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Réminiscences et revendications [microforme]

anciens compagnons d'umiversité, qui s'occupe beaucoup de questions l'économie sociale. Après les sa- Iutations d'usage, il me dit : “Je suis trés aise de vous rencontrer, car j'ai lu par hasard, l'autre jour, dans une revue agricole anglaise une charge à fond de train contre un de nos journaux français, auquel je sais que vous vous intéressez beaucoup et, je me suis dit que, lorsque je vous rencontrerais, je vous pricrais de me renseigner sur le bien ou mal fondé des fort blessantes insinuations faites par cette revue contre les Canadiens-fran- Ççais, surtout au point de vue de leur pratique agricole”. “Ces insinuations, me dit-il encore, m'ont fait de la peine, mais, en méme tes os, je suis forcé d'admettre que, SO» certains rapports, no some mes réellement en arrière s Canadiens, de nationalité différente, des autres provinces de la Confédération et mème de la nôtre. Le peu «le progrès agricole que nous avons fait, quoique bien lentement, nous ne l'avons réalisé, assez géné ralement, qu'en suivant ceux qui nous ont tracé la voie, et cela de

loin seulement.” Comme mon interlocuteur est un homme don l'opinion a pour moi

beaucoup de valeur, vu son importante position sociale et le prestige dont il jouit, je devins tort chagrin de l'entendre faire, au s. . de no:

concitoyens, l'admission ae leur soi-disant infériorité. Je me sentis blessé au vif par une aussi injuste appréciation et je crus qu'il importait de lui prouver que sa manière de voir est contredite par les fait. Cette opinion est partagée, malheureusement, par un trop grand nombre de nos concitoyens des classes supérieures. Absorbés par leurs travaux intellectuels, ils ignorent beaucoup de choses de la vie pratique du peuple et sont portés à accepter toutes les sottises que débitent contre nous certaines gens qui ont intérêt à nous ignorer, où bien à nous dénigrer, justement parce qu'ils savent que, à armes égales, au noral comme au physique, nnu- sommes d'assez rudes adversaires et prenons le premier rang un peu plus souvent qu’à noire tour.

J'entrepris donc de rectifier !'opinion de mon ami à notre égaré, et voici la conversation que nous cümes ensemble, sur ce convoi, où nous venions de nous rencontrer.

Votre jugement sur nos compatriotes, lui dis-i?, au moins pour ce qui concerne nos pratiques agricoles, n'est pas juste. Vous aliez me

permettre de ‘enter de le modifier.

Les progrès que nous faisons, pour peu que nous en faisions ditesvous, consistent simplement à suivre des sentiers battus ? Or, au point de vue agricole seulement, je vais vous démontrer, si vous voulez avoir la patience de m'écouter avec attention, que quelques-uns des progrès les plus importants de notre agriculture, quelques-unes des réformes qui ont opéré une vraie révolution dans l'économie rurale de la Puissance du Canada et même des Etats-Unis, ont été inaugurés par des Canadiens-françaïis et dans la province de Québec.

Je n'irai guère au-delà de cinquante ans, période qui se trouve dans le champ de mes souvenirs personnels, pour choï:ir jies événements qui vont servir à prouver ma thèse. J'espère que, lorsque je vous aurai fait voir, comme je vais le faire indiscutablement, combien d'innovations, d'améliorations, de réformes dans le domaine de l’économie rurale, qui ont énormément d'influence sur le développement agricole, sont l'effet de mouve-

ments partis de la province de Qué- :

bec, vous allez vous convaincre qu’au lieu de suivre les autres tout simplement nous ouvrons souvent la voie sur la route du progrès.

