‹ RembrandtChapitre 250 sur 285 · K KM I! RAM) T · texte numérisé non relu

K KM I! RAM) T

Mais si importantes que soient ces collections privées, elles B'effaceni loicément devant celles des grands dépôts publics, qui, ayant pour eux le privilège de la durée, s'enrichissent incessamment par des legs ou des achats. Pour le nombre et la beauté de ses épreuves, le Cabinet d'Amsterdam, forme en grande partie de la collection van Leyden, achetée en 1810 par le roi Louis- Napoléon, tient le premier rang ; viennent ensuite ceux de Paris, de Londres, de Berlin, de Vienne et de Francfort. Dans les grandes ventes qui se sont succédé depuis le commencement de ce siècle, — celles de Silvestre en 181 1 , de Robert Dumesnil en 1 836, de lord Aylesford en 1846. du baron Vers toi k van Soelen en 1847 et 1 8 5 1 , de M. Firmin Didot en avril 1877, — les prix des eaux-fortes de Rembrandt ont toujours été en augmentant. Dès 1782, une épreuve du premier état du Bourgmestre Six était achetée 5oo florins pour leCabinetde Vienne. A la vente Verstolk van Soelen, la Résurrection de La-are atteignait 1 35o francs ; Renier Anslo, 1 575 francs ; le Grand Coppenol. 2 625 francs ; Ephraïm Bonus, 3 465 francs; Rembrandt au sabre, 3 800 francs. La célèbre planche le Christ guérissant les malades, pour laquelle, à l'origine, le prix de 100 florins avait paru exceptionnel, était vendue 3 870 francs à cette même vente : mais elle était poussée plus tard jusqu'à 29000 francs; enfin, en août 1 883, M. E. de Rothschild achetait de M. Griffith un premier état du Dr A. Tholinx, moyennant 38 000 francs, somme la plus forte, croyonsnous, qu'ait jamais été payée aucune gravure.

Les eaux-fortes de Rembrandt ont été l'objet de classifications assez nombreuses. Gersaint, l'ami de Watteau, avait le premier réuni les éléments d'un catalogue, qu'il laissa inachevé. Après sa mort, Helle et Glomy, en ayant acheté le manuscrit, y ajoutèrent quelques indications qu'ils avaient été à même de recueillir, et publièrent le tout en 1 75 1 . Un marchand d'objets d'art d'Amsterdam, P. Yver, donnait en 1756 un supplément de ce catalogue, dont il avait corrigé quelques erreurs, et un Anglais, Daniel Daulby, accompagnait de ses commentaires la traduction de ce dernier travail, imprimée en 1796 à Liverpool.

L'année d'après, le graveur bien connu Adam Bartsch, conservateur des estampes de la bibliothèque de Vienne, complétait les recherches de ses devanciers dans une étude consciencieuse consacrée aux gravures du maître et de ses principaux imitateurs, étude en deux volumes, publiés à Vienne.

En France, le chevalier de Claussin( 1824) etWilson en Angleterre (1 836) ne firent guère que reproduire, en l'améliorant sur quelques points, le catalogue de Bartsch, bien que le premier de ces auteurs ne fît même pas mention de la source à laquelle il avait si largement puisé. Plus récemment M. Ch. Blanc ajoutait quelques judicieuses remarques aux travaux de ses prédécesseurs, dans trois publications relatives à l'œuvre gravé de Rembrandt, éditées à de courts intervalles, en i83q, i85<» et 1861 ; mais il adoptait, comme eux, le classement par catégories selon la nature des sujets représentes. Vosmacr, le premier, avait cherche, comme nous essayons aujourd'hui de le faire, a étudier l'ensemble des œuvres de Rembrandt, parallèlement avec sa vie. en suivant l'ordre chronologique de leur production. Mais il est aisé de comprendre combien, au début surtout, cet ordre présentait de difficultés. Il n'y a guère plus d'un tiers des eaux-fortes de Rembrandt qui portent une date, ci si pour les autres il est déjà assez délicat de dire approximativement à quelle

époque de la vie de l'artiste elles se rattachent, il serait téméraire de prétendre déterminer exactement Tannée où elles ont été faites, en se fondant uniquement sur les analogies d'exécution qu'elles peuvent offrir avec d'autres dont la date est certaine. L'essai de classification chronologique tenté par Vosmaer contenait donc bien des erreurs. Mais c'était le premier jalon planté dans une voie où, bientôt après, d'autres critiques allaient s'avancer d'une manière plus résolue.

