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à toutes les erreurs de la malignité et.
de l'esprit d’irrespect. La décadence.
des anciennes institutions, des anciens.
principes, ne prouvait rien contre leur valeur absolue. On pouvait soutenir, en.
parfaite logique, qu'ils n'avaient défailli.
que pour la calamité et l’abaissement des.
nations, que la vérité de l’ordre public.
et de la civilisation était en eux. Mais, si c'était là peut-être l'expression de la!
vérité, ce n'était pas l’expression de la
vie. La vie n'y était plus. C'était une
thèse, un sujet de controverse. La controverse, c’est de la philosophie, non de la rhétorique. Ernest Renan est en rhétorique. Et la belle rhétorique qu’on lui demande, il a peine à la fournir, parce
“quil a précocement entrevu les dessous
de beaucoup de choses retournées par
trop de révolutions et trop de critique.
Ce petit Breton, dans sa rhétorique
parisienne de 1840, je le vois comme un
jeune Gépide, aux écoles romaines du
y siècle. On lui donne à traiter la vertu ….de Caton, modèle austère et impérissable
de tout citoyen romain. Ses camarades, fils de sénateurs ou de personnages consulaires qui ne croient plus au destin de leur patrie, n’en éprouvent point de malaise. Ils sont habitués, dès leur tendre :
enfance, à ce ronron de comices et de cérémonies. Notre jeune barbare, avec un sens intact de la situation, pense à part lui : « Mais vous n’êtes plus du tout
comme cela, Romains. C’est de la vieil- | lerie. » Le bon abbé Duchesne, professeur | à Saint-Nicolas, qui se délecte aux dis- cours réussis et bien sonnants de ses .
nourrissons, s'étonne que le plus intel- :
ligent n’y morde point. C’est que l’abbé … Duchesne est plus jeune que son élève.
Vainement, je pense, celui-ci voudrait-il | faire confidence de ce qui le dessèche et . le paralyse à ses amis, Joseph Cognat, le .
futur curé de Notre-Dame-des-Champs, Alfred Foulon, le futur cardinal-arche- | vêque de Lyon. Leur noble innocence ne l’entendrait point. Mais l’âme d’Ernest |
- Renan n'est point née innocente. À
On peut le déplorer. On ne doit pas :
exclusivement le déplorer. Dans le Pro- :
logue du Faust de Gœthe, le Seigneur proclame que Méphistophélès a son rôle .
nécessaire dans la bonne marche de la |
création. Ernest Renan sentait-il juste ? 4 Est-il vrai ou faux que les crises, sans cesse renouvelées, dont l’éducation souffre en France depuis un siècle, et l'éducation
TRS PROIT S sr e
littéraire spécialement, soient dues, en dernière analyse, à une certaine décom- |.
position des anciens fondements de notre | À civilisation intellectuelle et morale ? Estil vrai ou faux que les « humanités » languissent ou soient troublées, faute d’une entente assez étendue et assez vigoureuse . des esprits sur les institutions qui con-
viennent à l’humanité ? Est-il vrai ou faux, pour prendre la question dans son
application la plus humble, mais la plus concrète, que, depuis longtemps, les professeurs ne trouvent plus possible de donner à leurs élèves ces sujets de com- … positions d’apparat qui florissaient vers l’année 1840 au petit séminaire de Saint- Nicolas et au Concours général de l’Uni-
versité, qui possédaient (tout vrai pédagogue en est convaincu) des vertus pédagogiques irremplaçables, et que, cent cin-
quante ans auparavant, le jeune Arouet,
non moins malin qu’Ernest Renan, avait
traités avec délices dans la classe du Père
Porée ?
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de Saint-Nicolas, Renan en a criti
+ enseignement religieux. Il y a, du mo consacré d’assez Âpres remarques,
vont dans le même sens que jes pr dentes et lui sont venues à l'esprit de ; bonne heure.
Cet enseignement portait l'esprit, la Couleur d’un certain « néo-catholicisme » .
issu du Génie du Christianisme et de l’Essai sur P1 Duérenee et “is trouvait dans Lacor- À
mais inquiétant au point "de vue à ‘une
P'ÉENAN ET NOUS 6 |
- sévère logique. C’était comme une apolo- : gétique nouvelle, à qui on ne pouvait précisément reprocher l’hérésie, mais seu- Jement la témérité. Elle n’altérait pas le . fond de la doctrine chrétienne. On dirait plutôt qu’elle le masquait brillamment.
