ET LES RÉGIONS VOISINES
Régions envisagées.
Au Nord de la zone montueuse correspondant, à l’Est du Niger, à la région naturelle que les géographes désignent sous le nom de Plateau Mandingue, jusqu’aux abords de la grande dépression argileuse plus ou moins inondée chaque année par les débordements périodiques du Niger et du Bani et constituant en quelque sorte le « delta central » du fleuve, s'étendent des plaines fertiles, qui, le jour où elles seront reliées directement à la côte par une voie ferrée, facile à établir à très peu de frais, et où des ouvrages hydrauliques les feront bénéficier de la crue fécondante du tleuve, prendront, de toute évidence, un essor économique puissant, et seront rapidement en mesure de fournir à la France une part importante des produits qu’elle réclame à ses colonies.
Populations.
Le cercle de Ségou notamment comprend plusieurs provinces particulièrement renommées
chez les Soudanais pour l’abondance et la diversité de leurs productions. Malgré les guerres dévastatrices dont elles ont été fréquemment le théâtre au siècle dernier, elles nourrissent encore une population qui en moyenne n'est pas inférieure à 7 habitants au kilomètre carré, et dans certains cantons dépasse 10 habitants pour la même superficie.
Si, au lieu de considérer le cercle de Ségou isolément, on le réunit aux cercles voisins de Koutiala et de San, situés sur la rive orientale du Bani, avec lesquels il présente de nombreuses affinités naturelles, et qui sont susceptibles à peu de chose près des mêmes productions, on arrive à un chiffre d'habitants approchant de 600.000 (567.543 d'après V Annuaire de l'A. O. b . de 1916), pour une superficie qui ne doit pas être de beaucoup supérieure à 60.000 kilomètres carrés. Il convient d'ajouter que cette population relativement dense est essentiellement agricole. Constituée pour les 9 10e de Bambaras, Sénoufos, Bobos et Markas (je considère toujours le groupe formé par les trois cercles de Ségou, San et Koutiala), cultivateurs robustes et industrieux, elle comprend en outre 40.000 Peuls sédentaires, possesseurs de beaux et nombreux troupeaux, qui pratiquent l’élevage avec une réelle habileté.
Sol.
On trouve dans certaines localités des terres sableuses ou au contraire franchement argileuses, mais les sols les plus communs de cette Mésopotamie nigérienne sont formés d’argile et de sable unis dans de bonnes proportions, et se rapportent aux types argilo-sableux désignés sous le nom de sols d alluvion par certains agronomes. D’une façon générale leur profondeur est suffisante. Bien que la partie supérieure seule en soit atteinte par les primitifs instruments de culture de l’indigène, on pourrait sans inconvénient augmenter graduellement l’épaisseur de la couche arable aux dépens du sol vierge. La couche située entre la et 30 centimètres de profondeur est aussi riche chimiquement que la couche superficielle; elle est même, le plus souvent, sensiblement
Supplément à Y Afrique Fiançaise de novembre 1920.
BULLETIN DU COMITÉ DE L’ AFRIQUE FRANÇAISE
plus riche en potasse et en acide pliosphorique.
Voici les résultats de l’analyse de sept échantillons de terres arables de la région envisagée, exécutée par le service chimique du Jardin Colonial :
i° Analyse mécanique.
Provenance Éléments grossiers Gros sable
des échantillons pour 1.000 pourl.000
Grammes
San 95 gr., sable et petits
cailloux ferrugineux. 800
Sansanding. . : 48 gr., sable 750
Ségou-Koura 8 gr., sable et petits
cailloux 500
Ségou-Cikoro 12 gr., sable et petits
cailloux 650
Nyamina.. 6t gr., sable 750
Koulikoro 1er cch . .. 38 gr., sable et petits
cailloux 350
KouPkoro 2e éch.... 4 gr., sable 480
2° Analyse chimique (éléments fertilisants pour 1.000).
Provenance des échantillons Chaux Azote
San 1,00 0,41
Sansanding 0.40 0,39
Ségou-Koura 0,35 0,40
Ségou-Cikoro 0,50 0,40
Nyamina 0.85 0,40
Koulikoro 1er échantillon 1,10 0,63
Koulikoro 2e échantillon 1,20 0,72
Acide
Provenance des échantillons pliosphorique Potasse
San 0.508 1,03
Sansanding 0.095 1,45
Ségou-Koura 0.106 1,53
Ségou-Cikoro 0.152 1,32
Nyamina 0.180 0,69
Koulikoro 1er échantillon 0,254 0,54
Koulikoro 2° échan lion 0.235 0,41
Si l’on s’en rapportait aux bases adoptées par les agronomes pour le classement des sols des pays tempérés, aucun des sept échantillons examinés ne présenterait pour les quatre éléments dosés des teneurs permettant de le ranger parmi les terres riches ou simplement de fertilité moyenne, mais nous savons que dans la zone tropicale des terres que leur composition chimique ferait considérer ailleurs comme des terres pauvres fournissent des rendements correspondant aux plus belles récoltes des bonnes terres d’Europe. Si l’on se contente de comparer les résultats d’analyses mentionnés ci-dessus à ceux fournis par l’étude des sols des différents pays chauds, il est facile de se rendre compte que les terres du cercle de Ségou et des régions voisines renferment bien les proportions d’éléments fertilisants nécessaires pour une culture rémunératrice. L’aspect des récoltes sur pied, lorsque les conditions climatériques ont été favorables, suffirait seule, au reste, à le prouver surabondamment.
Cependant, d’une façon générale, la teneur en azote est réellement faible. 11 faut probablement voir là le résultat de la- destruction des débris végétaux par les termites Les cultivateurs indigènes remédient à cet inconvénient en consacrant des surfaces assez importantes à la culture des
légumineuses (arachide, dolique, voandzou, indigotier), et, dans de nombreux cantons, en complantant leurs champs (l’Acacia albida ; ces arbres, perdant leur feuillage au début de l’hivernage, c’est-à dire en une saison de chaleur humide très favorable à la nitrification, donnent au sol l’azote qui lui manque, sous forme d’un véritable engrais vert rapidement transformé en nitrate de chaux ou de potasse, en même temps qu’un appoint de sels minéraux ramenés des couches profondes du sous-sol.
Comme les analyses citées l’ont déjà montré, les différents cantons de la contrée envisagée ne sont pas également fertiles. Je citerai parmi les plus riches ceux qui sont compris entre le Niger et la ligne brisée Kénenkou-Barouéli-Konodémini. Là le sorgho, le maïs, l’arachide, le coton et le tabac poussent avec une grande vigueur, et il n’est pas rare de voir en une seule saison lamême terre produire une forte récolte de grain et, intercalairement, une récolte de coton supérieure aux belles récoltes de l’Inde non irriguée.
Climat.
On peut distinguer dans la région naturelle constituée par les cercles de Ségou, San et Koutiala, comme dans les autres régions du Soudan occidental, trois saisons différentes nettement marquées, séparées par trois périodes de transition. Ce sont :
1° Une saison humide du 1er juin au Ier octobre. Atmosphère humide, pluies nombreuses et. abondantes. La chute d’eau moyenne annuelle est comprise entre 1 mètre et lm30 dans la bordure sud (lm28 à Patiana, sur le Bani un peu en amont du point où cette rivière reçoit le Banifing (1), üm70 et 0m80 sur la bordure Nord (0,n80 à Ségou). Après le 15 juin le thermomètre maxima marque de 26 à 38 degrés et le thermomètre minima de 18 à 25 degrés. Voici pour Ségou, Patiana et Koulikoro (2) les moyennes mensuelles des minima et des maxima observés :