Au mois de mai 1877, une exposition des eaux-fortes de Rembrandt fut organisée par des amateurs anglais au Burlington-Club de Londres, en adoptant pour leur classement l'ordre chronologique. M. Seymour-Haden, un des promoteurs de cette exposition, à laquelle il avait envoyé lui-même les épreuves les plus remarquables de sa collection, fit précéder le catalogue rédigé à cette occcasion d'une préface où il exposait ses vues personnelles sur les diverses questions d'authenticité et de dates qu'on peut soulever à propos de l'œuvre gravé de Rembrandt (1).

Admirateur passionné du maître, M. Seymour-Haden est lui-même un aquafortiste très distingué et son talent de graveur prêtait un intérêt particulier au résultat de ses recherches. On ne peut que souscrire à ses idées sur la valeur comparative des divers états des eaux-fortes de Rembrandt et sur les écarts tout à fait factices que la rareté de certaines épreuves et l'engouement souvent très peu justifié des amateurs assignent à leur valeur vénale. Toutes ces considérations, il faut le reconnaître, dérivent chez l'éminent critique d'un sentiment très délicat de l'art qu'il exerce autant que d'une juste appréciation des qualités de son maître préféré. Peut-être même l'admiration que celui-ci lui inspire n'est-elle pas exempte de quelque partialité.

Frappé des différences très réelles qu'il observe entre des productions d'une même époque, peut-être n'a-t-il pas suffisamment tenu compte des inégalités du talent de l'artiste lui-même et de la diversité que peut offrir son travail, tantôt exécuté précipitamment et tout à fait improvisé, tantôt, au contraire, méthodique, sagement conduit et poussé jusqu'aux limites du fini le plus minutieux.

A son insu et dans son désir de n'attribuer à Rembrandt que des chefsd'œuvre, il est un peu trop porté aussi à effacer son nom sur des gravures où il est inscrit, mais qu'il juge indignes de cet honneur, ou à lui adjoindre des collaborateurs. Afin de donner plus de poids à ses hypothèses, M. Seymour- Haden va même jusqu'à désigner positivement ces collaborateurs. Il est certain qu'en s'avançant un peu imprudemment sur ce terrain, le critique anglais a commis plus d'une erreur ; soit qu'il désignât comme élèves de Rembrandt des artistes qui ne l'ont jamais été, Lievens et van Vliet, par exemple, ou d'autres qui ne l'étaient pas encore à l'époque où il avait cru pouvoir spécifier expressément la part qu'ils auraient prise à l'exécution de certaines eaux-fortes ; soit qu'il considérât comme faux des monogrammes ou des signatures dont la forme ou l'orthographe lui semblaient insolites alors que ceux-ci se retrouvaient identiquement sur des tableaux peints par Rembrandt à la même date

(1) M. Seymour-Haden a traduit lui-même cette préface dans une brochure tirée à part et offerte aux abonnés de la Galette des Beaux-Arts (juillet 1880). La collection des eaux-fortes et des dessins de Rembrandt réunie par M. Seymour-Haden a été vendue aux enchères à Londres, du i5 au 19 juin 1891.

SjS REMBRANDT.

et tiraient ainsi de cette similitude une sanction positive de leur authenticité. Les affirmations formelles de M. Seymour-Haden sur ces divers points étant

reconnues inexactes, ses erreurs, si elles n'infirment pas absolument la valeur totale de son travail, obligeaient du moins à discuter en détail des appréciations qu'il devenait prudent de vérifier,

Plus réservé que son compatriote sur ces questions d'authenticité, M. Ch.-H. Middleton avait été, comme lui, frappe de l'avantage que le classement chronologique des œuvres de Rembrandt pouvait offrir pour l'étude de son développement artistique. A l'occasion de l'exposition du Burlington-Club, il communiquait au public ses vues à ce sujet dans une première publication : Notes on the etched Work of Rembrandt Londres, 1877, in-40), suivie l'année d'après par son Catalogue complet de l'œuvre du maître (1), livre excellent, dans lequel, à la suite de la description de chaque gravure, il consignait les remarques de ses prédécesseurs en même temps que les siennes propres. Tout en proclamant la supériorité du classement chronologique, M. Middleton cherchait dans ce catalogue a le concilier avec l'ancien groupement par catégories de sujets. Il diminuait seulement le nombre de ces catégories, et aux douze classes adoptées par Bartsch il substituait une division réduite aux quatre classes suivantes: i° Études et portraits; 20 Sujets bibliques ou religieux; 3° Sujets de fantaisie; 40 Paysages. Si précieux que fût ce travail au point de vue des dates, il n'aboutissait, en somme, pour la désignation des planches qu'à un numérotage de plus ajouté à tant d'autres déjà existants, et ne faisait ainsi qu'accroître la confusion qui résulte de ces notations multipliées.

