‹ Rencontres et entretiens [microforme]Chapitre 14 sur 21 · C:jolette et l'ange gardien des sœurs · texte numérisé non relu

C:jolette et l'ange gardien des sœurs

Cajolelte et l'ange gardien des sœurs

Aecoudé à ma fenétre, je promenais çà et à nes regards distralts, lorsque mon attention fut tout-ï-coup attirée par un homme qui S'avançait de l'autre coté de la rue à pus pressés: je le pris tout d'abord pour mon ancien ami Andé Cajolette. La ressemblance était telle que je ui criai sans hésiter : Eh! l'ami Cajolette comment se fait-il que tu sois par ici ?

Le passant tout interloqué, tourna la tête et murmura quelques paroles incompréhensibles, quelque chose qui ressemblait à du polonais et qui finissait par le mot goupi. Ce fut tout ce

que je pus suisir de son étrange langage. Le

mot goupi ! toutefois n’était pas nouveau, car je l'avais entendu proférer plus d’une fois par des Polonais discutant entre eux. (Goupi toimême ; répondis-je sur le même ton, très contrarié de mon erreur ; car à dire vrai, j'aurais été très heureux de revoir mon ami Andé, de l'avoir avec moi quelques instants, de me remémorer avec lui les heures délicieuses passées autrefois à nous divertir ensemble, comme deux bons amis que nous étion::.

J'étais allé en effet, quelques années auparaant chez mes parents du Canada. C’est là que j'avais fait sa connaissance. Dès la première rencontre, et dans les entrevues fréquentes qui suivirent, une franche amitié n'avait pas tardé à naître de nos entretiens.

Ce bon Cajolette ! Ce n’était donc pas lui que j'avais vu dans la personne de ce Polonais, mais le désir de le voir sans doute m'avait causé cette illusion. Il me semblait done que je le revoyais avec son air toujours grave. (Il n'était pas tendre à rire,) selon une de ces multiples expressions, étant de ces gens qui peuvent dérider une statue, avec le plus grand sérieux du monde.

Je le revoyais dans ma pensée, sur sa nouvelle

terre du Canada qu'il ne faisait que commencer

CAIOLETTE ET LA STATUE... 117 à défricher, dans sa demeure primitive, sa cabane de boïs rond.

Avant de le quitter définitivement pour revenir aux États-Unis, j'étais allé lui faire une visite d'adieu. C’était en plein hiver, la veille une forte bordée de neige s'était abattue dans la région. En entrant dans la cabane de non aimi Andé, je fus suffoqué par l'excessive chaleur qui v règnait : « Tiens ! lui dis-je, craindraistu le froid maintenant ? » — Moi! craindre le froid ! Tu n'y penses pas repliqua-t-il, à me désignant un énorme poële à deux ponts rougis à blanc. En voilà un qui gagne «son loyer» et je n'ai pas à craindre le froid avec lui, ear il chauffe tellement bien que sous sa puissante influence, Jamais en hiver tu n'y verras de neige autour de ma cabane, »

Je sortis quelques instants après et constatai eu effet la vérité de son assertion: de dix à douze pieds autour de là cabane, il n'y avait pas un brin de neige. Le poële de ( ‘ajolette la faisait disparaître à mesure qu'elle tombait, Si l'ami Andé possédait un protecteur merveilleux contre le froid de l'hiver, il avait un non moins bienfaisant défenseur contre les grandes chaleurs.

L'été précédent j'étais allé, un dimanche après la messe, prendre le dîner avee mon ami,

La chsdeur était écrasante, le soleil dardait ses rayons de feu avee une ardeur peu ordinaire.

Le repas terminé, Andé me dit: gardant toujours son air sérieux : À présent, {u vas me suivre, Je vais te conduire dans un endroit ou nous pourrons nous rafraîchir, je ne Ua pas encore fait voir le beau € pouvoir d'ombre » que je possède sur mat terre tout près d'ici. fl me conduit à cinq ou six arpents de la cabane dans un bosquet charmant. I y avait à, transplantés en ligne droite, de jeunes et vigoureux plants de pins et d'érables à la chevelure touffue, qui formait un rideau de verdure impénétrable aux ravons du puissant Phébus.

C'était en effet un vrai pouvoir d'ombre. »

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