. Elle ne se substituait pas au dogme et 4 . la théologie. Elle s’y superposait comme « une façade moderne, relevée de beaux ornements, mais construite en hâte et - avec des matériaux douteux, s'ajoute à un.
vieil et vénérable édifice, jugé trop sombre et trop nu. Le christianismé y était recommandé par des raisons telles que les . suivantes : beauté des inspirations qu'il . a répandues dans les lettres et les arts,
sentiments qu'il conseille, pureté d’une - vie et d’un cœur qu'il pénètre, ordre et
dans une société, corruption et cruautés de celles qui ne l’ont pas connu ou qui l'ont abandonné, rôle tutélaire et magni-
charme et splendeur de son culte et de . ses cérémonies, sublimité et humilité des
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- mœurs que son influence fait prévaloir
fique de l’Église dans l’histoire, notam- .
ment dans la suppression de l'esclavage à et la préservation du trésor des lettres
antiques sauvé des barbares par les moines,
témoignages rendus en faveur du Christ.
et de son institution par ce que la terre.
a compté de plus fameux : grands savants, |
grands hommes d’Etat, grands capitaines,
souvent par des or des idées 4
et même des ennemis avérés. Mais, entre :
tous les arguments de cet ordre, le plus en faveur de beaucoup, celui auquel ces
catholiques libéraux de 1830 se confiaient .
le plus, parce qu'il concernait l'avenir ct.
tirait sa force de leur générosité d'à âme | et de leur ardeur d'imagination, c'était l'accord du christianisme avec ce qu ils |
appelaient la « Liberté », mot sonore et .
enchanteur qui signifiait pour eux un.
fait et un rêve : le fait du régime libre de . l'Eglise indépendante de l'Etat, le rêve
de l'essor nouveau qu'ils lui croyaient.
| promis par cette indépendance et qui.
réaliserait la fusion des idées chrétiennes |
avec les meilleures inspirations de la
Révolution française. Voilà qui prêtait
plus à l’éloquence et au déploiement de talent qu’une théologie rigoureuse. On
se fiait plus, pour relever et faire resplendir
aux yeux du siècle la religion et la foi, au déroulement fastueux de toutes leurs belles conséquences esthétiques et so-
ciales, littéraires et politiques, qu'à la
manifestation et à l'explication de ce qui en constitue l’objet même.
Comment les Pères, les Scolastiques, |
Bossuet, tous les docteurs du passé, en
qui s’incarne, sous ses traits les plus
authentiques, la tradition doctrinale de l'Eglise, auraient-ils apprécié, s'ils en avaient été les témoins, cette présentation de la vérité chrétienne ? Sans faveur, je le crois. Ils auraient approuvé qu’on montrât dans le Christianisme le fauteur des plus belles institutions, des plus nobles et
des plus délicats sentiments humains.
Ils auraient froncé le sourcil en entendant
des o1ateurs modifier et éneiver le langage
e la doctrine, ha d'en nouer spécieuse=
ment la cause à celle d’une révolution …
tout humaine, interprétée et plus ou moins transfigurée sans doute au gré de leurs :
illusions. Ils n’auraient pas admis, en tout cas, que, dans l’enseignement, dans la re ces considérations et ces espé- 3
rances séduisantes osassent rivaliser d’im- poitance avec l’infatigable rappel de l'unum necessarium, des vérités éternelles … exprimées dans le dogme. Ils auraient |
trouvé détestable qu’elles prissent le pas : sur celles-ci et les éclipsassent de leur éclat demi- profane. Ils auraient dit que,
pour établir la vérité absolue de ce que :
l'Eglise enseigne dogmatiquement, la preuve morale que l’on prétendrait tirer des merveilles terrestres dont il peut lui être fait honneur ne saurait suffire, qu’elle . ne saurait être substituée, sans beaucoup de légèreté, à la preuve vraie, à la preuve intellectuelle, qui est la preuve par le à U. métaphysique et par l’histoire: par la 4 Foute-Puissance et la Providence divines, …
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humain, ont nié l’action civilisatrice du
christianisme, l’ont présenté comme un ennemi des arts, comme un allié naturel de la barbarie et de l’ignorance. J’ai voulu
que la métaphysique démontre, par la à Révélation, les miracles et les prophéties . . que Poire constate. Celle-ci seule est
décisive et digne de la raison.