Je vais procéder par ordre de date, en commençant par l’année 1859, qui a vu naître, dans la province de Québec, la première école d'agriculture de la Puissance du Canada—<écoie qui fut en même temps la seconde inaugurée dans l'Amérique du Nord, y compris les Etats-Unis. Je n'ai qu'à vous citer ce que j'ai entendu dire de cette première école d'agriculture par M.

l'abbé Ludger Dumais, supérieur actuel du collège de Sainte-Anne de la Pocatière, lors de la célébration, le 20 décembre dernier, du cinquantième anniversaire de cet établissement, pour nous renseigner sur sa fondation.

“Un humble prêtre—nous disait

M. Dumais—dont l'auteur de La * France aux colonies écrivait que, “ possédant une grande expérience “ des hommes et des choses, il était “ certainement appelé à rendre de grands services à sa patrie, avec ‘les encouragements de son évé- “que et le concours d'amitiés précieuses, au milieu d'une atmos- ‘ phère d'indifférence pour le pro- “grès cultural, posait la première pierre de notre enseignement “agricole au Canada. C'était M.

“ François Pilote, supérieur et pro- “cureur du collège de Sainte-Anne. [institution naissante, c'é- “tait l'école d'agriculture, dont “ Mgr de Tloa, administrateur du “diocèse de Québec, voulut lui- “ mème bénir le berceau, le 10 octobre 1839...Le logis était pau- “vre, les élèves rares, les octrois “ maigres, les professeurs mal ou “ point payés, et l'on peut dire que “ l'école, pendant de longues année “a vécu d'épreuves et de dévouc- Met à “Cette école s'est implantée, en 1859, dans un district où tout était “à faire quant au progrès agricolc.

"En effet, climat très rude, pau ‘vre hétail, outillage agricole im- “parfait, méthode rationnelle de ‘ culture inconnue, défiance de l’in- ‘novation ou apathic, absence de “communications faciles avec l’ex- “térieur, marchés non ouverts, tel- ‘les étaient chez nous à cette épo- “ poque les conditions de l'agricul- “ture. Si, à cela, nous ajoutons l'influence du préjugé contre !

AI “ ducation agricole, l'on verra que ‘notre école a beaucoup fait. Elle “est parvenue à attirer à elle au- ‘tant d'élèves que les largesses “officielles lui permettaient d'en “avoir. Elle à vulgarisé la con- “naissance des bonnes races de “bétail, l'amélioration de ces races “par des meilleures règles d'éleva- “ge et une meilleure alimentation.

“le développement de l'industrie “Jaitière, de la culture maraïichère “et fruitière. Elle a introduit de

al

“ de meilleures variétés de céréales, “ des instruments aratoires perfec- “ tionnés ; Surtout elle a contribué ‘à dissiminer de bonnes méthodes “de culture. De tout temps, par son voisinage et, depuis quelques années par des conférences spéciales dont son professeur n’hésite pas à assumer la charge, elle exerce son influence même sur les ‘élèves du collège commercial et classique qui se destinent aux affaires, aux professions libérales et au sacerdoce. Ses directeurs après lui avoir consacré leurs services intelligents et dévoués, sont ensuite allés ici et là, en notre province, donner l'exemple du travail raisonné de la terre sur des données scientifiques 2t pratiques... Soit comme cultivateurs zélés, soit comme missionnaire ‘agricoles dévoués, ils ont semé hors de l'école la bonne semence “ de l'école.”

Voilà le rôle qu'a joué l'Ecole ‘d'Agriculture de Sainte-Anne de la Pocatière fondée par un de ces soidisant arriérés Canadiens français de la Province de Québec, deux an:

après la première école d'agriculture des États-Unis (celle de Sansing, Michigan) et bien des années avant celles de Guelph, Ontario, et de Sainte-Anne de Bellevue, province de Québec.

Je vous prie, maintenant, de vouloir bien sauter à nieds joints par dessus vingt-deux ans de notre histoire, pour me suivre dans ma démonstration, jusqu’à l'année 1887.

Je vais vous montrer un bel acte d'initiative dû à des : Canadiens français.

Cette année-là, il y avait dans la province de Québec 162 fabriques de beurre et de fromage, mais toutes sises ans l'ouest. Il ne s'en trouvait alors aucune, dans la ré-

gion à l’est de la cité de Québec.

