‹ RembrandtChapitre 60 sur 285 · FIGURE POLONAISE · texte numérisé non relu

FIGURE POLONAISE

Vers i633 (B. 140).

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manière, il l'agrandit. L'exécution de cette grande toile lui a fait sentir ce qui peut lui manquer encore de franchise et de largeur daos le parti, de force dans le dessin.

En suivant l'ordre des dates, nous rencontrons plusieurs jeunes ménages parmi les clients de l'artiste, le portrait du mari faisant pendant à celui de sa femme, mais séparé quelquefois de celui-ci par une année d'intervalle ; soit que, pressé comme il l'était, Rembrandt n'ait pu les terminer tous deux dans la même année; soit que son talent et ses succès aient mis en goût ses modèles. La collection de M. Henry Pereire nous offre d'abord deux portraits déforme ovale, en buste et de grandeur naturelle, ayant appartenu tous deux à M. Wynn Ellis, en Angleterre : le portrait d'homme signé Rembrant et daté i632; celui de femme signé Rembrandt et daté 1 633. Le mari porte un chapeau noir à larges bords, un costume noir et une collerette blanche qui rehausse encore la fraîcheur de son teint. C'est un homme déjà mûr — il est âgé de quarante-sept ans, — aux moustaches retroussées et à la barbe grisonnante; mais sa tête énergique et son regard assuré donnent l'idée d'une nature virile et robuste. Des ombres assez intenses accusent puissamment le relief de ce mâle visage, dont le modelé est cependant très délicat. L'exécution poursuivie dans les moindres détails dénote un tel scrupule et une si prodigieuse attention que chacun des plis de la collerette tuyautée est à son plan, mis exactement en perspective, recevant exactement la quantité de lumière à laquelle il a droit. Malgré tout, l'aspect est resté très saisissant. Le portrait de la jeune femme, Gornelia Pronck — car on sait à la fois son nom et son âge, trente-trois ans, — nous montre une facture un peu moins large. Vue presque de face, sa tête est d'un ovale assez allongé, et malgré la fraîcheur de ses lèvres, elle semble maladive. Suivant la mode du temps, ses cheveux à peine apparents sont tirés sous sa coiffe de dentelle, et son col blanc se détache nettement sur un vêtement noir brodé d'or. Cette aimable figure qu'éclaire un jour discret respire l'honnêteté et la candeur. A part une ombre très mince, mais qui tranche sur le blanc du col, tout est clair, limpide, transparent et lumineux; les demi-teintes très légères et assez froides avec lesquelles les chairs sont modelées ont les intonations un peu verdàtres particulières à cette époque, et reflètent le fond sur lequel se détache ce gracieux visage. Aucune virtuosité d'ailleurs, et même, à le bien

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prendre, rien de très personnel dans la facture. Sauf un peu plus de délicatesse, on jurerait encore une œuvre de Th. de Keyser et l'on s'explique parfaitement qu'en dépit de leurs dates, de leurs signatures et de leur conservation excellente, ces deux portraits aient paru en 1876 d'une authenticité douteuse. Les œuvres de la jeunesse de Rembrandt étaient si peu connues à ce moment, que la direction de la National Gallery à laquelle ils avaient été présentés et qui, en vertu même du testament du possesseur, avait le droit de choisir dans sa collection, refusa de les acquérir.

Les portraits d'un autre ménage, qui appartiennent au Musée de Brunswick, ont été, comme les précédents, exécutés à un an de distance l'un de l'autre : celui de l'homme en i632 et son pendant en i633. Ils passaient autrefois pour représenter Grotius et sa femme, dénomination évidemment fausse, ainsi que le prouve une facile comparaison avec îles images connues du célèbre écrivain. Comme les précédents, tous deux sont ovales, en buste et de grandeur naturelle ; tous deux aussi portent des costumes noirs et des fraises blanches, à double rang de plis soigneusement étudiés un à un; enfin le plus vivant, le plus remarquable comme expression, bien que le premier en date, est également celui du mari. Avec ses yeux brillants, sa moustache retroussée et ses cheveux un peu relevés sur le sommet de la tête, son air intelligent et décidé frappe au premier abord. Le portrait de femme, au contraire, est un peu maussade et inerte; le regard manque d'animation, la moue de la bouche manifeste quelque ennui et l'on dirait que cette physionomie assezingrate n'était guère du goût de l'artiste.

Moins heureux queceménage et bien qu'ils méritassent mieux que lui d'être réunis, deux autres époux, ^>.

signés et datés tous deux de 1 633, f r) [s sJ*h'

sont aujourd'hui séparés : le ' y Vf NLU 9 Ci ' 'Ci t portrait du mari, Willem Burch- j /fy y .

graeff de Rotterdam, se trouvant -' J

aujourd'hui au Musée de Dresde, et celui de la femme, Margaretha van Bilderbeecq, au Staedel's-Institut de Francfort (1). Vus presque de face

(1) Grâce à des documents qu'il a récemment découverts, M. Bredius a pu rectifier l'orthographe des noms de ces deux époux. W. Burchgraeff était boulanger et marchand de grains à Leyde.

et vêtus de noir, ils nous apparaissent l'un et l'autre pleins de force et de vie. A voir l'exécution à la fois expéditive et sûre, on sent que Rembrandt était ce jour-là en possession de tous ses moyens, et cette franchise de la facture et des colorations s'accorde merveilleusement avec la robuste apparence de ces époux.

Les deux grands portraits du bourgmestre Jan Pellicorne avec son

fils Caspar, et de sa femme Suzanna van Collen avec sa fille, sont probablementdelamême date. Ils sont signés Rembrant, et l'on découvre les trois premiers chiffres 1 63. sur le portrait de la femme. Tous deux font partie de la collection de sir Richard Wallace et ont été acquis par lord Hertford à la vente du roi de Hollande.

Mais les toiles avant été roulées, leur conservation laisse à désirer. La disposition d'ailleurs n'est pas des plus heureuses : Pellicorne, vêtu de noir, coiffé d'un chapeau à larges bords et assis dans un fauteuil, présente à son fils, un bambin de sept à huit ans qui porte un costume gris et se tient debout auprès de lui, une bourse pleine d'argent ; sa femme, de son côté — elle est également assise et parée d'une robe noire brodée d'or avec une collerette blanche très large, — remet une pièce d'argent à sa fille, une fillette aux cheveux roussâtres et aux petits yeux clignotants. La facture est soignée, mais un peu froide, et le dessin des mains ne semble pas irréprochable; l'éclairage aussi est indécis, sans grande préoccupation de clair-obscur. Les ombres verdàtres des carnations et cette timidité de la facture nous font considérer comme très

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