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Remarques sur la vie d'un savant allemand, Siebold

Voici la vie d’un accoucheur allemand, non d’un savant comme les nôtres, qui l’est à ses heures, et qui, descendu de la chaire ou sorti du laboratoire, va se confondre avec le commun des hommes dont rien ne le distingue plus, mais d’un savant qui reste tel au foyer domestique et dans la vie extérieure, et qui, voué tout entier à la spécialité qu’il cultive, en reçoit pour ainsi dire un caractère ineffaçable.

Remercions M. Morpain d’avoir fait connaître en France l’auto-biographie de Siebold* ; c’est à la fois la vie d’un homme distingué et le tableau des progrès de l’art obstétrical dans la première partie de ce siècle; félicitons aussi notre confrère d’avoir obtenu le concours de M. le professeur Stoitz, qui a ajouté à ce livre une introduction et des notes d’un si vif intérêt.

Siebold est son propre biographe ; dans ses Lettres obstétricales il s’occupe de lui-même et de l’art auquel il s’est voué, ou plutôt cette double exposition n’en fait qu’une; montrant comment se sont formées ses opinions, ce qu’il a appris par lui-même et par les autres, il fait en même temps connaître d’une manière intime son individualité et son histoire. On recueille avec intérêt les paroles d’un savant distingué qui, à la fin de sa carrière, expose les résultats de son expérience, et donne son opinion sur les personnes et sur les choses, avec l’autorité et l’impartialité qui appartiennent à cette période de la vie, tout en conservant

1 Lettres obstétricales de Siebold, professeur d’accouchement, à Gœllingue, traduites par M, le docteur Alph. Morpain, avec une introduction et des notes de J. A. Stollz, profes.seur d’accouchement à la Faculté de médecine de Strasbourg. Paris, J. B. Baillière et fils,

encore l’ardeur et la foi du début. Ne ^serait-il pas à désirer qu’il en fut souvent ainsi dans la science, et c’^t une.bqpne fortune de rencontrer réunies les conclusions judiçieu,se%4p professeur allemand et celles de l’annotateur français^.,

Siebold avait pour sa biographie des matériaux tout prêts^ dès sa jeunesse il avait pris l’habitude de tenir un journal de ses actions; ce sont d’abord des histoires d’écoliers^;de gais événements, plus tard des remarques scientifiques, des extraits de ses lectures, des,observations de malades, ,1e récit de ses voyages, le compte exact de son professorat et de son déeanat, et les actes principaux de sa vie privée, ij insiste sur l’utilité de cette espèce de tenue de livres, pour le médecin surtout; elle lui a conservé le souvenir de faits précieux et semble avoir exercé une influence décisive sur ses travaux. ,

Ce que devient l’homme, il le doit surtout à ses premières années, à l’influence de la famille et sans doute aussi à une espèce d’hérédité morale qui prépare les aptitudes, en même temps que la situation matérielle donne les moyens etj’oc;* casion de les développer. Siebold, né en 1801, à Würzbourg, est issu d’une famille de médecins dont il énumère les noms et les ouvrages ; une de ses parentes a conquis à Giessen le grade de docteur en obstétricie. Sa vanité ne s’inquiète pas de rencontrer deux ou trois accoucheuses dans sa famille.; ce sont, au contraire, des titres qu’il recueille pieusement, et il finit par rappeler avec bonhomie que son confrère Oken a eu bien le droit de comparer la famille,des Siebold à celle des Âsclépiades.

De fortes études classiques marquent le début de sa carrière; les lettres et les arts, au milieu des fatigues de là pratique médicale, restent pour lui un goût dominant. Il parle des heures délicieuses où il a lu Hérodote sous la di;rection de son maître ; il revoit une traduction de Plaute,; il énumère avec complaisance tous les auteurs qu’il a parcourus, A l’âge de soixante ans, il suit un cours sur les satiriques latins ; les lettres l’ont consolé et soutenu, dit-il, dans bien des épreuves. La philologie était sa vocation, et il a fallu la volonté de son père pour que Siebojd se consacrât à la médecine. De cette vocation littéraire il est resté un monument, c’est la traduction en vers de la sixième sa-

tirè'de Jtivénal; îl là/it paraître eh même temps qu’il ahhbhçait urïe conférence sur la physiologie comparée du sé'xè'féhîinm dans les temps anciens et dans les temps modernes. Il justifie la préférence qu’il a donnée à la sixième sàtiré'/en disant que l’étude .de la femme, sous le rapport morale est encore de la compétence de l'accoucheur.

