‹ Renaudin de Caen, comédie-vaudeville en deux actesChapitre 14 sur 35 · SUZETTE, ZOÉ · texte numérisé non relu

SUZETTE, ZOÉ

ZOÉ, (V abord seule , et toujours assise. Je crains qu'elle n'ait raison... et que la ténacité de mon père ne me condamne à ce mariage. {Elle se lève.) Encore , si j'avais vu Bénard... Suzette lui aura-t-elle appris?.. Que d'incertitudes!.. Oh ! il m'en veut... je suis sûre qu'il est furieux !.. {La mère Petitpré entre avec Suzette par le second plan , a gauche; elle lui indique Zoé , et elle sort immédiatement, par la porte du fond, à •tkojte. A Suzette qui entre.) Suzette ! toi !.. .

SUZETTE , légèrement. Tu es venue me voir ce matin , et je te rends ta visite.

(Elle a change de toilette ; en entrant elle ôte son chapeau qu'elle dépose sur le canapé.)

ZOÉ , cherchant à modérer sa curiosité. Ah! c'est bien !... c'est bien, Suzette. Et... tu as.. . tu as quelque chose à m'ap. . . à me dire?

suzette. Ton père est sorti?

/ZOÉ. Il est au café, où il reste jusqu'à neuf heures ; tu sais que c'est son habitude?

SUZETTE. Oui... j'y comptais.

ZOÉ , avec intérêt. Tu as donc à me parler?

Suzette, gaîment. Oui... des nouvelles... de bien singulières. Il t'a suivie ce matin.

ZOÉ. Ton frère?

suzette. Non , M. Léon.

ZOÉ. O ciel! et dans quel but ?

suzette. Il t'a prise pour moi !

(Elle rit.)

ZOÉ. Ah! mon Dieu ! que me dis-tu là?

suzette, La vérké, mais n'aie pas peur.

ZOÉ , d'un ton de reproche. C'est la suite de ton imprudence. .. ton malheureux bouquet!... Et si ton frère apprend que la femme dont lui a parlé M. Léon demeure ici?

suzette, riant. Il le sait! son ami le lui a appris.

/ ZOÉ , avec anxiété. Est-il possible ?

suzette , de même. Et le plus drôle , c'est que M. Léon a dit qu'il voulait absolument te voir... qu'il viendrait ici.

ZOÉ , de même. Ici?

SUZETTE, avec naïveté feinte. Mais j'ai pensé que cela te contrarierait...

I ZOÉ. Suzette! tu es d'une légèreté qui me désole... tu m'as horriblement compromise ; car enfin , ton frère a vu sortir du pavillon une femme qui a jeté un bouquet aux pieds de son ami. Sachant qu'elle demeure ici , il ne doit pas douter que ce ne^soit moi qui ai reçu les hommages de M. Léon.

suzette , gaîment. Voilà ce qui te trompe. Etienne croit que la femme du pavillon était ma marchande de modes , qui , heureusement , m'a apporté un chapeau ce matin. Mon frère a dit à son ami qu'il avait poursuivi une modiste... et d'ailleurs, ce voile qui te couvrait.. Etienne s'est informé auprès de ton père , qui lui a dit que ce matin tu n'en avais pas... de sorte que ces deux pauvres jeunes gens sont dans un embarras... mais dans un embarras!.. Ils ne savent que croire!., ils vont... Ils viennent.. . ils flottent... Ils sont bien amusans ! oh ! mon Dieu ! qu'ils sont amusans !

zoé. Tu ris de tout, toi , Suzette. Mais ce monsieur , s'il allait venir ici , au moment où l'on ne s'y attend pas... c'est affreux d'y songer !

SUZETTE, avec une importance enfantine.

Oh ! tu me prends aussi pour une enfant qui ne sait rien prévoir ; te voilà comme mon frère... tu n'as rien à craindre.

ZOÉ. Ah! oui, je comprends; tu t'es présentée à lui... tu lui as tout avoué... il ne viendra pas.

suzette. J'ai arrangé cela, j'ai trouvé un moyen. (Appuyant d'un air de triomphe.) Un excellent moyen !

ZOÉ. Lequel donc?

SUZETTE, en riant. Je lui ai écrit.

ZOÉ , avec cfj'ioi. Tu me fais trembler !

SUZETTE , gaîment. Je lui ai écrit que la jeune personne de Sceaux le recevrait ce soir, à huit heures, rue Clcry, n. 57, au troisième.

ZOÉ. Ali ! mon Dieu! et c'est là ce que tu appelles arranger les choses?

SiZETTE, légèrement. Connue cela, du moins , on sait sur quoi compter...* trois coups de marteau à la ]>orte/ seront le signal de son arrivée.

ZOÉ. Mais c'est du délire!

Si zette. Jl fallait donc te laisser dans 1 embarras?

J ZOÉ. Mais tu as agi comme une enfant, sans songer aux conséquences.

SUZETTE, gainent. 01» ! si fait! j'y ai bien pensé; mais je me suis dit : (feignant la naïveté.) qu'importe? mon frère ne peut être jaloux, il sait qu'il est aimé. //zok , vivement. Qui le lui a dit?

SUZETTE. Moi ! en lui annonçant ton mariage. ( Finement. ) Je sais bien que tu voulais le lui cacher , mais j'ai cru bien faire.

/ZOÉ, avec Joe. Ah! Suzette! et qu'a-t-il répondu ?

SUZETTE. Il fallait voir son désespoir!

( Imitant Bâtard.) Cela ne sera pas ! cela ne sera pas !.. je saurai bien rompre cette union... {Riant.) Et puis mille choses... / ZOÉ , avec joie. Il a dit cela? Suzette!.. tu es une folle , une enfant; mais tues bonne... ( Elle lui prend la /nain. ) Tu es une bonne amie!..

SUZETTE. N 'est-ce pas? ( Avec fmesse. ) Je savais bien que je te ferais entendre raison...

(Ou entend frapper trois coups de marteau.)

ZOÉ, qui a fait un mouvement d'effroi à chaque coup de marteau. Grand Dieu!

suzette. C'est lui! il n'y a plus moyen de s'en dédire.

ZOÉ, avec anxiété '. Et mon père , s'il rendrait?...

"suzette. Il ne revient qu'à neuf lîèures. /ZOÉ. Et ce jeune homme si indiscret, ici?

suzette. Il est étranger à Paris. Cette maison donne sur deux rues; il l'ignore... il vient par la rue de Cléry...- on ne passe jamais par-là... Oh! j'ai tout prévu!...

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