IV. — BALÆNA BISCAYENSIS
Balæna glacialis, Klein??? — Bal. Lamanoni, Desmoulins. — Bal. biscayensis, Eschricht.
1. Les différentes pièces que nous attribuons à cette espèce ne lui appartiennent peut-être pas toutes; elle paraissent cependant ne pas provenir de la Baleine franche et remontent à des
A) D'origine inconnue. Pièces depuis longtemps conservées dans les collections ou antérieurement placées dans des églises de Paris.
N°1. — Deux maæxillaires inférieurs, plus robustes et plus courts que ceux de la Baleine franche, offrant une autre courbure et dont l'extrémité symphysaire ne présente pas le caractère de demi-torsion propre à cette dernière.
Leur apparence, comme celle de la plupart des os que nous énumérons sous le nom provisoire de Z. biscayensis, n’est pas sans analogie avec les parties correspondantes étudiées chez les B. australis et antipodum, et les trous naturels qu'on y remarque ont à peu près la même disposition, ce qui constitue une nouvelle différence par rapport au Balæna mysticetus. Ces maxillaires ont environ 4",20 de longueur. Peutêtre sont-ils du nombre des grands os de Baleines autrefois placés devant l’église basse de Saint-Denis, située à Paris dans l’île de la Cité, et que le Ministre de l’intérieur à mis à la disposition du Muséum en 1806, lorsque l’on a décidé la démolition de cette église. L'église basse de Saint-Denis se trouvait auprès de la rue du Haut-Moulin, rue qui a également cessé d'exister et faisait partie des emplacements où l’on bâtit en ce moment le nouvel Hôtel-Dieu.
N°9. — Les sept vertèbres cervicales et la première dorsale réunies par synostose.
Lacépède, Cétacés, p. 133, pl. vi, fig. 1. — Cuv., Oss. foss., t. V, part. 1, p. 380; pl. xxvi, fig. 18. — Van Beneden, Ostéographe, p. 80 et 104, pl. vu, fig. 8-11.
Lacépède a attribué à tort ces vertèbres au Rorqual échoué à l'île Sainte-Marçguerite, en face la ville de Cannes (Var); mais leur caractère de synostose ne permet pas de supposer qu'elles soient d’un animal de ce genre; c’est ce que Cuvier n’a pas tardé à reconnaitre, et il les
époques où l’on n'avait encore reçu aucune partie du squelette des Baleines étrangères aux mers d'Europe que nous possédons aujourd'hui. La détermination que nous en dornons n’est que provisoire.
signale dans son ouvrage comme appartenant au sous-genre des Baleines proprement dites, mais à une espèce très-différente de celle du Cap et moins grande ".
N° 3. — Omoplale droite, qui est restée longtemps exposée aux intempéries de l'atmosphère; sa forme la rapproche de celle de lespèce du Cap; mais elle a aussi de l’analogie avec celle figurée par M. Lilljeborg, sous le nom de Hunterius Svredenborgüi*, nom qui peutêtre fait double emploi avec celui de Balæna biscayensis.
N° 4. — Tête épiphysaire d'un humerus droit. Depuis très-longtemps dans les collections ; avait été autrefois classée parmi les fossiles.
N°5. — Un radius gauche. Depuis longtemps dans les collections ; sa teinte brune, résultant peut-être de ce qu'il a séjourné dans l’eau, l'avait fait aussi classer parmi les fossiles.
Longueur de los, 0",50 ; articulation humérale, 0",54; articulation carpienne, 0",24. La forme générale indique un animal du groupe des Baleines proprement dites; mais los est plus court que dans la Baleine franche et paraît d'un animal plus trapu.
C) Pièces, provenant des anciennes Baleines du golfe de Gascogne, retrouvées à Biarritz ; certainement de BALÆNA BISCAYENSIS.
N° 1. — Fragment d'os. Don de M. P. Fischer.
N° 2 à 4. — Trois fragments de côtes. Don de M. P. Fischer. Les côtes dont ces fragments osseux proviennent sont remarquables par leur épaisseur et leur apparence cylindrique.
D) De la Baleine trouvée dans le sol, rue Dauphine, à Paris. (BALÆNA
LAMANONI) *.
4. M. Capellini a signalé récemment comme appartenant à la même espèce, ou tout au moins à une espèce peu différente, la région cervicale, soudée avec la première dorsale, d’une Baleine du pliocène des environs de Bologne, actuellement exposée dans le musée de cette ville où j'ai pu l'examiner.
2. Nova Acta Soc. Upsaliensis, série 4, t. VI, pl. 11, fig. 412 ; 1868.
3. La portion de crâne décrite par Lamanon appartient maintenant au musée de Tayler, à Harlem, mais nous en avons le modèle réduit que ce savant avait fait faire pour le cabinet de l’ab-
N° 1. — Palatin droit, pas entier, extrait du sol, en 1859, pendant les travaux exécutés entre la maison n° 12, de la rue Dauphine,
et celle n° 13 de la rue de Nevers, à cent et'quelques mètres du quai
baye de Sainte-Geneviève. Voir Lamanon, Journal de physique, t. XNIT, p. 393, pl. 11; 4784. — Daubenton, Hist. de l’Acad. des sciences, 1785, p. 211. — Cuv., Oss. foss., t. V, partie 1, p: 393, pl. xxvir, fig. 16.
