ACTE II
elle a choisi. Vous n'avez plus^ en honnête homme, qu'à me céder la place.
ALBERTUS
Saskia votre femme !... Vous plaisantez.
Prenez garde !
ALBERTUS
Vous plaisantez, dis-je. Vous oubliez que vous n'êtes que le fils d'un meunier.
Je m'en fais gloire.
ALBERTUS
Qu'elle vous aime, elle, Saskia!... Saskia, la fille noble, qui a dans le cœur l'orgueil de sa race 1 . . .
Je Pai distinguée: elle m'aime.
ALBERTUS
Gela n'est pas. Et vous aimerait-elle, qu'une mésalliance n'est pas possible.
Elle ne se mésallie pas : elle m'épouse.
ALBERTUS
Depuis quand les pinceaux confèrent-ils la noblesse?
Depuis que les gentilshommes comme vous abdiquent la leur.
ALBERTUS
Très bien. Allez la demander en mariage à mon cousin Gerrit van Loo, secrétaire du bailliag'e de Sainte-Anna, son beau-frère et son tuteur depuis la mort de son père, Rombertus van Uylenborch, qui était conseiller de la province de Frise et bourgmestre de Leeuwarden, et qui, le lo juillet i584,, assistait, àDelft, au dîner où périt assassiné Guillaume le Taciturne. Allez, vous, le faiseur de portraits, et vous verrez ce qu'on vous répondra I
J'irai, moi, le faiseur de portraits !
Vous m'y trouverez, car j'irai prendre la place qui m'est due au conseil de famille qui aura à recevoir votre demande.
Cela m'importe peu!
ALBERTUS, hors de lui.
Je raconterai à Leeuw^arden vos basses intrigues...
REMBRANDT, Tinterrompant.
Sortez!... Vous pourrez raconter aussi àLeeuw^arden que je vous ai chassé!
Sloppertge rentre son bouquet à la main. Il montre ironiquement la porte à Albertus qui sort.
STOPPERTGE, remettant les fleurs à Rembrandt.
Je ne m'y serais pas mieux pris !...