CHAPITRE III
ORNITHOLITHES ÉTRANGERS A L'EUROPE.
Nous aurons à parler successivement, dans ce chapitre, des ossements qu'on a recueillis dans le nord de l'Asie, dans l'ile Rodrigue, située près Bourbon, en Amérique et à la Nouvelle-Zélande. Tous sont de l'époque tertiaire supérieure ou même alluviale, et plusieurs d’entre eux sont très remarquables, autant par leur grande taille que par la singularité de leurs caractères anatomiques; aussi leurs espèces ont-elles été établies avec une véritable certitude,
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Gryphus antiquitatis.
Le seul ouvrage français qui parle encore de cet oiseau est dû à M. Ami Boué (1); il nous apprend seulement qu'il a êté découvert dans les glaces de l’île de Lachow, et sur les côtes asiatique et américaine, près du détroit de Behring. Nous voyons par la liste des oiseaux fossiles du Lethœæa de M. Bronn, que le Gryphus appartient au groupe des Vautours, et qu’il est du diluvium sibérien; mais nous
(1) Guide du géologue voyageur, l, 256; 1836.
ignorons ses caractères. M. Schiff nous a dit qu’on en posde l É »
sédait quelques ossements au Musée de Munich.
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Du Dronte et du Solitaire des iles Mascareignes.
G. Cuvier a présenté à l’Académie des sciences, en 1830, des os incrustés de Stalactites que lui avait envoyés feu M. Desjardins, de l’île de France, et qu’on avait trouvés dans l’île Rodrigue, située dans la mer des Indes, à l'est des Mascareignes. « Il a supposé qu'ils pouvaient provenir du Dronte, et, dans tous les cas, d’après leur forme et surtout d’après celle du crâne, du sternum, du très petit humérus, dü fémur et dü tärée, il à jugé qu'ils appartenaient à un diseau apparenté aux Gaällinacés. » (1)
M. dé Blainville, qui a rédigé son mémoire sur le Dronte à l'époque où Cuvier fit cette communication, dit en terminant son travail sur cet oiseau célèbre :
« Il ÿ aufait maintenant une autre question à traiter, savoir Si les ossements incrustés qui ont été envoyés dernièrement dé l’île de France à M. Cuvier, ont réellement appartenu äu Dronte, comme M. Cuvier 4 été porté à le croire. C'est une question qu’il sera de la plus grande facilité de résoudre par la comparaison immédiate de ces os avece les pièces conservées en Angleterre. Si cela était, ce que la différence de hauteur de l’os du tarse ne permet pas de
(1) Hist, des progrès des sc. nat, T. V, p. 407 ; 1836.
"BD = croire, il serait en même temps prouvé que le Dronte existait aussi à Rodrigue, car ces ossements ont été trouvés dans cette île, dans une grotte, comme me l’a assuré M. Quoy, qui les avait vus à son passage à l’île de France, et non pas à l’île de France, sous des couches de laves, comme l’a dit M. Cuvier, sur des renseignements erronés dans sa note lue dernièrement à l’Académie. Alors il y aurait une presque certitude. »
Ces os sont au nombre de six :
Une boite crânienne sans bec ni mandibule; Une portion considérable de sternum ;
Un humérus droit entier ;
Un fémur gauche entier;
Un tarse entier ;
Un cubitus entier.
Quand au Dronte lui-même, le Dripus iNEPTus de Linné, comme les pièces tout à fait précieuses sur lesquelles repose sa connaissance actuelle n’ont réellement pas d'intérêt géologique, puisqu'elles ontété préparées d’après le frais, nous n'avons pas à en parler ici. On trouvera d’ailleurs. dans Buffon et dans le mémoire bien connu de M. de Blainville, tous les renseignements désirables à l’égard de cet oiseau. Il est néanmoins de notre sujet de rappeler que la race des Drontes de l'ile de France, comme celle des Solitaires de Rodrigue, est actuellement éteinte, et qu’un temps assez court a suffi à leur destruction. On doit donc y voir, avec M. de Blainville, « la preuve manifeste qu’un animal peut disparaître du nombre des êtres actuellement vivants, et cela, de nos jours, presque sous nos yeux, et sans qu'il y ait besoin d'autre catastrophe que l’avidité irréfléchie de
eg” : pe l'espèce humaine, et son extension dans une partie du monde où cet animal semblait être limité. »
Le Dronte et l’Oiseau de Rodrigue étaient sans doute de la même espèce, et certainement cette espèce n'appartenait pas à l’ordre des Cursores. Ce n'était pas non plus un Gallinacé comme l’a dit Cuvier, mais un oiseau lié en même temps aux Vautours et aux Gallinogralles les plus voisins de ceux-ci, par exemple les Kamichis.