‹ Renan et nous 1923Chapitre 42 sur 46 · TR RE PE PR · texte numérisé non relu

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les partis, ainsi qu'il est d'usage, veulent : se l’arracher, mes lecteurs seront peutêtre satisfaits de trouver ici quelque éclair- :

| cissement sur ce point en litige. Ce que A j'en dirai n’a que la portée d’une simple

note.

Je négligerai la passagère effervescence .

de démocratisme dont il fut saisi sous

l'influence immédiate de la Révolution :

de Février. Le spectacle des journées de .

Juin le guérit promptement de cette fièvre. D À partir de D, il conçut à l’égard de la — démocratie une méfiance profonde dont | il ne s’est jamais départi, au moins dans S

le domaine théorique. Ce sentiment se

rehait étroitement à son antipathie pour lindustrialisme. C’étaient là à ses yeux deux maux solidaires, dont il ne voyait point comment la civilisation pourrait

s’accommoder. Il les considérait comme | .

une chute de Ïa civilisation. L'industria- |

lisme est matériellement le fils des sciences physiques dont les progrès d’applications l'ont rendu possible. Moralement, il est un rejeton de la démocratie. La démocratie fait tomber les autorités sociales héréditaires qui ont pour objet naturel

d'assurer le règne de la moralité et de

l'intelligence dans la nation et qui ne peuvent être sérieusement remplacées dans cet office par des autorités nées du suffrage

. de la masse et renversables selon le ca-

price et l'impression du jour. Ces vieilles

autorités détruites auraient pu modérer,

et elles s’en seraient fait un devoir, la

poursuite du bien-être et du progrès

sl

matériel qui s’est follement déchaînée

dans les sociétés modernes, de façon à y conserver à la vie de l’esprit sa légitime

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prééminence. En leur absence, le maté- be rialisme des gens d’affaires et celui des masses ouvrières ont trouvé le champ libre. Ils se sont spontanément conjugués :

pour faire prévaloir dans les préoccupa- .

tions de la société les intérêts et les jouis- . sances sur les choses morales. Leur accord .

a rendu de plus en plus difficile et étroite . VPexistence des institutions, des professions, des personnes dont la valeur et la | raison d’être sont d’ordre spirituel. Les .

valeurs spirituelles reposent sur le désin- téressement personnel et elles sont d’es- sence aristocratique. Leur supériorité de.

nature fait leur faiblesse. Elles ont besoin | d’être protégées. L’Etat moderne est con-.

damné à ne leur accorder qu’une protec-« tion de plus en plus faible, parce qu'il ne peut mettre contre lui ce qui est aujour- } » d'huile plus puissant. 4 Renan n’a pris à l’égard de lun ni de.

l'autre régimes sous lesquels il a vécu, … Let dont il a été d’ailleurs un haut fonction-. ; . naire, posture d'opposition. Il n’en faut

D ee AUDE

ue tout ce qui s appellé littérature LS critique naît amoindfri, RE

tienne au genre littéraire de la polémiqu : Mais ce genre ne suffit pas à tout. L’oppo- É sition politique est une profession ; e

c’est une profession très noble, si el

a pour sincère inspiratrice une certain | ie du bien public et des nécessités de la à: D Mais elle prend l’homme tout en- tier. Un savant, un professeur, comme | Renan, n'aimerait-il pas beaucoup I forme de l'Etat, n’encourt aucun rebroche. du fait qu’il s’est honnêtemen arrangé avec lui, parce que c’est sou À cette tutelle qu “il peut encore penser

le plus librement. Renan n’a ni plus ni à moins été « républicain » sous la Répu- blique que bonapartiste sous le second : Empire. Il a été bon Français et honnête 4 l'homme sous les deux. « Nous, écrivit-il __ à Berthelot, qui ne sommes attachés qu'à la vérité et à la patrie. » Il avait le droit de l'écrire. | Cette absence d'intervention dans la politique du jour et de l’heure ne l’empêchait pas d’exprimer des vues à longue

portée sur les conditions d’existence de son pays depuis la Révolution, vues qui :

contenaient des jugements implicites sur les directions et actions des gouverne- ments successifs. Ces vues ont quelque peu varié. ou plutôt il a appliqué à la question des modes de raisonnement dif- férents qui l'ont conduit à des résultats différents. Quand il s’est référé à ce que lui enseignaient de plus général la psycho- 1 logie et l’histoire sur les conditions de vie, « de continuité, d’indépendance et de vi- «

gueur des nations, il a fait puissamment

le procès de la Rotation française. Mais un Jour, vers 1800, il déclara s’en rapporter au prochain jugement du fait. Que dans Eine ans, notre République démocratique fût tranquille au dedans, acceptée et res-

pectée au dehors, c’est que l'événement

aurait prononcé et le régime fourni ses preuves, sinon d’excellence, au moins de sufhisance. Une autre fois, il s’écriait :