La musique a été une de ses passions; il raconte avec humour son goût pour les instruments bruyants qu’il allait faire résonner jusque dans les réjouissances publiques; cetie fièvre musicale se développa chez lui pendant l’année où il s'acquitta, comme studïosus medicinœ, de ses services militaires, il n’avait point de penchant pour les mathématiques ni pour la mécanique ; il en résulte qu’il n’eut pas le désir plus tard d’inventer de nouveaux instruments pour les accouchements, et qu’il a peu enrichi Ÿarmameniarium obsteîriciuîtt, ce qu’il ne considère point comme un mal.

• Ses; premiers souvenirs sé rapportent aux passages de la grande armée, au temps où enfant il parlait français avec iés soldats de la garnison de Wurzbourg. Bientôt cette ville connaît les horreurs de la guerre ; les boulets et les balles sifflent dans les rues ; les Autrichiens, les Bavarois prennent possession de la citadelle ; les Russes, les Cosaques, les Baskirs les suivent ; les enfants s’empressent autour d’eux, coin nie naguères auprès des Français. Bientôt Siebold fait lui-même l’expérience plus pratique du métier des armes. Sa première année d’université, à Berlin., est employée au service militaire, obligatoire pour tout sujet prussien. Il n’était alors question d'aucune élude sérieuse ; tout le temps était absorbé par les services de garde, les heures de faction, les postes de nuit, les parades, le tir à la cible. Siebold rapporte qu’il était assez souvent de faction à la porte du palais du duc de Cumberland , dont le fils, actuellementraon roi, dit Siebold, était entré dans le monde, l'année précédente, en 1819, dans d’assez mauvaises conditions; il s’était présenté par l’épaule, avec procidence des bras et du cordon. Siebold le père avait eu à pratiquer une version laborieuse et difficile : il franchissait souvent le seuil du palais à la porte duquel son fils était de garde. C’est le même roi George V, souverain du Hanovre, que les baïonnettes prussiennes ont si brusquement médiatisé en

1866. Mais bientôt l’épopée guerrièi;e de Siebold a un terme; il reprend ses études, en avouant que deux choses lui,sont restées du métier des armes, l’obéissance passive,et l’exactitude ; que si la première s’est effacée avec le temps , il a conservé la seconde pendant toute sa carrière ; nous doutons fort que cet avantage compense pour nos étudiants les inconvénients de tout genre qu’entraînerait pour eux;l’introduction en France du système militaire de la Prusse., Siebold retrace le tableau de l’enseignement médicaLde Berlin, en 1822 ; les élèves se partageaient entre Berends, Horn et Hufeland ; type du formalisme ancien,.ce dernier portait dans ses cours un vieux cahier à tranche jadis dorée , et la renommée malicieuse prétendait qu’il s’en servait depuis près d’un quart de siècle ; on respectait cet homme célèbre et on ne négligeait aucun de ses cours. Quels progrès la médecine n’avait-elle pas accomplis vingt ans après ! Quels brillants diagnostics sont portés par l’art moderne ! La thérapeutique n’a pas marché d’un pas égal. Ne déprécions pas les anciens, dit Siebold, comme si nous n’ayipns rien à apprendre d’eux, mais rappelons-nous aussi les paroles de Van Swieten : « Sed certe magms Bippocraies,. si novissel recenliorum inventa, major fuissel. »