Une fabrique-école de beurre et de fromage organisée par M. Fd-A.

Barnard, directeur officiel de l’Agriculture de la Province de Qué-

bec] à la demande de deux associés baiñeurs de fonds, fut ouverte à Saint-Denis de Kamouraska.f Elle avait à sa disposition une ferme.

Sur cette Jerme et à la fabriqueécole, des élèves, au nombre de dix, ét#ient reçus comme étudiants et formés comme fabricants, moyennant une subv ention de deux cents piastres accordée à la fabrique-école par le département de l'Agriculture de Québec. Ces élèves travaillaient à ja culture se rapportant à l'industrie laitière et à l'élevage des vaches à lait. A la fabrique ils prenaient part à tout le travail pratique de la fabrication. [Le fabricant professeur était M. J.-M.

Jocelyn, expert dont on était aller requériy les services aux Ftats- Unis. / Cette fabrique, encore en existente aujourd'hui, a fonctionné

comme école et a été la première \

école de laiterie en Amérique, jusqu'à l'année 1884. date à laquelle elle a cédé le pas à la ffabriqueécole alors ouverte à Saint-Hvacinthe, par la société d'Industrie tière de la province de fondée en TR&z.

1 appert donc que la première école de laiterie d'Amérique a été fondée en 1881, par quelques-un:

des soi-disant arriérés Canadien:

français de la province de (fébec.

Si vous voulez bien, maintenant, passer à l'année 1882, nous allons encore trouver un bel acte d'initiative qui vaut la peine d'être mentionné. Avant JRR2, le lait était gardé, dans les laiteries des cultivateurs et dans les fabriques coo pératives de beurre d'Amérique.

dans des vastes plats ou dans des crèmeuses profondes pour le faire crémer. On commençait, à cette époque, à parler en Europe, de certains appareils centrifuges permettant l'écrémage du lait, en un temps très court, immédiatement après la traite, Ces appareils ctaient appelés à révolutionner la pratique de l'industrie laitière, comme ïl est facile de le constater aujourd'hui

Ouébec,

lai-

par le fait que les milliers de beurreries qui existent en Amérique Sont toutes munies de ces écrémeuses centrifuges,

Or, en 1881, sur les conseils du directeur officiel! de l'Agriculture dont nous avons parlé tantôt, le département de l'Agriculture de Québec envoyait au Danemark, Pays où ces appareils venaient d'etre inventés, un expert, M. S.-M.

Barré, étudier leur fonctionnement, et le résultat de cette démarche à êté que, le 20 juin 1882, cet expert faisait fonctionner dans une beurrerie de Ste-Marie, comté de 3eauce, la première écrémeuse centrifuge

qui ait jamais été importée de ce |

côté-ci de l'Atlantique. Sa machine était une Burmeinster et Main.

Voici encore ‘ne belle plume à fixer au bonnet du soi-disant arriéré Canadien français de 'a Province de Québec ! | Dans cette même année 1882, je !

m'en vais encore trouver un fait Propre à vous édifier sur l'esprit d'initiative, non pas, cette fois, des Canadiens français, mais des Canafiennes françaises. Ce fait est celui de la fondation de ce q° ‘on a pelle aujourd’hui une école ménagère. Il est venu à ma connaissance, en l'année 1884, au cours d'un | voyage que je faisais, en ma qualité d'officier spécial de département de l'Agriculture de Québec, au Lac Saint-Jean. Un des meil- | leurs souvenirs que j'aie conservé | de ce voyage est celui d'une visite qu'il m'a été donné de faire au monastère des religieuses Ursulines de Roberval, fondé alors depuis deux ans, c'est-à-dire en 1882.

