ACTE I
EGMA
Pardon I... J'ai eu Fhonneur d'y prendre trente deux inscriptions successives, ce qui ne s'est pas encore vu depuis que l'Université existe.
HARMEN
Bon, bon, tu étais digne d'être Leidois.
EGMA
Jacob van Svs^anenburch et Harmen van Ryn ne sont pas de meilleurs Leidois que moi.
VAN SWANENBURGH
Voilà bien de l'outrecuidance pour un Frison!
EGMA
Me confondrait-on, par hasard, avec ces Polonais, ces Hongrois, ces Allemands, ces Danois, ces Anglais, tous ces étrangers qui se sont mis à pulluler ici, depuis les leçons d'histoire de Juste Lipse et de Scaliger, celles de chronologie de Vossius, celles de latin de Heinsius, celles de grec de Meursius...
VAN SWANENBURGH
Quelle cervelle !
EGMA
Et les inoubliables controverses théologiques de Gomar et d'Arminius?
A Swanenburch.
Tu ne dis plus rien! Sais-tu quej'étaisdéjàétudiant à Leyde que tu avais encore du lait au menton? Sais-tu que j'ai été garçon d'honneur
au mariage de Harmen et que j'ai vu naître tous ses enfants?
HARMEN
C'est vraij Egma est mon vieil ami.
EGMA
Et toujours vert!
Allant prendre une chope sur l'armoire.
Hier, à la taverne des Comtes de Hollande^ j'ai bu mes dix pintes, et j'en aurais sans doute vidé une onzième, si le veilleur n'était venu crier le couvre-feu.
Il se verse à boire.
Et tout à l'heure, au Doelen, si vous les aviez vus, ces freluquets, me regarder prendre d'une main sûre ma vieille arquebuse^ épauler sévèrement, selon les règles, et faire mouche...
VAN SWANENBURCH
Ulysse!
EGMA
Vous comprendriez mieux mes succès d'autrefois, le nombre invraisemblable de coupes et de coqs remporté aux réunions...
Levant sa coupe en l'air.
Allons ! à la santé de Leyde !
VAN SW^ANENBURGH
Ça, bien volontiers. A la santé de Leyde !
TOUS TROIS, heurtant leurs chopes.
Prosit !