Remarquons avec quelle difficulté les progrès les plus évidents s’introduisent dans la science. En 4823, Siebold; se fait un devoir d’étudier l’auscultation que Kergaradeç venait d’appliquer d’une manière si remarquable à Fart des accouchements. 11 fit cette étude à l’insu de son père, tout à fait opposé à ce nouveau moyen de diagnostic, et qui ne voulut jamais revenir de son opinion. En France il y eut des incrédules comme en Allemagne. M. Stoliz rapporte à ce sujet qu’en 1824, M. Delens, qui était venu à Strasbourg en qualité d’inspecteur de la Faculté de médecine , se rendit un matin à la clinique d’accouchement , dont Flamant était le professeur ; il lui parla de la stéthoscopie appliquée à la grossesse, et examina devant nous, dit M. Stoltz, une femme en travail, afin de montrer comment on devait s’y prendre pour entendre le souffle utérin et les battements redoublés. Flamant se moqua de cette innovation, et jusqu à sa mon, il persista à ne pas vouloir en entendre parler ; ses élèves, plus curieux, s’étaient exercés à ce mode

d’exploration, qui fut l’objet de leur part de travaux impoflants.

Sîêbold mentionne le jour, eu 1823, où il fit sa prejnière application de forceps. Comme il n’arrivait pas du premiercoup à placer la seconde branche, son père, impatienté, prend riristniment et termine lui-même l’opération. Jamais le fils n’oublia l’impression de honte et de découragement qu’il avait ressentie , et ce souvenir le rendit calme et patient, quand plus lard V professeur à son tour, il dirigeait les premiers pas de ses jeunes adeptes. Bientôt les salles d’-armes; les asseniblées, les tavernes, les banquets, les asàociaiiohs d’étudiants tiennent trop de place dans sa scolarité, et sou père lui fait quitier Berlin pour Gœttingue.

Cette université, si favorisée par les rois de Hanovre, bi illait alors d’un vif éclat : Blumenbach, Langenbeck, Mende, étaient les noms les plus illustres de cette école. La cbirurgié tenait le premier rang, grâces à un opérateur célèbre. Le service médical, trop restreint, était complété deux foUcliniques, qui s’étendaient jusqu’aux villages voisins. Gœttingue montrait alors que les bons résultats d’une étiole ne dépendent point de l’aspect monumental des établissements, mais du génie actif qui les dirige et du zèle de'ceux qui les fréquentent. La policlinique, institution peu connue en France et si facile à organiser, rendrait d’éminents services à l’enseignement et aux populations pauvres., C’est au moyen de cette institution, dit M. Sloltz, que l’on répond depuis longtemps en Allemagne aux aspirations des adminis- Irations de bienfaisance publique de la France, ÆrSoigoer autant que possible les malades pauvres à domicile. » Les consultations gratuites dans les hôpitaux remplacent en partie les policliniques; elles ont surtout une réelle utilité quand elles sout'Complétées par la délivrance gratuite des médicaments. H est des. spécialités où les consultations prennent une grande extension et rendent d’incontestables services; telle est celle des maladies des yeux, et nous en avons un exemple à Strasbourg. Mais la consaltalion ne profite pas aux mâlades qui sont alités; elle ne permet guère de suivre toutes les phases d’un traitement. En Allemagne, les pauvres peuvent se faire traiter à domicile, sous la direction du protésseur de clinique, par des élèves praticiens ; dans

les cas graves, l’assistant, et le professeur, s’il le faut, s’y rfendent en personne. C’est pour l’élève le complément de la clinique, c’est son début dans la pratique, sous la direction du maîti-e, et le pauvre y gagne des soins intelligents et dévoués. Dans les Facultés de province , cette institution rendrait de grands services, La délivrance gratuite des médicaments en serait le complément nécessaire; une, policlinique convenablement dirigée obtiendrait bientôt la confiance publique.

Une des principales richesses de Gœttingue , c’est sa bibliothèque, aussi remarquable par la perfection des catalogues que par le choix et le nombre des ouvrages et par la libéralité avec laquelle ils sont achetés sur la demande des Professeurs, Siebold usa largement de ces ressources, et si', dans ses écrits, il a toujours traité avec soin le côté littéraire ét histprique de chaque question, c’est à la fréquentation de cette riche bibliothèque qu'il le doit. Hélas ! dit M. Stoltz, que n’en est-il de même chez nous ! Puisse la bibliothèque de la Faculté de Strasbourg sortir bientôt de la triste situation que lui ont faite les règlements académiques et là parcimonie des budgets ! Quant à Gœttingue, est-il bien sûr que cette université, si largement traitée par le roi de Hanovre, trouve les mêmes faveurs sous le régime nouveau que lui a impose le sort des armes?

