‹ René Roger: La Colombie économique. Avec un extrait du code minier colombienChapitre 189 sur 196 · Vasquez Cobo, Pro Patria, op. cit · texte numérisé non relu

Vasquez Cobo, Pro Patria, op. cit

Un canal interocéanique qui iraversera l'isthme américain, modifiera radicalement les relations entre les côtes Atlantique et Pacifique des États-Unis, et entre les États-Unis et le monde entier. L'immense Océan s'étendra alors entre nos ports de l'Atlantique et du Pacifique, et ce canal formera virtuellement partie des cotes des États-Uîiis. Notre intérêt commercial, à lui seul, est plus grand que celui de toutes les autres nations; les effets du canal en ce qui touche notre puissance et notre prospérité comme nation, et en ce qui concerne nos moyens de défense, notre unité, notre pays, notre sûreté, sont d'un intérêt vital et primordial pour les Etats-Unis. Aucune grande puissance, dans des circonstances semblables, ne manquerait d'établir son contrôle sur une entreprise touchant de si près ses intérêts et sa propriété. C'est le droit, le devoir des États-Unis, d'acquérir et de maintenir ce contrôle ainsi que son autorité supérieure sur tout canal interocéanique, quel qu'il soit, qui traversera l'isthme américain, parce que c'est l'unique moyen de protéger réellement nos intérêts nationaux. »

Si après ce discours on pouvait avoir encore des doutes sur les intentions des Etats-Unis, l'intervention du ministre américain Blaine en 1881 auprès de tous les gouvernements européens, n'aurait pu faire autrement que de les dissiper. M. Blaine, dans sa note aux ministres accrédités auprès des États de l'Europe, après avoir déclaré que les États-Unis ne s'opposeraient pas

à Torganisation de l'entreprise du canal, en tant qu'entreprise purement commerciale, ajoutait c qu'en ce qui concernait le contrôle politique de ce canal, considéré séparément de son administration et de son aspect commercial, le président des États-Unis se faisait un devoir de parler avec franchise et précision. Il déclarait aussi inadmissible, en cas de guerre où les États-Unis auraient à intervenir, le passage de navires de guerre ennemis par le canal de Panama, que le passage de troupes armées d'une nation ennemie par les voies ferrées qui unissent les ports de l'Atlantique à ceux du PaciBque, dans les États-Unis. Il ajoutait que les États-Unis devaient insister sur leur droit de prendre toutes les précautions nécessaires contre la possibilité dun transit isthmique, pouvant être utilisé dune manière offensive contre leurs intérêts sur mer et sur terre, etc. *. »

Il est inutile d'en dire d'avantage ; les intentions formelles des États-Unis sur le canal sont suffisamment prouvées par ces textes. Une seule chose les arrêtait malgré tout : le traité Clayton-Bulwer. Aussi, profitant de ce que l'attention de l'Angleterre était tournée vers l'Afrique du Sud, en obtinrent-ils l'annulation en 1901, en lui faisant signer le nouveau traité Hay- Pauncefote. Ils se sentaient donc bien libres au moment de leurs négociations avec la Colombie.

Page 1