M. Eug. Dutuit, à son tour, rendait un service signalé à la critique en faisant reproduire, dans leurs dimensions réelles et avec le soin le plus minutieux, la suite complète des eaux-fortes du maître, d'après les meilleures épreuves de sa collection — une des plus choisies qui aient été formées de notre temps — ou des dépôts publics qui les renferment. Très supérieur à ceux de ses devanciers, ce magnifique recueil, dont les progrès de l'héliogravure ont pu seuls permettre la publication, met aujourd'hui à la portée des critiques et des amateurs un répertoire indispensable à quiconque veut étudier d'une manière un peu approfondie l'œuvre du maître, puisqu'il donne la faculté de manier et de comparer entre elles toutes les pièces d'un ensemble qu'il n'était pas jusque-là possible de trouver réuni. Chacune de ces reproductions est accompagnée de commentaires qui signalent les différents états des gravures et les diverses appréciations dont ils ont été l'objet. En laissant a chacun la responsabilité de ses opinions, M. Dutuit n'exprime que très discrètement les siennes propres, avec autant d'impartialité que de modestie. Mais bien qu'il s'élève contre l'encombrement des classifications déjà existantes, pas plus que M. Middleton, il n'a cru cependant pouvoir s'arrêter à aucune d'elles, et. quoique calqué sur celui de Bartsch, le nouveau mode de numérotage qu'il propose ne tait qu'ajouter à des complications dont il déplore à bon droit lui-même les inconvénients. Ce n'est là d'ailleurs qu'une critiquebien légère en regard des avantages que présentent pour l'étude des eaux-fortes de Rembrandt ces reproductions pour la plupart irréprochables. 11 convient,

(1) A descriptive Catalogue of the etched Work of Rembrandt van Ityn ; gr. in-N\ Londn 1878; John Murniy.

au surplus, d'ajouter qu'afin de faciliter, autant qu'il était possible, les recherches dans l'œuvre du maître, M. Dutuit, non content de donner pour chaque planche les numéros d'ordre des divers catalogues existants, a dressé avec soin des tables de concordance commodes à consulter et qui embrassent toutes les classifications proposées jusqu'ici.

Tout récemment encore, dans un grand ouvrage publié en 1890 à Saint- Pétersbourg, M. le sénateur Dmitri Rovinski s'est proposé de mettre sous les yeux de ses lecteurs la reproduction de tous les divers états des gravures de Rembrandt. Les 1000 phototypies sans retouches que contient cet ouvrage permettront désormais aux collectionneurs et aux érudits d'apprécier les transformations graduelles apportées par Rembrandt dans le travail de ses planches, et de fixer, par conséquent, le nombre réel de ces états, nombre que les prédécesseurs de M. Rovinski étaient portés à multiplier outre mesure d'après des modifications apportées simplement dans le tirage et non pas, comme il convient de le faire, d'après des remaniements positifs effectués dans l'exécution totale ou partielle de chaque planche.