En suivant Siebold dans sa carrière, nous assistons au fonctionnement des institutions médicales de l’Allemagne, Le temps arrive ou il faut dire adieu à la vie d’étudiant et aborder les examens ; c’est le doctorat avec ses épreuves orales et écrites, le « rigorosum », la thèse, où Siebold publie trois cas nouveaux, et tous suivis de mort, d’extirpation totale d’utérus gangréneux. Viennent ensuite les épreuves pour l’examen d’état, qui donne seul le droit de pratiquer, la démonstration d’anatomie, le traitement de malades choisis dans les cliniques médicales et chirurgicales, la vaccinai tiôn, l’épreuve publique oi ale et l’examen d’obstétricie. Le jeune médecin a obtenu tous ses titres; nommé premier assistant, puis professeur particulier, après les épreuves d’usage, il commence aussitôt ses cours. Nos agrégés, dit M. Stoltz, peuvent, jusqu’à un certain point, être assimilés aux professeurs particuliers de rAllcmagne, avec celle difi

férence qu’ils ne sont pas seuls autorisés à faire des cours, et qu’il leur est interdit d’en donner contre honoraires, tandis que ce droit est accordé à des médecins qui n’ont pas subi d’épreuves probatoires. En Allemagne, au contraire, le professeur particulier reçu par l’École fait des coui s rétribués, et, grâces à ce revenu, qui augmente avec le succès de son enseignement, il peut se consacrer d’une manière exclusive à la carrière du professorat.

On trouve dans Siebold d’intéressants détails sur l’origine et sur l’organisation des cliniques d’accouchemeut ; c’est bien tard qu’ont été fondés ces utiles établissements. En 1817, Berlin ne possédait pas de clinique de ce genre ; la première y a été établie par le père de Siebold et déjà sur un plan remarquable. Le service se divisait en trois parties; la première formait la clinique ordinaire réservée aux femmes enceintes recueillies dans la maison. La seconde consistait en une polyclinique, où les étudiants, appelés en ville par les sages-femmes et dirigés par l’assistant, apprenaient à connaître les difficultés de la pratique , et rencontraient souvent des couches anormales. La troisième division comprenait les maladies des femmes, de sorte que toutes les parties de la gynæcologie étaient représentées dans cet enseignement. à^la mort de son père, Siebold est nommé directeur provisoire de cet établissement ; trop jeune pour le conserver à titre définitif, il raconte que, pendant son intérim , il fit les honneurs de la clinique à plus d’un candidat secret, dont il surprenait les regards de convoitise. Busch est nommé à Berlin; Siebold va à Marbourg, en 1827, comme professeur d'accouchement etdirecteur de l’Institut. L’établissement était moins vaste, mais bien organisé et possédait un matériel précieux. Il eut le regret de ne pas être logé dans l’établissement même, comme il l'était à Berlin, et, à cet occasion, M. Stoltz fait remarquer combien le séjour du professeur d’accouchement dans la maternité est utile et commode ; jour et nuit, d’heure en heure, pour ainsi dire, son intervention est nécessaire; logeant au dehors, ce sont d’inévitables retards, et souvent le médecin arrive, quand l’occasion favorable est passée ; il y a ainsi plus de fatigue pour lui et moins d’opportunité dans les secours.

En 1832, Siebold esl appelé à:Gœtiingiief C’étoit-son vœu, et il n’a plus quitté celle Universiié ,- dônUPaÆléLnne des gloires. Il prend possession d’une maternité, constrniie dans tes mëilleiires conditions, à la fin du siècle dernier, sot les plans d’on architecte français, nommé Mercial. Il orga- «îse sa clinique, il consacre des heures particulières à l’exr pldralion ei à l’auscultation -, ses élèves assisîént aux'accoëcbements, et,'sans ^négligée lailhéorie, son but est avant tout d’en ftîre dés praticiens. - ^ r : -