.« Cette grande Révolution française, on en dit tant de mal à l'étranger que je me :

demande quelquefois si ce n’est pas ce

que nous avons fait de mieux. » Il chan- geait, comme on voit, de criterium. À moins qu'on ne préfère dire qu'il abais-

sait ses exigences, ce qui est quelquefois une abdication et quelquefois une sagesse, mais toute momentanée.

Après la guerre, alors qu’il n'existait

que du provisoire et que la question du

régime était en suspens, il écrivit un plai-

doyer théorique, et qui n’aurait peut-être

pas demandé mieux que de devenir pratique, en faveur de la monarchie. Mais

il n’appartenait pas à un professeur : au .

Collège de France de croire plus à la pos- sibilité pratique de la monarchie que les | princes et leurs agents, qui n’y crurent point, bien que, selon toutes les apparen- 4 ces, ils eussent alors pu la faire. Renan qui. écrivait, en sortant de Saint- Sulpice que

€ Dieu l'avait trahi », aurait pu écrire | que les prétendants le trahissaient. Leur |

abstention donnait, avant la lettre, un sens k

fort précis au mot fameux d’Anatole :

France, définissant la République « l’ab- !

sence de prince », mot qu’on a justement | trouvé dur pour É République, mais qui.

l’est bien plus pour le prince, s’il est vrai

que ce soient les absents qui ont tort.

La Réforme intellectuelle et morale n° en

est pas moins un traité de politique fran-

çaise singulièrement digne de méditation.

par la riche généralité des observations.

qui en constituent le fond. La Monarchie, défendue par une intelligence de ce réa

lisme et de cette force, est une excellente.

position théologique pour critiquer la Ré-1

publique et la rouler au mieux. Renan signale à la démocratie le danger mortel de dispersion et de dissolution nationale qui lui ést inhérent. La France est, par nature et comme corps national, une mob: narchie. C’est le Roi qui l’a faite, comme . un paysan fait son domaine en acquérant lopin sur lopin avec ses économies d # travailleur. Toutes les ee Lie la

oi Elle, La Drunus « tient » par rs du Roi, qui survit au Roi. Mais

a De Head par le Roi ee.

0 sans le Re É Est- -ce que lens :

un denis dibols due ‘668 tvertisseinents ont été donnés, l’unité nationale s’est con- | servée et au milieu de quelles secousses !

Nous lavons vu prêt d’avance à s’incliner

cependant observer chez lui une certaine doctrine constante d’après laquelle, abs- traction faite de la nature ou de la déno- mination du régime existant, il a apprécié les faits. C’est le libéralisme. Renan a été (c’est ce que j’aperçois chez lui de 4 plus suivi) un libéral dans le sens de la … | Restauration. Il a écrit que la Restau- « ration avait été le meilleur gouvernement … du xix® siècle. Son libéralisme n’est pas . un libéralisme démocratique et indivi- - dualiste à la Benjamin Constant. Ce serait 4

PT Le

tour beaucoup moins doctrinaire et pincé. -à ‘Ce qu 1l demande, avant tout, c’est l’ inter- position entre : le pouvoir central de -

devant l’objection. Mais, sans doute, eût- à 1l invité les Français à rechercher si leur unité nationale, toujours ferme comme le roc, n’était pas cependant celle d’un corps en train de s’amaigrir par le dedans et à : qui demanderait une grande régénération 4 . intérieure. |

S'il n’a jamais été d’un parti, on peut i

plutôt celui de Royer- Collard dans un 3

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l'Etat et la masse nationale, de grands corps à recrutement héréditaire et cooptatif, destinés à défendre les intérêts les plus élevés de la nation et à entretenir la noblesse de sa vie. De telles idées planaient quelque peu au-dessus des faits entre 1860 et 1892, année de la mort de Renan. Ce n’est pas là un reproche, quand les faits sont petits. Mieux vaut qu'il y ait quelques esprits pour les regarder de haut. C’est encore le meilleur moyen de contribuer à les relever, pour qui n’a pas charge d’y mettre directement la main.

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