On pouvait facilement prévoir qu'après l'exposition du Burlington-Club la porte resterait grande ouverte aux discussions d'authenticité qui allaient se poser pour un certain nombre de gravures attribuées avec plus ou moins de vraisemblance à Rembrandt. Le chiffre de 375 porté au catalogue de Bartsch pour l'ensemble de son œuvre était, il faut le reconnaître, excessif et il y avait lieu de procéder à une revision qui, poursuivie par ses successeurs, les conduisait successivement à réduire ce total : Wilson à 366 ; Claussin à 365; Ch. Blanc à 353 et M. Middleton à 329. Renchérissant à leur tour sur cette disposition, souvent sans autre motif que leur caprice ou leurs préférences personnelles, des amateurs ou des artistes effaçaient à l'envi sur cette liste déjà ainsi raccourcie, et l'un d'eux, un peintre français établi en Angleterre, M. A. Legros, abaissait jusqu'à 71 le chiffre des planches dont, suivant lui, Rembrandt était certainement l'auteur et à 42 le nombre de celles qu'on pouvait avec quelque vraisemblance lui attribuer, soit un total de 1 13. On le voit, le mouvement déterminé par la brochure de M. Seymour-Haden s'accentuait de plus en plus, et dans un article publié par la Galette des Beaux-Arts (1), M. L. Gonse prenait carrément parti pour les novateurs, approuvant de tout point leurs idées, insistant d'ailleurs avec raison sur la nécessité de ce travail de sérieuse revision auquel il était nécessaire de soumettre l'œuvre gravé du maître. Certes, ainsi que me l'écrivait à ce propos un des admirateurs les plus éclairés de Rembrandt, M.W. de Seidlitz, cet œuvre ne peut que gagner à être allégé de quelques pièces indignes de son talent, mais à condition de ne pas apporter dans ce travail d'épuration d'autres visées que celles d'une critique vraiment impartiale. Dans un autre article, très judicieux d'ailleurs, publié par le Repertorium fur Kunstwissenschaft (2), M. le Dr Straeter d'Aix-la- Chapelle, qui possède lui-même une belle collection des eaux-fortes de Rembrandt, tout en essayant de réagir contre des tendances qu'il jugeait exagérées, y cédait lui-même à son insu. Dans le chiffre de 280 à 3oo planches auquel il arrivait pour le total de l'œuvre gravé de l'artiste, il se refusait à comprendre les pièces libres qu'il considérait comme apocryphes, et à l'appui

(1) ier décembre i885.

(2) Rembvandt's Radirungen ; 1886, p. 253 et suiv.

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de cette exclusion systématique il alléguait non des différences ou des faiblesses d'exécution trop manifestes, mais simplement la grossièreté des

sujets traités, les jugeant a priori, et par ce fait seul, indignes du nom de Rembrandt.

Il appartenait à M. W. Bodc de rétablir les droits un peu trop méconnus delà critique, et à la suite même de l'étude de M. Straeter, dans le recueil où elle avait paru, avec l'autorité que lui donnait sa connaissance de l'œuvre entier de Rembrandt, il montrait les dangers et l'incertitude de ces jugements dictés par des préoccupations trop exclusives. Ainsi que le dit M. Bode, les avis de gens du métier ont leur valeur et il importe d'en tenir compte ; mais à côté de leurs appréciations parfois un peu spéciales, il y a tout un ensemble d'autres indications qui peuvent les compléter et les éclairer. En ce qui touche Rembrandt, les dates des gravures de sa jeunesse — sur lesquelles portaient surtout les exclusions de M. Seymour-Haden et de ses sectateurs, — leur exécution comparée à celle de ses tableaux ou de ses dessins à cette même époque, les documents biographiques qui le concernent lui et ses contemporains peuvent, en des questions si délicates, fournir les plus utiles lumières. Faute de connaître suffisamment tous ces divers éléments d'information, ou de ne pas tirer de leur rapprochement les conséquences nécessaires, on s'expose à des affirmations fausses ou hasardeuses. Il est certain qu'à comparer les premières peintures du maître à cellesde sa maturité, elles présentent des différences aussi marquées que tel grifïbnnement ou telle eau-forte de ses débuts rapprochés de chefs-d'œuvre comme les portraits de Lutma ou du vieil Haaring et la Pièce aux ioo florins. Les écarts sont pareils, et dans les œuvres de sa jeunesse, eaux-fortes ou tableaux, on constate avec des analogies bien naturelles des faiblesses égales. Il est positif encore que des pièces comme celles portées au catalogue de Bartsch sous les numéros 14, i5, 25, i5o, 166, 3 14, 32-2, 3 3 7 , 36o, etc., par exemple, ne font pas grand honneur à Rembrandt; mais datées de i63o ou 1 63 1 , signées très anciennement de son monogramme et acceptées par lui comme faisant partie de son œuvre, elles ne sont ni meilleures, ni pires que beaucoup des tableaux qu'il exécutait à cette époque. Si, comme le remarque judicieusement M. Bode, chacun de ces essais, auxquels l'artiste n'attachait, sans doute, pas grande importance, ne nous offre par lui-même i|u'un intérêt assez médiocre, leur suite est cependant utile pour nous renseigner sur le développement progressif du talent de Rembrandt et sur la manière dont il s'est formé. Indépendamment de ces traits généraux, l'étude des premières peintures du maître nous fournit des arguments particuliers et d'une valeur indiscutable sur l'authenticité de certaines gravures qu'on serait assurément tenté de rayer de son œuvre, si on ne les envisageait qu'à un point de vue purement esthétique. Les monogrammes ou les signatures : RH, RH van Rvn, Rembrant van Rvn, Rembrant, et enfin Rembrandt, que de [628 à t633 nous relevons sur ses tableaux avec des dates comprises entre cette période, nous les retrouvons avec des formes et des orthographes pareilles sur les gravures de la même époque. Or ce sont là des notations qui n'ont été constatées que récemment et auxquelles des faussaires, qui par conséquent les ignoraient, n'auraient pu autrefois se conformer pour dissimuler leurs fraudes. Il n'est que juste d'ajouter que l'honneur d'avoir découvert et réuni ces informations qui ont trait à la jeunesse de Rembrandt revient à M. Bode et nous avons vu.