Siebôld retrace l’historique des cliniques obslélricalés; la plus ancienne ^est cëlle: de Strasbourg, fondée au cbmmencement du siècle dernier, en 1737i par Klinglin vJalors préteur royal p elîé'ne'devait pas seulement former des sages-femmes ; elle était ouverte aussi à des élèves en mëdécine. Fried en fut le premier professeur, et de nombreux étudiants affluèrent danS'notre ville, qui offrait ainsi la meilléure oGcasion d’étudier l’art dés accouchements. Rœdereri un^dés élèves de Fried, fonde à Gœttingue, en 4 7Mv nn établissement du même genre, à; l’instar dé celui de Strassbourg ; la clinique de Vienne est créée par Van' Swieten én 47a3. Bientôt les Écoies supérieures de l’Allemagne-en éiabiirent-d’autres, et de nos jours, il n’est plus d’Université qui en soit privée. Siebold, dans ses voyages, visite-lés maternités les pins célèbres. Si , dès le milieu du dix-septième siècle , i’Hôtel-Dien de Paris avait une École d’accouchement pour les sages-femmes, il faut arriver à une époque bien moderne pour y trouver une clinique destinée aux médecins, et lacapitale de la France ne possède encore aujourd hui qu’une clinique trop restreinte pour le grand nombre d’élèves qui doivent la fréquenter. A Montpellier, chef-lien d une Faculté de médecine, un trop petit nombre dé lits est accordé au professeur d’accouchement. Paul Dubois, ajoute M. Stoltz, nommé en 4834, à la suite d’un concours^ a été le premier professeur effectif de la clinique de Paris; sa chaire existait depuis 4823; Deneux en était le titulaire, mais il n y eut jamais de clinique. Siebold, qui visita Paris en-4831, a été peu satisfait de l’état de sa spécialité; 'point d enseignement pratique; partout des afiîches annonçiint des cours d’accouchement par des professeurs libres ou par des sages-lernmes; la pratique s’apprenail dans deS'salles

dites d’accouçhenient, où des femmes pauvres, prêles ù devenir mères isélaient amenées par des sages-femmes,

. i Sieboldpe çarvinl qu’avec peine à visiter le vaste: éiablisseraent de la Maternité de Paris, qui ne servait qu’à l’instrnction des sages-femmes, et.qui de nos jours reste encore fermé aux étudiants en médecine. « On comprend , dit M. Stollz, qu’un établissement de ce genre ne puisse être ouvei t.au premier venu ,Lmais il devraii être au moins permis à de jeunes docteurs d’aller profiter de celte occasion unique dans notre France, de ,.voir en peu de temps un grand nombre de cas, parmi lesquels, il en est toujours de irès-inléressants, et même d-y pratiquer, comme cela,se fait à Vienne, » Il est d’usage dans,cette dernière ville de n’aceorder que six semaines pour la fréquentation de la raalernilé. En six semaines, évidemment, dn ne peut devenir accoucheur, mais quand on est déjà versé dans la théorie et dans la pratique, ce temps^suffu, dit avec raison M, Stoltz, pour se perfectionner et pour apprendre une foule de choses, à Ja. Condition: d’y mettre: tout son temps et toute son attention^ «Quand en cinq jours ou peut voir une: centaine d’accouchements, au bout de six semaines on en a vu au moins (pâtre cents, plus que beaucoup n’en observent dans toute leur vie, » .Le médecin a dû nécessairement rencontrer des choses extraordinaires et dignes d’être notées. SI la Maternité de Paris consacrail seulement la moitié des femmes qui y demandent du secours au perfectionnement de rinstructiou des jeunes accoucheurs, que de bien ne pourrait-il pas en résulter î Aujourd’hui, si les cours particuliers n’y suppléent pas, « le jeune docteur sort deTÉcole, muuî d’un diplôme, sans avoir jamais essayé une opération obstétricale quelconque , et le lendemain il peut être appelé à terminer un accouchement difficile. » C’est pour ce motif qu’une école de perfectionnement, établie dans une grande maternité, serait d’une utilité incontestable^ Avec quelle ardeur Siebold a profité des ressources que lui présentait la Maternité de Vienne! Il y vivait pour ainsi dire, parfois même il y passait la nuit, se jetant sur un lit vacant, jusqu’à ce que la sagefemme vint l’en chasser, en lui disant : « 11 nous faut ce lit, * et l’obligeât à passer la nuit sur une chaise, dans ce service qu’il ne pouvait quitter.

