HOMME A BOUCHE DE TRAVERS
Vers i635 (B. 3o5).
moment ceux qui furent ses premiers élèves est d'ailleurs une raison décisive pour retarder de quelques années l'époque de leur entrée chez Rembrandt. Mais devenu, par la suite, un peu plus libre, celui-ci n'avait pu se soustraire aux sollicitations qui venaient l'assaillir. Il était à la fois le portraitiste à la mode et le plus en vue parmi les peintres d'histoire de son temps ; outre sa supériorité sur ses rivaux, les circonstances, nous allons le voir, contribuaient à lui assurer cette haute situation.
On sait quel courant irrésistible avait de bonne heure entraîné les artistes hollandais vers l'Italie. A leur retour, ces émigrés acclimataient chez eux le goût des sujets empruntés à la Mythologie ou à la Bible et ils rapportaient aussi de leur séjour au delà des monts les préoccupations de clair-obscur qui, à l'exemple du Caravage, étaient alors en honneur dans la colonie cosmopolite avec laquelle ils avaient frayé. Les noms de Ribera à Naples, ceux de Valenti n et de Claude Lorrain en France, celui d'Elsheimer en Allemagne, et celui de Honthorst en Hollande nous montrent à quel point cette recherche des effets de lumière agitait alors les peintres de tous les pays. Après avoir eu leur période de gloire, les italianisants de la génération qui avait précédé Rembrandt commençaient à disparaître ou à décliner. Le plus célèbre d'entre eux, Lastman, son maître, était mort peu de temps après l'arrivée de son élève à Amsterdam, dès les premiers jours du mois de février i633. D'autres, comme les Pynas, Léonard Bramer, M. Uytenbroeck et Dirck Bleker, voyaient leurs noms pâlir devant celui de leur jeune émule ; plusieurs d'entre eux devenaient même ses imitateurs. Tout en restant, à certains égards, fidèle aux vraies traditions de l'art national, Rembrandt avait étendu son domaine et il personnifiait en lui des aspirations plus élevées, auxquelles seul il donnait satisfaction. Au charme d'une facture incomparable, il joignait la richesse de son imagination ; de plus, sa façon de comprendre et d'interpréter la Bible répondait au sentiment religieux de ses contemporains, et il renouvelait avec une éloquence imprévue des sujets qu'on avait pu croire épuisés. C'étaient là, pour lui, des titres très légitimes à la faveur publique. Aussi son influence s'étendait-elle bien au delà d'Amsterdam, dans des villes qui par leur éloignement ou leur activité artistique semblaient en dehors de son action. Dordrecht, qui comptait cependant des maîtres remarquables, lui
envoyait successivement de nombreux élèves. Parmi les peintres qui y restaient fixés, d'autres, comme Benjamin Cuyp, s'appliquaient à^lui ressembler en traitant les mêmes sujets que lui, et Albert Cuyp lui-même, l'illustre neveu de ce dernier, allait bientôt imiter Rembrandt dans l'arrangement de ses portraits comme dans la manière de les éclairer. Un autre artiste de Dordrecht, Poulus Lesire, entré dans la Gilde de cette ville au commencement de i63i, abdiquait à ce point son indépendance que plusieurs de ses portraits (1) se présentent à nous affublés de travestissements guerriers identiques à ceux qu'affectionnait Rembrandt, et, sauf la faiblesse de leur exécution, pourraient être confondus avec ceux de son modèle. Dans d'autres villes, à Harlem, à Delft, à Deventer même, dans la famille des Ter Borch, on trouverait des preuves analogues du prestige qu'avait alors le maître, prestige tel que, suivant le dire de Houbraken, « on ne pouvait complaire au public qu'en suivant sa manière ».
Dans ces conditions, dès que Rembrandt se décida à prendre des élèves, il lui en vint des diverses parties de la Hollande et même des pays voisins. Parmi ceux qui lui ont été attribués, il en est cependant quelques-uns pour lesquels cette désignation nous paraît assez douteuse. En parlant plus haut de Willem de Poorter, nous avons donné les raisons pour lesquelles il nous semble avoir été simplement l'imitateur de Rembrandt plutôt que son disciple. Nous ne croyons pas davantage que Jacob de Wet ait été son élève. Des similitudes de nom expliquent la confusion qui existe encore entre plusieurs de ces de Wet dont la personnalité est restée un peu embrouillée, bien que rien, à notre avis, n'infirme l'exactitude des renseignements donnés par van der Willigen (2) sur celui qui nous occupe. Nous avons déjà dit quelques mots de cet artiste qui, avec un style et une exécution un peu rudes, offre cependant des analogies positives avec Rembrandt, et nous avons signalé les différences que les deux Résurrections de La\are signées du nom de de Wet dans la collection de l'Ermitage et au Musée de Darmstadt présentent avec la grande eau-forte de 1 633. La date de 1 633 que porte aussi le dernier de ces tableaux exclut, à notre avis, la possibilité qu'il
(1) Notamment celui de la collection Haussmann à Hanovre et un autre chez M. le conseiller Séménof à Saint-Pétersbourg.
(2) Les Artistes de Harlem, p. 324.
ait eu des leçons de Rembrandt, et quant aux similitudes qu'on peut observer entre leurs œuvres et que nous retrouverions également dans d'autres tableaux de de Wet, comme une Multiplication des Pains appartenant à M. le conseiller Séménof et un Christ au Calvaire qui fait partie de la collection de M. le comte Orloff-DavidofT, il serait facile d'en relever de tout aussi formelles dans les œuvres d'autres peintres contemporains.
En ce qui touche Jacob-Adriaensz Backer, si, comme on le pense, il est entré dans l'atelier de Rembrandt, il n'a guère fait que le traverser. Né en 1608 ou 1609 à Harlingen, il était presque du môme âge que celui qu'on dit avoir été son maître, et quand, après avoir été le disciple de Lambert Jacobsz à Leeuwarden, il arriva à Amsterdam, c'était, d'après le témoignage de Houbraken, avec l'intention d'y pratiquer librement son art. Dès cette époque, en effet, c'était un artiste accompli. Dessinateur excellent, il exécutait avec une sûreté étonnante des académies au crayon noir rehaussées de blanc, surtout des figures de femmes, et comme peintre il avait une prestesse merveilleuse. Houbraken, qui vante à diverses reprises son caractère aimable et sa bonté, cite de lui un portrait de femme qu'il avait enlevé dans une seule journée. Quelques-unes de ses œuvres les plus importantes, le Portrait de Uytenbogaerd daté de i638, dans la chambre du conseil de la Communauté des Remontrants à Amsterdam, les Régentes de V orphelinat municipal de cette ville et le beau tableau Un ménage hollandais qui appartient à M. H. Krafift, nous révèlent sous leur meilleur jour les qualités de finesse et de sincérité, le charme de couleur et la belle tenue de ses portraits, dont plusieurs égalent ceux que de Keyser et Rembrandt lui-même peignaient à cette époque. Backer vivait d'ailleurs en très bons termes avec ces deux artistes, et de Keyser a peint de lui un portrait qui nous est connu par la gravure de Th. Matham.
Né en juin 16 16 à Dordrecht, Ferdinand Bol était venu tout enfant à Amsterdam, et il devait entrer de bonne heure, probablement vers sa seizième année, dans l'atelier de Rembrandt, dont il fut, à la fois comme peintre et comme graveur, un des premiers et des meilleurs élèves. Il resta pendant assez longtemps, de huit à neuf ans croit-on, chez son maître; mais il l'avait certainement quitté avant 1642, car nous avons de lui trois eaux-fortes et au Musée de Berlin un Portrait d'une Dame
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