‹ René Roger: La Colombie économique. Avec un extrait du code minier colombienChapitre 194 sur 196 · c Le grand porc du Nord ». Noos aUënuons · texte numérisé non relu

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sins du Sad et ont prétendu remédier au dommage sans faire disparaître la cause. Tout cela est vain : ridée qui domine aujourd'hui dans toute l'Amérique latine est que, tant que l'outrage de Panama n'aura pas été réparé comme il convient, ce canal qui nous coûte I 3S0.000.000 servira uniquement au commerce européen. »

Cette hypothèse» qui serait la juste punition de l'acte déloyal des Américains du Nord> n'est malheureusement pas vraisemblable. Les intérêts commerciaux priment les rancunes patriotiques» et les République» sud-américaines» la Colombie comme les autres, continuent et continueront à commercer avec leur puissant voisin» comme nous-mêmes d'ailleurs l'avons fait avec l'Allemagne» après qu'elle nous eut dépouillés de deux provinces.

Bien que n'étant plus en fait souveraine de l'isthme, la Colombie n'en demeure pas moins la mieux placée de toutes les Républiques américaines» au point de vue du trafic futur qui doit s'opérer par le nouveau canal. Nous avons vu» dans un chapitre précédent» quelle était la distance de ses principaux ports de l'Atlantique à Colon et du Pacifique à Panama et nous avons énuméré les lignes de navigation» qui desservent actuellement la Colombie ^ Avec l'ouverture du canal» il s'en créera certainement d'autres» dont les navires ne

i. Voir tupra, chapitre VL

pourront manquer de faire relâche dans les ports de la Colombie. Nous avons déjà vu que la Compagnie Générale Transatlantique prévoyait un service direct de Saint-Nazaire à San-Francisco et que la Compagnie chilienne établirait une ligne de Valparaiso à New- York via Panama. Il est probable que la Pacific Mail, qui doit desservir les côtes américaine et asiatique du Pacifique, prolongera son service jusqu'aux côtes de l'Atlantique, en traversant l'isthme. Le Japon envoie vers l'Amérique Centrale et du Sud, des navires qui continueront plus tard sur New- York. La Hawaïan Steamship Cy a la faculté de dénoncer son contrat avec la Compagnie du chemin de fer de Tehuantepec, dès l'ouverture du canal. Ses 20 navires répartis actuellement entre les deux océans desserviraient alors la route directe du Pacifique, par Panama, vers la Nouvelle-Orléans et New-York. EnGn toutes les Compagnies ont de nombreux navires en construction, spé* cialement étudiés pour les nouveaux besoins ^

Tous les navires qui passeront par le canal de Panama auront naturellement des droits à acquitter ; cependant, le gouvernement de l'Union a voulu soit en dispenser le pavillon américain, soit le faire jouir d'un tarif réduit. Malgré les protestations de l'Angleterre invoquant le traité Hay-Pauncefote de 1901 qui établissait l'égalité future de toutes les nations à Panama, les

1. François Mange, Le canal de Panama et le tonnage maritime, cp. eit.

Étais-Unis n'ont pas craint de promulguer une loi> dite loi Adamson qui exempte des taxes du canal les navires côtiers battant pavillon américain. Il semble cependant que le président Wilson n'envisage pas les choses de la même façon, et suivant le World, au cours d'une conférence qui a eu lieu le 28 janvier 1914 à la Maison- Blanche, il a vivement conseillé de modifier la loi Adamson. « Il vaut mieux, a dit le président Wilson, résoudre ainsi cette question que de la laisser porter devant un tribunal d'arbitrage, et courir le risque que celui-ci se prononce en faveur de la Grande-Bretagne. > Le World ajoute que les vues du président Wilson ont été appuyées par M. Root, et qu'aucun membre de la

commission n'y a fait opposition. On a donc lieu d'espérer que les droits de transit seront les mêmes pour tous. On pense qu'ils ne seront pas inférieurs à 50 cents ni supérieurs à 1 dollar 50 par tonne-registre ^ de jauge américaine.

Un avenir considérable est réservé au canal interocéanique, ainsi que l'on peut s'en convaincre en constatant le développement qu'ont pris les régions occidentales de l'Amérique du Sud et de l'Amérique Centrale depuis le commencement de ce siècle. Leur commerce extérieur, en dix ans, a complètement doublé, ce qui n'a pas empêché le commerce intérieur de grandir

1. La tOQDc-registre est Tunité de capacité inscrite (enregistrée) sur les papiers du bord, suivant le mode de mesure adopté par le pays auquel le navire appartient (François Mange).

encore plus vite. C'est vers rAmérique latine qae Tatiention du monde, attirée vers ce continent par Touver-

ture à grand fracas du canal de Panama, va se porter maintenant. Les 70 millions d'habitants qui peuplent ces régions, lointaines pour nous, sont peu de chose par rapport au nombre d'hommes qu'elles pourraient nourrir. Nous avons vu que la Ck)lombie avait une population très minime par rapport à l'étendue de son territoire ; il faut espérer, et cela est très vraisemblable, que l'ouverture du canal supprimant les transbordements redoutés des voyageurs, dirigera vers elle le courant d'immigration qui maintenant descend vers l'Argentine.

€ Quelque jour, dit M. Fraser S l'on s'attaquera sans doute aux forêts vierges de la Colombie, riches en essences précieuses, et un trône attend chez elle un futur roi du coton. On se rendra compte aussi des avantages évidents que comporterait la construction d'un chemin de fer à travers l'intérieur, permettant de faire bénéficier le monde des trésors agricoles ou minéraux que recèle son sein. »

Puisque l'ouverture du canal de Panama doit être pour la Colombie une source de richesses nouvelles, qu'elle se prépare donc à ce grand événement mondial, qu'elle assainisse ses ports et les mette en état de recevoir les flottes du monde entier. Le gouvernement de

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