J'eus le privilège de visiter cette institution naissante. J'y vis un atelier où l’on trouvait en opéra- !

tion les cardes, le rouet, le dévidoir, | la tournette, le cannelier, les can- | nelles, l'ourdissoir et Je métier à tisser ! Dès le début de leur oeu- | vre au Lac Saint-Jean, es religieu- | | J

ses Ursulines ont voulu résoudre le

problème de donner aux jeunes

filles de cultivateurs, non seulement une éducation de première classe au point de vue religieux, littéraire et scientifique, mais encore «les leçons domestique qui les mettent en état de tenir parfaitement la maison d'un cultivateur et de s’y li- Vrer aux travaux qui sont l'apanage des femmes de la campagne, tout en pouvant être, par leur ins.

truction et leur éducation, l'objet de la recherche des jeunes cultivateurs instruits, qui, disons-le à l'honneur de notre époque, cessent de croire que c’est un déshonneur Pour un jeune homme instruit de cultiver la terre.

M. le Surintendant de l'Instruction publique qui s'intéresse beaucoup à l'oeuvre des écoles ménagères, mentionne, dans son dernier rapport pour l’année 1900, celle de Roberval. I] dit: “I] importe gran.

“dement que la province de Qué- “bec occupe dans la fondation des “écoles ménagères le rang auquel “elle peut prétendre. En compul-

sant les statistiques et en examinant les dates, on voit que j’en- “ seignement ménager fut inauguré “1887 en Belgique, deux ans plus “tard en Suisse, en 1886 en Fran- “ce et en 1900 en Allemagne. I!

“est honorable pour la province de “ Québec de constater qu’elle est “ le premier pays qui ait inauguré ” cet enseignement. En effet, c’est

“aux religieuses Ursulines de Qué- “ bec que nous devons cette patrio-

“tique initiative, Elles allaient, en

” 1882, à Roberval, sur les rives du “ Lac Saint-Jean, fonder un couvent ” dans le but de «'onner aux jeunes “filles de la région du “l'instruction morale et littéraire, “mais en même temps et aussi des

Saguenay

ms d'économie domestique

propres à former leurs élèves sur “la bonne tenue d'une maison, sur ‘ l'art de filer, de tisser. de travail- “ ler au métier, de coudre à laignil- “le et à la machine.”

Livrées à leurs seules ressources, les Ursulines de Roberval réussi-

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REMINISCENUES ET

rent pourtan:. Elles continuaient ainsi leur oer.vre depuis quelques années à l'humble atelier qu'elle «aient établi lorsqu'en 1885, le ministre d'agriculture d'alors, l'honorable M. Beaubien, voulant seconder leurs efforts, les mit en mesure de construire une école ménagère capable de répondre aux besoins de l'époque. Une ferme est attachée à l'école qui possède une laiicrie, une boulangerie, des métiers pour le tissage des étoffes et un poulailler. (Cette ferme a obtenu.

il V a quelques années, au concours du mérite agricole de la province ‘ie Québec, une médaille d'argent. ) Aussi cette maison, par les moyens d'instruction dont elle dispose.

rend-elle de: ervices signalés à la classe agricole et aux familles en général. Une soixantaine d'élèves suivent régulièrement les cours ménagers. Cette école vient d'obtenir une affiliation à l'Université Lava de Québec.

Je suis bien sur que vous ne m'obligerez pas à faire de longs commentaires pour vous prouver que cette oeuvre des Ursulines de Roberval n'est pas une oeuvre d'arriérés. Seulement, laissez-moi ajouter que, si l'on compare les personnes qui, avec des moyens fort restreints savent mener à bonne fin, de leur propre initiative, l'application d'idées aussi philanthropiques et patriotiques que celles-là, à d'autres personnes qui, au bout de vingt ans, se servent de ces idées toutes connues et appliquées pour en faire la base d'écoles magnifiques bâties avec les capitaux des millionnaires anglais, où l’on enseigne ce que l’on appelle la Domestic and household science, la palme revient sans conteste aux mères de ces idées plutôt qu'à leurs imitateurs.