J'imagine l’instance de M. de Château- briand, défendant son livre devant Bos- suet, revenu au monde (comme il présa-
geait que cela devait arriver un jour au
prophète Elie) pour le juger. .
— Monseigneur, je n’ai pas tant eu
en vue de plaider pour les vérités de la
religion chrétienne, sous lesquelles je à m'ncline, que pour ses beautés. Ce soin
était nécessaire, après les funestes ou-
vrages de M. de Voltaire et de M. le .
marquis de Condorcet, qui, l’un, dans . son Æssa sur les mœurs et l'esprit dés
nations, l’autre, dans son Esquisse d’un tableau historique des progrès de l'esprit
és. RENAN ET NOUS
lui rendre, aux yeux des peuples, le lustre |
qu'ils lui ravissaient.
— Louable intention, Monsielh le Vi-
. comte, et qui vous a fait écrire de fort belles et fort agréables choses dans un style qui m’a charmé, quoique bien nou- …
veau. Souffrez cependant que je repousse la distinction que vous faites et qui ne va
vérités du christianisme, et de l’autre, ses beautés. Ses vérités sont 5es beautés.
Et ce sont beautés qui esurpassent ét écrasent toutes celles dont vous rapportez, |
non sans raison d’ailleurs, la gloire à nos
saintes croyances, autant que ce qui est.
de Dieu surpasse et écrase ce qui est de l’homme, même quand l'esprit de Dieu y a une certaine part. Ce sont ces beautés-
là, ces beautés de lumière et de foudre qu'il fallait élever sur la tête des impies 4 pour la dominer et l’abaisser à coup sûr. 4
Des chefs-d’œuvre de poésie qui retracent avec un véritable sentiment de foi nos
pas à moins qu’à ruiner les bases de la théologie. Il n’y a pas, d’une part, les
n, ï = TRS
RENAN ET NOUS 6 vérités et nos miracles (de mon temps, on n’en connaissait guère, sans que Ja
religion s’en portât plus mal, du teste,
et vous êtes extrêmement latitudinaire a cet égard, puisque vous faites de Virgile presque un chrétien et auriez une tendance téméraire à trouver du christianisme partout où il y a du méiite); je dirai plus :
d’insignes exemples d’humaine vertu, où le chrétien reconnaît manifestement la présence de la grâce divine, ce ne sont.
pas là, tant s’en faut, des réponses assez 3 » 187
triomphantes à opposer aux dénigrements de l’incrédule. Ce sont trop encore des choses de chair, trop participantes à Îa faiblesse et à la dégradation des enfants d'Adam, pour que sa sophistique ne trouve les moyens d’en travestir et d’en rapetisser perfidement la qualité ou bien d’en rapporter l'honneur à la seule nature.
Ët, au fait, si admirables que puissent être ces œuvres de l’homme, touché d’un souffle d’en haut, que sont-elles, je vous
. le demande, et quelle n’en est pas la
misère, si on les compare à la merveille des merveilles, à la merveille des choses .
célestes et de leur divine économie, que la foi contempie avec ravissement et que d'innombrables générations de Pères et :
de Docteurs, parmi lesquels les plus beaux
| génies, se sont épuisés à sonder, à scruter, à analyser, sans en embrasser l’orbe et .
sans en rencontrer le fond ?.. Hé quoi !
Monsieur, vous voulez m'interrompre.
Vous me regardez comme on regarde un homme qui s’égare. Ah ! je ne comprends que trop l'expression de découragement . courtois qui se lit sur votre visage. Vous | vivez en un siècle où les yeux des cmé- … tiens se sont obscurcis, se sont laissé | éblouir par la trompeuse scintillation des .
connaissances humaines, prodigieuse- :
ment, mais vainement, multipliées, au point de ne plus percevoir cette splendeur . des splendeurs. Le sublime enchaînement des vérités rationnelles premières-et des .
communications divines, Dieu, l’abîme de « sa Bonté, de sa Puissance et de sa Justice, .