Aussi se prononce i-il avec vigiieur conlfe la proposition faite en ^858 àTAcadémie de médecine, et renouvelée depuis à là Société de chirurgie, de supprimer les maternités ou.de ri’en avoir que de très-restreintes, en prenant des mesures pour donner à domicile les secours que les femines cherchent aujourd’hui dans les hôpitaux. Certes, si celte suppression était possible j elle aurait la conséquence la plus fâcheuse pour renseignement. La •policlinique obstétricale, si utile d’ailleurs, ne remplacerait pas un établissement où àe trdüveni réunis tous les moyens d’instruction etde traitement. Mais avec une société comme la nôtre, avec un paupérisme croissant et un nombre aussi considérable de naissances illégitimes, avec des logements qui deviennent'chaque jôur=plus exigus et où s’entasse la population indigenteH- le seeours à domicile, tout désirable qu’il soit; n’est guère sur la voie de remplacer les asiles de'da charité, qui Ont plutôt à craindre l’encombrement que la désertion:-Ce sont ces asiles qu’il faut améliorer et petfeetiorinér, afin, comme l’a si bien dit Mattéi, de chasser de ces établissements la fièvre et non les malades. ' •■

Siébold; après une longue pratique, établit les prinéipe.s de son art. A son début, deux Écoles se partageaient là scienée ; pour runè-, céllè d’Osiander, l’art d’accouchérL élaittOut ; on négligéait l’observation fidèle de la nalUroet on avait peu de confiance dans son action. L’autre j introduite par Poer, et qui régnait surtout à Vienne , reconnaissait y air eontrairè, l’efficacité souveraine de la nature et pratiquait rarement des opérations. Siebold le père, admettant une espècë: d’éclectisme, avait inscrit ces paroles dans lés salles dé son hôpital, au-dessus du lit des malades : « Silence éC repos, respect dé la nature et de la femme en eouebe v respect pour l’art quand la nature en requiert Insistance!» A mesuré qu’il avançait dans sa carrièrey’ Siebold le fils pencha de plus en plus vers Lopinion qui accorde le plus de confiance à l’action de la nature , et ib s efforça surtout de restreindre l’emploi du forceps. Ce sont ceux qui voient iin grand nombre de faits qui arrivent à de nreilles conclusions ; aussi la Vàsie Maternité'de Vienne était-elle tout naturellement lé siège d’une École qui ne pouvait que reposer sur les bases d’une large observation.'

Sieibold cite les résultats 4e sa pr0:pi’e-. expérience:-et .reconnaît que^oii. pratique a été plus heureuse du moment où il,U.,renoncéù une;intervention prématurée pu trop active dans le irayîiirde raccouchemeni; il en cite pour exemple les présentations de la face. G’est quand on a. eu reconnu que la parturitioo n’était qu’un acte physiologique analogue aux autres fonctions du corpschumaini que robsiétricie est devenue une vraie science pouvant marcher de pair avec les autres branches de la médecine^

. Comme il l’estimait cetnrt, et quel,rang il lui assigne! i Sil'sm laus medicinæ, sit chirurgîæ honor, obuilnciæ ta* men nomen haut obscurum manet; marito dulcem reddit conjugentproli matrem, matri labdrum mercedem, universæ faniîlice salamen. n Rappelant ces paroles de Roederer, il fait de robstétricie une des trois brancbes de la médeGine-; ù Gœltiügue, le diitlôme conférait la triple dignité de « Dgetor medicmœ , chirurg'm, artisque qbstitriciœ.t A cette troisième division de l’art on peut rattacher l’étude des maladies des, femmes et une partie de la médecine jégale. Lps maladies des femmes, dit Siebold, dans leur signification seienti- , flque et pratique, marchent de pair en ,quelque sorte avec l’art obstétrical. 11 est certain que raccoucheur sera tou jours appelé de préférence auprès des femmes ayant des affections propres à leur sexe;, la femme se confie plus volontiers au médecin qu’elleeait être par sa spécialité mieux au courant de, ses maux habituels. Une grande partie de la médecine légale tire ses éléments de l’obstétricie; aussi voit-on souvent en Allemagne ce cours être confié au professeur d’accouchement; Siebold lui-même en est un exemple; il a publié un excellent manuel de médecine légale. L’accoucheur, dit notre collègue M. Stoltz, doit être le praticien complet qui ajoute à la médecine et à la chirurgie l’art des accouchements. En théorie il en est ainsi, à la condition que la spécialité n’éloignera,pas des deux autres branches de l’art et ne fera pas oublier, sur un champ plus étroit, les principes généraux de la science. :

