette CaiiTe. Le Roi , l'Etat,, les Parlemens &c le Peuple, doivent, dans, cette circonftance , fe, réunir enfemble pour foucenir fa gloire Sc foi* nom. Ah ! qu et
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moyen eft plus propre pour former cette union que cet impôt volontaire que je propofe encore ! Voyez ce que vient de faire Quimper ; cette petite Ville s’eft im~ mortalifée. Mais il faut convenir que les habitans en font grands , généreux , enfin véritables François. Ils offrent à leur Prince une fomme que les grands , les riches & les pauvres, ont formée enfemble au profit de la dette nationale ; cette offre eft faite comme de refpectueux enfans qui viennent au fecours de leur père , dont la fortune eft obérée; c’eft précifément mon projet, ou celui de VÊtat libéré \ Ah ! fans doute , toute la France imitera Quimper ; il n’y aura pas jufqu’aux hameaux qui n’apportent à cette Caiffe»
Les têtes mal-organifées prétendent que l’égoïfme règne feul en France ; mais fi cet égoïfme empêçhok la perte du royaume , je dirois que cet efprit pourroit encore régner long-rems; cependant comme chacun eft intérefîe à cette perte , cet efprit difparoîtra àPouverture de la Caiffe patriotique.
Elle exterminera cet affreux égoifme, qui tient le François dans l’inaéfion Sc dans un abandon d’idée épouvantable ; on verra auiïl-tôt l’amour des François & la gloire de fon pays fe ranimer pour fa patrie. La richeffe de l’Etat eft la pierre fondamentale du bonheur du peuple. Le peuple me dira-t-on, eft écrafé, comment donc pourrat-il relever l’Etat? Audi n’eft-ce point l’intention du Monarque d’achever de l’accabler ; il n’aftemble fes Etats-Généraux que pour le foulager. Mon impôt volontaire ne tend qu’à fléchir les riches ; ces fouverains de la fortune à qui je repréfente les dangers de la nation , leurs dangers particuliers : fi le peuple défefpéré fe livroit au dernier excès, que deviendroient-ils eux-mêmes? Ne feroit-iî pas plus beau &c plus falutaire d’offrir à l’Etat des réferves immenfes que les favoris de la fortune cachent dans le fond d’un coffrefort? Ajoutez à cet impôt ceux que le Roi a droit d’impofer fur toutes les entreprifes &c grâces accordées par Sa Majefté ;
tout ce qui eft grâces , entreprifes , privilèges, appartient au Roi, & fans obérer fon peuple , il peut faire les rétributions à Ion gré fur ces objets. Par exemple, fur l’article des Spectacles , où je vais me permettre des réflexions utiles ôc profondes.
Apres avoir porté mes yeux fur les établiflèmens utiles des hommes dans mes rêveries patriotiques, je n’en dois pas moins blâmer l’excès , dans cet ouvrage : on a trop multiplié les Speétacles.
Il ne devroit y avoir à Paris que quatre Speétacles , favoir : deux François, l’Opéra, les Italiens, & un Tréteau feulement pour le peuple. J’obferverai cependant que dans cette circonftance il faut les lailfer exifter tous , & , s’il étoit pofllble , les augmenter encore. On pourroit faire de leurs excès un profit , pour contribuer à libérer la dette nationale. Jamais le Spectacle n’a été plus couru qu’aétuellement : on fe prive des befoins néceflaires , pour le procurer ce plaifir; l’Etat eft obéré, 3e peuple eft écrafé : excepté les Comédiens Fran-
çois Sc Italiens Se les Directeurs des petits Spectacles , tout eft plonge dans la détreil’e.
Une actrice doit -elle avoir un état de maifon & des voitures comme une Princeffe du fang ? Un Comédien une Seigneurie Se un équipage de chalie ainü qu’un Prince ? Ah ! fans doute Molière fe feroit bien gardé de fe donner ce ridicule. Quoique je critique ceux de nos jours , je les crois trop fages Se trop raifonnables, pour ne pas goûter la juftice de nies obfervations.
Il y a des Comédiens dont la conduite régulière édifie les perfonnes les plus refpectables. Alors le préjugé ne tombe nullement fur eux. Se j’oiè croire que quand on s’empareroit de la moitié de leurs profits tous les ans , jufqu’à la liquidation de la dette nationale, ils n’en murmureroient pas.
Les privilèges des Comédiens ne font-ils pas des bienfaits du Roi ? S’il eft le maître de réduire les penfioas, n’eft-ii pas le maître
de prendre les fpeéfacles au profit de l’Etat ? Tous les Corps feront des offres au Gouvernement, excepté ceux des Comédiens:
il faut donc leur indiquer de rendre à Ccfar ce qui appartient à Céfar. En mettant les Comédiens François & Italiens au f<n/xdes acteurs de l’Opéra , feroient - ils bien à plaindre ? Quand les Direéteurs des petits Ipeétacles n’auront qu’une penfion de fix à fept mille francs, les voilà bien malades? Quand le Monarque réduit fa dépenfe , des Comédiens pourront - ils craindre de l’àbaiffer ? • •
Les Etats-Généraux aflèmblés, jetteront leurs vaffes lumières, fur tout ce qui pourra contribuer à acquitter les dettes de l’Etat. Pourront-ils s’empêcher de jetter les yeux fur les fpeétacles Sc fur les profits immenfes des Comédiens, fur l’utilité de la contribution qu’on a droit de leur impolèr ? Le Public ne fe plaindra point de cet impôt , & il y applaudira , au contraire , de grand cœur. On ira encore avec plus de plaifir au fpectacle
Je voudrois que les Ipeffcacles de province fuffent impofés à cette même contribution, ainfi que ceux de la capitale. On a mis en régie les polies, les meffageries , les diligences, les cuirs, l’amidon > &c en laiiTe jouir les Comédiens d'une fortune immenfe, tandis que le génie des Auteurs appartient elTentiellement à la Nation, &: peut contribuer à réparer fes pertes, car le produit des théâtres eft immenfe , & le profit qu’on pourroit en prélever, fans faire tort aux aéleurs, iroient à plus de quatre millions par an , Sc je préfume que ce profit iroit auffi haut que celui des loteries.
Je fuis loin cependant de prétendre de mériter feule l’attention du Gouvernement & de mes compatriotes, dans ces remarques patriotiques. Des hommes bien plus inftruits que moi fur la politique des Gouvernemens peuvent en faire de plus utiles, mais j’en reviens à mes remarques. Dans mes rêveries patriotiques , j’ai rencontré tant d’hommes oififs dans les grandes villes qui ne font qu’entretenir la mollcfiTe & les