LA MÈRE PETITPRÉ , ZOÉ , DU- MOUCHEL , SUZETTE , RENAU- DIN, BÉNARD
(Suzette vient de la chambre du fond , à gauche ; elle est entrée pendant la'dernière réplique de Renaudin , et s'est placée au milieu du the'àtre , an fond.)
SUZETTE , avec gentillesse. C'est moi !
renauduv , vivement. Le voilà ! je le tiens ! fermez les portes !...
(Il va vivemen t au fond , a gauche , et ferme la porte que Suzette avait laissée entr'ouverte.)
DUMOUCnEL. Coin m eut?
BÉnard. .Va sœur...
RENAUDIX , se plaçant entre Dumouchel et Suzette. Ta sœur ! Tu es son frère , homme dissimulé?
BÉNARD. Parbleu ! montrez-lui donc des jeunes filles , lui qui devient amoureux même de celles qu'on lui cache î
RENAUDIN, à Suzette, avec passion. O mademoiselle !
dumouchel. Mais je ne comprends pas encore...
LA MÈRE PETITPRÉ. Ni moi.
bénard. Ni moi.
renaudin. Ni moi. Il y a progrès, nous sommes quatre.
suzette. Quoi donc?
bénard. Comment connais-tu Renaudin?
suzette. Monsieur a eu la bonté de me faire danser à Sceaux.
BÉXAliD , comprenant. A Sceaux î . . . ah î . . (Le ah! doit être soutenu.)
suzette. Et ce matin , tu m'as dit son nom , cela m'a tout expliqué.
/ZOÉ, comprenant. Ah!
f (Même jeu.)
renaudin. Et la lettre?
suzette. Tenait du pavillon.
renaudin. Ah î
(Même jeu.)
bénard. Et la modiste?
suzette. C'était Zoé.
DUMOUCHEL , BÉNARD , RENAUDIN. Ah !
(De même.)
la mère petitpré. Et cette entre vue ici avec monsieur?
zoÉ. Cela, je le sais... M. Renaudin et moi, nous ne nous étions jamais vus...
Suzette n'ignorait pas que nous ne pouvions nous aimer , et elle nous a entretenus dans ces dispositions-là.
SUZETTE, timidement et avec malice.
Dam ! j'ai tâché.
TOUS , excepté Suzette et Zoé. Ah I
(Même jeu.) suzette , avec joie.
Aïe : Comment sans lui retourner au pays.
Un tel succès, l'ai-je enfin obtenu?
Ai-jc, en ces lieux , me cachant pour combattre ,
(Indiquant Bénard et Zoé.) Fait deux heureux?
[A Dumouchel.)
Est-ce un point convenu ?
(Dumouchel prend la main de Zoé et fait un signe affirma tif.)
b::karï>, à Suzette, en indiquant Renaudin.
Et tu voudrais même en avoir fait quatre? Oui, le bonheur suit la sincérité, Il faut toujours dire la vente.
suzette, amenant Bénard , avre mystère, sur te devant de la scène ; avec gaité.
Faul-il toujours dire la vérité?
RENAUDIN, avec transport. J'ai entendu ; ah ! hravo! (Dans sa joie, il ra a chaque personnage et leur prend successivement la main. A Bénard. ) M11' Bénard!... (A Su-
LE MAGASIN THEATRAL
zette,) Mon ami!... (A Zoé. ) Monsieur Dumouchcl!... ( A la mère Petitpré.) Mademoiselle Dunrmchel... {A Uumouchel.) La bonne!... vous êtes tous témoins de ce qui m'arrive !... la langue est trop pauvre dans des circonstances comme çà.
bénard souriant. Allons , calme-toi , je te donne Suzette.
renaudin. Suzette! un nom charmant!
Je la rendrai encore plus heureuse !
DUMOUCIIEL, prenant la main de Zoé et la faisant passer entre Suzette et Bénard. C'est égal , je fais le bonheur de mon enfant à l'aveuglette ; car , ma parole d'honneur!.. Comprends-tu ça , ma fille?
ZOÉ, offrant la main à Bénard qui la presse avec bonheur. Je commence, je suis heureuse !
BÉNARD , à Suzette d'un air amical. Tu t'es moqué de moi , petite folle !
suzette. Tiens! c'était une représaille.
bénard. Ah! c'est bien différent; je ne suis pas un enfant.
SUZETTE. Et moi, qu'en penses-tu?
RENAUDIN , en riant à Suzette et d'un air empressé. Ah! c'est très-bien, c'est joli... qu'en penses-tu?... c'est très-spirituel!...
LA MÈRE petitpré se place entre Dumouchel et Renaudin, et dit à Renaudin, en lui frappant le ~ement sur V épaule : On ne dira toujours ,-\s que c'est pourquoi que monsieur est yenu.
renaudin. Non , la bonne ! ( a*paH , gaîment, et avec éclat.) Bigre! j 'y/ tiens plus qu'elle !
Au public Air nouveau de M. hoche.
Demain , messieur* reviendrez-vous ?
Question fort grave je pense; Et la main sur la conscience , "Voici comment je la résous :
Indiquant Suzette qui baisse les yeux modestement.)
Ma future est une rose...
(Pardon si le mot est vieux ,
Mais, pour exprimer la chose,
Je n'ai pas pu trouver mieux.
A quoi bon ses vives couleurs , Et ses grâces de jeune fille?
Autant vaut n'être pas gentille , Que de l'être sans spectateurs.
{Indiquant Zoé et Bénard.)
Quant h ce cotfplc modèle ,
L'un l'autre s'airaant toujours,
Jamais la moindre querelle Ne troublera leurs beaux jours; Un ménage si bien uni , Quel spectacle digne d'éloge !
Ça vaut seul un coupon de loge !
(Gafment.)
D'autant qu'on ne voit ça... qu'ici.
(Indiquant la mère Petitpré.)
La vieille aime la harangue , Elle en use même assez; Le silence , pour sa langue, Ce sont... les travaux forces!...
LA mère petitpré , l'interrompant aoec volubilité. Monsieur, je vous prie de ne pas me faire passer pour ce que je ne suis pas!... Bavarde? ah ! Dieu! moi bavarde?
renaudin , l'interrompant.
Vous voyez , elle aime h jaser Devant un auditoire immense; C'est un plaisir que, par décence , Vous ne pouvez lui refuser.
. Enfin , si je vous supplie ,
(Indiquant Uumouchel.) C'est pour ce vieillard... léger!
DUMOuenEL au public , en saluant. Je vous présente...
renaudin , V interrompant.
Sa manière est si polie !
Voudriez-vous l'affliger?
Il est d'un agréable aspect , Mais si le public l'abandonne, Il maigrira , n'ayant personne A qui pre'sentcr son respect.
Enfin , pour raison dernière ,
Un argument des meilleurs, *y "~
C'est que vous ne pouvez guère
Voir jouer la pièce... ailleurs. De tout cela, pour en finir, Je tire cette conséquence :
C'est que vous ne pouvez , je pense , Vous dispenser de revenir.