Je viens de vous démontrer qu'en agriculture, en industrie laitière, en économie domestique, les Canadiens français, sur bien des points, au lieu d’être des imitateurs ont été des initiateurs et des précur-

REVENDICAlIONS ]

seurs. Ils l'ont encore été en d'autres branches de l’économie rurale :

par exemple, pour n'en citer qu'une, en économic forestière, Vous savez comme l'on s'émeut de no:

jours, sur le gaspillage insensé qui se fait de nos richesses forestières, surtout par l'exploitation à outrance de nos forèts pour la production du bois de pulpe. L'on commence déjà à entrevoir le temps où notre pays subira une grande disette de bois de chauffage, et de construction, où l'agriculteur aura à souffrir des modifications profondes apportées au régime des eaux qui a tant d'influence sur le climat et la production des récoltes, conséquences inévitables de la disparition des grandes surfaces boisées, dénudées par la hache des Vandales qui dé.

vastent nos forêts, Nos économistes s'effrayent à l'idée que, déjà.

«dans certains endroits de notre province, des inondations désastreuses se produisent parce qu'on a détruit la forét, cette régulatrice inconsciente mais sûre de la distribution des eaux de la fonte des neige» et ‘des grandes pluies, dans les fleuve.

les rivières et les cours d'eau.

Eh bien ! Il y a déjà longtemps.

vingt-huit ans, qu'un cri d'alarme a été poussé à ce sujet. En 1880.

dans la province deQuébec, se formait une association forestière—ta première du Canada, la seconde d'Amérique—qui se donna pour mission la défense ou la protection de la forèt. Cette humble société obtint de notre gouvernement la passation d'une loi fixant, pour chaque année. un jour destiné à faire valoir les droits de la forêt : Ze Jour de la fête des arbres—Arbor dax.

Cette association a depuis cédé le pas à la grande Association forestière du Canada. Mais il importe que la fille ne fasse pas oublier la mère. Il est bon de se rappeler que si ce sont les Français qui ont été les premiers à attaquer la forêt, au Canada, au profit de la religion et de la civilisation, il y a trois cents

ans, ils ont aussi été les premiers à la protéger, lorsqu'elle à eu besoin de protection.

1 favt que je m'arrète. Je pourrais bien encore mentionner le fait que c'est à un Canadien français, M. G.-\. Gigault actuellement sous-ministre de l'Agriculture à Québec, que nous devons, et cela sans discussion possible, l'idée initiale de la création des fermes expérimentaies du gouvernement de ja Puissance du Canada ; que c'est .

a Société d'Industrie laitière de province de Québec qu'est di l'établissement du système : l'inspection des fabriques de beurre et de fromage svndiqués, système qui est reconnu comme le plus parfait, et qui a été adopté, subséquemment, par la province d'Ontario : que c'est à nos évèques canadiens-fran çais que nous devons la si patrintique institution des dévoués missionnaires agricoles qui, au nom de !a religion, vont par les campagnes, précher l'évangile de la terre après celui du ciel...

Mais je vous retiens sans doute trop longtemps avec ce plaidoyer pre domo. Veuillez ne pa: voir rien que du chauvinisme dans ma démonstration. Eïle prouve que nous ne sommes pas res arriérés, nous de la province de Québec.

N'oubliez pas que je suis citoyen de l'est, et l'est est précisément regarder comme la partie la moins avancée de la province par certains francophobes, probablement parce qu'elle est la plus française. Or, comme c'est là que les idées dont je viens de démontrer la mise en application sont presque toutes écloses, vous comprendrez facilement que je ne tiens pas à ce qu'on en donne le mérite à d'autres, surtout à ceux qui sont toujours prêts à se proclamer de la race supérieure. Ceux-là perdent de vue le fait que s'ils paraissent plus prospères, c'est qu'ils ont été plus favorisés sous tous les rapports. En effet, bien que nous soyons sur un sol

conquis à !a civilisation par nos ancétres, nous n'y sommes plus, depuis un siècle et demi que des vaincus. La conquête nous a laissé< pauvres matériellement, Tous ceux qui en avaient le moyen sont retournés dans la mère- -Patrie. La ces- SION nous à aaissés décimés, La Casse dirigeante est partie, au lendemain de 1703.

