LE DESSINATEUR
Dessin à la plume (British Muséum
casque, qui, en 1890, a été achetée en France pour l'Amérique, et enfin dans un des derniers tableaux de Rembrandt, les Travailleurs de la vigne, de la collection de sir Richard Wallace (1). Quoi qu'il en soit, la peinture enlevée sur un fond léger en frottis bruns, transparents, avec des empâtements très accusés dans les lumières, est pleine d'éclat et brossée d'une manière expéditive, mais tout à fait magistrale. L'eauforte représentant Jan-Cornelisz Sylvius nous offre également le portrait d'un autre membre de la famille de l'artiste. Rembrandt, on le sait, avait déjà reproduit en 1 633 ou 1634, dans une autre eau-forte, les traits de Sylvius. Pour celle qu'il exécuta en 1646 (B. 280), huit ans après la mort de ce dernier, il s'était à la fois servi d'un dessin fait d'après lui, de son vivant, et aussi d'un croquis (au British Muséum) dans lequel il avait cherché, en quelques traits, l'arrangement de sa figure. Le cousin de Saskia nous est montré de face, feuilletant de sa main gauche un livre placé devant lui et portant la droite en avant, comme s'il appuyait énergiquement de son geste l'affirmation de sa foi. Autour de l'encadrement en ovale est tracée une inscription donnant les dates de la naissance et de la mort de Sylvius et la liste des résidences diverses dans lesquelles il avait successivement exercé son ministère. Au-dessous, des vers latins de van Baerle et de Scriverius célèbrent les mérites de sa vie entièrement consacrée à l'apostolat et remplie par la pratique de toutes les vertus chrétiennes. C'était donc là, suivant toute apparence, un pieux souvenir destiné aux amis de cet homme de bien et aux fidèles qu'il avait évangélisés par sa parole ou édifiés par son exemple; personne assurément n'était mieux que Rembrandt désigné pour rendre cet hommage à un parent vénéré qui lui avait toujours témoigné tant d'affection. Les autres portraits dont nous avons à nous occuper maintenant sont ceux d'amis ou d'artistes avec lesquels Rembrandt était alors en relations. Un des premiers est celui du docteur Ephraïm Bueno dit Bonus (2). Fils lui-même d'un médecin distingué, il appartenait à la communauté des Juifs portugais de la ville d'Amsterdam, où en 1 65 1 il obtenait le droit de bourgeoisie. Savant très renommé, il recherchait la société des
(1) Quant à la tète où l'on a cru reconnaître le même type et qui est dessinée sur une planche de Griffonnements (B. 370), à côté d'un groupe de mendiants déjà gravés en 1 63 1 sur la même plaque, nous croyons que cette tôte est celle de Rembrandt lui-même, et la ressemblance avec le Rembrandt dessinant (B. 22), par exemple, nous paraît indiscutable.
(2) Voir page 85.
PORTRAIT DE COPPENOL. 355
artistes, car, quelques années plus tard, Lievens devait également faire d'après lui une belle eau-forte (B. 56). Celle de Rembrandt est datée de 1647 (B. 278) et nous montre Ephraïm dans une attitude méditative, appuyé sur la rampe d'un escalier. Ainsi qu'on peut le remarquer dans plusieurs autres portraits de Rembrandt (1), le bras sur lequel il est ainsi appuyé paraît sensiblement trop court; mais la tête avec son expression un peu triste et son regard sombre est intelligente et pensive. Peut-être Ephraïm avait-il donné des soins à Rembrandt ou à quelque personne de sa famille et c'était, sans doute, pour les reconnaître que l'artiste avait peint de lui, un peu auparavant, le petit portrait qui appartient à M. Six et d'après lequel l'eau-forte a été faite, car elle en est la reproduction en contre -partie et dans des dimensions presque pareilles. Le docteur J. Antonides van der Linden dont, vers i652-i 653, Rembrandt fit également le portrait à l'eau-forte (B. 264), avait été professeur à l'université de Franeker. Il avait même réorganisé et agrandi le jardin botanique de cette ville et Vosmaer croit que c'est pour rappeler cette circonstance que Rembrandt, fidèle à son habitude de mettre ses modèles dans leur vrai milieu, a placé Antonides dans un jardin ; mais peut-être l'artiste a-t-il simplement pensé que c'était là pour lui le fond le plus favorable pour détacher nettement en clair le visage de ce professeur qu'il a représenté en costume officiel, vêtu d'une simarre à large col de velours. Vers la même époque, nous retrouvons dans une eau-forte de Rembrandt (B. 283) un des plus anciens patrons de ses débuts, Coppenol, son fidèle ami. Né en 1598, il paraît bien ici, en effet, âgé de cinquante-cinq ans environ. Vu presque de face, il est assis devant une fenêtre, auprès de laquelle sont accrochés un compas et deux équerres; d'un air satisfait, il tourne vers le spectateur son visage plein et rond, coiffé d'une calotte noire. Ses mains fines et potelées sont appuyées sur une feuille de papier blanc et dans la droite il tient délicatement une longue plume d'oie avec laquelle il vient de tracer une majuscule. Derrière lui, un jeune garçon contemple avec admiration l'ouvrage de son maître. Coppenol, paraît-il, se croyait un personnage, et au bas de plusieurs des épreuves de ce portrait ou de celui que Rembrandt devait faire de lui quelques années après, il copiait, de sa plus
(1) Voir, par exemple, les portraits de Jan Lutma,de Haaringle Vieux et du grand Coppenol.
belle écriture, les éloges que des poètes complaisants rimaient en son honneur, voire ceux qu'il se décernait à lui-même. Mais en dépit de sa vanité, ce calligraphie a droit à notre sympathie; un des premiers il avait
ETUDE POUR LE PORTRAIT DE J.-C. SVLVIUS. Dessin à la plume (British Muséum)
encouragé Rembrandt dans sa jeunesse, et alors que bien d'autres l'abandonnaient, il ne devait pas cesser de lui donner des marques de son affection. Coppenol aimait d'ailleurs la peinture, et dans un des différents états de cette eau-forte on voit suspendu à la muraille un triptyque dont un Crucifiement occupe le centre.