Siebold indique les qualités que doit réunir l’accoucheur et parmi lesquelles il-compte surtout la discrétion ; il donne des conseils au jeune médecin; il le dirige dans ses rapports avec le public, avec ses confrères, avec les sages-femmes ;

il le prpmmiil cdiHre IbS maladies ^et' les dangers auxquels ? rèxposesa profession, ei il retrace, dit M. Sioliz, ie lablead:aussi vrai que comi(|ue d’uiie clientèle d’accoücbeur.'?ba question ^ès sàgès>feminès à ici sa placé natlirelléi" etfes nous déiesieni, dii Siebold, et nous ne les aimons güère^T nous 'avons-vitletir faiblesse et elles ne nous le pardonnent pas. Un médecin àilemand, Weidmann, en 1804, avait proposé dé supprimer les sages-femmes ei de remettre-aux mains des Irommés toute la pratique des accouchements;': Flamant a fépôndu irès-plaisammeni qu’un médecin ne peut être une sage4émme en culottes. Les sages-femmes ont leurs attributions toutes natürelies, ét on ne peut mettre en doute l’utiiité d’une profession qui a fait ses preuves avants-qu’il aiteté qnestion d’accoucheurs. La femme est parfaitement apte à éxercer cet art, et même à pénétrer plus loin dans le domaine d’Hippocrate ; mais il ne faut pas aller d’un extrême àd’aütre et demander, comme l’Anglais Stevens, dans' l^n^' lérêt delà morale, que toute assistance masculine soit interditê pendant ràccouchement. Ce qui importe, c’est que là:: position'et rinstfuction des sages-femmes soient améliorées^ et que lèurs droits soient bien définis. Il faut un choix.sé*s vère de sujets pourvus d’une instruction première suffisante,-un enseignement régulier, avec internat dans "les mâterhltés et une surveillance continue de l’exercice de la professiod. M. Stoltz s’étonne à bon droit qu’en France l’ér: dücâtion des sages-femmes soit placée dans les aittributions du ministèrè-de l’intérieur et non dans celles du ministre de l’instruction publique.

Siebold relève.tous les faits qui peuvent honorer la pro-: fession d’accoucheur, depuis la mère de Socrate, sagfr^^ femme habile, dont le fils imitait les procédés , en soutirant à ses disciples leurs pensées et leurs conceptions philor;; sopbiques; depuis Pline, qui fait connaître les noms de sages-femmes célèbres, jusqu’aux distinctions accordées aux accoucheurs modernes. Un jour, Nægele ouvrait son cours, en annonçant à ses disciples qu’un médecin-accouçheiir venait encore de recevoir des lettres de noblesse» M. Stoltz rappelle à cette occasion que Puzos avait été anobli en 1751 et que l’exposé des motifs signalait toute l’importance de sa profession. Le litre de baron donné ù Dubois, Jè

père , une dislinclion analogue accordée par la reine d’Angleterre à Simpson, d’Édimbourg, complètenl, ou à peu près,; l’éM nobiliaire de la profession, obstéirieale. .

,:Ses titres de noblesse, Siebold les a trouvés dans les travaux qpi de placent au premier rang de- la .science. On . est étonné du nombre et de l’imporiance des. putvlicaüons de cet antènr,; pendant une vie qui semblait absorbée par l’enseignetnent et par la clientèle. M. StoUz donne le lableau-et rappréciation de ces ouvrages, parmi lesquels figure en prennère ligné une Hhicire de l’ari des accouchements, que noire'collègue considère comme le plus complet el le meilleur des traUés de ce genre, N’oublions pas de mentionner ici une dissertation bibliographique de M. Sloltz sur les ouvrages périodiques relatifs aux^accpucbemenis; elle montre toute, la riehessede l’Allemagne ence genrede publications.