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sa Trinité ineffable, L Création des six jours, les Anges, la Chute de PHomme, l'alliance avec le Peuple élu, la préparation du Messie, la régénération de Humanité dans la personne du nouvel Adam, Dieu et Homme tout ensemble, la Rédemptes .
la Grâce, le Jugement, le Paradis et l’En- fer, toute cette épopée de l'éternité (hélas de à voici que je m’accommode moi-même à votre profane langage), oui, ce poème incomparable, qui remplissait tout l’ho-.
rizon intellectuel des âges de vraie foi et dont les mystiques figures leur p2- raissaient justement cerner, de toutes parts, l'univers, n’est plus, pour vos générations de foi défaillante, qu’une vision lointaine et pâlie, un récit vieilli et des- . séché, que l’on n’ose plus produire tout … . nu, et dont les beautés sans corps, ou, ce qui revient au même, les vérités inf
nies, ne sont reçues et digérées par les
âmes pieuses que sous une enveloppe
d’agréments sensibles et de petites raisons. Des bougies qu'on allume pour .
rendie visible le soleil ! Quelques-uns de ;
vos ornements sont beaux, Monsieur de
Châteaubriand, et dignes du sujet. Je 4
crains toutefois que vous n’ayez ouvert,
dans le domaine religieux, une mauvaise école, une école de solennité légère, autrement dit de frivolité pathétique. Je pressens le jour où des orateurs sacrés prouveront la divinité du christianisme par les : larmes que le rival des Cyrus, des Alexan- .
dre et des César, Napoléon Bonaparte,
nouveau marteau de la Providence et votre légitime souverain, raconte avoir
répandues le jour de sa première commu-
nion..…. »
Le néo-catholicisme libéral et romantique ne refusait rien du dogme. Les :
jeunes générations qu’il entraînait et que .
nous jugeons sur quelques-uns de leurs types d'élite, devenus des hommes publics, acceptaient intégralement la foi dog- … matique, sous la forme des vertus morales, | des sentiments de piété, des habitudes de :
pratique religieuse qu’elle commande, Quant à son contenu même, leur pensée n’y était pas très attentive. Ils n’en avaient pas une connaissance approfondie. Leur intelligence ne s’en nourrissait pas et n’y.
cherchait pas la fontaine des clartés. Ils n'auraient pas été fort habiles à en raisonner. « Les études théologiques de ces hommes distingués avaient été très faibles», écrit Renan, à propos de deux ecclésias-.
| tiques très « représentatifs » de cette
époque : Mgr de Quelen et l’abbé Dupanloup. Le dogme était mentionné, formulé exactement, mais expliqué et commenté
. sans fermeté ni exactitude, quand on s’y !
risquait. Il était pour ces pieux esprits une espèce d’algèbre, qu’ils vénéraient sans s’y intéresser beaucoup. Il était devenu la partie sèche et fastidieuse de l’enseigne-
ment religieux. Il y a toujours eu une grande différence de genre et de but entre un traité de théologie et un sermon. Cette différence a pourtant ses limites. La disparité profonde qui s’était alors établie
RENAN ET EOÛS 0 2 entre la substance biblique, métaphysique dialectique de lé théologie, et la substance littéraire, otnementale, pittoresque, de.
léloquence religieuse, eût fait l’étonne- : ment des plus sérieux chrétiens du XVIIe siècle. | RARES
Renan a discerné très jeune cette situa- 4 , tion. Le commentaire qu’il en a donné.
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! plus tard est d’une grande force critique. .
On pourra le trouver bon apôtre de dé-.
fendre les droits d’une sévère orthodoxie contreun certain clinquent religieux, quand on sait ce quil pense de l’orthodoxie. | Mais il défend, en ces droits, une cause | plus générale que la leur : celle du sérieux
SA
et de la probité dans la pensée, de la rec- titude et de la grandeur dans le goût. Le vieil édifice du dogme catholique, pense- t-il, est caduc, mais il est grandiose : « ses fondements tombent en poussière, … mais ce quele savoir, la logique et la subti- À lité de quinze siècles de théologie ont élevé là-dessus est imposant d’ordonnance et 4 d’ampleur. Que la raison qui trouve habi- 4
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