Seul, notre dévoué clergé nous cet resté, [l nous a sauvés en relevant notre courage,en nous fournissant le moyen de garder notre langue en nous incitant à la lutte pour la conservation de nos lois, de notre religion. Mais, le clergé, il était Far lui aussi !

a lutte ne fut pas moins apre pour obtenir de la terre les moyens le vivre qui nous manquaient par ailleurs. Et cette lutte était pour nous d'autant plus difficile que notre. province est située dans une zone au climat beaucoup plus rigoureux que celui de l'Ontario, Un printemps en retard d'un mois et un automne en avance d'un autre mois, font que, pour nous, la moyenne de la saison propre à l’agriculture n'est que de cinq mois, tandis qu'elle est de sep! inois pour la province voisine.

Oui, nous avons été forcément, non volontairement, tenus en arrière pour les raisons que je viens d’éuoncer, ct, malgré tout, nous avons su prendre les devants sous plusieurs rapports, et si ceux qui nous dénigrent voulaient se donner la peine d'apprendre notre jangue, comme nous apprenons ff ir, ils pourraient nous fréquent: “antage, et partant, mieux n connaitre et plus justement nous appi ccier.

Mais me voici lancé dans une bien longue discussion et il est heureux pour VOUS que nous arrivions à destination. Puis-je vous avoir enlevé au moins une partie du préjugé qui vous a fait dire au commencement de notre conversation, que “le peu de progrès agricole

que nous avons fait, quoique bien lentement, nous ne l'avons réalisé assez généralement qu'en suivant ceux qui nous ont tracé la voie, et ce de loin seulement”.

A cela, je fus heureux d’en:en- ‘re mon distingué interlocuteur me répond-e ainsi : “Soyez certair que vous venez de me faire un petit cours d'histoire contempora'ne qui m'a révélé des chosés que j'ignorais absolument. Malheureusement, mème parmi nos concitoyens canadiens-français, je ne suis pas seul à ignorer ces faits. Pour vous prouver que votre plaidoyer a produit chez moi un excellent effet je m'en vais vous faire une proposition.

Vou. devriez publier dans une de nos revues littéraires canadiennesfrançaises un résumé de notre conversation, pour le bénéfice des lecteurs qui, comme moi, absorhés ‘ans des travaux intellectuels, n’ont ni l’idée, ni le temps, de se mettre en contact direct avec la classe agricole. L'agriculteur a recu de la Providence la mission de nourrir l'humanité et, plus spécialement, les classes qui travaillent pour le commerce, l'industrie, les arts, l’édu-

cation et la direction de la société, et sont, par ce fait, dans l’impossibilité de rien produire pour entre.

tenir la vie matérielle. Une meilleure connaissance des faits rectifierait chez un grand nombre des crreurs de jugement comme celle que je viens de commettre. Elle vous à d’ailleurs— cela me console — fourni l'occasion de m'éclairer et de me faire mieux apprecier ces travailleurs de la terre qui appliquent parmi nous les principes de l'économie rurale et sont, sans contredit, les plus importants facteurs de la prospérité nationale." Ce conseil, je l’ai pris en bonne part, sachant qu'il venait d'un esrit droit. C'est ce qui m'a décidé à communiquer, après les avoir rédigées avec quelques citations à l'appui, aux lecteurs de la Revue Canadiens. ces réminiscences qui, comme l'a dit mon compagnon de voyage, constituent une page de notre histoire contemporaine, an point de vue de l’économie rurale.

et ne sont que de justes revendica-

tions.

J.-C. CHAPAIS, (De ‘a Revue Canadienne.)

ER

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