Sinons entrions dans les détails de la vie pri vée de Siebold, noos y^retrouvepions-ce zèle incessant, cette préoecupaiion ; constante deil’étude ,: ces jours disposés de manière à ne ja^ mais.dévier du but, toutce qui explique les grands résultats, dinne câfrièrei Quoi de plus caractéristique à cet égard que . SGn;.enlrevue ayeè Nægèlet Ckjmme on voit que la. pensée de leur art faisait partie pour ainsi.dire de l’existence de ces deux-accoucheurs célèbres ? Sans cesse elle leun revient au milieu de toutes les distrac,tions;.ils sont au théâtre, entraînés par une musique émouvante , efl’nn d’eux soulève tout à:coup une question de mécanique obsiétrieale, M. Steltz a pénétré un instant dans celte vie privée si-intéressante, at si estimable; et tout en échangeant avec Siebold ses.'idées sur l’objet de leurs éludes communes, il a pu appréçier riiomme simple et boa au milieu des affections dejfamiUé' ■ ? ao; v . Le médeGin-accouchemv qui.passe une parlie de saviedans. la société des.femmes, a.besoin de les connaître, et nûeqx; que tout antre il en a l’ocçasion. Süisir chez une femme le principal mobile de ses pensées et de ses actes ,.jÇ’estdéeouvrir souvent Idr igine de ses maux . Le médecin des femmes, dit Siebold, à cet avantage sur tout autre observateur que la femme se montre à lui sous le jour le plus vrai et en laissant de coté bien des considérations qu’elle croit devoir faire valoir en d’autres circonstances ; mieux que tout autre, il peut donc donner une description psychologique impar-

liale et qui se lapproclie de la vérité. Celle étude, Siebold l’a entreprise; il |Anseille, sans en nier l’atlrait et les périls, contre lesqflÇls il prémunit le jeune médecin. Quatre lettres sont consacrées à apprécier le caractère du sexe qui a été l’objet constant de ses soins et de ses études. L’auteur établit d’abord la vocation de la femme, dont la mission principale est la maternité; il indique ses qualités physiques et morales, ses traits caractéristiques, qu’il ne prend point seulement à l’époque de la beauté et de la jeunesse, mais qu’il saisit dès l’enfance et qu’il poursuit dans l’âge mûr. Puis il procède par antinomie; une lettre fait de la femme, de ses faiblesses et de ses vices le tableau le plus sombre, qui semble une réminiscence de Juvénal, plutôt que l’appréciation du milieu honnête où l’auteur a vécu. Une autre lettre, et c’est la conclusion, exalte les vertus de la femme, la bonté, la douceur, la patience, ces qualités inestimables qui l’accompagnent dans le sentier de la vie et qui répandent autour d’elle le bonheur. N’est-ce pas le médecin qui a l’occasion la plus fréquente d’observer chez la femme cette force morale et ce dévouement, si dignes de sympathie et d’admiration? M. le professeur Stoltz déclare qu’il est difficile d’être plus vrai et plus impartial; que tout ce que l’auteur dit des facultés de la femme, de ses instincts, de ses vices, de ses qualités, est marqué au coin de la vérité. Si parfois on s’aperçoit que Siebold n’a pas fait ses observations dans une capitale, s’il signale des particularités qui se rapportent surtout aux pays qu’il a habités, il reste d’autant plus dans le vrai, car la vie des grands centres est une vie factice, et c’est la nature qu’il a voulu peindre. Le fond est le même, les détails varient; chacun , dans sa sphère, dit M. Stoltz, aura à faire ses observations, suivant la position sociale des femmes avec lesquelles il se trouvera en rapport.

Nous avons abordé quelques-unes des questions sur lesquelles deux hommes d’une si grande autorité ont donné leur avis; on ne peut qu’accueillir avec un vif intérêt les résultats de leur expérience.

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