‹ RembrandtChapitre 7 sur 174 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

VAN SWANENBURCH

La grande porte triomphale du Doelen de Saint-Georges I

HARMEN

Nous pouvons être fiers de notre ville.

VAN SWANENBURCH

Fiers de Leyde, oui!...

HARMEN^ après un silence.

Mais enfin, lui, comprend-il tout cela? Cela suffira-t-il pour le retenir? Et, unefois à Amsterdam, ne voudra-t-il pas aller plus loin, à l'étranger ? Or, tandis qu'ici tout est calme, là-bas, en Brabant, en France, en Italie, partout c'est le trouble et la guerre. Dans quelle inquiétude ne serais-je pas?... Me voyez-vous longtemps sans nouvelles de lui ?... Le voyez-vous malheureux au loin?

On entend au dehors retentir le chant national. VAN SWANENBURCH, se levant et allant à la fenêtre.

Le Wilhelmus !

HARMEN

Le Wilhelmus !

Tous deux écoutent avec ivresse.

VAN SWANENBURCH, lorsque le chant a cessé.

Vivat, Harmen ! ... Ils reviennent du tir ! Gomme les mousquets et les arquebuses reluisent !... Ah ! il n'y a pas si longtemps que ce pays, aujourd'hui si libre, était la proie de l'Espagnol! II n'y a pas si longtemps que notre religion, nos privilèges,

nos biens étaient à la merci des sombres caprices du despote! Il n'y a pas si longtemps que le Taciturne tombait à Delft, la poitrine trouée d'une balle jésuite!... J'étais trop jeune alors pour que je me souvienne de tout cela autrement que par les récits de mon père. Mais vous^Harmen, vous avez pu voir de vos yeux couler le sang* des dixhuit mille victimes du duc d'Albe.

HARMEN

Je l'ai vu.

VAN SWANENBURGH

Aujourd'hui, notre sol est affranchi; et c'est par nos seules forces que nous avons fait la Patrie.

Oui, Jacob, nous pouvons nous réjouir.

VAN SWANENBURGH

Le cœur haut, mon vieux compatriote!

HARMEN

Je l'aurais bien plus vaillant, si j'étais sûr que mon fils voulût rester.

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