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Ayant eu le privilège de travailler, pendant ces dernières années, au laboratoire du Muséum, nous avons relevé, au cours de nos études, un certain nombre d’espèces qui, soit par leur rareté, soit par leur provenance, semblent dignes d’être portées à la connaissance des milieux ornithologiques. Citons, parmi les espèces les moins connues, Gymnopelia morenoi Sharpe, de Lara et la Ciénaga, Tucumân; Aegolius harrisii (Cass.), de Conchos, Mérida, Venezuela; Xolmis irupero nivea (Spix), de Bahia; Pseudocolopteryx acutipennis (Sclater), de Tafi del Valle, Tucumân, et de Maimarâ, Jujuy; Xeochloe brevipennis Sclater, d’Orizaba, Vera Cruz, Mexique; et Habia rubica bahiae Hellmayr, de Bahia. Dans les pages suivantes, nous allons présenter avec plus de détails quelques autres espèces. Les numéros cités sont ceux du Catalogue d’entrée du Muséum de Genève.
Nous tenons à remercier M. P. Revilliod, directeur du Muséum, des facilités de travail qu’il a bien voulu nous accorder, et d’avoir consenti à publier ces modestes observations dans la Revue suisse de Zoologie.
Falconidés.
Falco sparverius dominicensis Gmelin.
Falco (Hypotriorchis) ferrugineus Saussure, Rev. Mag. Zool., (2), 11 ,
p. 117, pl. 3, fig. 1, 1859 — «l’île de Saint-Domingue ».
X° 507/72. 9 adulte. Type de Falco (Hypotriorchis) ferru gineus Saussure.
«Cuba». Voyage de Saussure. — Aile, 184%; queue, 125 mm.
Cet Oiseau correspond dans tous les détails à la planche coloriée citée plus haut. Le type représente une variété mélanique du plumage féminin de la Crécerelle connue sous le nom de Falco sparverius dominicensis Gmelin. Tandis que la queue et les suscaudales barrées de bandes rousses et noires portent la livrée normale, tout le reste du dessus du corps ainsi que les joues et les régions auriculaires sont noir ardoisé, à l’exception de bandelettes roussâtres disséminées çà et là sur la nuque, sur les scapulaires et les ailes; les parties inférieures sont d’un roux intense, passant à l’ocreux sur la gorge, avec la poitrine striée et l’abdomen largement rayé de noir; les axillaires et les couvertures inférieures des ailes sont également rousses, maculées de noirâtre vers leurs extrémités.
Ainsi que l’ont indiqué Wetmore et Swales (Bull. IJ. S. Nat.
Mus., 155 , pp. 121-122, 1931), les deux races de Crécerelle habitant les îles de Cuba ( sparverioides ) et de Hispaniola ( dominicensis ) sont très difficiles à séparer et, en ce qui concerne ses dimensions, le type pourrait se rapporter aussi bien à l’une qu’à l’autre. Bien que l’étiquette porte « Cuba » comme localité, nous sommes porté à croire qu’il y a là une faute de transcription. En effet, Saussure dit expressément avoir tué ce Faucon dans l’île de Saint-Domingue. Ajoutons que le nom proposé par le naturaliste genevois tombe de toute façon en synonymie, un autre Falco ayant été nommé antérieurement Falco ferrugineus (Lichtenstein, 1838).
Trochilidés.
Patagona gigas periwiana Boucard.
Un mâle adulte, n° 868/48, récolté par L. Dinelli le 10 août 1916 à Colalao del Valle (ait. 2.500 m.), province de Tucumân, est tout à fait typique pour cette forme dont nous avons expliqué les caractères et l’aire de dispersion dans notre ouvrage sur les Oiseaux du Chili L L’individu, qui fait partie de la Collection Vaucher, est fortement mélangé de roussâtre en dessous; ses dimensions (aile, 141; queue, 88; bec, 39 mm.) sont proches du maximum indiqué dans notre tableau (1. c., p. 233). Cependant son plumage étant très frais, cet exemplaire ne peut fournir la preuve que P. g. peruviana niche dans le nord-ouest de l’Argentine. Notons, en passant, que le Field Muséum, de Chicago, a reçu de la même localité un exemplaire de la forme type.