au cours de ce livre, que les travaux les plus récents de la critique, aussi bien que les découvertes faites en ces derniers temps dans les archives, n'ont pu que confirmer la justesse des indications précises et même des hypothèses qu'il avait données à cet égard. Grâce à ces preuves décisives, l'authenticité d'une grande partie des eaux-fortes appartenant à la période primitive — et ce sont précisément les plus contestées — nous semble mise hors de doute, celles du moins qui portent le nom ou le monogramme de Rembrandt. A moins que la fausseté de sa signature ne soit démontrée, tout en constatant des différences et des inégalités parfois assez grandes dans leur exécution, nous n'avons pas à nous montrer plus difficile que le maître lui-même pour les admettre dans son œuvre.

Quoi qu'il en soit, il faut en convenir, le mouvement dont M. Seymour- Haden a été le promoteur ne laisse pas d'avoir eu son utilité, en allégeant cet œuvre de quelques eaux-fortes qui n'avaient aucun droit d'y figurer. C'est ainsi que, tout en conservant une réserve qui mérite d'être louée, M. Middleton a fait porter ses radiations sur une trentaine de paysages un peu légèrement acceptés par Bartsch et dont quelques-uns même ont pu être restitués à leurs véritables auteurs. Plus récemment encore, afin de procéder avec méthode et d'arriver sur ce point à une entente bien désirable, M. W. de Seidlitz, dans une réunion de la Société berlinoise de l'Histoire de l'art (i), a eu l'heureuse pensée de provoquer une discussion sur ce sujet, en appelant l'attention de tous ceux qui, ayant étudié l'œuvre gravé de Rembrandt, pourraient apporter quelque lumière sur ces questions d'authenticité. Par des correspondances suivies avec MM. Bode, Straeter et avec moi-même, il avait d'ailleurs pris soin de réunir les communications qu'il avait reçues à propos des points qui lui semblaient douteux, et de constater toutes les fois qu'il le pouvait un accord entre ces diverses consultations. A la suite de ses enquêtes et de ses recherches personnelles, le chiffre des planches admises par M. de Seidlitz comme formant l'œuvre de Rembrandt s'élève à 260.

L'espace limité dont nous disposions nous forçait à nous borner au strict nécessaire dans le catalogue résumé qui suit ce court historique des essais de classification tentés jusqu'ici pour les gravures de Rembrandt. Ne pouvant songer à donner toutes les notations déjà proposées, nous nous sommes contenté de recourir à deux d'entre elles, qui caractérisent à la fois le groupement par catégories et celui par ordre de dates. Pour le premier nous avons suivi la classification de Bartsch, à laquelle, malgré les imperfections qu'elle présente, on tend de plus en plus à revenir et qui avait, en outre, pour nous cet avantage que nous pouvions également l'employer pour les œuvres des imitateurs ou des élèves de Rembrandt. Nous avons joint au numérotage de Bartsch celui de M. Middleton, et, sauf quelques rares exceptions — le plus souvent d'accord avec M. de Seidlitz, — nous avons adopté la chronologie de son catalogue, en indiquant celles des planches qui sont sérieusement contestées, et en rejetant nous-même celles qui pour divers motifs nous semblaient devoir être exclues. Dans ces conditions, le chiffre total des eaux-fortes auquel nous sommes arrivé s'élève à environ 270,611 y comprenant une quarantaine de planches sur lesquelles nous hésitons à nous prononcer d'une façon absolue. Ce chiffre,' peu différent de celui auquel, de son côté, M. de Seidlitz s'est arrêté,

(1) Séance du 3i octobre 1890.

ne peut donc être considéré que comme approximatif; en matière si délicate,

le doute nous parait d'autant plus permis qu'une certitude absolue serait impossible à obtenir.

Les chiffres placés à la suite des abréviations B et M Bartsch et Middleton indiquent les numéros des Catalogues de ces deux auteurs.

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