‹ RembrandtChapitre 7 sur 12 · BETHSABÉE · texte numérisé non relu

BETHSABÉE

(Musée du Louvre.)

vrais, les plus chastes et les plus beaux de la peinture. L'homme et la femme — on intitule cnigmaliquement Je groupe : La Fiancée juive — déploient un luxe d'ors, de velours et de soie qui contraste avec l'intimité de la scène, mais qui explique d'autant mieux la passion de féerie et de chimère restée intacte dans le cœur de Rembrandt. Il réalise encore avec la môme liberté allant jusqu'à la témérité suprême, avec la même vision magnifique et folle, le Saûl — récemment acquis par M. Bredius — et surtout Esther, Assuérus et Aman, que possède la reine de Roumanie. La mise en page est autoritaire, la violence des argents et des pierres brûle la toile, la psychologie des trois personnages est shakespearienne, les couleurs sont fastueuses, le dessin sûr comme au temps de la maturité. Le sceptre sortant soudain de l'ombre — tel un éclair — illumine toute la scène de son prestige. On dirait qu'il domine les trois acteurs du drame, sous le rai d'or de sa volonté dardée. Rembrandt meurt debout après ce dernier chef-d'œuvre.

C'est au Rijksmuseum d'Amsterdam qu'on rencontre, je crois, la plus riche collection d'eaux-fortes signées Rembrandt ; c'est là qu'on peut se rendre, grâce aux superbes et très rares états de ses cuivres, le mieux compte de son œuvre et de ses procédés.

Avant lui, la gravure est avant tout un art d'école. Les

Italiens — surtout Marc-Antoine, — les Allemands — surtout x\lbert Durer — ont travaillé leurs planches suivant des méthodes fixes, suivant une façon quasi mécanique de conduire le trait, suivant une ou plusieurs formules bien définies et constamment respectées.

Lucas de Leyde, celui que Hembrandt admirait comme un maître, n'échappe point encore à la manière. 11 maintient la juxtaposition graduée des traits soit rectilignes, soit concentriques, suivant la forme des objets ; il ne soupçonne point le jeu libre des beaux blancs mis en opposition avec les noirs profonds; il ne se doute point des ressources du burin, ni de la pointe ; il œuvre honnêtement, ponctuellement, habilement, mais sans fougue ni sans audace,

Rembrandt révolutionne le domaine de la gravure avec la soudaineté et la décision du génie. On dirait qu'il entre le premier dans cet art, que nul avant lui n'ait tenu entre ses doigts l'outil d'acier et que la plaque de cuivre n'ait jamais dévoilé ses ressources à personne.

Dès ses premiers essais — 1628 à 1631 — il se conquiert. Le portrait de sa mère, le sien, connu sous le nom de Hembrandt aux trois moustaches, révèlent déjà quelle sera son originalité. On n'y surprend aucune manière, sinon celle qui deviendra la sienne. La pointe s'émancipe, elle mord le métal avec acuité et indépendance. Ce ne sont plus des traits réguliers, mais comme un embrouillamini de hachures, les unes en toile d'araignée, les autres en pâlies de mouches, toutes concourant soit à des harmo-

Cliché Hruikiiianii.

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