Cuvier parle de la Baleine de Lamanon dans le chapitre de son ouvrage qni est relatif aux Baleines fossiles et, après avoir dit qu’on pourrait être tenté de croire que les pièces sur lesquelles cette détermination repose « étaient simplement de Baleine franche, et même qu’elles auraient été autrefois apportées par les hommes », il ajoute : « Mais indépendamment de l’état du sol où elles furent déterrées, je ne les trouve pas aussi semblables à la Baleine du Groënland par le détail des formes que par la grandeur et par l’ensemble des proportions. ..... Il y a donc la plus grande apparence que c’est encore ici un fragment de Cétacé d’une espèce jusqu’à présent inconnue, mème parmi les fossiles. »
Quoique l'on n’ait pas une notion bien précise de la nature du terrain où ces os étaient enfouis, je doute qu’ils aient été trouvés dans un sol naturel et surtout dans un sol ancien. La localité dont ils proviennent et où l’on en recueillera certainement d’autres a fait partie des anciennes berges de la Seine et les eaux ont dû l'envahir souvent antérieurement à l’état actuel du même quartier. Il est également probable que les hommes ont pu en modifier les conditions, et, si je fais entrer en ligne de compte l'apparence plutôt humatile, c’est-à-dire d'enfouissement artificiel, que fossile ou d'enfouissement naturel des os eux-mêmes, je crois pouvoir assurer que ce n'est pas là un gisement d'époque diluvienne, encore moins un gisement d'époque tertiaire, et j'en reviens à l’idée abandonnée par Cuvier, que les os de la Baleine de la rue Dauphine « auraient été autrefois apportés par les hommes ». Il me paraît, en effet, probable que c’est par eau et comme objets de curiosité ou comme matériaux destinés à l’industrie qu’ils ont été amenés avant d'être abandonnés et enfouis la où nous les trouvons. Comme ils sont évidemment d’une Baleine proprement dite, différente par son espèce de la Baleine franche, on est naturellement conduit à se demander s'ils ne proviennent pas de la Baleine de ce groupe que l’on péchait autrefois sur les côtes de l’Europe tempérée, c’est-à-dire de la Baleine des Basques. C’est d’ailleurs une opinion qui ne contredit pas l'examen du petit nombre de pièces que l’on possède.
Le quartier de Paris où ces ossements ont été déterrés n’a reçu sa distribution actuelle que sous Henri IV, vers l'année 1607. Il fut obtenu par suite de l’expropriation des Grands-Augustins et des abbés de Saint-Denis, qui en avaient fait l'acquisition des Frères sachets, ordre mendiant qui l’avaient eux-mêmes reçu de saint Louis en 1261. Sous les rois de la première race le même quartier consistant en vastes territoires appartenant à ces rois et qui s'étendaient du palais des Thermes jusqu’à l’église Saint-Germain-des-Prés. Il formait alors les Jardins de la reine Ultrogothe. On l’appela ensuite Clos de liais ou de laas, ce qui signifie clos du palais ou de la citadelle. La reine Ultrogothe, qui passe pour Espagnole, était la femme de Childebert I. Fortunat, le poëte-évèque de Poitiers parle dans ses vers des jardins d’Ultrogothe et rappelle que Childebert les traversait lorsqu'il se rendait de son palais des Thermes à ISERE de Limina sancta, qui n’est autre que Saint-Germain-des-Prés.
Déjà à ces époques reculées des curiosités naturelles étaient mises sous les yeux du peuple. On peut en effet attribuer cette origine à des os de Chameau qui furent trouvés, en 4870, dans
actuel. Il était à quelques mètres de profondeur, mais au-dessus du banc argileux ‘.
N° 2. — Vertèbre trouvée en 1859, au même lieu que le palatin précédent.
C'est une dorsale, peut-être la onzième ou la douzième. On la plusieurs fois citée comme appartenant à la région lombaire. Diamètre vertical du corps, 0",25-0",26; diamètre transversal, 0",32-0",33 ; largeur du canal rachidien inférieurement, 0",15.
Nos catalogues portent que cette pièce était enfouie à sept mètres de profondeur et à quelques centimètres au-dessus de la couche d’argile. Elle a été donnée par M. Louis Leguay, architecte.
N° 3. — Extrémité inférieure d’une côte, trouvée en 1859, au même lieu que les pièces n° 1 et 2.
Paraît être d’un ostéodesme peu éloigné de celui auquel appartient la vertébre n° 2. Sa forme subcylindrique semble indiquer un nouveau rapprochement avec les côtes trouvées auprès de Biarritz
que l’on attribue à la Baleine de Biscaye*.