Oreotrochilus bolwianus Boucard.
Par l’acquisition de la collection de feu A. Vaucher, le Muséum est entré en possession d’un mâle, n° 868/27, de cette espèce litigieuse dont MM. Berlioz et Rousseau-Decelle se sont occupés dans une récente communication (L’Oiseau, nouv. sér., 3, 1933, pp. 343-345). Notre échantillon, récolté par le voyageur bien connu Percy
O. Simons, en juillet 1901, à Choro (ait. 3.500 m.), Dépt. de Cochabamba, en Bolivie 1 2 , a l’apparence d’un Oiseau tout à fait adulte,
1 Field Mus. Nat. Hist., Zool. Ser., vol. 19 , 1932, pp. 231-233.
2 Le spécimen de la Collection Rousseau-Decelle, également capturé par
P. O. Simons, est indiqué comme provenant de « Lagonillas » [= Lagi/nillas], 66° long. W., 16° lat. S., 3500 m. Il doit y avoir là quelque erreur de transcrip-
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par le développement complet de sa parure jugulaire bordée en bas d’une bande noir bleuâtre. Ses dimensions sont les suivantes: aile, 78; queue, 58; bec, 20% mm.
Il s’éloigne du type de Boucard, que feu M. Simon et l’auteur de ces lignes ont discuté in Nov. Zool., 25, 1908, p. 4, par la longueur sensiblement plus grande des ailes et de la queue, par la réduction de la bande abdominale, ainsi que par l’étendue plus considérable des bordures noirâtres aux rectrices 2, 3 et 4 (comptées à partir de l’extérieur). La rectrice externe, à l’encontre de ce qu’ont constaté MM. Berlioz et Rousseau-Decelle pour le type et le spécimen de Lagunillas, est tout aussi large à la base que les subexternes, et le rétrécissement du vexille externe qu’on observe dans VO. estella est nettement suggéré. Les bordures externes noirâtres des rectrices 2 à 4 sont très nettes et s’élargissent à l’extrémité en tache apicale distincte. La bande abdominale, tout en étant aussi restreinte que dans VO. estella , n’est nullement roux intense, mais vert métallique avec de légères bordures roussâtre terne. Cette coloration diffère nettement des deux autres échantillons jusqu’ici signalés de VO. bolivianus à bande ventrale large noir-bleu; elle marque une tendance indéniable vers le type normal d 'estella, et elle est de nature à soulever de nouveau la question de la valeur taxonomique de l’« espèce » décrite par Boucard. La rectrice externe est un peu plus large que chez le seul mâle de VO. estella que nous avons sous les yeux en ce moment, mais, par l’incurvation très faible, les deux individus se ressemblent parfaitement. L’(9. leucopleurus a la rectrice externe fortement incurvée, presque falciforme, beaucoup plus étroite, et son vexille externe ne montre aucune trace de rétrécissement vers l’extrémité. En ce qui concerne la longueur et la courbure du bec, l’oiseau de Choro s’accorde aussi avec VO. estella , et non avec VO. leucopleurus dont le bec est plus mince et aussi plus court.
Considérant les variations observées entre ces trois mâles, et le caractère intermédiaire que montre la bande longitudinale de l’abdomen, dans l’échantillon de la Collection Vaucher, on a des difficultés à croire que VO. bolivianus soit une espèce distincte. Cepen-
tion, car ces chiffres placeraient la localité dans la plaine du département de Santa Cruz, région où les conditions de vie n’existent pas pour les membres du genre Oreotrochilus, tous habitants des altitudes élevées. D’après l’itinéraire du voyageur publié par Chubb (Ibis, 1919, p. 5), Choro et Lagunillas sont situés dans la partie occidentale du département de Cochabamba, à l’ouest de la ville du même nom.